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Overdose d’exercice ➜ danger

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La litté­ra­ture médi­cale est unanime à recon­naître qu’une pratique raison­nable d’exer­cice est indis­pen­sable à tout âge de la vie humaine. Il reste à quali­fier ce « raison­nable »… Sportif profes­sion­nel ou amateur, la lecture de cet article — et la mise en pratique de ses recom­man­da­tions — pour­rait vous sauver la vie !

L’activité physique contri­bue à une augmen­ta­tion de l’espé­rance de vieN1, et plus inté­res­sant de l’espé­rance de vie sans inca­pa­cité (EVSIN2) — voir mon article Vivre bien et longtemps. Les cas d’ex­cep­tion tels que Winston ChurchillN3 qui a tenu 90 ans en clai­ron­nant “no sport, just whisky and cigars!” ne font pas école…

Le sport, le jogging, l’exer­cice en salle de sport ou chez soi, la pratique d’une danse dyna­mi­sante, bref tout ce qui contri­bue à la « mise en forme » est aujourd’­hui valo­risé dans le monde entier. Le marché des services et acces­soires de culture physique est un des plus floris­sants dans les pays indus­tria­li­sés (voir articleN4).

Sommaire

Trois questions

Trois ques­tions méritent d’être posées :

  1. Être en forme est-il un gage de bonne santé ?
  2. Est-il préfé­rable de prati­quer de l’exercice d'endurance ou un entraînement de haute intensité ? Ou les deux ?
  3. À quelles doses ?

La réponse à la première ques­tion est défi­ni­ti­ve­ment « non ». Les raisons en sont expo­sées dans la première partie de l’ou­vrage The Slow Burn Fitness Revolution (Hahn F, Eades MR & MD, 2003N5) dont j’ai traduit de larges extraits (voir mon article). La distinc­tion entre forme (fitness) et santé (health) sur laquelle ils ont construit leur argu­men­ta­tion se retrouve dans de nombreux articles. Il n’est pas néces­saire, pour s’en convaincre, d’adhé­rer à leur vision de la muscu­la­tion en extrême lenteur (Slow Burn) comme seule pratique recom­man­dable : une approche moins restric­tive est propo­sée dans l’ou­vrage de Mark Sisson et Brad Kearns (2016N6).

Ceci nous conduit à la deuxième ques­tion : que recom­man­der ? Je présente sur ce site l’exercice d'endurance et l’entraînement fractionné de haute intensité comme deux pratiques complé­men­taires indis­pen­sables au main­tien de la santé, au-delà d’une simple « mise en forme ». L’une ne remplace pas l’autre. Chacune est source de béné­fices — ainsi que de risques dont il va être ques­tion ici.

La ques­tion du dosage et de la fréquence de l’exer­cice est liée au constat que de nombreux adeptes — amateurs ou profes­sion­nels — d’une acti­vité physique inten­sive vieillissent mal, contrai­re­ment à leurs attentes. Certains sont même victimes d’une insuf­fi­sance cardiaqueN7 ou d’un acci­dent vascu­laire céré­bralN8 dont les causes sont recher­chées ailleurs que dans leur suren­traî­ne­ment : malfor­ma­tion congé­ni­tale, etc. Nous verrons plus bas que de telles expli­ca­tions peuvent corres­pondre à un déni de réalité. D’autres athlètes, confron­tés à une dimi­nu­tion de leurs perfor­mances, renoncent à la compé­ti­tion et réduisent ou aban­donnent leur entraî­ne­ment. La déchéance qui s’en­suit est mise sur le compte de « l’âge », alors qu’ils/elles auraient pu la ralen­tir, si ce n’est l’évi­ter, en appre­nant à cibler l’exer­cice en réponse à leurs besoins — voir mon article Exercice d'endurance.

Dr. Philip Maffetone écritN9 :

Le suren­traî­ne­ment est tradi­tion­nel­le­ment décrit comme une dimi­nu­tion de la perfor­mance spor­tive résul­tant d’un volume et/ou d’une inten­sité d’en­traî­ne­ment exces­si­ve­ment accru(s), et de la compé­ti­tion. Mais la situa­tion dans son ensemble est souvent diffi­cile à évaluer car le problème peut être complexe et néces­si­ter une approche globale. Le suren­traî­ne­ment est un déséqui­libre ou une mauvaise adap­ta­tion au stress physique, biochi­mique et/ou psycho-émotionnel dans la vie d’un athlète. Bien qu’il puisse être trom­peur et se déve­lop­per presque sans aver­tis­se­ment, le suren­traî­ne­ment peut nuire à la santé tout en nuisant à tous les aspects de la perfor­mance humaine, y compris le plai­sir de l’exer­cice du sport.

