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Nutrition : qui écouter ?

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Objet de contro­verses, enjeu médi­cal, cultu­rel, éthique et poli­tique, la nutri­tion est le rap­port le plus intime et le plus vital de notre corps au monde exté­rieur. Elle occupe aus­si nos pen­sées en rai­son des nom­breuses options ouvertes dans une socié­té de (rela­tive) abon­dance.

Impo­sées ou choi­sies, les pra­tiques nutri­tion­nelles exercent une influence sur notre san­té et notre bien-être. Un corps bien nour­ri fonc­tionne mieux, c’est du simple bon sens.

Tou­te­fois, la dis­pa­ri­té des recom­man­da­tions en matière de nutri­tion, et la plé­thore de régimes sup­po­sés res­tau­rer notre san­té, quand ce n’est pas sau­ver la pla­nète, conduit à un cer­tain désar­roi. Au final, ce matra­quage de recettes engendre un scep­ti­cisme à l’é­gard d’in­jonc­tions contra­dic­toires — à défaut sim­plistes, du style « cinq fruits et légumes par jour », voir le com­men­taire de Roland Cash (2008N1)…

Une des rai­sons de la vacui­té des recom­man­da­tions nutri­tion­nelles offi­cielles pour­rait être attri­buée aux biais métho­do­lo­giques des enquêtes sur les­quelles elles s’ap­puient. Ces tra­vaux exploitent des cor­pus de don­nées col­lec­tées par des méthodes « basées sur la mémoire » dont la per­ti­nence est mise en doute par cer­tains cher­cheurs — voir mon article Faut-il jeter les enquêtes nutri­tion­nelles ?

Bien que la pro­fes­sion de dié­té­ti­cien nutri­tion­nisteN2 soit régu­lée en France, je suis atter­ré par la médio­cri­té de recom­man­da­tions for­mu­lées en public par cer­tains pro­fes­sion­nels de san­té. Voir par exemple : Le mythe du pH (san­guin) lié à « l’a­ci­di­té » des ali­ments, une légende urbaine pro­pa­gée par de nom­breux « natu­ro­pathes »… Les patients adhèrent volon­tiers à un récit sim­pliste qui peut se tra­duire, sur des caté­go­ries d’a­li­ments, par un éti­que­tage « bon » ou « mau­vais » ! À l’i­mage du Nutri-scoreN3, voir mon article Vivre bien et long­temps.

Ce constat d’é­chec des recom­man­da­tions nutri­tion­nelles ne se limite bien enten­du pas à la France : les médias en parlent dans tous les pays à « haut niveau de déve­lop­pe­ment ». Une rai­son majeure de cet échec est la pres­sion exer­cée sur les « experts » par les indus­triels de l’a­gro-ali­men­taire (et de la phar­ma­cie). Aux USA, par exemple, une équipe a mesu­ré l’in­ci­dence des conflits d’in­té­rêts avec les acteurs de l’in­dus­trie ali­men­taire et phar­ma­ceu­tique au sein du Comi­té consul­ta­tif pour les lignes direc­trices dié­té­tiques pour les Amé­ri­cains (Die­ta­ry Gui­de­lines for Ame­ri­cans, DGA) en 2020–2025 (Mia­lon M & al., 2022N4) :

Notre ana­lyse a révé­lé que 95 % des membres du comi­té avaient des liens d’in­té­rêt avec l’in­dus­trie ali­men­taire et/ou phar­ma­ceu­tique et que cer­tains acteurs, notam­ment Kel­logg, Abbott, Kraft, Mead John­son, Gene­ral Mil­ls, Dan­non et Inter­na­tio­nal Life Sciences, avaient des liens avec plu­sieurs membres. Le finan­ce­ment de la recherche et l’ap­par­te­nance à un conseil consultatif/exécutif repré­sen­taient conjoin­te­ment plus de 60 % du nombre total d’in­for­ma­tions sur les pays d’o­ri­gine docu­men­tées.

