Vivre bien et longtemps

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Dans cer­tains milieux New Age (lien:sres) j’ai enten­du des gens prê­cher qu’une vie bien rem­plie devrait être courte. Comprenez : ceux qui sont morts jeunes ont fait la preuve d’une vie bien rem­plie, à défaut ils ont eu la déli­ca­tesse de débar­ras­ser le plan­cher avant de deve­nir une charge inutile ! Ces apôtres de la vie brève étaient eux‐mêmes jeunes et confor­ta­ble­ment ins­tal­lés dans un monde qui sacra­lise la « prise de risque ».

Celles et ceux qui seraient encore séduits par ce dis­cours déli­rant sont invi­tés à vision­ner un entre­tien (lien:5x0h) avec la pia­niste Alice Sommer Herz (lien:psje) âgée de 109 ans. Cette grande dame a vécu jusqu’à 110 ans mal­gré qu’elle ait été inter­née dans le camp de Theresienstadt pen­dant la IInde guerre mon­diale.

Voilà. On peut deve­nir cen­te­naire avec une vie bien rem­plie et conti­nuer à témoi­gner du bon­heur d’exister… Écoutez aus­si la pia­niste Lívia Rév à 90 ans (vidéo lien:vfku) !

Espérance ou qualité de vie ?

Vivre long­temps est sou­hai­table tant qu’on y prend plai­sir… L’espé­rance de vie humaine (lien:wn5l) aug­mente dans les pays indus­tria­li­sés. Sa pro­gres­sion est prin­ci­pa­le­ment l’effet d’un meilleur accès aux ser­vices d’urgence et de l’efficacité des soins assu­rant la sur­vie de l’organisme. Malheureusement, de nom­breuses per­sonnes âgées deviennent dépen­dantes de lourds trai­te­ments médi­caux ou souffrent de han­di­caps qui affectent leur mobi­li­té et leurs fonc­tions cog­ni­tives.

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Alice Herz‐Sommer
Source : lien:5x0h

La qua­li­té de vie doit donc être prise en compte dans les sta­tis­tiques ; l’espérance de vie est pour cela rem­pla­cée par un autre indi­ca­teur (euro­péen) appe­lé espé­rance de vie en bonne san­té (lien:kxnn) — ou espé­rance de vie sans inca­pa­ci­té (EVSI). Cette EVSI est à peu près inva­riable en moyenne en Europe depuis dix ans, mais elle a chu­té bru­ta­le­ment en 2008 dans cer­tains pays (de 7 ans pour les femmes au Danemark). En 2017 en France, l’EVSI à la nais­sance était de 64.1 ans pour les femmes et 62.7 ans pour les hommes, alors que l’espérance de vie était de 85.3 ans pour les femmes et 79.5 ans pour les hommes — voir la source (lien:lvbs) et la méthode de cal­cul (lien:ijxs).

D’après un rap­port 2015 de l’EHLEIS (lien:71ej) basé sur des sta­tis­tiques jusqu’en 2012, une per­sonne âgée de 65 ans avait une espé­rance de vie jusqu’à 84.1 ans (homme) ou 88.4 ans (femme). Par contre, elle vivrait en bonne san­té (selon le cri­tère de la « limi­ta­tion d’activité ») jusqu’à 74.4 ans (homme) ou 75.4 ans (femme). Il res­tait donc en moyenne 10 à 13 années, en fin de vie, pen­dant les­quelles cette per­sonne devrait faire face à une forme d’incapacité.

Selon l’American Diabetes Association, le sys­tème de san­té amé­ri­cain dépen­se­rait envi­ron 15 000 dol­lars par an pour trai­ter un patient du dia­bète de type 2. Le Center for Disease Control (CDC), de son côté, estime que 100 mil­lions d’Américains ont soit un dia­bète de type 2 (lien:a3u9), soit un pré­dia­bète qui les condui­ra au dia­bète dans les cinq années à venir… Cette éva­lua­tion donne une idée de la charge crois­sante que les mala­dies chro­niques font peser sur les sys­tèmes de san­té, et de l’intérêt de vraies stra­té­gies de pré­ven­tion.

Le déca­lage crois­sant entre espé­rance de vie et espé­rance de vie en bonne san­té est à l’origine d’une sur­mé­di­ca­li­sa­tion qui s’inscrit dans ce que Marc Girard dénonce comme une dérive vers le pré­ven­tif d’une pra­tique médi­cale réduite à la pres­crip­tion de médi­ca­ments. Une telle dérive existe aus­si dans cer­taines méde­cines « alter­na­tives » qui se pré­sentent comme « holis­tiques»… Il écrit dans Médicaments dan­ge­reux, à qui la faute ? (2011 lien:roqm, p. 95) :

Nombre d’entre nous ont l’expérience per­son­nelle des incon­vé­nients au jour le jour liés aux trai­te­ments « pré­ven­tifs » sup­po­sés allon­ger l’espérance de vie — médi­ca­ments contre la ten­sion ou le cho­les­té­rol, hor­mones, etc. Quant à la scan­da­leuse sur­mé­di­ca­li­sa­tion des sujets âgés, je ne n’ai même pas besoin de réfé­ren­cer les innom­brables dénon­cia­tions dont elle a fait l’objet : il suf­fit de ren­voyer tout indi­vi­du de plus de 40 ans au dépri­mant spec­tacle du pilu­lier qui attend ses parents chaque jour — pour un béné­fice démon­tré plus que pro­blé­ma­tique.

Une enquête auprès de 1400 per­sonnes âgées de 75 à 96 ans habi­tant à Helsinki a révé­lé que seulement un tiers d’entre elles sou­hai­taient deve­nir cen­te­naires, les autres ayant sur­tout une appré­hen­sion de leur dégra­da­tion phy­sique et d’une perte d’indépendance (Karppinen H et al., 2016 lien:b164).

Il faut tou­te­fois se gar­der d’un catas­tro­phisme annon­çant une inci­dence crois­sante du déclin cog­ni­tif chez les per­sonnes âgées. Plusieurs études mettent en évi­dence, au contraire, une ten­dance mar­quée à la dimi­nu­tion des mala­dies séniles : 23% de dimi­nu­tion moyenne par décen­nie dans la popu­la­tion de Framingham (Satizabal CL et al., 2016 lien:x3zp), mais seulement chez les per­sonnes ayant un haut niveau d’éducation. Selon les auteurs, cette amé­lio­ra­tion serait due en par­tie à une meilleure prise en charge des pro­blèmes car­dio­vas­cu­laires ; il n’est pas inter­dit de pen­ser que d’autres fac­teurs entrent en compte.

Pour un expo­sé détaillé sur la sur­mé­di­ca­li­sa­tion des sujets âgés, on lira avec inté­rêt deux articles de Marc Girard. Il cite notam­ment (2011 lien:0g7l) l’intervention d’un pro­fes­seur de géria­trie de l’Université de l’Alabama :

retraite
Source : lien:a0h2

[Chiffres concer­nant les USA] Parmi les adultes de 65 ans ou plus qui sont hos­pi­ta­li­sés, 10 à 20% le sont en rai­son de médi­ca­ments pris de façon incor­recte. Chez les sujets âgés qui sont hos­pi­ta­li­sés, un sur trois ver­ra son état s’aggraver durant son séjour en rai­son des médi­ca­ments qui lui seront admi­nis­trés. De 30% à 50% des pres­crip­tions faites aux sujets âgés sont prises de façon incor­recte, et jusqu’à 140 000 seniors décèdent chaque année de pro­blèmes liés aux médi­ca­ments, soit trois fois le nombre de per­sonnes qui meurent d’un can­cer du sein ou de la pros­tate (les­quels sont tous deux consi­dé­rés comme des urgences de san­té publique). Le nombre de décès liés à des médi­ca­ments équi­vaut à deux crash d’avion par jour.

Même constat en France :

La iatro­gé­nie médi­ca­men­teuse [lien:ethj] est res­pon­sable de 5 à 10 % des hos­pi­ta­li­sa­tions après 65 ans ; chiffre qui grimpe à 20 % chez les plus de 80 ans [en France]. Elle est res­pon­sable chaque année de plus de 100 000 hos­pi­ta­li­sa­tions de per­sonnes âgées. Les plus de 65 ans repré­sen­tant 40 % de la consom­ma­tion de médi­ca­ments en ville, on com­prend que les inter­ac­tions médi­ca­men­teuses aug­mentent avec l’âge.

Dr Gérard Ponson, res­pon­sable de la for­ma­tion Iatrogénie médi­ca­men­teuse chez la per­sonne âgée (lien:zr6w)

Marc Girard va plus loin (2011 lien:8479) :

En paral­lèle, cepen­dant, et sous le pré­texte rebat­tu d’un « ser­vice médi­cal ren­du » qui a déjà jus­ti­fié tant de scan­dales, les auto­ri­tés sani­taires mettent leur point d’honneur à enrô­ler les pra­ti­ciens dans toutes ces sales besognes grâce aux Contrats d’amélioration (sic) des pra­tiques indi­vi­duelles (CAPI) — visant à récom­pen­ser ceux des confrères qui, se sub­sti­tuant aux visi­teurs médi­caux dont les fabri­cants n’ont sim­ple­ment plus besoin, s’appliquent à relayer auprès des gens les pires trom­pe­ries du mar­ke­ting sani­taire en les encou­ra­geant à consom­mer des anti­cho­les­té­rols, des anti­hy­per­ten­seurs, des mam­mo­gra­phies et autres bali­vernes.