Si le concept de base du suren­traî­ne­ment en tant que déséqui­libre paraît simple, sa complexité et l’absence d’un diag­nos­tic basé sur un unique test peuvent égale­ment contri­buer à l’absence de consen­sus sur sa défi­ni­tion entre athlètes, entraî­neurs, prati­ciens de santé et scien­ti­fiques. Ceci malgré des recherches appro­fon­dies sur le stress physique, biochi­mique et psycho-émotionnel datant de près d’un siècle. Le résul­tat est que ce trouble commun et grave peut ne pas être traité, en parti­cu­lier aux stades précoces, et rend sa préven­tion encore plus difficile.

Selon cette pers­pec­tive, le suren­traî­ne­ment est envi­sagé comme un syndrome (un ensemble de symp­tômes affec­tant la forme et la santé) au même titre que le syndrome d’épui­se­ment profes­sion­nel (burnoutN10) qui lui ressemble : on peut défi­nir l’en­traî­ne­ment comme la somme du travail (workout) et de la récu­pé­ra­tion. Quand le premier est exces­sif ou/et la seconde insuf­fi­sante, le suren­traî­ne­ment (ou le burnout) prend placeN9. P. Maffetone précise :

L’un des objec­tifs de l’exercice est d’augmenter le stress de l’entraînement au-dessus du niveau normal afin de promou­voir une meilleure santé et une meilleure condi­tion physique, ce qui entraîne de meilleures perfor­mances compé­ti­tives. Cet état est appelé dépas­se­ment fonc­tion­nel.

Dépasser le seuil de stress du corps, avec un entraî­ne­ment exces­sif et/ou une récu­pé­ra­tion réduite (une équa­tion d’entraînement déséqui­li­brée) peut induire un stress physique exces­sif et une mauvaise adap­ta­tion. La tran­si­tion du dépas­se­ment fonc­tion­nel vers non-fonctionnel est décrite ici comme l’ap­pa­ri­tion du surentraînement.

Les recherches des récentes décen­nies en méde­cine du sport et en biomé­de­cine, complé­tées par l’ex­pé­rience d’en­traî­neurs spor­tifs eux-mêmes confron­tés à la « limite d’âge », permettent de voir un peu plus clair dans les diverses formes d’en­traî­ne­ment. Dans la préface de Ready, Set, GO ! Synergy Fitness (Campbell P, 2006N11), Marilyn DeMartini écrit (p. 7) :

La science et l’ex­pé­rience nous montrent comment équi­per nos corps en guerre contre le vieillis­se­ment. […] Si vous vous conten­tez d’ac­cep­ter un tour de taille crois­sant, une baisse d’éner­gie, une dimi­nu­tion de l’ap­pé­tit sexuel ou une sensa­tion de malaise géné­ra­lisé, ce livre ne vous est pas destiné.

Je dirais la même chose de ma publi­ca­tion… On continue ? 🙂

Le surentraînement

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Dans l’entraînement fractionné de haute intensité (N12), les dosages sont pré-établis : il s’agit d’exer­cice frac­tionné sous deux aspects. En mode Maximum Sustained Power (N6, p.149), on pousse le mouve­ment ou la posture à la limite de l’ef­fort : « l’échec » du muscle est signe de la réus­site de l’exer­cice. Impossible d’al­ler plus loin, cette limite étant vite atteinte en raison de l’in­ten­sité : rare­ment plus de cinq répé­ti­tions d’un simple mouve­ment, ou plus de 2 ou 3 minutes dans une posture. Il s’en­suit un temps de récu­pé­ra­tion pendant lequel l’or­ga­nisme mobi­lise ses ressources pour compen­ser la dépense muscu­laire excep­tion­nelle. Cette alter­nance d’ef­fort et de repos exerce de multiples effets béné­fiques sur le méta­bo­lisme en géné­ral (en plus de la crois­sance des muscles).

Autre aspect du frac­tion­ne­ment : les séances d’en­traî­ne­ment de haute inten­sité sont courtes (typi­que­ment de 4 à 30 minutes) et doivent être espa­cées de 48 heures au mini­mum (voire plus chez une personne âgée) pour lais­ser le temps à l’or­ga­nisme de recons­truire les fibres muscu­laires et d’ac­croître leur vascu­la­ri­sa­tion. Cette période d’at­tente peut être esti­mée à la durée des courbatures.