Consom­ma­tion d’a­li­ments aux USA.
Source : Nutri­tion Coa­li­tion

Tou­jours aux USA, le patron de la Food and Drug Admi­nis­tra­tion de 1990 à 1997, décla­rait en 2018 : « Nous avons échoué dans nos recom­man­da­tions dié­té­tiques à l’égard de la popu­la­tion. » Mal­gré cela, les « experts en nutri­tion  » s’obs­tinent à répé­ter un dis­cours for­ma­té depuis des décen­nies par les indus­triels de l’a­gro-ali­men­taire. Car les citoyens amé­ri­cains ont bien sui­vi ces recom­man­da­tions (voir graphe ci-des­sus) mais cela n’a pas pour autant empê­ché l’o­bé­si­té, le dia­bète, les mala­dies car­dio­vas­cu­laires ni les mala­dies neu­ro-dégé­né­ra­tives de conti­nuer à grim­per en flèche !

Il serait tou­te­fois hasar­deux de pré­tendre que les humains se nour­ris­saient mieux dans « l’an­cien temps »… Grâce à la tra­duc­tion de cen­taines de manus­crits (Mc Dowell AG, 2011N5), on dis­pose aujourd’­hui de don­nées pré­cises sur la pra­tique nutri­tion­nelle des anciens Égyp­tiens. Dans The Arrow #155, Michael Eades écrit :

Pour­quoi le régime ali­men­taire des pre­miers Égyp­tiens est-il impor­tant ? Parce qu’ils ont lais­sé un mil­lion de momies de cette époque. La plu­part des docu­ments archéo­lo­giques anciens sont uni­que­ment des sque­lettes. Les don­nées rela­tives aux momies égyp­tiennes com­prennent des tis­sus mous.

Les anciens Égyp­tiens sui­vaient un régime ali­men­taire qui serait aujourd’­hui le nir­va­na de tout nutri­tion­niste. Beau­coup de pain com­plet, pas de sucre (le sucre n’est appa­ru que vers 1025 après J.-C.), une quan­ti­té minus­cule de viande rouge, voire aucune, des légumes et un peu de pois­son.

Pour­tant, les momies de ces anciens habi­tants montrent qu’ils étaient atteints de toutes les mala­dies que les « experts » nutri­tion­nels d’au­jourd’­hui vous diraient que le régime ali­men­taire de l’É­gypte ancienne per­met d’é­vi­ter. Ils souf­fraient de caries den­taires hor­ribles, d’o­bé­si­té, d’in­flam­ma­tion et d’a­thé­ro­sclé­rose, même à un âge pré­coce. Il est donc clair que leur régime ali­men­taire ne leur a pas été d’un grand secours.

Une mise à jour de la for­ma­tion au regard des don­nées récentes de la science me paraît urgente. Leur confu­sion s’a­joute à celle de thé­ra­peutes « alter­na­tifs » qui per­sistent à culti­ver (et trans­mettre) des croyances dont l’i­nep­tie a été démon­trée depuis long­temps.

Taty Lau­wers l’ex­prime en ces termes (2018N6 page 107) :

Les conseils dié­té­tiques offi­ciels, tels qu’ils sont relayés par les media ou les asso­cia­tions d’éducation nutri­tion­nelle, ne sont que de néces­saires recom­man­da­tions de trou­peau, loin d’être suf­fi­sants, assu­ré­ment pas uni­ver­sels.

Les injonc­tions nutri­men­taires par­fois très strictes de l’une ou l’autre école nutri­tion­niste ne sont sou­vent que la part visible d’un ice­berg… celui de la soif de recon­nais­sance de leur gou­rou. Il se peut que, jus­te­ment, ces normes-là cor­res­pondent à votre pro­fil. Tant mieux pour vous, car vous venez de trou­ver tout de suite votre voie idéale.

Que faire si, par hasard, votre per­son­na­li­té bio­lo­gique ne cor­res­pond à aucun de ces sché­mas ? Ou si vous ne sou­hai­tez pas inves­tir votre éner­gie et votre temps en essais longs et mul­tiples ?

Riche d’une longue expé­rience de nutri­tion­niste, Lau­wers a mis au point le concept de pro­fi­lage ali­men­taireN7 qui consiste à recher­cher un mode ali­men­taire opti­mal pour cha­cun.