La consom­ma­tion de médi­ca­ments est l’objet d’un mar­ke­ting effi­cace qui consiste tan­tôt à « inven­ter » de nou­velles mala­dies à par­tir de confi­gu­ra­tions de symp­tômes statistiquement cor­ré­lés, tan­tôt à sur­éva­luer l’incidence ou la gra­vi­té de mala­dies exis­tantes. C’est ce que dénonce Dominique Dupagne dans un article consa­cré à « l’épidémie de NASH » (Stéatose hépa­tique non alcoo­lique, lien:a5en) qui selon cer­tains « experts » (lob­byistes ?) tou­che­rait « des mil­lions de Français»… Dupagne écrit (lien:g8w1) :

[…] ces pré­dic­tions déli­rantes s’appuient sur une sub­tile confu­sion entre la banale sur­charge en graisse, l’inflammation chro­nique du foie et l’inflammation grave qui conduit à la cir­rhose. C’est un peu comme si on pré­ten­dait que 20% des grains de beau­té banals vont se trans­for­mer en méla­nome mor­tel.

Il montre par ailleurs que le trai­te­ment sys­té­ma­tique de la NASH pour­rait géné­rer un chiffre d’affaires annuel de 60 mil­liards de dol­lars dans une dizaine d’années. Cette pro­po­si­tion est en plein accord avec les recom­man­da­tions de la banque d’investissements Goldman Sachs qui, dans un rap­port publié en avril 2018, conseille aux indus­triels de la phar­ma­cie de concen­trer leurs efforts sur des médi­ca­ments qui ne gué­rissent pas les mala­dies, mais amé­liorent seulement le confort de vie de leurs clients (voir lien:bthr ou lien:7ne8 pour la ver­sion fran­çaise) !

Facteurs de risque modifiables

La régres­sion de l’EVSI est géné­ra­le­ment attri­buée à des causes envi­ron­ne­men­tales (qua­li­té de l’air, de l’eau, des ali­ments…) et com­por­te­men­tales (alcool, taba­gisme, mau­vaises habi­tudes nutri­tion­nelles…) sans que l’on ne puisse quan­ti­fier leur impor­tance res­pec­tive. Les pre­mières dépendent d’un posi­tion­ne­ment poli­tique et éco­no­mique en matière d’environnement, ain­si que de mesures pré­ven­tives contre les mala­dies trans­mis­sibles, alors que les secondes seraient plu­tôt à l’initiative des indi­vi­dus secon­dés par le corps médi­cal. Toutefois, la dis­tinc­tion n’est pas aus­si nette qu’il paraît car les condi­tions sociales (péni­bi­li­té du tra­vail, pré­ca­ri­té de l’emploi, situa­tion fami­liale, loge­ment…) occupent une place de plus en plus pré­oc­cu­pante. Or celles‐ci sont liées à la fois aux indi­vi­dus et au col­lec­tif.

Jusqu’à la mise en place de « cor­dons de pro­tec­tion » contre les mala­dies infec­tieuses (lien:gngw) — amé­lio­ra­tion de l’environnement sani­taire et de la qua­li­té de l’eau, cam­pagnes de pré­ven­tion contre la conta­gion, usage d’antibiotiques et de vac­cins etc. — celles‐ci étaient les prin­ci­pales causes de mor­ta­li­té. Leur impact se lisait clai­re­ment sur les sta­tis­tiques d’espérance de vie. Elles ont donc long­temps été la cible prio­ri­taire de la recherche médi­cale. Aujourd’hui, dans les pays déve­lop­pés, rela­ti­ve­ment pro­té­gés contre toute épi­dé­mie, les mala­dies chro­niques (lien:9pg4 ou non­com­mu­ni­cable diseases en anglais) ont pris le relais en termes de mor­ta­li­té. Beaucoup reprochent à la recherche médi­cale de les abor­der selon les mêmes cri­tères que les mala­dies infec­tieuses. Des expres­sions comme « épi­dé­mie de dia­bète, de can­cers…» appa­raissent fré­quem­ment dans la conver­sa­tion. D’autre part, le sou­ve­nir des épi­dé­mies est tel­le­ment ancré dans l’imaginaire col­lec­tif que cette peur latente, en grande par­tie irra­tion­nelle, est uti­li­sée pour pro­mou­voir des cam­pagnes de pré­ven­tion (vac­ci­na­tion mas­sive etc.) en dis­pro­por­tion avec les risques sous nos cli­mats.

Que repré­sentent une dizaine de décès par la rou­geole (sou­vent de per­sonnes immu­no­dé­fi­cientes) au regard de dizaines de mil­liers de mala­dies chro­niques mor­telles (car­dio­vas­cu­laires, dia­bète etc.) dont beau­coup pour­raient être évi­tées grâce à des cam­pagnes — net­te­ment moins coû­teuses que les soins — pour une meilleure hygiène de vie ?

Une réponse fré­quente est que l’éducation à une vie sobre et saine ne béné­fi­cie­rait pas à l’industrie phar­ma­ceu­tique. Cette réponse est par­tielle (aux limites du conspi­ra­tion­nisme) quand on prend conscience de la dépen­dance accrue de nom­breux indi­vi­dus envers leur médecin‐garagiste, uni­que­ment sol­li­ci­té pour des « répa­ra­tions en urgence », qu’il pra­tique une méde­cine conven­tion­nelle ou « alter­na­tive»…

Dans The Lancet (2018 lien:u6c7), des voix se sont éle­vées pour un inves­tis­se­ment plus consé­quent dans la pré­ven­tion et le trai­te­ment des mala­dies chro­niques, par­tie inté­grante des fac­teurs de déve­lop­pe­ment durable. Les études sur le vieillis­se­ment montrent que des fac­teurs de risque modi­fiables (« com­por­te­men­taux ») ont un impact majeur sur la san­té — et donc la lon­gé­vi­té — des humains. Weston A. Price, auteur en 1939 de l’ouvrage Nutrition and Physical Degeneration (lien:v0w6), écri­vait déjà :

Après avoir pas­sé plu­sieurs années à étu­dier le pro­blème de la dégé­né­res­cence moderne par des méthodes cli­niques et bio­lo­giques, j’ai été ame­né à pen­ser que les faits accu­mu­lés indi­quaient l’absence, dans notre mode de vie moderne, de cer­tains fac­teurs essen­tiels, plu­tôt que la pré­sence de fac­teurs nocifs.

Ce qui ne veut pas dire que les causes envi­ron­ne­men­tales devraient être igno­rées… Particulièrement les dom­mages cau­sés par les per­tur­ba­teurs endo­cri­niens, mis en évi­dence par des équipes comme l’UMR 7221 (lien:gtq5) codi­ri­gée par Barbara Demeneix (voir Le Cerveau endom­ma­gé : Comment la pol­lu­tion altère notre intel­li­gence et notre san­té lien:2taf). Mais ce domaine est éloi­gné de mes com­pé­tences.

En Europe occi­den­tale — pour un échan­tillon de popu­la­tion vivant dans des condi­tions sociales et envi­ron­ne­men­tales équi­va­lentes — l’importance des choix per­son­nels en matière d’hygiène de vie est par­fois mini­mi­sée, alors que des études épi­dé­mio­lo­giques ont mis en évi­dence leur impact.

Je cite­rai deux études à large échelle :

  1. Selon l’enquête Combined Impact of Health Behaviours and Mortality in Men and Women : The EPIC‐Norfolk Prospective Population Study (Khaw KT et al., 2008 lien:vb2i) menée sur plus de 20000 indi­vi­dus, quatre com­por­te­ments « ver­tueux » — consom­ma­tion de fruits et légumes, faible consom­ma­tion d’alcool, abs­ti­nence de tabac et un peu d’exercice phy­sique quo­ti­dien — per­mettent, s’ils sont tous res­pec­tés, d’augmenter l’espé­rance de vie d’un total de 14 ans.
  2. L’étude de Yates LB et al. (2008 lien:75nv) a ciblé comme fac­teurs de risque modi­fiables le taba­gisme, le dia­bète, l’obé­si­té, l’hyper­ten­sion arté­rielle (lien:e23c) et une vie séden­taire. Ces fac­teurs ont été asso­ciés à une sur­vie jusqu’à 90 ans. Les cher­cheurs ont recru­té pour cela 2357 méde­cins hommes de 72 ans en bonne san­té, par­ti­ci­pant à la Physicians’ Health Study (lien:ax4r). Seuls 41% des sujets ont vécu plus de 90 ans. La pro­ba­bi­li­té d’atteindre cet âge était de 54% en l’absence de tout fac­teur de risque ; elle tom­bait entre 36 et 22% avec 2 fac­teurs, et 4% avec 5 fac­teurs.

Remarques sur ces deux études :

  • Elles concernent l’espé­rance de vie (lien:wn5l) et non l’espé­rance de vie en bonne san­té (EVSI lien:kxnn). L’abandon des mau­vaises habi­tudes ciblées par les cher­cheurs per­met d’allonger la durée de vie mais elle ne garan­tit pas l’absence d’incapacité.
  • La deuxième étude a por­té sur des méde­cins âgés, donc pour la plu­part de cette « vieille école » qui évi­tait la sur­mé­di­ca­li­sa­tion : en pré­sence de symp­tômes bénins on lais­sait le corps retrou­ver son équi­libre plu­tôt que d’intervenir pour sup­pri­mer à tout prix la fièvre, les dou­leurs etc.

Dans Le Corps accor­dé (lien:bphq, p. 157–160), Andréine Bel a intro­duit le concept de « bona­die » pour carac­té­ri­ser la pos­si­bi­li­té d’envisager le symp­tôme comme un évé­ne­ment béné­fique. Il s’agit bien sûr, dans ce cas, de « symp­tômes bénins ». Cette dis­tinc­tion entre bona­die et mala­die devrait être au cœur des pré­oc­cu­pa­tions de tout pro­fes­sion­nel de san­té, et de toute per­sonne dési­reuse de gérer sa san­té de manière auto­nome — par consé­quent d’aug­men­ter son EVSI. En effet, inter­ve­nir sur des symp­tômes bénins peut induire leur aggra­va­tion (iatro­gé­nèse lien:ethj) que ce soit avec des médi­ca­ments ou par le tru­che­ment de méthodes répu­tées « natu­relles » comme la méde­cine des plantes ou des mani­pu­la­tions ostéo­pa­thiques qui n’ont rien d’anodin (voir rap­port INSERM lien:lt12).