Dans l’exer­cice rapide (sprint), des limites précises de temps et de fréquence sont stric­te­ment défi­nies — voir Sisson et Kearns (2016N6, p.185–205) et mon article Entraînement fractionné de haute intensité – pratique.

En respec­tant ces limites, il y a peu de risque d’over­dose d’en­traî­ne­ment de haute inten­sité, tant qu’on ne s’ex­pose pas à un claquage en s’obs­ti­nant à fran­chir une limite arti­cu­laire ou muscu­laire… La pratique en extrême lenteur est un bon moyen de préve­nir ce genre d’ac­ci­dent car elle empêche l’uti­li­sa­tion de l’iner­tie (prendre son élan) pour augmen­ter la force. La pratique en extrême rapi­dité, à l’op­posé, sprint ou Tabata limite l’exer­cice à 4 minutes. Même si le rythme cardiaque approche son maxi­mum, l’exer­cice rapide est trop court pour entraî­ner une alté­ra­tion irré­ver­sible du myocarde (voir ci-dessous) — avec toute­fois des réserves au sujet du Tabata, voir mon article Entraînement fractionné de haute intensité - pratique.

La ques­tion du dosage reste problé­ma­tique dans l’exercice d'endurance. Le problème est moins tech­nique que cultu­rel : prati­quer un sport est pour beau­coup une affaire de compé­ti­tion, que ce soit avec les autres ou avec soi-même — le « dépas­se­ment de soi ». On peut le consta­ter en écou­tant les moti­va­tions des coureurs à pied ou des cyclistes. Certains déclarent s’exer­cer pour le plai­sir, ce qui est certai­ne­ment le cas des randon­neurs. D’autres voudraient perdre ou éviter de prendre du poids et acqué­rir une meilleure capa­cité cardio-pulmonaire. Quant aux plus doués, ils s’en­traînent pour amélio­rer leurs perfor­mances et parti­ci­per à des compé­ti­tions. Celles et ceux qui ne s’en tiennent pas au plai­sir ont tendance à mesu­rer leur « forme » en termes de distance parcou­rue ou de vitesse moyenne. Il existe main­te­nant toutes sortes d’ob­jets permet­tant d’en­re­gis­trer ces para­mètres et de les traduire en termes de « calo­ries consom­mées » ou encore de vitesse maxi­male aéro­bie (VMAN13) et consom­ma­tion maxi­male d’oxygène (VO2maxN14) si l’on dispose d’un maté­riel sophistiqué.

Parler d’over­dose n’est pas exagéré pour dési­gner un risque asso­cié à l’ob­ses­sion de la perfor­mance dans une pratique physique. J’entends souvent des spor­tifs parler de fran­chir un « seuil de douleur » pour atteindre un état d’eu­pho­rie (ce que Mark Sisson désigne par “black hole”) et d’une forme d’ad­dic­tion liée à ce fran­chis­se­ment. J’ai failli perdre la vie en m’éva­nouis­sant paisi­ble­ment au fond d’une piscine, à 14 ans, alors que je m’exer­çais (sans surveillance) à nager en apnée le plus long­temps possible…

Dans son article Overtraining is a dirty word, Phil Maffetone écrit (2019N15) :

Le suren­traî­ne­ment, mieux défini comme un trouble du spectre en trois étapes [N9], comprend un large éven­tail de bles­sures physiques, biochi­miques et mentales-émotionnelles, presque toujours évitables. Le suren­traî­ne­ment est doulou­reux et coûteux. Même les personnes qui ne font pas d’exer­cice peuvent déve­lop­per le même état physio­lo­gique que le suren­traî­ne­ment, bien qu’il s’agisse d’un épui­se­ment profes­sion­nel (burnout) qui peut surve­nir chez les diri­geants d’en­tre­prise, les parents, les étudiants et d’autres personnes forte­ment surmenées.

36e marathon de Paris
36e mara­thon de Paris le 15 avril 2012.
(Photo de Trago/Getty Images)
Source : N16

La méde­cine des sports étudie très sérieu­se­ment les effets du suren­traî­ne­ment. La plupart des articles que j’ai consul­tés dans son corpus de publi­ca­tions concernent la pratique du mara­thon, une disci­pline très popu­laire du fait son acces­si­bi­lité — un maillot et une bonne paire de chaus­sures pour tout équi­pe­ment — augmen­tée de sa dimen­sion symbo­lique (voir articleN17). Il est donc facile de recru­ter des mara­tho­niens pour une étude obser­va­tion­nelle et de les suivre sur une longue durée. Ils sont souvent étudiants ou profes­sion­nels de santé.