Il est fré­quent — et, pour beau­coup, agréable — d’en­tendre dire que la méde­cine est un art plu­tôt qu’une science, ver­sion défor­mée d’af­fir­ma­tions de phi­lo­sophes du siècle der­nier — entre autres Hen­ri Berg­son — qui la voyaient comme un art ET une science. Mais, dans la pen­sée New AgeN8 domi­nante, celle qui com­mande de « vider la tête », la dimen­sion scien­ti­fique est éva­cuée et rem­pla­cée par l’in­tui­tion, donc la mise en veilleuse de toute pen­sée ana­ly­tique, géné­ra­li­sante, cri­tique. Cette même manière de (ne pas) pen­ser vaut pour la nutri­tion : la seule véri­té est mon expé­rience per­son­nelle, celle que de méchants scien­ti­fiques écartent comme une don­née « anec­do­tique »… Pour­quoi pas, mais, dans ce cas, puis-je émettre des recom­man­da­tions appli­cables à d’autres que moi-même ?

Ce qui nour­rit cette vision popu­liste est la faus­se­té d’é­tudes nutri­tion­nelles dont les conclu­sions servent de pré­texte à des conseils ou aver­tis­se­ments dif­fu­sés par les auto­ri­tés sani­taires (et les indus­triels de l’a­gro-ali­men­taire). Voir mon article Faut-il jeter les enquêtes nutri­tion­nelles ? Mais l’exis­tence de mau­vaises pra­tiques scien­ti­fiques suf­fit-elle à condam­ner toute la science ?

Dans deux articles sur ce sujet, j’ai fait part de mon expé­rience per­son­nelle (en 2009) de la chro­no-nutri­tion®N9 pro­po­sée par Dr Alain Dela­bos et col­lègues (2013N10). Aucun témoi­gnage per­son­nel ne peut pré­tendre à une por­tée scien­ti­fique. Il reste donc anec­do­tique mais peut ouvrir des pistes de réflexion. Cette pra­tique ali­men­taire que j’ai adop­tée en 2009 parais­sait répondre aux besoins de mon orga­nisme, que ce soit l’é­li­mi­na­tion du sur­poids (ma moti­va­tion ini­tiale) ou le bon état géné­ral confir­mé par des bilans san­guins — voir mon article Chro­no­nu­tri­tion – expé­rience. Je ne pré­tends pas qu’elle convienne à tout le monde, ni qu’elle me convienne à tout moment, bien qu’elle s’ap­puie sur l’hy­po­thèse de la chro­no­nu­tri­tion, un terme géné­rique appa­ru dans des publi­ca­tions récentes en chro­no­bio­lo­gieN11.

Des tra­vaux expé­ri­men­taux convergent vers le constat que les effets des ali­ments sont variables selon le moment de leur inges­tion dans le rythme nyc­thé­mé­ralN12 (nuit/jour) qui gou­verne notre sys­tème hor­mo­nal. Une mise en pers­pec­tive scien­ti­fique de cette pra­tique me paraît donc sou­hai­table, qu’on la fasse sienne ou non. Le point com­mun entre les diverses obser­va­tions de méca­nismes nutri­tion­nels est leur carac­tère oscil­la­toire sur une période de 24 heures. Ce domaine de recherche pour­rait donc se limi­ter à la bio­lo­gie cir­ca­dienneN13 plu­tôt qu’à la chro­no­bio­lo­gie au sens large.

Il est vrai­sem­blable que plu­sieurs méca­nismes oscil­la­toires fonc­tionnent en concur­rence dans notre orga­nisme, indui­sant une forte varia­bi­li­té indi­vi­duelle, d’où l’é­chec d’une approche nor­ma­tive. La déter­mi­na­tion géné­tique des effets de régimes fait l’ob­jet d’ex­pé­ri­men­ta­tion ani­male (Bar­ring­ton WT et al., 2016N14). Tou­te­fois, les ana­lyses pro­po­sées par cer­taines offi­cines ne s’ap­puient pas sur des preuves scien­ti­fiques de l’ef­fi­ca­ci­té d’une nutri­tion per­son­na­li­sée selon sa géné­tique (Anso J, 2026N15).