Selon la pers­pec­tive de la « bona­die », ce qui est per­çu comme une aggra­va­tion cor­res­pon­drait plu­tôt, dans de nom­breux cas, à la mise en œuvre de nou­velles stra­té­gies de l’organisme pour « nor­ma­li­ser son ter­rain », en rem­pla­ce­ment de celles qui ont été entra­vées par des inter­ven­tions. La mani­fes­ta­tion d’effets secon­daires (indé­si­rables) fait par­tie des indi­ca­teurs de l’efficacité (sup­po­sée) d’une inter­ven­tion. La pro­po­si­tion d’une méde­cine « holis­tique » (sou­vent réduite à un argu­ment com­mer­cial) devrait être recon­si­dé­rée en tenant compte des stra­té­gies indi­vi­duelles de gué­ri­son.

Je sur­veille mon voca­bu­laire car la « fas­cia­thé­ra­pie » avait été épin­glée par la MIVILUDES dans son guide « Santé et dérives sec­taires » (2013) pour avoir osé invo­quer des « forces d’auto-régulation soma­tique et psy­chique»… Décision annu­lée par un recours en jus­tice en 2017 (lien:er9j).

nutrition

man-sitting-in-front-of-a-table-eating-and-drinking-while-having-lunch_318-62566Contrairement à une idée reçue, l’activité intel­lec­tuelle exige une dépense éner­gé­tique com­pa­rable, dans la même durée, à celle d’une acti­vi­té phy­sique de faible inten­si­té (voir page lien:5uvl). Il est donc impru­dent de pos­tu­ler qu’une per­sonne âgée devrait limi­ter son apport calo­rique pour répondre à une moindre dépense phy­sique. Le cer­veau à lui seul consomme 20% à 30% des besoins de l’organisme au repos.

La dénu­tri­tion protéino‐énergétique concerne 4 % des per­sonnes âgées vivant à domi­cile, voire, 10 % chez les plus de 80 ans. En ins­ti­tu­tion, 30 à 60 % des per­sonnes âgées sont dénu­tries. C’est dire l’importance d’une bonne connais­sance des fac­teurs favo­ri­sants, des moda­li­tés de dépis­tage et de la prise en charge, selon les recom­man­da­tions HAS (2007 lien:i075) et Afssa (2009 lien:utdm).

Dr Gérard Ponson, res­pon­sable de la for­ma­tion Dénutrition de la per­sonne âgée (lien:tydf)

Dans un article du Quotidien du Médecin (L’alimentation chez le sujet âgé, tordre le cou aux idées fausses, 9/5/2016 lien:4h1k), le Dr Sophie Parienté cite une col­lègue gériatre à l’hôpital Bichat :

Deux idées fausses méritent d’être com­bat­tues. La pre­mière est qu’une assiette de soupe avec un petit bout de fro­mage le soir « suf­fi­rait » à par­tir d’un cer­tain âge. « Les per­sonnes âgées ont quan­ti­ta­ti­ve­ment besoin de plus de protéines que les jeunes ! met en garde le Pr Raynaud Simon. De 1 à 1,2 g/kg/j contre 0,8 g/kg/j. »

La seconde est que la perte de poids « serait » une fata­li­té liée au vieillis­se­ment. « Ce n’est pas vrai. Il n’est jamais nor­mal de mai­grir quand on vieillit, même de 2 à 3 kg, pré­vient le Pr Raynaud Simon. Il faut com­prendre pour­quoi : inter­ro­ger, exa­mi­ner le patient et s’il le faut, explo­rer. Une fibro­sco­pie œso‐gastroduodénale (lien:6k60) peut par exemple dépis­ter une gas­trite (lien:b4lg) ou un ulcère (lien:mm8q) peu symp­to­ma­tique chez le sujet âgé hor­mis un manque d’appétit. »

Dans La Chrono‐diététique (2013, p. 218–219), Jean‐Marie Bourre résume une enquête (Étude des trois Cités lien:06h8) auprès de 8085 sujets de plus de 65 ans dans les villes de Bordeaux, Montpellier et Dijon, visant à mesu­rer les cor­ré­la­tions entre l’alimentation et la sur­ve­nue d’une démence.

La consom­ma­tion de fruits et légumes est appa­rue asso­ciée à une dimi­nu­tion de 28% du risque de démence. Une ration heb­do­ma­daire de pois­son rédui­sait de 35% le risque de mala­die d’Alzheimer (lien:mvpj) et de 40% celui de démence quel qu’en soit le type. […] l’usage régu­lier d’huiles riches en acides gras oméga‐6 (tour­ne­sol, pépins de rai­sin lien:0y9v) non com­pen­sé par des ali­ments riches en acides gras oméga‐3 (lien:kqzi huile de col­za, noix, soja, pois­son) était pré­dic­tif d’une démence (lien:095s), risque mul­ti­plié par 2.

L’équipe INSERM de J.-M. Bourre a été une des pre­mières à publier des don­nées sur l’importance des oméga‐3 (lien:kqzi) dans le déve­lop­pe­ment et le méta­bo­lisme du cer­veau. Voir par exemple ses ouvrages La nou­velle dié­té­tique du cer­veau (2006 lien:yo5t) et La véri­té sur les oméga‐3 (2004 lien:4vhf).

Un ratio oméga‐3/oméga‐6 le plus éle­vé pos­sible (voir article lien:gq3l) avec des oméga‐3 (lien:kqzi) de pro­ve­nance ani­male (voir mon article Glucides ou Lipides ?) et la consom­ma­tion régu­lière d’anti­oxy­dants (lien:tw5h) comme la lutéine (lien:jnxd) et la zéaxan­thine (lien:cbfw) dans le jaune d’œuf natu­rel­le­ment colo­ré et cer­tains végé­taux (à consom­mer avec du gras) sont des anti­dotes à la dégé­né­res­cence macu­laire liée à l’âge (DMLA lien:fij6) (voir Bourre JM, La Chrono‐diététique, 2013, p. 403, et Moeller SM et al., 2006 lien:q5gg).

Heirloom_tomatoesAutre anti­oxy­dant (lien:tw5h), le lyco­pène (lien:mani) en abon­dance dans la tomate cuite) ralen­ti­rait la pro­gres­sion de l’hyper­tro­phie bénigne de la pros­tate (HBP lien:zu8w) (voir Bourre JM, op.cit. p. 298).

L’obésité et le dia­bète de type 2 (lien:a3u9) sont depuis long­temps recon­nus comme fac­teurs de risque de la mala­die d’Alzheimer (lien:mvpj). Des tra­vaux récents accusent l’industrie du fast food en sug­gé­rant que ce lien de l’Alzheimer avec le dia­bète était peut‐être un aspect fon­da­men­tal de ce type de démence (voir page lien:t1tr) :

Autrement dit, l’Alzheimer serait peut‐être un dérè­gle­ment méta­bo­lique où l’insuline joue­rait un rôle majeur. Certains ont même sug­gé­ré de par­ler d’un « dia­bète de type 3 » pour dési­gner l’Alzheimer.

D’autres aspects de cette mala­die sont pré­sen­tés dans mon article Alzheimer.

Une étude de Lei F et al. (2018 lien:whn0) a mesu­ré que le risque de souf­frir de déclin cog­ni­tif était dimi­nué de 43 % chez des per­sonnes de plus de 60 ans consom­mant au moins 300g de cham­pi­gnons par semaine. L’effet pro­tec­teur prin­ci­pal serait dû à l’ergo­thio­néine (lien:16va), un anti‐oxydant et anti‐inflammatoire que le corps humain ne sait pas syn­thé­ti­ser.

Plus on avance en âge, plus on court le risque de carences ali­men­taires si l’on ne veille pas à com­pen­ser les dif­fi­cul­tés crois­santes d’assimilation des nutri­ments. Les plus affec­tés sont la vita­mine D (en rela­tion avec le cal­cium, voir discussion) et les pro­téines ani­males ou végé­tales. Voir mes articles Protéines et Bilan sanguin, quelques suggestions.

Des études récentes (Zhang Y et al., 2016 lien:65at) révèlent de fortes carences en vita­mine B12 chez les per­sonnes âgées, ain­si que chez des per­sonnes atteintes de schi­zo­phré­nie ou d’autisme, carences qui n’apparaissaient pas net­te­ment dans leur bilan san­guin — le dosage de l’acide méthyl­ma­lo­nique (MMA lien:e23y) dans l’urine étant plus fiable (voir lien:5l8d). Ces affec­tions sont donc iden­ti­fiées comme fac­teurs de vieillis­se­ment et de démence sénile. Les choix nutri­tion­nels sont en jeu : Herrmann W et col­lègues (2003 lien:so8j) ont mesu­ré que 68% des végé­ta­riens et 83% des véganes pré­sen­taient une carence en B12, contre seulement 5% chez les omni­vores (voir page lien:enoy). La sup­plé­men­ta­tion est donc indis­pen­sable dans un régime végé­ta­lien.

Pour plus de détails sur la sup­plé­men­ta­tion, voir mon article Compléments alimentaires et l’argumentaire de Gestion Santé (lien:l01t).

La carence en pro­téines est fré­quente chez les per­sonnes âgées. Elles ont de la dif­fi­cul­té à consom­mer de la viande à cause de pro­blèmes de den­ti­tion. Beaucoup aus­si se laissent ber­ner par le slo­gan « man­gez moins de viande » véhi­cu­lé par les médias et les réseaux sociaux. Moins que quoi, moins que qui ? Cette carence est une cause prin­ci­pale de fonte mus­cu­laire (sar­co­pé­nie lien:2fso), de perte de den­si­té osseuse et de dimi­nu­tion des facul­tés intel­lec­tuelles, ain­si que de la résis­tance immu­ni­taire. Un excès de pro­téines pro­duit aus­si des effets indé­si­rables. Consulter mon article Protéines pour une éva­lua­tion des quan­ti­tés opti­males.