Les conclu­sions des travaux sur les mara­tho­niens — aussi bien l’ef­fet béné­fique de la pratique modé­rée que les mises en garde contre l’ex­cès d’exer­cice — s’ap­pliquent à toute la caté­go­rie « exercice d'endurance » (cyclisme, nata­tion, marche rapide etc.) ce qui exclut l’entraînement fractionné de haute intensité, le body buil­ding et certains sports comme par exemple l’hal­té­ro­phi­lie ou le saut en hauteur.

Bénéfices et risques de l’exercice d’endurance

Les effets posi­tifs de l’exer­cice d’en­du­rance sur le système vascu­laire sont connus, notam­ment une augmen­ta­tion du diamètre des artères (Green DJ et al., 2012N18) qui a pour effet de retar­der le vieillissement.

La pres­sion sanguine en péri­phé­rie dimi­nue, ainsi que le rythme cardiaque, ce qui béné­fi­cie aux patients hyper­ten­dus (Cornelissen VA et al., 2011N19). Toutefois, les données semblent incom­plètes pour ce qui concerne la pres­sion sanguine centrale (Sharman JE et al., 2005N20).

Un entraî­ne­ment immo­déré peut produire l’ef­fet inverse de celui souhaité (perte de poids) en raison de la produc­tion de corti­solN21 en excès qui peut accroître l’insulinorésistance (N22) et conduire à de l’obésité abdo­mi­nale (voir pageN23), en même temps que dimi­nuer le nombre de lympho­cytes NK (N24 Natural Killers) et par cela affai­blir le système immu­ni­taire.

En cardio­lo­gie, le danger d’un excès d’exer­cice d’en­du­rance a été mis en évidence par Wilson M et al. (1985N25) : les cher­cheurs ont étudié la santé (morpho­lo­gie, fonc­tion­ne­ment du cœur, fibrose du myocardeN26) d’un groupe de vété­rans spor­tifs (50 à 67 ans, ayant couru au mini­mum 100 mara­thons) comparé à un groupe témoin non spor­tif (52 à 69 ans) et un troi­sième de jeunes athlètes (26 à 40 ans). Ils ont décelé des patho­lo­gies chez les vété­rans spor­tifs direc­te­ment corré­lés à la durée et l’inten­sité de leur pratique, ainsi qu’au nombre de mara­thons courus en compé­ti­tion. Les données suggèrent un lien de causa­lité entre une pratique exces­sive de l’exer­cice d’en­du­rance et la fibrose du myocarde.

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Des travaux plus récents (ex. La Gerche A et al., 2012N27 ; O’Keefe JH et al., 2012N28) ainsi que l’ex­pé­ri­men­ta­tion animale (voir Begoña B et al., 2011N29) ont conduit à des résul­tats simi­laires, bien qu’ils fassent encore l’ob­jet de contro­verses dans le milieu de la cardio­lo­gie spor­tive (voir Sharma S & Zaidi A, 2011N30 ; Levine D., 2014N31). La confé­rence TED du cardio­logue James H. O’Keefe est instruc­tive à ce sujet (voir vidéoN32).

Auteurs de l’ar­ticle Increased Coronary Artery Plaque Volume Among Male Marathon Runners, Schwartz RS et al. (2014N33) ont comparé la santé cardiaque de 50 mara­tho­niens vété­rans (au mini­mum une compé­ti­tion par an durant 25 ans) et 23 hommes séden­taires. Ils ont observé chez les premiers une augmen­ta­tion du volume de la plaque arté­rielle coro­naire (de 126 à 200 mm3), du volume de plaque calci­fiée (de 44 à 84 mm3) et non-calcifiée (de 82 à 116 mm3). Par contre, pas de diffé­rence statis­tique en ce qui concerne les surfaces, longueurs et nombre de lésions, ni les sténosesN34.

Les examens en IRMN35 de Breuckmann F et al. (2009N36) ont mis en évidence un risque accru de “late gado­li­nium enhan­ce­ment”N37 du muscle cardiaque chez une centaine de mara­tho­niens appa­rem­ment en bonne santé. Je ne comprends rien à cette tech­nique de mesure, mais le résul­tat est un facteur prédic­tif d’infarc­tus du myocardeN38.