C’est dans cette varia­bi­li­té que s’ins­crivent les expé­riences d”(ovo-lacto-)végé­ta­rismeN16 qui peuvent être posi­tives ou fran­che­ment néga­tives sur le long terme pour les un·e·s et les autres — voir mon article. Ma mise en garde à ce sujet est que tout régime pri­va­tif com­porte des risques de carences en nutri­ments, y com­pris de ceux dont on ne mesure pas encore plei­ne­ment l’im­por­tance. Le cas de la vita­mine D (voir mon article sur ce sujet) est emblé­ma­tique de la décou­verte récente de désordres méta­bo­liques attri­bués à une défi­cience, mais les médias res­tent silen­cieux sur d’autres nutri­ments impor­tants comme la cho­lineN17 — voir mon article.

Le terme « régime » pos­sède une ambi­guï­té déran­geante qui n’est pas signa­lée dans les dic­tion­naires. De manière indif­fé­ren­ciée, il s’a­git d’une pra­tique ali­men­taire moti­vée par des pré­oc­cu­pa­tions en matière de san­téN18. Or cer­taines pra­tiques sont sup­po­sées pré­ser­ver la san­té sur le long terme, tan­dis que d’autres ne servent qu’à résoudre un pro­blème par­ti­cu­lier. C’est le cas des régimes pri­va­tifs amin­cis­sants : une fois l’ob­jec­tif atteint, le retour à une diète équi­li­brée est inévi­table ; celle-ci est en géné­ral dif­fé­rente de celle qui a pré­cé­dé le régime.

On ne peut pas sug­gé­rer une res­tric­tion calo­rique impor­tante — voir mon article Jeûne et res­tric­tion calo­rique — tout en affir­mant que « ce n’est pas un régime » si elle ne satis­fait pas les besoins de l’or­ga­nisme dic­tés par son mode de vie. Les auteurs qui font la pro­mo­tion de méthodes pour la perte de poids ont ten­dance à écrire que leur pra­tique « n’est pas un régime ». En réa­li­té, ils cherchent plu­tôt à la démar­quer d’autres régimes que leurs lec­teurs ont essayé sans suc­cès. Dans mon article Man­ger et bou­ger ?, j’ai cité par exemple Gary TaubesN19 dénon­çant l’i­nu­ti­li­té de tous les régimes amin­cis­sants pour finir par un éloge du régime AtkinsN20 !

Les vita­mines B12 et K2 et leurs carences sup­po­sées font l’ob­jet de nom­breux articles. D’autres limites du végétarisme/végétalisme sont pré­sen­tées par Denise Min­ger dans un article bien docu­men­té (2016N21). Sur le même sujet, on peut lire son com­men­taire cri­tique (2017N22) de l’ou­vrage How Not To Die de Michael Gre­ger et Gene Stone (2017N23). Ces dis­cus­sions se retrouvent dans mes articles Pour les végan·e·s et Car­ni­vore Code.

Les risques de carences sont élu­dés par des jeunes gens qui font la pro­mo­tion enthou­siaste sur d’in­nom­brables vidéos de leur der­nière trou­vaille nutri­tion­nelle ou d’une pra­tique de « détox ». Elles/ils sont à un âge où l’on peut faire n’im­porte quelle conne­rie — je ne m’en suis pas pri­vé ! Il faut attendre la qua­ran­taine (par­fois plus) pour com­men­cer à « payer la note »… ? Mais rares sont les auteurs qui publient un rec­ti­fi­ca­tif après avoir pris conscience qu’ils s’é­taient four­voyés.

Dans l’é­tude Women’s Cohort Stu­dy (Dun­ne­ram Y et al., 2018N24), le sui­vi pen­dant 4 ans de 14 172 femmes âgées de 35 à 69 ans, en Grande Bre­tagne, a affi­ché des cor­ré­la­tions entre l’âge de sur­ve­nue de la méno­pause (chez 914 d’entre elles) et leurs habi­tudes nutri­tion­nelles : une ration quo­ti­dienne sup­plé­men­taire de légumes était asso­ciée à une année de plus, une ration de pois­son gras à trois années. La vita­mine B6 et le zinc étaient aus­si dans une asso­cia­tion favo­rable. Par contre, le fait de consom­mer fré­quem­ment du riz ou des pâtes était asso­cié à une année et demi de moins. Le végé­ta­risme (décla­ré par cer­taines par­ti­ci­pantes) était lui aus­si asso­cié à une dimi­nu­tion de l’âge de la méno­pause.