La fonte mus­cu­laire liée à une carence en pro­téines touche des per­sonnes de plus en plus jeunes, bien qu’elle puisse res­ter invi­sible en rai­son de sa com­pen­sa­tion par une accu­mu­la­tion de graisse liée à une sur­con­som­ma­tion de glu­cides, et à l’inflam­ma­tion chro­nique (lien:4to6) qui va de pair. Il est donc recom­man­dé de ne pas trop tar­der à prendre de bonnes habi­tudes…

Pour ce qui est de l’adoption du végétarisme/végétalisme que de jeunes gens (en très bonne san­té) recom­mandent de plus en plus fré­quem­ment à leurs aînés, je limite mon pro­pos à quelques faits « mesu­rables » sur les pro­téines, graisses et lipides etc. — voir mon article Pour les végan·e·s. Un dos­sier bien docu­men­té, incluant toutes les dimen­sions éthiques et éco­lo­giques, occu­pe­rait bien plus que la taille de ce site. Des ouvrages et des sites spé­cia­li­sés ont été créés à cet effet. Un point que je peux tou­te­fois citer ici, et qui appuie des obser­va­tions per­son­nelles, est l’effet du végé­ta­risme sur « le moral ». Une étude sta­tis­tique récente (lien:0xzc) menée sur la base d’un ques­tion­naire détaillé qui avait été rem­pli en 1991–1992 par 9845 jeunes hommes (dont 311 végé­ta­riens, incluant 39 véganes) dans le sud‐ouest de l’Angleterre, conclut que la recon­nais­sance de syn­dromes dépres­sifs — selon l’Edinburgh Postnatal Depression Scale (lien:n0nt) était de 1.14 à 2.44 fois plus fré­quente (après ajus­te­ment des fac­teurs confon­dants) chez les végé­ta­riens. L’usage de cette échelle de « dépres­sion post­na­tale » s’explique par le fait que les for­mu­laires avaient été rem­plis par les com­pa­gnons de femmes enceintes.

Des consi­dé­ra­tions sur la consom­ma­tion de pro­téines, la restriction calorique et l’effet béné­fique d’une sup­plé­men­ta­tion en gly­cine (lien:icwy un acide ami­né) font l’objet de l’article La science dévoile le secret de la lon­gé­vi­té (Julien Venesson, 2014 lien:ql9q).

GangrenousFoot
Pied gan­gré­né d’un dia­bé­tique
Source : lien:hr8y

La sur­con­som­ma­tion de glu­cides est pro­blé­ma­tique sachant que le dia­bète de type 2 (lien:a3u9) est en pro­gres­sion alar­mante dans tous les pays (voir How Diabetes became an Epidemic lien:2qee par Jason Fung). Au Royaume‐Uni, 135 ampu­ta­tions de pied sont subies chaque semaine par des dia­bé­tiques ; les soins pour le dia­bète repré­sentent 10% du bud­get du NHS (lien:dll6), dont 80% consa­crés à des com­pli­ca­tions que l’on pour­rait évi­ter (voir article lien:x6fy).

Chaque par­tie de votre corps com­mence à pour­rir. C’est pré­ci­sé­ment pour­quoi le dia­bète de type 2 (lien:a3u9), à l’opposé de presque toutes les autres mala­dies, affecte tout votre corps. Chaque organe souffre des effets à long terme de la sur­charge de sucre. Vos yeux pour­rissent — et vous deve­nez aveugle. Vos reins pour­rissent — et vous avez besoin de dia­lyse (lien:x9lp). Votre cœur pour­rit — et vous souf­frez d’infarc­tus du myo­carde (lien:5m77) ou d’insuf­fi­sance car­diaque (lien:px31). Votre cer­veau pour­rit — et vous attra­pez la mala­die d’Alzheimer (lien:mvpj). Votre foie pour­rit — et vous souf­frez de stéa­tose hépa­tique non alcoo­lique (lien:a5en). Vos jambes pour­rissent — et vous avez des ulcères dia­bé­tiques aux pieds. Vos nerfs pour­rissent — et vous avez une neu­ro­pa­thie dia­bé­tique. Aucun endroit de votre corps n’est épar­gné.

Jasun Fung, How to Reverse Type 2 Diabetes – The Quick Start Guide (2016 lien:hr8y)

Un des prin­ci­paux accu­sés est le fructose addi­tion­né aux ali­ments et bois­sons sucrés pro­duits par l’industrie (voir article lien:1b6m), mais il convient aus­si de le limi­ter par une consom­ma­tion rai­son­nable de fruits (voir page lien:mli8). Renaud Roussel écrit (voir page lien:uh73) :

Jusqu’ici, les scien­ti­fiques pen­saient que seul le fruc­tose concen­tré, c’est-à-dire extrait du fruit, était nocif pour la san­té. Mais aujourd’hui, de nom­breuses voix se font entendre pour aler­ter sur une pos­sible atteinte hépa­tique en cas d’une trop grande consom­ma­tion de fruits, et cela d’autant plus s’ils sont consom­més au cours des repas. Dans ce cas, le fruc­tose asso­cié aux autres sucres, comme l’amidon des céréales par exemple, crée de fortes fer­men­ta­tions (gaz, bal­lon­ne­ments, incon­forts diges­tifs) et décuple les effets délé­tères du fruc­tose.

Les consom­ma­teurs de pro­duits « bio » ne sont pas à l’abri du risque de sur­con­som­ma­tion de glu­cides. Sur cette base, comme le dit l’entraîneur Phil Maffetone (lien:yys4), la majo­ri­té des rayons des com­merces bio pro­posent de la junk food

Il est donc recom­man­dé aujourd’hui de pui­ser les calo­ries dans des graisses de bonne qua­li­té plu­tôt que dans des glu­cides (low‐carb high‐fat diet). Pour une dis­cus­sion détaillée, voir mon article Glucides ou lipides ?

Enfin, la consom­ma­tion fré­quente d’antio­bio­tiques aug­mente le risque de dia­bète de type 2 (voir article lien:w5an).

Une étude bap­ti­sée « Lyon Diet Heart Study » (Étude du régime ali­men­taire car­dio­lo­gique de Lyon), à l’initiative de Serge Renaud (lien:3qaz), avait mon­tré que l’adoption d’une « diète médi­ter­ra­néenne » pou­vait réduire de 50 à 70% la mor­ta­li­té par acci­dents car­dio­vas­cu­laires (De Lorgeril M et al., 1999 lien:77kj). Encore faudrait‐il s’entendre sur ce que veut dire « médi­ter­ra­néenne » — voir mon article Soigner ses artères… Les mul­tiples décli­nai­sons de ce régime reprennent pour l’essentiel les recom­man­da­tions lis­tées ci‐dessus ; une ver­sion plus récente en a été publiée par Michel de Lorgeril (2015 lien:ui6w).

Autophagie

Un fac­teur de vieillis­se­ment de plus en plus sou­vent mis en évi­dence est l’incapacité d’un orga­nisme âgé à éli­mi­ner les com­po­sants défec­tueux de sa masse cel­lu­laire : ADN, pro­téines déna­tu­rées etc. Une fois endom­ma­gées, les cel­lules sénes­centes ne se divisent plus mais pro­duisent des sub­stances chi­miques qui accen­tuent le vieillis­se­ment — sub­stances qui ont au contraire leur uti­li­té pour le déve­lop­pe­ment d’embryons (lien:ngqz).

Face à des patho­lo­gies, cette inca­pa­ci­té pour­ra être com­pen­sée par des trai­te­ments très pro­met­teurs d’un type nou­veau (lien:ngqz). Dans la vie cou­rante, le méca­nisme de recy­clage cel­lu­laire appe­lé auto­pha­gie (lien:6q20) peut être entre­te­nu par une pra­tique cyclique de res­tric­tion calorique/protéinique asso­ciée à de l’exercice — voir mon article Jeûne et restriction calorique.

Santé mitochondriale

Les mito­chon­dries (lien:alc0) sont des orga­nites (lien:g2gs) simi­laires à des bac­té­ries (mais sans noyau) que l’on trouve dans le cyto­plasme (lien:7gdc) de toutes les cel­lules du corps, à l’exception des cel­lules san­guines. Nous avons vu dans l’article Cancer - sources qu’elles jouent le rôle de « cen­trales d’énergie » et qu’elles inter­viennent aus­si dans l’apop­tose (lien:e3yx) : la mort cel­lu­laire pro­gram­mée des cel­lules dont l’ADN a été endom­ma­gé. Les condi­tions de vie peuvent induire l’affaiblissement ou la raré­fac­tion de mito­chon­dries avec pour consé­quence ce qu’on appelle aujourd’hui des mala­dies mito­chon­driales (lien:uqbf, voir aus­si lien:jika).

Parmi ces mala­dies, outre le can­cer déjà nom­mé, figurent des troubles de la vision qu’on a ten­dance à asso­cier à « l’âge » (lien:t07u) :

De nom­breux rap­ports ont mon­tré un lien étroit entre la vision et la fonc­tion mito­chon­driale. Non seulement la plu­part des mala­dies mito­chon­driales sont asso­ciées à une défi­cience visuelle, mais de nom­breux troubles oph­tal­mo­lo­giques tels que le glau­come, la dégé­né­res­cence macu­laire liée à l’âge [DMLA lien:fij6] et la réti­no­pa­thie dia­bé­tique pré­sentent éga­le­ment des signes de dys­fonc­tion­ne­ment mito­chon­drial.

Ces obser­va­tions montrent que le soin appor­té à l’équilibre ali­men­taire, à l’exercice phy­sique, au som­meil etc. contri­bue aus­si à l’amélioration de facul­tés sen­so­rielles. 