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Adaptation du muscle cardiaque à l’exer­cice inten­sif
d’en­du­rance chez des athlètes d’âge moyen
Source : N39

Plus récem­ment, Redel HG (2014N39) a conduit une étude sur des hommes de 40 à 65 ans prati­quant le mara­thon. L’adaptation physio­lo­gique du myocardeN40 à des efforts inten­sifs de longue durée doit être distin­guée d’une défor­ma­tion patho­lo­gique qui peut appa­raître chez certains sujets (voir figure). La dila­ta­tion touche prin­ci­pa­le­ment l’atriumN41 et le ventri­culeN42 droit (qui alimente l’ar­tère pulmo­naire). L’auteur déclare que les effets à long terme de ces alté­ra­tions méri­te­raient d’être étudiés plus en détail. L’existence d’un risque lié à une défor­ma­tion perma­nente fait l’ob­jet de contro­verses ; elle néces­si­te­rait des études longi­tu­di­nales (suivi de chaque athlète) sur plusieurs décen­nies utili­sant l’IRMN35 (voir pageN43).

De nombreuses études ont rapporté des accrois­se­ments de marqueurs séro­lo­giques de dété­rio­ra­tion cardio­mus­cu­laire pendant ou juste après la parti­ci­pa­tion à un mara­thon. Des travaux utili­sant l’IRM et le late gado­li­nium enhan­ce­mentN37 ont toute­fois révélé que ces marqueurs reve­naient à la normale au bout de 24 à 48 heures. Il s’agi­rait donc d’al­té­ra­tions tempo­raires sans consé­quences cliniques. Cette réver­si­bi­lité écar­te­rait le risque de nécrose myocar­diale (N38 infarctus).

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Mécanismes de fibril­la­tion atriale
Source : N39

Par contre, chez les sujets étudiés par HG Redel, un risque signi­fi­ca­tif de déve­lop­pe­ment de fibril­la­tion atrialeN44 a été observé. La figure ci-contre donne la liste des méca­nismes impliqués.

Chez les athlètes prati­quant de l’en­traî­ne­ment de haute inten­sité, un durcis­se­ment des parois des artères a pu être observé (Otsuki T et al., 2007N45), mais ils peuvent l’évi­ter en augmen­tant progres­si­ve­ment l’in­ten­sité sans agir sur le volume (Casey DP, 2007N46), ce qui corres­pond à la pratique actuelle, voir mon article Entraînement fractionné de haute intensité – pratique.

L’étude de Möhlenkamp S et al. (2008N47) signale une préva­lence d’athé­ro­sclé­roseN48 par dépôt calcaire chez des mara­tho­niens confir­més âgés de plus de 50 ans.

Les arrêts cardiaques pendant un mara­thon sont rela­ti­ve­ment peu fréquents (Kim JH et al., 2012N49). Leur fréquence augmente toute­fois avec l’âge des coureurs. De plus, 50% d’entre eux se produisent pendant le dernier mile (1.6 km) de la course.

HG Redel conclut que les athlètes qui s’en­traînent inten­si­ve­ment, et plus parti­cu­liè­re­ment les coureurs d’âge moyen ou seniors, devraient être aver­tis qu’ils s’ex­posent à un risque accru de compli­ca­tions cardio­vas­cu­laires. Un suivi médi­cal cardio­lo­gique est donc vive­ment recom­mandé. Il serait prudent pour les seniors de se conten­ter d’un demi-marathon « pour le plai­sir » plutôt que de se mesu­rer dans la compétition.

L’Association euro­péenne pour la préven­tion et la réha­bi­li­ta­tion cardio­vas­cu­laireN50European Association of Cardiovascular Prevention and Rehabilitation) a émis des recom­man­da­tions pour le suivi des personnes d’âge moyen et des seniors enga­gés en amateurs dans une pratique spor­tive (voir Borjesson M et al., 2011N51). Les experts recom­mandent l’uti­li­sa­tion de l’élec­tro­car­dio­gramme au repos, en complé­ment de l’exa­men clinique, mais aussi pendant l’exer­cice pour les personnes les plus à risque.

