Longévité

Régime de longévité — cuisine à l’italienne

• Bookmarks: 74 • Comments: 11618


La cui­sine ita­lienne est renom­mée pour sa diver­sité et la richesse de ses saveurs. C’est aussi une qua­lité de l’ou­vrage La dieta della lon­ge­vità — en fran­çais, Le Régime de lon­gé­vité (2018N1) — publié par Valter D. LongoN2, cher­cheur à l’u­ni­ver­sité du sud de Californie. La lec­ture en est pleine d’a­gré­ment et l’au­teur, émigré aux USA, a très bien su mettre en valeur sa culture d’o­ri­gine.

Pour la diver­sité, je retien­drais plutôt l’i­mage d’un res­tau­rant ita­lien expa­trié : on y sert des nour­ri­tures saines et revi­go­rantes — exer­cice d’en­du­rance, entraî­ne­ment frac­tionné de haute inten­sité, jeûne inter­mit­tent, régime simu­lant le jeûne… — mais la plu­part de ces anti­pasti ont été depuis long­temps plé­bis­ci­tés par les avo­cats d’une vie saine. Le Régime de lon­gé­vité ne révèle pas les secrets des super­cen­te­nairesN3 italien·ne·s dont nous aurions besoin pour figu­rer un jour au pal­ma­rès du Gerontology Research GroupN4

Par contre, le « régime » en ques­tion, véri­table plat de résis­tance de cet ouvrage, appelle une lec­ture cri­tique en raison de son carac­tère ico­no­claste. L’auteur se fait l’a­vo­cat d’une pra­tique en déca­lage avec les régimes en vogue et les recom­man­da­tions d’é­quipes de recherche en nutri­tion. Dans les grandes lignes, le Régime de lon­gé­vité défend la cause d’un régime pesco-végétarienN5 — sans viande, œufs ni pro­duits lai­tiers — et le rem­pla­ce­ment quasi inté­gral des pro­téines ani­males par des pro­téines végé­tales.

Valter Longo appuie son propos sur des tra­vaux scien­ti­fiques, dont ceux qu’il a diri­gés ou cosi­gnés. Mais sa démarche est-elle vrai­ment scien­ti­fique ?

Sommaire

Vive la « juventologie » !

Valter Longo - Habitants de l'Équateur atteints du syndrome de Laron
Habitants de l’Équateur atteints du syn­drome de LaronN6

Les pages 41 à 48 sont un brillant plai­doyer pour un chan­ge­ment para­dig­ma­tique ambi­tieux : plutôt que de s’a­char­ner à faire le tri entre diverses théo­ries du vieillis­se­ment, en contes­tant par exemple les théo­ries évo­lu­tion­nistes les plus répan­dues, il convien­drait d’é­tu­dier les condi­tions d’une longue vie en bonne santé. Valter Longo écrit (2018N1 page 46) :

C’est là que ma théo­rie de la lon­gé­vité pro­gram­mée devient cen­trale en affir­mant que com­prendre com­ment et pour­quoi nous vieillis­sons est moins impor­tant que de com­prendre com­ment rester jeunes. Aussi ai-je formé le terme de “juven­to­lo­gie” (du latin juventa, jeu­nesse) à des­sein, pour dési­gner l’é­tude de la jeu­nesse.

L’auteur décrit les résis­tances qu’il a ren­con­trées en défen­dant cette approche, exposé au cloi­son­ne­ment de la recherche aca­dé­mique. Pourtant, sa pro­po­si­tion n’est pas nou­velle. « Comment vivre long­temps en bonne santé » est la ques­tion fon­da­men­tale que se posent de nom­breux cher­cheurs, pra­ti­ciens de santé, entraî­neurs spor­tifs, thé­ra­peutes non conven­tion­nels et adeptes de l’hy­gié­nisme depuis le début du 20e siècle en Occident. Certains y ont apporté des solu­tions proches de celle de Valter Longo, d’autres fran­che­ment à l’op­posé comme par exemple les pra­tiques « végane » et « paléo »…

La chance de Valter Longo a été d’être admis en 1992 dans une équipe de recherche sur la lon­gé­vité à l’u­ni­ver­sité de Californie – Los Angeles (UCLA), où il a pu se former jus­qu’au doc­to­rat, renon­çant à la car­rière musi­cale pour laquelle il avait émigré aux États-Unis (page 48). Au vu des piètres résul­tats de l’ex­pé­ri­men­ta­tion sur des souris, orga­nismes à son avis « trop com­plexes », il est passé au dépar­te­ment de bio­chi­mie pour étu­dier le vieillis­se­ment des levures. Entouré à UCLA d’une équipe excep­tion­nelle — dont « trois Prix Nobel et de nom­breux membres de l’Académie natio­nale des sciences » — il a fait des décou­vertes impor­tantes sur le vieillis­se­ment des cel­lules (de levure), notam­ment que « le sucre était le nutri­ment qui les fai­sait vieillir plus rapi­de­ment et mourir plus tôt, en modi­fiant l’ex­pres­sion des gènes Ras et PKA et en désac­ti­vant les fac­teurs et les enzymes qui les pro­té­geaient de l’oxy­da­tion ». Découverte qu’il a consi­gnée dans sa thèse de doc­to­rat et deux publi­ca­tions — voir sur ce sujet Longo VD (2003N7). Il ajoute (2018N1 pages 53–54) :