Vieillissement du système immunitaire

Certains apports nutri­tion­nels — anti‐inflammatoires asso­ciés à des anti­oxy­dants : sélé­nium (lien:2x6e), magné­sium (lien:g14l), vita­mine C, resvé­ra­trol (lien:qjiv) etc. — freinent le vieillis­se­ment en éli­mi­nant des cel­lules sénes­centes, ce qui per­met leur rem­pla­ce­ment par des cel­lules saines. Ces pro­duits limitent le rac­cour­cis­se­ment des télo­mères (une région à l’extrémité des chro­mo­somes, lien:idda) d’une part indi­rec­te­ment en limi­tant l’inflammation sys­té­mique qui est un acti­va­teur clé de la sénes­cence tis­su­laire, mais aus­si d’autre part via des méca­nismes d’activation de fac­teurs géné­tiques cel­lu­laires spé­ci­fiques favo­rables (lien:3ptn). Étant don­née la diver­si­té des pro­po­si­tions, il est pru­dent de jus­ti­fier la pres­crip­tion par une mesure de mar­queurs plas­ma­tiques et cel­lu­laires du syn­drome inflam­ma­toire (lien:hflb) comme la pro­téine C‐réactive, le fibri­no­gène, la vitesse de sédi­men­ta­tion etc.

Effets sur le sys­tème immu­ni­taire du capi­tal géné­tique et du vieillis­se­ment. Source : lien:8iee

L’inflam­ma­tion sys­té­mique chro­nique (inflam­ma­ging en anglais, lien:kqvd) est pré­sen­tée en alle­mand sur la page Entzündungsaltern (lien:p06b). Cette inflam­ma­tion est la consé­quence directe d’un vieillis­se­ment du sys­tème immu­ni­taire trop long­temps expo­sé à des agres­sions, par un pro­ces­sus décrit par Larbi A et al. (2008 lien:8iee) :

Les études sur l’évolution du sys­tème immu­ni­taire indiquent que les réponses au stress, l’immunité et l’inflammation sont pro­fon­dé­ment inter­con­nec­tées et consti­tuent un réseau inté­gré de défense capable de faire face à la plu­part des fac­teurs de stress, y com­pris les anti­gènes micro­biens. […]

Le vieillis­se­ment inflam­ma­toire est le résul­tat final d’un tel pro­ces­sus carac­té­ri­sé par l’activation des macro­phages et l’expansion de clones spé­ci­fiques (méga­clones) de lym­pho­cytes T [lien:ee2n] diri­gés contre des anti­gènes de virus com­muns tels que le cyto­mé­ga­lo­vi­rus (CMV lien:7rsf) ou le virus d’Epstein-Barr (EBV lien:712o). […]

La géné­tique du vieillis­se­ment et de la lon­gé­vi­té est assez inha­bi­tuelle et pré­sente des par­ti­cu­la­ri­tés spé­ci­fiques et inat­ten­dues (…). Premièrement, par exemple, le même poly­mor­phisme génique peut avoir des effets dif­fé­rents (béné­fiques ou pré­ju­di­ciables) à dif­fé­rents âges, un phé­no­mène que nous avons conve­nu d’appeler « timing d’allèle [lien:6ntd] com­plexe » (…). En effet, des variants de gènes appa­rem­ment neutres dans la jeu­nesse jouent un rôle bio­lo­gique très dif­fé­rent chez les per­sonnes âgées et très âgées en termes de phé­no­mènes tels que l’apop­tose [lien:e3yx], la pro­li­fé­ra­tion cel­lu­laire et la sénes­cence cel­lu­laire. […] En second, une homo­zy­go­tie [lien:g6i8] accrue, vrai­sem­bla­ble­ment cor­ré­lée au remo­de­lage pro­fond lié à l’âge, a été retrou­vée sur plu­sieurs sites poly­morphes de l’ADN de per­sonnes âgées et cen­te­naires (contrai­re­ment à l’avantage recon­nu de l’hété­ro­zy­go­tie [lien:khl1] pour la sur­vie à un âge plus jeune) (10, 15). […]

[…] les cen­te­naires sont équi­pés de variantes de gènes qui leur per­mettent d’optimiser l’équilibre entre les cyto­kines [lien:fufq] pro‐et anti‐inflammatoires et d’autres média­teurs impli­qués dans l’inflammation (…). […]

L’immunosénescence et l’inflammation, en modi­fiant inti­me­ment le microen­vi­ron­ne­ment du corps, ont des effets sys­té­miques sur divers organes et sys­tèmes, et doivent être envi­sa­gées et concep­tua­li­sées dans une large pers­pec­tive, telle que celle pro­po­sée par la bio­lo­gie des sys­tèmes [lien:yqsd], une approche qui peut nous aider à sai­sir sa com­plexi­té et éven­tuel­le­ment for­mu­ler des stra­té­gies anti‐immunosénescence ration­nelles (…).

Soigner ses muscles (et ses fascias)

L’exercice influe for­te­ment sur la lon­gé­vi­té : Après 50 ans, reprendre une acti­vi­té phy­sique pro­longe votre espé­rance de vie autant que l’arrêt du tabac (J.-M. Bourre, La Chrono‐diététique 2013, p. 219). L’auteur signale aus­si (p. 111) :

La perte pro­gres­sive de la masse et de la fonc­tion mus­cu­laire, qui s’accélère après la cin­quan­taine, consti­tue indu­bi­ta­ble­ment l’un des fac­teurs les plus impor­tants d’invalidité, et de baisse de qua­li­té de la vie. Il faut la pré­ve­nir. La perte cumu­lée de masse mus­cu­laire, cette sar­co­pé­nie (lien:2fso), chrono‐biologiquement annon­cée, atteint 40% en moyenne entre 20 et 80 ans, avec des dif­fé­rences consi­dé­rables selon les indi­vi­dus. […] Facteur aggra­vant, la réduc­tion de la masse mus­cu­laire et de la force réduit la mobi­li­té […] le risque de chutes et de frac­tures, notam­ment du col du fémur s’accroît. Il est esti­mé qu’un tiers des Français de plus de 65 ans tombe au moins une fois par année, ce chiffre monte à plus de 50% au‐delà de 80 ans. Induisant 12000 décès annuels.

À noter que le risque de chute est for­te­ment aggra­vé chez les per­sonnes âgées qui prennent des som­ni­fères et se lèvent la nuit dans un état de som­no­lence (lien:k15q).

La fonte mus­cu­laire (sar­co­pé­nie lien:2fso) peut être accom­pa­gnée d’une aug­men­ta­tion de la masse grais­seuse qui fait que la sil­houette et le poids de la per­sonne sont appa­rem­ment inchan­gés. On est alors en pré­sence d’une obé­si­té sar­co­pé­nique qui cumule les risques (voir article lien:nvdf).

La sar­co­pé­nie aug­mente le risque de mala­die car­dio­vas­cu­laire pour au moins deux rai­sons. La pre­mière est que le muscle car­diaque — myo­carde (lien:kj3y) — est affai­bli comme les autres muscles par la dénu­tri­tion (voir mon article Protéines) et le manque d’exercice « car­dio ». Cet affai­blis­se­ment peut être fatal lors d’un syn­drome coro­na­rien aigu (lien:br8z). La seconde est qu’elle dimi­nue dra­ma­ti­que­ment la mobi­li­té et la capa­ci­té d’exercice, sou­vent déjà entra­vées par des myal­gies (lien:6lok) ou des ten­di­nites (lien:u1zr) induites par la consom­ma­tion de médi­ca­ments anti­cho­les­té­rol (voir mon article Statines et médicaments anticholestérol). On est confron­té à une déchéance trop vite per­çue comme une fata­li­té « liée à l’âge ». Il fau­drait plu­tôt dire « liée à l’accumulation de mau­vaises habi­tudes»…

Une forme plus aigüe de sar­co­pé­nie cau­sée par l’inflam­ma­tion (lien:4to6) et liée à une importe dénu­tri­tion, s’appelle la cachexie (lien:tqob), rédui­sant le patient à un état d’immobilité dû à l’ano­rexie, à l’asthé­nie et à l’ané­mie, mais aus­si par atteinte mus­cu­laire par hyper­ca­ta­bo­lisme pro­téique et donc perte de masse maigre (Wikipedia lien:tqob).

La masse mus­cu­laire est « le plus grand organe » du corps humain. Sa dimi­nu­tion n’affecte pas uni­que­ment la force phy­sique. Elle entraîne aus­si des pro­blèmes de cir­cu­la­tion san­guine, un affai­blis­se­ment immu­ni­taire dans le contrôle des radi­caux libres (ROS lien:jdt9), aug­men­tant l’intolérance des glu­cides avec un risque accru de dia­bète de type 2 (lien:a3u9) et de mala­dies car­dio­vas­cu­laires.

Des tra­vaux récents en expé­ri­men­ta­tion ani­male (Adami R et al., 2018 lien:e0u3) ont mon­tré l’impact sur la san­té neu­ro­lo­gique de l’exercice mus­cu­laire des jambes : le cer­veau reçoit autant de signaux des muscles qu’il leur en envoie pour les mettre en mou­ve­ment, et cette récep­tion est pro­pice à la for­ma­tion de nou­veaux neu­rones dans la zone sous‐ventriculaire (lien:6lo6). Cet effet est sur­tout obser­vé lors d’exercices avec por­tage de charges. C’est pour­quoi des per­sonnes atteintes de mala­dies neu­ro­lo­giques déclinent sou­vent plus rapi­de­ment lorsque leur mobi­li­té est deve­nue réduite.