Le coup de chaleur d’exercice

Ce coup de chaleur survient subi­te­ment, ce qui le rend impré­vi­sible et parti­cu­liè­re­ment dange­reux, chez des personnes expo­sées à une forte chaleur pendant de l’exer­cice d’en­du­rance (jogging etc.) ou un travail manuel inten­sif. Il se traduit notam­ment par une hyper­ther­mie (tempé­ra­ture centrale de l’organisme supé­rieure à 40 °C) et par une détresse neuro­lo­gique (fatigue, maux de tête, vertiges, coma), ainsi que par des troubles du rythme cardiaque. Laurent Grélot écrit (2019N52) :

Le coup de chaleur d’exercice consti­tue une urgence vitale abso­lue. En effet, il s’accompagne d’un syndrome de réponse inflam­ma­toire systé­mique ou SRIS [N53], d’une coagu­la­tion intra­vas­cu­laire dissé­mi­née, et in fine d’une défaillance multi­vis­cé­rale (avec ou sans insuf­fi­sance hépa­tique [N54]).

[…] Le point de départ pour­rait être que l’effort intense et prolongé en ambiance chaude augmente la tempé­ra­ture interne. La paroi intes­ti­nale s’en trou­ve­rait perméa­bi­li­sée vis-à-vis des bacté­ries à Gram néga­tif [N55] de notre micro­biote diges­tif, lesquelles pour­raient enva­hir le corps et deve­nir une source d’endotoxines. Cette situa­tion indui­rait une éléva­tion explo­sive de la tempé­ra­ture centrale : une réac­tion inflam­ma­toire se mettrait en place suite à l’élévation du taux de lipo­po­ly­sac­cha­rides (LPS [N56] circu­lants (un compo­sant de la membrane des bacté­ries qui est aussi une endo­toxine) et une baisse des anti­corps anti-LPS, sur un fond de cyto­kines [N57] pro-inflammatoires (des molé­cules qui sont des agents essen­tiels du système immu­ni­taire). Cette augmen­ta­tion de tempé­ra­ture accen­tue­rait la perméa­bi­li­sa­tion de la paroi intes­ti­nale, plon­geant l’organisme dans un cercle vicieux ther­mique catas­tro­phique, et parfois fatal.

On retien­dra que l’ibupro­fène [N58], d’usage courant, faci­lite le déve­lop­pe­ment de cette endo­toxé­mie dans un contexte de travail physique long et intense, faisant possi­ble­ment le lit du coup de chaleur d’exercice.

[…] il est essen­tiel d’expliquer au travailleur (ou au joggeur) que les réponses physio­lo­giques à la chaleur ne suivent pas linéai­re­ment l’élévation des tempé­ra­tures ambiantes. Dès que cette dernière dépasse 35–36°C (c’est-à-dire la tempé­ra­ture de notre peau dans ce contexte), l’air nous réchauffe conti­nuel­le­ment, et n’est donc plus le milieu dans lequel notre propre chaleur peut se dissi­per. Il existe donc un effet de seuil. Pour cette raison, il est vrai­ment dérai­son­nable, parce que le danger est démul­ti­plié, de prati­quer la course à pieds dès que la tempé­ra­ture ambiante dépasse 36°C.

Une forme de burn-out

Une équipe de l’INSERM (Blain B et al., 2019N59) a travaillé pendant neuf semaines avec 37 triath­lètes répar­tis en deux groupes. Le premier sous entraî­ne­ment normal de haut niveau, le second soumis à une surcharge d’entraînement au cours des trois dernières semaines de l’expérience. Le suivi a été assuré au niveau compor­te­men­tal et par l’ana­lyse d’IRM fonc­tion­nelle. Les cher­cheurs expliquent :

Il y a quelques décen­nies, une super­star du mara­thon au sommet de sa carrière a soudai­ne­ment cessé de courir pendant plusieurs années, prétex­tant un épui­se­ment mental et physique en l’ab­sence de bles­sure appa­rente. Cet état de fatigue extrême est au cœur de ce qu’on appelle syndrome de suren­traî­ne­ment, une forme d’épui­se­ment profes­sion­nel qui frappe les athlètes dans divers types de sports d’en­du­rance. Au-delà de la fatigue subjec­tive, le syndrome de suren­traî­ne­ment est carac­té­risé objec­ti­ve­ment par une dimi­nu­tion des perfor­mances qui persiste au-delà d’une période de repos substan­tielle. Il peut égale­ment être accom­pa­gné de modi­fi­ca­tions cardiaques et endo­cri­niennes, ainsi que de symp­tômes asso­ciés à la dépres­sion, tels que l’apa­thie, l’ir­ri­ta­bi­lité, l’agi­ta­tion, l’in­som­nie ou la perte d’ap­pé­tit. Les méca­nismes sous-jacents restant incon­nus, le syndrome de suren­traî­ne­ment repré­sente un problème majeur pour les athlètes et les entraî­neurs et une cause poten­tielle de la pratique du dopage.