Yash­vee Dun­ne­ram et ses col­lègues ont recon­nu qu’il ne s’a­gis­sait que de cor­ré­la­tions sta­tis­tiques — après stra­ti­fi­ca­tion par âges et neu­tra­li­sa­tion de fac­teurs comme le poids et la consom­ma­tion de tabac — sans valeur pro­bante de liens de cau­sa­li­té. Dans la dis­cus­sion (Dun­ne­ram Y et al., 2018N24), ils sou­mettent des hypo­thèses expli­ca­tives en s’ap­puyant sur d’autres études. La pré­co­ci­té de la méno­pause est asso­ciée posi­ti­ve­ment à des risques d’os­téo­po­rose, de dépres­sion ou de mala­dies car­dio­vas­cu­laires, mais néga­ti­ve­ment à ceux de can­cers du sein, de l’u­té­rus ou des ovaires.

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Per­son­na­li­ser la nutri­tion grâce à une pré­dic­tion des réponses gly­cé­miques (à divers ali­ments)…
Source : N25

Au registre de la varia­bi­li­té, les tra­vaux sur le micro­biote intes­ti­nal (N26 ; N27) mettent en évi­dence une dis­pa­ri­té de réponse, selon les indi­vi­dus, à l’ab­sorp­tion d’un même type d’a­li­ment. L’é­tude Per­so­na­li­zed Nutri­tion by Pre­dic­tion of Gly­ce­mic Res­ponses (Zee­vi D. et al., 2015N25) montre par exemple que l’é­lé­va­tion du taux de gly­cé­mie suite à la consom­ma­tion d’un même ali­ment varie consi­dé­ra­ble­ment d’un indi­vi­du à un autre, avec des effets par­fois inver­sés, mais que cette réponse est liée de manière pré­dic­tive à la com­po­si­tion de son micro­biote intes­ti­nal.

Les auteurs en déduisent qu’il est sou­hai­table (et pos­sible) de per­son­na­li­ser les régimes visant à com­battre l’o­bé­si­té ou le dia­bète de type 2N28. Les conclu­sions de leur étude sont résu­mées sur une ani­ma­tion (2015N29) et expo­sées de manière très claire sur une vidéo de l’au­teur prin­ci­pal Eran Segal (2015N30).

Je recom­mande, pour appro­fon­dis­se­ment, la lec­ture du dos­sier thé­ma­tique Régimes ali­men­taires et micro­biote intes­ti­nal dans le numé­ro 9 (octobre 2017) de La Revue des Micro­biotesN31, édi­tée en France par une équipe mul­ti­dis­ci­pli­naire.

La dis­pa­ri­té de réponse aux apports nutri­tion­nels est illus­trée par des tra­vaux visant à éva­luer l’ef­fi­ca­ci­té d’une sup­plé­men­ta­tion en pro­bio­tiquesN32. Voir par exemple le cas de Lac­to­ba­cil­lus gas­se­ri pour le trai­te­ment de l’o­bé­si­té dans mon article Com­plé­ments ali­men­taires.

Source : Ilma­ri Karo­nen (Wiki­pe­dia)

On fran­chit un nou­veau seuil de com­plexi­té en tenant compte du fait que l’in­te­rac­tion entre le micro­biote intes­ti­nal humainN26 et la nature des ali­ments est réci­proque : la « flore intes­ti­nale » (le micro­biote) évo­lue rapi­de­ment en réponse à nos habi­tudes nutri­tion­nelles, outre qu’elle est influen­cée par d’autres fac­teurs de qua­li­té de vie comme l’exer­cice et le som­meil — voir les nom­breuses réfé­rences sur un article d’É­ric Cazin (2018N33).

Le micro­biote intes­ti­nal (radi­ca­le­ment dif­fé­rent dans les diverses par­ties de l’in­tes­tin) n’est par ailleurs qu’une pièce d’un puzzle auquel il fau­drait ajou­ter les flores bac­té­riennes buc­cales et sto­ma­cales… Cer­tains soi­gnants pro­posent l’a­na­lyse des gaz res­pi­ra­toires pour diag­nos­ti­quer les sur­po­pu­la­tions bac­té­riennes à l’o­ri­gine de dys­biosesN34. Cette approche n’a fait l’ob­jet d’au­cun essai cli­nique à ce jour.