Le dés­équi­libre de la masse mus­cu­laire, ampli­fié par divers pro­blèmes neu­ro­lo­giques, fait par­tie des causes de la camp­to­cor­mie (lien:qm6d) ou syn­drome du dos voû­té qui peut s’installer très tôt, mais devient per­cep­tible, prin­ci­pa­le­ment chez les hommes, aux envi­rons de 66 ans. Ce syn­drome n’est pas dû à des pro­blèmes d’ossature ni de disques inter­ver­té­braux, et peut même être un signe annon­cia­teur de la mala­die de Parkinson. Il est sou­vent asso­cié à de l’inflam­ma­tion (lien:4to6), voire cau­sé par elle, pre­mier stade de nom­breuses mala­dies chro­niques.

Le syn­drome du dos voû­té n’affecte pas que la colonne ver­té­brale, ayant aus­si des effets sur le sys­tème ner­veux auto­nome qui règle de nom­breux aspects de la san­té de la pres­sion arté­rielle, du rythme car­diaque et de la res­pi­ra­tion au fonc­tion­ne­ment de l’intestin, à l’appétit sexuel et au contrôle du stress (Maffetone P 2015 lien:yys4, p. 246). En rédui­sant le méta­bo­lisme aéro­bie (lien:kpsf), il aug­mente la fatigue mus­cu­laire et dimi­nue d’autant la mobi­li­té de la per­sonne.

L’indice de masse cor­po­relle (IMC lien:v9ej) n’est pas le meilleur cri­tère pour éva­luer les risques asso­ciés à l’obésité. Selon l’étude Normal‐Weight Central Obesity : Implications for Total and Cardiovascular Mortality (Sahakyan KR et al., 2015 lien:j5il), un meilleur indi­ca­teur du risque de mor­ta­li­té suite à un acci­dent car­dio­vas­cu­laire serait l’obé­si­té cen­trale (lien:9gry) : un excès de graisse abdo­mi­nale et une rela­tive min­ceur des hanches, signa­lant une faible quan­ti­té de graisse sous‐cutanée et de muscle à ce niveau. Dans cette étude, l’obésité cen­trale était carac­té­ri­sée par un rap­port du tour de taille au tour de hanches supé­rieur à 0.90 pour les hommes et 0.85 pour les femmes (cri­tère de l’OMS). Un homme avec obé­si­té cen­trale serait 2 fois plus à risque de décé­der suite à un acci­dent car­dio­vas­cu­laire qu’un indi­vi­du sans obé­si­té cen­trale, même si ce der­nier est en sur­poids selon le cri­tère de l’IMC (lien:v9ej). Même obser­va­tion pour les femmes, avec un rap­port de risques d’environ 1.5.

Selon Paul Poirier (2015 lien:qhfo), le choix d’indicateurs autres que l’IMC pour­rait contri­buer à résoudre le para­doxe de l’obésité (lien:xt5s) selon lequel les risques d’athérosclérose et de mala­die car­dio­vas­cu­laire appa­raissent infé­rieurs chez des per­sonnes âgées en « sur­poids » selon leur IMC.

exercice physique

senior-clipart-highkicksL’entretien de la mus­cu­la­ture et de la masse osseuse dépend de deux fac­teurs prin­ci­paux : comme nous l’avons vu, un apport ali­men­taire adé­quat de protéines assi­mi­lables, et une pra­tique régu­lière d’exercice, plus par­ti­cu­liè­re­ment de l’exer­cice phy­sique contre résis­tance dési­gné par entraînement fractionné de haute intensité (HIIT lien:w6ci).

L’étude de Norren K et al. (2015 lien:f2l4) (com­men­tée ici lien:sqap) indique que la com­bi­nai­son de la res­tric­tion calo­rique (demi-jeûne fractionné) et de l’entraînement de haute inten­si­té per­mettent non seulement d’allonger l’espérance de vie mais aus­si de main­te­nir la masse mus­cu­laire (lutte contre la sar­co­pé­nie lien:2fso) et la den­si­té miné­rale osseuse (lien:it01). Pour un meilleur effet, l’exercice inten­sif devrait être pra­ti­qué avant la prise d’un repas riche en pro­téines. Une sup­plé­men­ta­tion en gly­cine (lien:icwy) peut accroître ses effets (voir mon article Compléments alimentaires).

Pour un entre­tien de toute la mus­cu­la­ture, le plus simple est d’inclure des exercices lents avec haltères. Il n’est pas néces­saire de fré­quen­ter une salle de sports, car tous ces exer­cices peuvent être faits à domi­cile avec un mini­mum de maté­riel — sans machine coû­teuse et encom­brante.

Les exer­cices rapides sont utiles s’ils ne blessent pas les arti­cu­la­tions, et sous condi­tion de les pra­ti­quer sur des périodes courtes. Exemple : quelques minutes de sprint bien conduit (voir détails dans mon article) qui per­met d’augmenter la consom­ma­tion maxi­male d’oxygène (VO2max lien:71uu) et donc de main­te­nir la san­té car­diaque, ain­si que de pro­duire dans les jours qui suivent un flux impor­tant d’hor­mone de crois­sance humaine (HGH lien:v2fc) et de tes­to­sté­rone (lien:awy2) qui contre­carrent le vieillis­se­ment. Bien que pré­sente en moindre quan­ti­té chez les femmes, la tes­to­sté­rone est aus­si essen­tielle au main­tien de l’activité.

Un cœur défaillant dans sa par­tie gauche refoule du sang dans les artères et les veines, ce qui se tra­duit sou­vent par des jambes enflées. Si la défaillance concerne le ven­tri­cule droit, le sang est refou­lé dans les pou­mons, entraî­nant une insuf­fi­sance res­pi­ra­toire et de la toux. On peut sim­ple­ment faire du sprint en mon­tant quelques étages par les esca­liers, minu­teur en main… Mais après avoir véri­fié (par une épreuve d’effort) qu’on ne souffre d’aucun pro­blème car­dio­vas­cu­laire.

L’exercice d'endurance pra­ti­qué comme une acti­vi­té aéro­bie à faible niveau (lien:1gl8) est impor­tant en com­plé­ment de l’exercice contre résis­tance, sous condi­tion d’être par­fai­te­ment dosé (voir par exemple la règle « 180 – votre âge » dans mon article Exercice d'endurance). Il per­met de mettre en place la « machine à brû­ler les graisses », ren­for­çant le sys­tème immu­ni­taire, contri­buant à une aug­men­ta­tion de la consom­ma­tion maxi­male d’oxygène et à une bonne régu­la­tion de la gly­cé­mie et de l’insuline.

L’étude de Gries KJ et al. (2018 lien:glk8) por­tant sur des sep­tua­gé­naires hommes et femmes en bonne san­té, dont cer­tains ont fait régu­liè­re­ment de l’exercice aéro­bie pen­dant 50 ans (typi­que­ment 7 heures par semaine) confirme les béné­fices de cette pra­tique de longue durée en termes de consom­ma­tion maxi­male d’oxygène (VO2max lien:71uu), de san­té car­dio­vas­cu­laire et de qua­li­té des tis­sus mus­cu­laires. Le VO2max était meilleur chez celles et ceux qui avaient pra­ti­qué à haute inten­si­té (en vue de com­pé­ti­tion) qu’à inten­si­té modé­rée (simple mise en forme). Le VO2max des hommes ayant sui­vi un entraî­ne­ment inten­sif était simi­laire à celui d’hommes 35 ans plus jeunes, tan­dis que celui de femmes à entraî­ne­ment modé­ré était simi­laire à celui de femmes 15 ans plus jeunes. Les mêmes dif­fé­rences ont été obser­vées au niveau du rythme car­diaque maxi­mal.

La capil­la­ri­sa­tion et l’activité enzy­ma­tique aéro­bie des muscles sque­let­tiques (lien:qt0n) était com­pa­rable entre les sujets entraî­nés âgés et des sujets entraî­nés bien plus jeunes (25 ans en moyenne), tou­te­fois sans dif­fé­rence mar­quée selon l’intensité de l’exercice.

Ces résul­tats, bien enten­du, per­mettent une esti­ma­tion des béné­fices en termes de mor­ta­li­té, d’espérance de vie et de résis­tance aux mala­dies. Les cher­cheurs remarquent qu’il est peut‐être plus facile de main­te­nir la forme méta­bo­lique des muscles sque­let­tiques avec un exer­cice aéro­bie tout au long de la vie que des aspects plus cen­traux du sys­tème car­dio­vas­cu­laire (lien:glk8).

D’autre part, la perte de mobi­li­té qui entraîne en cas­cade une dimi­nu­tion de l’usage des muscles n’est pas, comme on l’entend sou­vent, une fata­li­té liée à « l’âge ». Elle peut résul­ter de trau­ma­tismes liés à des chocs très anciens — chutes acci­den­telles, coups reçus pen­dant l’enfance etc. — dont on n’a pas plei­ne­ment « récu­pé­ré ». Ces trau­ma­tismes se tra­duisent entre autres par des dépla­ce­ments de fas­cias (lien:wttc) dont les contrac­tions influencent la dyna­mique mus­cu­laire, et qu’une pra­tique de soin manuel comme le yukidō (lien:f4s8) per­met de remettre en ordre. Andréine Bel écrit dans « Le sou­ve­nir du corps » (lien:a7u2) :

Le corps se sou­vient du plai­sir et du déplai­sir, des joies et des peines qui l’ont mar­qué. Comme un chat échau­dé, il évite ensuite ce qui lui est néfaste et choi­sit ce qui lui est pro­pice.

Mais il garde aus­si trace des chutes et des chocs qui l’ont secoué et meur­tri. Bien sûr, on se relève, on n’est pas mort, on conti­nue sa route. Mais la fra­gi­li­té engen­drée tra­vaille à bas bruit. Un mois, un an plus tard… un symp­tôme se déclenche : il suf­fit d’une grosse fatigue, d’un sou­ci, d’un stress inha­bi­tuel pour que scia­tique, lum­ba­go, syn­drome des jambes sans repos, sinu­site, acou­phènes etc. se déclarent.