Ici, nous suggé­rons qu’un méca­nisme neuro­nal pour­rait être à la base des effets d’un entraî­ne­ment physique exces­sif. Plus spéci­fi­que­ment, notre idée est que la surcharge d’entraînement induit une fatigue dans le système céré­bral de contrôle cognitif.

L’étude a montré que l’ex­cès d’activité spor­tive entraî­nait une réduc­tion de l’activité du cortex préfron­tal laté­ral simi­laire à celle obser­vée lors d’un effort intel­lec­tuel. Elle se carac­té­rise par une inhi­bi­tion du contrôle cogni­tif qui se traduit par des déci­sions impul­sives, privi­lé­giant les grati­fi­ca­tions à court terme plutôt que les buts à long terme. Les cher­cheurs estiment que la fatigue et la réduc­tion du contrôle cogni­tif pour­raient consti­tuer une première étape dans le déve­lop­pe­ment d’un syndrome de burn-out. Ils concluent (2019N59) :

[…] nos résul­tats four­nissent la première démons­tra­tion que la surcharge d’en­traî­ne­ment physique induit une fatigue du système céré­bral de contrôle cogni­tif, asso­ciée à des déci­sions écono­miques plus impul­sives. Ils suggèrent un méca­nisme neuro­nal qui pour­rait expli­quer non seule­ment pour­quoi les athlètes en suren­traî­ne­ment ne parviennent pas à surmon­ter les signaux de douleur ou de fatigue, mais aussi pour­quoi ils risquent de se doper, ce qui peut contri­buer à une perfor­mance immé­diate mais compro­mettre des perfor­mances à long terme. Ils pour­raient égale­ment expli­quer l’augmentation des syndromes de fatigue obser­vés chez les amateurs de sports extrêmes, tels que l’ultra-trail, qui peuvent mettre en danger non seule­ment le cœur et les genoux, mais aussi le cerveau. Enfin, ces résul­tats pour­raient peut-être être éten­dus à d’autres types de surcharge de travail et ont donc des appli­ca­tions non seule­ment pour l’entraînement spor­tif, mais égale­ment pour la gestion du travail et les soins de santé, car une surcharge de travail est l’une des voies possibles du syndrome d’épuisement professionnel.

À retenir…

Une étude appro­fon­die de la litté­ra­ture scien­ti­fique sur les risques cardio­vas­cu­laires d’un excès d’exer­cice d’en­du­rance a été menée par O’Keefe J et al. (2012) : Potential Adverse Cardiovascular Effects From Excessive Endurance ExerciseN28.

Les points essen­tiels se résument ainsi :

Heart_conduct_atrialfib
Fibrillation auri­cu­laire
Heart_conduct_sinus
Rythme sinu­sal
Source : N44
  • Les personnes qui s’en­traînent régu­liè­re­ment ont des taux signi­fi­ca­ti­ve­ment moins élevés de handi­cap et une espé­rance de vie moyenne augmen­tée de 7 ans par rapport à celles physi­que­ment inac­tives. Toutefois, une dose limite existe au-delà de laquelle les effets adverses de l’exer­cice dépassent ses bénéfices.
  • L’exercice inten­sif chro­nique soutenu peut causer de la fibrose cardiaqueN60, parti­cu­liè­re­ment dans les atriaN41, le septum inter­ven­tri­cu­laireN61 et le ventri­cule droit, créant un milieu propice à des aryth­mies atrialesN44 [voir figure] et ventriculaires.
  • Un exer­cice exces­sif chro­nique soutenu peut aussi être asso­cié à de la calci­fi­ca­tion arté­rielle (athé­ro­sclé­roseN48), une dysfonc­tion dias­to­liqueN62 et un durcis­se­ment des parois des grandes artères.
  • Les athlètes vété­rans de l’en­du­rance dans des sports comme le mara­thon, l’ultra-marathonN63 ou le cyclisme profes­sion­nel ont 5 fois plus de risque de fibril­la­tion atrialeN44 (auri­cu­laire).
  • Les efforts de l’exer­cice d’en­du­rance inten­sif provoquent souvent une augmen­ta­tion de marqueurs de dété­rio­ra­tion cardio­mus­cu­laire asso­ciés à des réduc­tions tempo­raires de la frac­tion d’éjec­tionN64 du ventri­cule droit.