Les auteurs de l’é­tude Per­so­na­li­zed Nutri­tion by Pre­dic­tion of Gly­ce­mic Res­ponses (Zee­vi D. et al., 2015N25) n’ont pas encore inclus d’autres fac­teurs comme l’ex­po­si­tion à la lumière, le som­meil, la sai­son etc. Quant à la chro­no­bio­lo­gieN11, elle n’a pas dit son der­nier mot, sachant que les bac­té­ries de nos micro­biotes vivent aus­si en sym­biose avec le rythme nyc­thé­mé­ralN12 — voir La Nou­velle Micro­bio­lo­gie : des micro­biotes aux CRISPR de Pas­cale Cos­sart (2016N35).

Les « bons » et « mau­vais » ali­ments ne sont donc pas obli­ga­toi­re­ment les mêmes pour toute per­sonne à tout âge, en tous lieux et à toute heure… L’é­qui­li­brage contro­ver­sé entre glu­cides et lipides (voir mon article sur ce sujet) et le cas de l’insu­li­no­ré­sis­tanceN36 doivent être abor­dés sous l’angle de cette varia­bi­li­té, en évi­tant toute géné­ra­li­sa­tion hâtive. Le bio­lo­giste Michael Rose explique sur une vidéo (2018N37) que la capa­ci­té d’a­dap­ta­tion à un chan­ge­ment envi­ron­ne­men­tal (notam­ment un choix nutri­tion­nel) dimi­nue avec l’âge, ce qui veut dire concrè­te­ment que les per­sonnes jeunes peuvent sans dif­fi­cul­té modi­fier leur régime ali­men­taire, alors que les plus âgées ont inté­rêt à res­ter proche d’une « diète ances­trale ».

La ten­ta­tion est grande de pré­tendre avoir engran­gé la syn­thèse de ces connais­sances dans une approche thé­ra­peu­tique uni­ver­selle. On peut citer, par­mi de nom­breux cas, Jean-Marc RobinN38, « expert recon­nu de nutri­thé­ra­pie » — bien qu’ab­sent de Google Scho­lar — invi­tant les obèses à un “reset total” (sic) de leur flore intes­ti­nale (lu dans la Lettre du Dr Rueff, 12 mai 2018)…

Ceci n’empêche pas de s’in­té­res­ser aux micro­biotes du sys­tème diges­tif, à com­men­cer par le micro­biote buc­cal qui est la pre­mière bar­rière des bac­té­ries indé­si­rables — voir les articles La bouche, miroir de votre san­té et Exer­cice et san­té intes­ti­nale.

Autre fac­teur de com­plexi­té récem­ment décou­vert : notre sys­tème ner­veux enté­riqueN39 contient cinq fois plus de neu­rones que la moelle épi­nière, ce qui se tra­duit par la méta­phore (un peu idiote) : « L’in­tes­tin est notre deuxième cer­veau ». Ce réseau neu­ro­nal com­mu­nique avec le cœur et le cer­veau dans les deux sens par l’in­ter­mé­diaire du nerf vagueN40, mais on com­mence à remar­quer qu’il inter­agit avec d’autres organes (Rakhi­lin N et al., 2016N41 ; Duke Uni­ver­si­ty, 2016N42).

Voir plus loin…

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Source : N43

La nutri­gé­no­miqueN44 nous apprend que cer­tains nutri­ments pour­raient modi­fier l’ex­pres­sion des gènesN45, avec pour effet de favo­ri­ser ou inhi­ber le déclen­che­ment de mala­dies graves « pro­gram­mées » dans notre génome. Si tel est le cas, notre des­ti­née s’ins­crit en par­tie au quo­ti­dien dans notre assiette.

Il faut veiller tou­te­fois à ne pas som­brer dans l’ortho­rexieN46, un com­por­te­ment carac­té­ri­sé par une réac­tion obses­sion­nelle contre la mal­bouffe. Il reste vrai que le lob­by agro-indus­triel uti­lise ce qua­li­fi­ca­tif pour dis­cré­di­ter les lan­ceurs d’a­lertes qui dénoncent la qua­li­té dou­teuse ou la tra­ça­bi­li­té négli­gée de ses pro­duits.