Ces maux bénins, qui sou­vent passent spon­ta­né­ment et sans encombre, dans ce cas deviennent chro­niques, quoi que l’on tente pour les faire dis­pa­raître. Ils res­tent bénins en cela qu’ils ne s’attaquent pas à l’organisme qui reste sain. Mais ils peuvent deve­nir si inva­li­dants au quo­ti­dien que par­fois seule la chi­rur­gie est envi­sa­gée, ou des trai­te­ments lourds avec leur kyrielle d’effets secon­daires, pour faire taire la dou­leur et l’inconfort.

Optimiser les bénéfices

De nom­breuses per­sonnes âgées « font de l’exercice » à l’occasion de sor­ties enca­drées par des clubs, qu’il s’agisse de ran­don­née — chez les moins spor­tives — ou de pra­tiques plus éner­giques comme la marche nor­dique (lien:bgjt). Ces acti­vi­tés se pré­sentent comme une com­bi­nai­son judi­cieuse du plai­sir d’être dans la nature, du lien social et des effets béné­fiques de l’effort phy­sique. Pour être franc, il me paraît pré­fé­rable de dis­so­cier ces trois fonc­tions… En effet, une pra­tique en groupe peut se tra­duire par un sous‐entraînement (inef­fi­cace pour la mise en forme) ou un sur‐entraînement contre­pro­duc­tif voire dan­ge­reux — cf. mon article Overdose d'exercice, danger. Il est clair que les condi­tions opti­males de l’exercice varient consi­dé­ra­ble­ment d’une per­sonne à l’autre, selon son âge, son état de san­té et son niveau d’entraînement. Il est donc pré­fé­rable de réser­ver les sor­ties col­lec­tives au plai­sir de se ren­con­trer dans un bel envi­ron­ne­ment, et de pré­voir des acti­vi­tés plus courtes mais fré­quentes et régu­lières qui sol­li­citent l’organisme selon un pro­to­cole d’entraînement soi­gneu­se­ment « cali­bré ». Par exemple, veiller à por­ter un car­dio­fré­quen­ce­mètre pour régler l’intensité d’une acti­vi­té aéro­bie à faible niveau (lien:1gl8).

La durée de l’exercice est aus­si un fac­teur déter­mi­nant de réus­site. Même muni d’un car­dio­fré­quen­ce­mètre, ce n’est pas une bonne idée de se lan­cer dans un par­cours jusqu’à ce qu’on res­sente de l’essoufflement. Cette fatigue est un aver­tis­se­ment de l’organisme qu’on devra igno­rer s’il faut encore par­cou­rir le che­min du retour. Les alpi­nistes savent que la plu­part des acci­dents en mon­tagne se pro­duisent pen­dant la redes­cente… Plutôt qu’une sor­tie spor­tive de durée aléa­toire à pied ou à vélo, on peut s’offrir une ou deux séances quo­ti­diennes de 30 à 50 minutes de vélo d’appartement, au rythme car­diaque opti­mal, en s’arrêtant dès l’apparition de la fatigue. Il reste du temps pour des pro­me­nades en famille ou entre amis, sans hâte et sur­tout sans défi ath­lé­tique !

Exercer son cerveau

Il convient d’ajouter à tout cela les exer­cices qui sol­li­citent notre sens de l’équilibre, ceux qui mobi­lisent nos capa­ci­tés de mémo­ri­sa­tion, de rai­son­ne­ment et de clas­si­fi­ca­tion, enfin ceux qui, comme la musique, exercent notre sens de l’esthétique. Car le cer­veau (lien:gjkp) est un organe comme les autres qui a besoin de fonc­tion­ner pour s’entretenir…

Et se régé­né­rer ? Santiago Ramon y Cajal (1852–1934), prix Nobel de phy­sio­lo­gie et de méde­cine en 1906, avait éta­bli que le cer­veau humain adulte ne pro­dui­sait pas de nou­veaux neu­rones « une fois les sources de crois­sance et de régé­né­ra­tion irré­vo­ca­ble­ment taries ». Mais il lais­sait la porte ouverte : « Ce sera à la science du futur de chan­ger, si pos­sible, ce rude décret » (Cité dans Le Monde, 25/3/2019). Une contra­dic­tion opti­miste a vu le jour avec les tra­vaux de Moreno‐Jiménez EP et al. (2019 lien:sa7i) qui ont obser­vé la for­ma­tion de nou­veaux neu­rones dans l’hip­po­campe humaine (lien:vhds) chez des sujets jusqu’à un âge avan­cé (plus de 80 ans). Cette neu­ro­gé­nèse est for­te­ment per­tur­bée chez les patients d’Alzheimer (lien:mvpj). Il reste à com­prendre com­ment elle peut être favo­ri­sée par des médi­ca­ments ou une meilleure hygiène de vie.

Chapman SB et al. (2016 lien:542o) ont sui­vi à Dallas (Texas) pen­dant 12 semaines un échan­tillon de 67 per­sonnes « séden­taires » (peu entraî­nées) en bonne san­té de 56 à 75 ans qu’ils ont répar­ties en trois groupes. Le pre­mier pra­ti­quait un entraî­ne­ment cog­ni­tif (pro­gramme SMART lien:8mwa), le second de l’exer­cice phy­sique aéro­bie (3 heures par semaine) et le troi­sième était le groupe témoin. Cette expé­rience a mon­tré via des obser­va­tions en IRM (lien:3895) que l’entraînement cog­ni­tif avait un impact spé­ci­fique sur les facul­tés de rai­son­ne­ment alors que l’exercice phy­sique aéro­bie (lien:kpsf) amé­lio­rait la mémoire par accrois­se­ment du flot san­guin dans l’hip­po­campe (lien:vhds).

Nous pou­vons perdre 1 à 2% de flux san­guin céré­bral tous les 10 ans, et ce dès l’âge de 20 ans, indique le doc­teur Mark D’Esposito, pro­fes­seur de neu­ros­cience et co‐auteur de l’étude. Ce gain de 8% chez les per­sonnes du deuxième groupe prouve à quel point on peut récu­pé­rer des années de déclin cog­ni­tif puisque le flux san­guin est lié à la san­té neu­ro­nale.

(Traduit sur le site Top Santé lien:n6dk)

Dans la dis­cus­sion, les auteurs font réfé­rence au rap­port Cognitive Aging : Progress in Understanding and Opportunities for Action (2015 lien:5kpe) selon lequel les pra­tiques d’entraînement cog­ni­tif et phy­sique seraient bien plus béné­fiques si elles étaient mises en place avant que des dégra­da­tions notables aient vu le jour. Cette pro­po­si­tion est appuyée par des études récentes démon­trant la pos­si­bi­li­té d’améliorer les fonc­tions cog­ni­tives et/ou de ralen­tir leur déclin au stade pré­coce de la mala­die d’Alzheimer avec des thé­ra­pies occu­pa­tion­nelles (lien:bioe) ou des pra­tiques comme la musique et la médi­ta­tion (lien:oaes) plus effi­ca­ce­ment qu’avec des thé­ra­pies médi­ca­men­teuses. L’essai cli­nique DAPA (Lamb SE et al., 2018 lien:ptle) sur la démence a tou­te­fois mon­tré que com­men­cer un pro­gramme d’exercices une fois que la mala­die est déjà bien éta­blie n’a qu’une valeur très limi­tée : l’exercice amé­liore la san­té mais ne retarde pas l’aggravation des capa­ci­tés cog­ni­tives (voir article en fran­çais lien:8lfx). Il est donc ici sur­tout ques­tion de pré­ven­tion.

Dans leur étude mul­ti­cen­trique Advanced Training in Vital Elderly (ACTIVE) sui­vant 2802 adultes ini­tia­le­ment âgés de plus de 65 ans et en bonne san­té, Edwards JD et al. (2017 lien:vkcb) ont mesu­ré l’effet sur la sur­ve­nue de démence de trois formes d’entraînement cog­ni­tif : la mémoire, le rai­son­ne­ment et la vitesse de trai­te­ment de l’information. Ces inter­ven­tions amé­lio­raient l’exécution de tâches quo­ti­diennes chez les sujets entraî­nés. Toutefois, la réduc­tion de cas de démence n’a été obser­vée signi­fi­ca­ti­ve­ment, au bout de 10 ans, qu’avec l’entraînement à la vitesse. Les auteurs pré­cisent :

Jusqu’à 10 ses­sions de for­ma­tion ont été dis­pen­sées sur une période de 6 semaines, avec jusqu’à quatre ses­sions de for­ma­tion de rap­pel déli­vrées à 11 mois, et une seconde série de ses­sions de rap­pel jusqu’à quatre ses­sions au bout de 35 mois. Les éva­lua­tions des résul­tats ont été effec­tuées immé­dia­te­ment après l’intervention et à des inter­valles de plus de 10 ans. […]

260 cas de démence ont été diag­nos­ti­qués pen­dant le sui­vi. L’entraînement à la vitesse de trai­te­ment entraî­nait une dimi­nu­tion du risque [rela­tif] de démence (rap­port des risques [HR] 0.71, inter­valle de confiance à 95% [IC] 0.50–0.998, p = 0.049) com­pa­ré au groupe de contrôle, mais pas l’entraînement à la mémoire et au rai­son­ne­ment (HR 0.79, IC 95% 0.57–1.11, P = 0.177 et HR 0.79, IC à 95% 0.56–1.10, P = 0.163, res­pec­ti­ve­ment). Chaque séance d’entraînement sup­plé­men­taire était asso­ciée à un risque de démence infé­rieur de 10% (HR non ajus­tée, 0.90, IC à 95%, 0.85–0.95, p < 0.001).