Les auteurs concluent :

À présent, sur la base de l’ex­pé­ri­men­ta­tion animale et humaine, le béné­fice cardio­vas­cu­laire d’un exer­cice d’en­traî­ne­ment aéro­bique vigou­reux semble augmen­ter propor­tion­nel­le­ment à la dose jusqu’à envi­ron une heure quoti­dienne, au-delà de laquelle la pour­suite de l’en­traî­ne­ment produit moins de bien­faits, et peut même provo­quer des effets adverses cardio­vas­cu­laires chez certains individus.

Les recom­man­da­tions de consen­sus d’ac­ti­vité physique et de santé publique de l’American Heart Association et de l’American College of Sports Medicine sont, pour les adultes, un mini­mum de 150 minutes par semaine d’exer­cice d’en­du­rance modéré, et 75 minutes par semaine d’exer­cice d’en­du­rance vigou­reux [soit, respec­ti­ve­ment, 21 et 10 minutes par jour]. Ces recom­man­da­tions suggèrent aussi que de plus fortes doses d’exer­cice d’en­du­rance [modéré] peuvent être néces­saires chez certains groupes, notam­ment ceux à risque de mala­die coro­na­rienne (30 à 60 minutes par jour), les adultes essayant d’évi­ter le surpoids ou l’obé­sité (45 à 60 minutes par jour) et les anciens obèses qui cherchent à ne pas reprendre de poids (60 à 90 minutes par jour). Les recom­man­da­tions mettent aussi en garde contre l’aug­men­ta­tion de bles­sures musculo-squelettales et d’ac­ci­dents cardio­vas­cu­laires consé­cu­tifs à l’exer­cice d’en­du­rance inten­sif.

On peut noter que ces recom­man­da­tions concernent la durée de l’exer­cice aéro­bie mais ne disent rien de son inten­sité, sauf mention vague d’un exer­cice d’en­du­rance « modéré ». Or, depuis les années 1970, les obser­va­tions cliniques de méde­cins du sport comme Philip Maffetone (2010N65, p. 70–78) ont montré comment déter­mi­ner le rythme cardiaque à partir duquel l’or­ga­nisme ne peut plus s’ap­pro­vi­sion­ner en aéro­bieN66 et doit mettre en route un proces­sus anaé­ro­bie pour répondre à l’ef­fort supplé­men­taire. C’est la prolon­ga­tion de ce proces­sus anaé­ro­bie (privi­lé­giant la consom­ma­tion de sucre) qui est dange­reuse pour la santé, et qui de surcroît limite les perfor­mances. Développer une bonne « machine aéro­bie » néces­site donc un entraî­ne­ment d’en­du­rance juste au-dessous de cette limite. Lire à ce sujet « La formule 180 – votre âge » et « Le MAF Test » dans mon article Exercice d'endurance. Le MAF-GPS TestN67 permet notam­ment d’amé­lio­rer les perfor­mances sans bascu­ler dans le surentraînement.

Dans son article sur le suren­traî­ne­mentN9, Phil Maffetone décrit en détail les trois niveaux possibles ainsi que les mesures qu’un athlète devrait prendre pour en sortir. Il conclut :

Reconnaître le syndrome de suren­traî­ne­ment à un stade précoce peut aider à maxi­mi­ser les perfor­mances humaines tout en restant en bonne santé. Ce proces­sus commence par un proces­sus d’éva­lua­tion continu simple qui évalue les signes et les symp­tômes physiques, biochi­miques et psycho-émotionnels. Le MAF Test peut être un outil impor­tant pour détec­ter de manière objec­tive le suren­traî­ne­ment, parfois avant l’ap­pa­ri­tion des symp­tômes. Il est plus facile de réta­blir les perfor­mances spor­tives aux niveaux précé­dents lors du niveau 1 du suren­traî­ne­ment, le niveau 2 néces­si­tant plus de temps et d’ef­forts. Le niveau 3 du suren­traî­ne­ment est une mala­die plus grave et diffi­cile à trai­ter. Globalement, la préven­tion est le meilleur remède, permet­tant aux indi­vi­dus de réali­ser leur poten­tiel spor­tif et de main­te­nir cet état plus longtemps.

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Article créé le 19/06/2016 - modifié le 7/10/2021 à 05h48

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