Pour ce qui relève du choix per­son­nel, mon sen­ti­ment est que toute pres­crip­tion nutri­tion­nelle est basée sur 20 % de science et 80 % de croyance ! Ces chiffres sont pure­ment illus­tra­tifs, mais une approche cri­tique sys­té­ma­tique a été accom­plie par John Ioan­ni­dis et col­lègues (2018N47) affir­mant que 95 % des études en nutri­tion seraient biai­sées.

S’il est indé­niable que la croyance pro­duit des effets, il est rai­son­nable de ne pas négli­ger les 20 % de science. Un écueil à évi­ter est une prise de posi­tion sans nuance en faveur de cer­taines pra­tiques ou ali­ments… La contro­verse pour/contre la cuis­son des légumes est emblé­ma­tique de cette sim­pli­fi­ca­tion abu­sive (voir N48).

Celles et ceux qui res­sentent le besoin (ou la néces­si­té) de « mesu­rer » leur état de san­té avec des outils dis­po­nibles dans la vie quo­ti­dienne peuvent consul­ter les pages très docu­men­tées de Chris Mas­ter­john, notam­ment les tests de gly­cé­mie, corps céto­niques et lac­tates (2025N49) qui per­mettent des ajus­te­ments du régime ali­men­taire et des pra­tiques d’exer­cice.

Par ailleurs, il faut gar­der en mémoire qu’une meilleure pra­tique nutri­tion­nelle est néces­saire mais pas suf­fi­sante à nous main­te­nir en bonne san­té. L’en­traî­neur Jack LaLanneN50 disait : « L’exer­cice est roi et la nutri­tion est reine : avec les deux, vous avez un royaume. » Je recom­mande donc la lec­ture atten­tive des articles clas­sés dans le cha­pitre Exer­cice, sans pour autant ver­ser dans l’ex­cès de ne rai­son­ner qu’en termes de calo­ries — voir mon article Man­ger et bou­ger.

Pour celles et ceux qui souffrent de sur­poids ou d’obé­si­té — j’ai long­temps, et plu­sieurs fois, connu ce désa­gré­ment — bien gar­der pré­sent à l’es­prit que si un thé­ra­peute affirme régler dura­ble­ment ce pro­blème par le seul biais de la nutri­tion, cela veut dire qu’il est ven­deur d’une méthode miracle, de pro­duits, de livres ou de coa­ching… Mises à part de rares excep­tions, l’o­bé­si­té ne s’é­li­mine pas dura­ble­ment par la seule nutri­tion ; l’exer­cice pra­ti­qué avec dis­cer­ne­ment est indis­pen­sable. De même, aucune pra­tique spor­tive n’é­carte dura­ble­ment le risque de sur­poids sans être asso­ciée à une nutri­tion plus saine. J’in­siste sur « dura­ble­ment » pour sou­li­gner qu’on ne peut se fier à une évo­lu­tion favo­rable sur quelques semaines ou quelques mois.

Une assi­mi­la­tion béné­fique des ali­ments implique une moti­li­téN51 cor­recte des organes diges­tifs. On peut lire à ce sujet l’ar­ticle : Que faire face à la consti­pa­tion ? par Chris Mas­ter­john.

Le gri­gno­tage entre les repas est par­ti­cu­liè­re­ment délé­tère car il bloque un « balayage mus­cu­laire » du sys­tème diges­tif, toutes les deux heures — phase III du com­plexe moteur migrantN52 — qui ne se pro­duit que lorsque l’es­to­mac est vide.

Et n’ou­bliez pas le sel !

C’est la com­bi­nai­son judi­cieuse du choix de nos ali­ments et de l’exer­cice avec l’hydra­ta­tion, des com­plé­ments ali­men­taires éven­tuels et un som­meil adap­tés à nos besoins, qui assure notre plein épa­nouis­se­ment et nous pro­tège contre la dégra­da­tion du vieillis­se­ment — voir mon article Vivre bien et long­temps. Tout ce que j’ai publié s’a­dresse en pre­mier aux jeunes de 7 à 77 ans, et bien au-delà depuis que l’es­pé­rance de vie a aug­men­té… 😉

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Article créé le 21/08/2015 – modi­fié le 26/02/2026 à 16h18 • 11 759 visites

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