ACTIVE protocole
La for­ma­tion avan­cée en appren­tis­sage cog­ni­tif chez les per­sonnes âgées (ACTIVE). Les par­ti­ci­pants ont été ran­do­mi­sés dans l’un des quatre groupes d’entraînement et éva­lués immé­dia­te­ment après la for­ma­tion ou un délai équi­valent. Les éva­lua­tions ont été réa­li­sées à 1, 2, 3, 5 et 10 ans. Un sous‐groupe de par­ti­ci­pants a sui­vi quatre séances sup­plé­men­taires de for­ma­tion de rap­pel à 11 mois et de nou­veau à 35 mois. Source : lien:vkcb

Les cher­cheurs ajoutent (lien:vkcb) :

Pour situer nos résul­tats dans un contexte plus large, la réduc­tion du risque de démence de 22,7% par l’entraînement à la vitesse contre 28,8% chez le groupe de contrôle donne un risque rela­tif de 78,8% sur 10 ans. L’ampleur de cet effet est supé­rieure à la réduc­tion par des médi­ca­ments anti‐hypertenseurs du risque rela­tif d’événements car­dio­vas­cu­laires majeurs comme les acci­dents vas­cu­laires céré­braux, les mala­dies coro­na­riennes ou l’insuffisance car­diaque, où le trai­te­ment est asso­cié à une réduc­tion de risque rela­tif de 20 à 40% sur 3 à 5 ans.

Ils recon­naissent tou­te­fois qu’une étude défi­ni­tive de l’efficacité de l’entraînement cog­ni­tif sur la démence devrait viser le diag­nos­tic cli­nique comme résul­tat pri­maire.

hydratation

water-1Des études montrent que plus de 70% des per­sonnes âgées (et des enfants) vivant en France sont en insuf­fi­sante hydra­ta­tion (voir page lien:y2lx). La sous‐hydratation pré­cède la sen­sa­tion de soif, qui est déjà un signal de détresse. Parmi les signes alar­mants : migraines, insom­nies, consom­ma­tion exces­sive de sel, cal­culs rénaux… Dans une étude pré­sen­tée par l’American Stroke Association (2015), plus de la moi­tié des 168 per­sonnes hos­pi­ta­li­sées pour un AVC isché­mique (lien:f42s) étaient déshy­dra­tées, et les pro­blèmes se sont aggra­vés ou sont res­tés les mêmes chez 42% des patients déshy­dra­tés, contre seulement 17% des patients hydra­tés (2015 lien:cs0n).

Contrairement à une idée reçue, la sous‐hydratation est plus fré­quente en hiver.

Chez les per­sonnes âgées, les méca­nismes régu­la­teurs fonc­tionnent moins bien, au point de ne plus res­sen­tir la soif et de tom­ber dans un état chro­nique de déshy­dra­ta­tion (lien:10ni) aggra­vé par la prise de médi­ca­ments diu­ré­tiques (lien:njpi). Les étés cani­cu­laires ont révé­lé dra­ma­ti­que­ment ce dys­fonc­tion­ne­ment.

Il est donc vital pour cha­cun de mettre en place des habi­tudes de bois­son régu­lière, pen­dant ou avant les repas, en consom­mant une eau de source de bonne qua­li­té à tem­pé­ra­ture modé­rée.

Pour plus de détails, consul­ter mon article Boisson.

sommeil

sleep-cat-hiLe sommeil est une des fonc­tions vitales les plus impor­tantes pour béné­fi­cier de lon­gé­vi­té en bonne san­té. J’ai connu des per­sonnes qui sus­ci­taient l’admiration en décla­rant qu’elles ne dor­maient que deux ou trois heures par nuit… J’avoue avoir long­temps cru ce qu’affirmaient cer­tains « experts » sei­tai (lien:vwym) : en amé­lio­rant les capa­ci­tés de l’organisme à récu­pé­rer la fatigue et réagir aux agres­sions de son envi­ron­ne­ment, on dimi­nue­rait dras­ti­que­ment son besoin de som­meil. Effectivement, j’étais fier de consta­ter, à mon tour, que mon temps de som­meil avait net­te­ment dimi­nué pen­dant la période exal­tante de décou­verte de cet art de vivre.

Ceux qui répan­daient ce dis­cours sont morts pré­ma­tu­ré­ment, vic­times d’accidents car­diaques ou céré­braux qu’ils n’avaient pas anti­ci­pé dans leur sagesse incom­men­su­rable… En réa­li­té, le som­meil, en qua­li­té comme en quan­ti­té, joue un rôle consi­dé­rable sur la quan­ti­té (et la qua­li­té) des années qui nous sont don­nées à vivre.

Pendant le som­meil, le cer­veau est libé­ré du contrôle de nos fonc­tions vitales, de sorte que l’énergie acti­vée par le cœur est dis­po­nible aux autres cel­lules de notre corps. Ce flot d’énergie per­met aux cel­lules de s’hydrater, de se net­toyer, de pré­pa­rer le gly­co­gène (lien:necd) dont elles auront besoin le len­de­main, enfin de se répa­rer. C’est aus­si pen­dant le som­meil, prin­ci­pa­le­ment, que l’organisme met en route la pro­duc­tion d’hor­mone de crois­sance humaine (Human Growth Hormone, HGH lien:v2fc) qui gère la syn­thèse des pro­téines (recons­truc­tion de la masse mus­cu­laire et osseuse), mobi­lise les réserves lipi­diques et dimi­nue l’oxydation des glu­cides dans les tis­sus.

Si nos cel­lules sont pro­gram­mées pour dépendre exces­si­ve­ment du glu­cose four­ni par la nour­ri­ture, ou si nous avons man­gé tard des ali­ments digé­rés len­te­ment, notre cer­veau reste enga­gé dans la diges­tion, le som­meil vient dif­fi­ci­le­ment, et nous sommes faci­le­ment réveillé par la demande de glu­cose de notre orga­nisme. Par contre, si nous avons habi­tué notre orga­nisme à uti­li­ser les corps gras comme prin­ci­pale source d’énergie, et si nous nous met­tons au lit après un repas très léger (ou trois heures mini­mum après le repas), la demande d’énergie est satis­faite et la décon­nexion du cer­veau se fait avec une moindre dif­fi­cul­té.

Notre cer­veau a lui aus­si besoin d’énergie pour exé­cu­ter des tâches qui lui incombent : les rêves ont une fonc­tion régé­né­ra­trice et mettent de l’ordre dans les infor­ma­tions accu­mu­lées pen­dant l’état de veille. Les cel­lules mémo­rielles de l’hip­po­campe (lien:vhds) confi­gurent les cel­lules voi­sines dans leur fonc­tion d’apprentissage. Les expé­riences des neu­ro­psy­cho­logues montrent par exemple qu’une nuit de som­meil per­met de mémo­ri­ser plus faci­le­ment des infor­ma­tions engran­gées la veille et décla­rées impor­tantes avant de s’endormir.

Il existe une cor­ré­la­tion entre la taille de l’hippocampe et les per­for­mances mné­siques : la mémoire de tra­vail (lien:2k16) récu­père des infor­ma­tions issues de la mémoire sen­so­rielle (lien:9aty) pour les entre­po­ser dans la mémoire à long terme (lien:1vqw). La taille de l’hippocampe dimi­nue avec l’âge, mais tous les jours de nou­velles cel­lules sont créées pour rem­pla­cer celles qui dis­pa­raissent, sous condi­tion que le pro­ces­sus de mémo­ri­sa­tion (dont une phase incon­tour­nable se situe pen­dant le som­meil) soit régu­liè­re­ment sol­li­ci­té.

Quelques indi­ca­tions pour une amé­lio­ra­tion du som­meil sont don­nées dans mon article Une éducation du sommeil. Des tra­vaux récents (voir mon article sur le sommeil) montrent qu’un som­meil quo­ti­dien de trop longue durée peut aus­si être annon­cia­teur d’acci­dent vas­cu­laire céré­bral (AVC lien:jrzg) chez une per­sonne âgée.

Se réconcilier avec l’involontaire

J’ai déve­lop­pé la notion de gymnastique involontaire dans le cadre du cha­pitre sur l'exercice. Sans reve­nir sur les détails, voi­ci la clé des pra­tiques semi‐involontaires : se mettre à l’écoute des sen­sa­tions. Il s’agit des sen­sa­tions internes, qu’il convient de ne pas confondre avec le « res­sen­ti » qui en est une inter­pré­ta­tion. Cette écoute est faci­li­tée par la décou­verte des para­mètres des sen­sa­tions et des besoins qu’elles signalent (Le Corps accor­dé lien:bphq, p. 60–66).

La réha­bi­li­ta­tion de l’involontaire paraît aller de soi, à pre­mière vue. Or c’est un che­min semé d’embûches, tel­le­ment nous avons été condi­tion­nés à recou­rir à des thé­ra­pies pour effa­cer le moindre symp­tôme : fièvre, dou­leur, ten­sion, fatigue… Ce condi­tion­ne­ment est ren­for­cé par la croyance qu’il suf­fi­rait de se détour­ner de la méde­cine « allo­pa­thique » pour « reve­nir à la Nature » — boire des tisanes ou consul­ter des ostéo­pathes, chi­ro­prac­teurs, homéo­pathes, acu­punc­teurs etc. à l’apparition du moindre bobo ! Je n’ai rien contre ces pra­tiques, ma cri­tique est seulement celle d’une dépen­dance thé­ra­peu­tique qui ne se recon­naît pas comme telle.

La fuite vers un « natu­rel » fan­tas­mé et la consom­ma­tion de thé­ra­pies « alter­na­tives » sont conco­mi­tantes à l’attirance vers une pen­sée magique défiant la ratio­na­li­té. Il est déses­pé­rant d’être confron­té à une telle démis­sion de la pen­sée cri­tique chez des professionnel·le·s de san­té ayant sui­vi un cur­sus uni­ver­si­taire. Encore plus de lire ou entendre leurs conseils pro­di­gués sur le web ou dans des confé­rences publiques, face à un audi­toire déjà pri­son­nier de ces sys­tèmes de croyance. Le New Age (lien:sres) conti­nue à faire beau­coup de dégâts…


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