Il fallut encore six autres années avant que je puisse publier dans la revue Science mes don­nées sur les gènes acti­vés par les sucres, avec la décou­verte, par mon labo­ra­toire à l’USC [Université de Californie du Sud], des gènes du vieillis­se­ment (Tor et S6K) acti­vés par des acides aminés et des pro­téines [Fabrizio P et al., 2001N8]. Il en fallut huit autres encore avant que plu­sieurs labo­ra­toires ne confirment expé­ri­men­ta­le­ment ces don­nées sur la souris, et dix de plus pour que mon labo­ra­toire four­nisse la pre­mière preuve que les mêmes gènes et les mêmes voies méta­bo­liques pro­tègent aussi les êtres humains des mala­dies liées au vieillis­se­ment, en étu­diant un groupe d’Équatoriens de petite taille, por­teurs d’un récep­teur défec­tueux de l’hor­mone de crois­sance [syn­drome de LaronN6].

La suite de l’his­toire est cap­ti­vante (pages 54, 56) :

Dr. Jaime Guevara-Aguirre (à gauche) et Dr. Valter Longo (à droite) avec des patients du syndrome de Laron qui sont protégés du cancer et du diabète.
Dr. Jaime Guevara-Aguirre (à gauche) et Dr. Valter Longo (à droite) avec des patients du syn­drome de LaronN6 qui sont pro­té­gés du cancer et du dia­bète. Photo : Jake Whitman

C’est en 2011 que nous avons publié l’é­tude la plus impor­tante, dans Translational Medicine [Guevara-Aguirre J et al., 2011N9] : nous y avons démon­tré que ces per­sonnes ne souf­fraient qua­si­ment pas de cancer ni de dia­bète, en dépit d’une ali­men­ta­tion et d’un mode de vie déplo­rable. […] Cette étude a été la pre­mière vraie démons­tra­tion de ma théo­rie sur le vieillis­se­ment, où je pos­tule que des gènes sem­blables ou iden­tiques contrôlent le vieillis­se­ment aussi bien dans les orga­nismes simples (comme les levures) que com­plexes (y com­pris chez l’homme).

Il annonce ensuite des tra­vaux sur les liens entre nutri­ments, gènes, vieillis­se­ment et mala­dies, que l’on peut résu­mer ainsi (page 57) :

L’âge étant le prin­ci­pal fac­teur de risque de déve­lop­pe­ment des mala­dies les plus graves, mieux vaut inter­ve­nir sur le vieillis­se­ment plutôt que de cher­cher à pré­ve­nir et soi­gner les prin­ci­pales mala­dies une par une. […] Nous avons désor­mais les moyens d’in­ter­ve­nir sur le risque de mala­dies en agis­sant sur le “pro­gramme de lon­gé­vité” : en orches­trant les prin­ci­paux régu­la­teurs de ce pro­gramme grâce à l’a­li­men­ta­tion.

Travaux en cancérologie

La deuxième pas­sion de Valter Longo a été d’u­ti­li­ser la bio­chi­mie pour résoudre des pro­blèmes médi­caux (2018N1 page 59) :

J’ai tou­jours pensé qu’en appli­quant nos connais­sances bio­chi­miques à la méde­cine, nous pour­rions faire beau­coup pour les patients, mais aussi plus vite et à un faible coût.

Les résul­tats de cette orien­ta­tion (page 60) :

Ces efforts abou­tirent à nos décou­vertes sur la résis­tance et la sen­si­bi­li­sa­tion dif­fé­ren­tielle au stress, qui uti­lisent le jeûne pro­longé pour pous­ser les cel­lules saines à entrer dans un état de haute pro­tec­tion tout en ren­dant les cel­lules can­cé­reuses hau­te­ment vul­né­rables à la chi­mio­thé­ra­pie et aux autres trai­te­ments anti­tu­mo­raux.

Ces tra­vaux l’ont amené à pré­co­ni­ser le jeûne et le régime simu­lant le jeûne (FMD, Fasting Mimicking DietN10) en pré­ven­tion et en com­plé­ment du trai­te­ment des can­cers (2018N1 pages 100–153) — voir mon article Cancer - approche métabolique.

Cinq piliers de la recherche

Piler de l’église de Saint-Aubin de Guérande. Source : fr.m.wikisource.org

La stra­té­gie de Valter Longo pour la recherche sur la lon­gé­vité en bonne santé repose sur cinq « piliers » (2018N1 pages 70–75) :

  1. La recherche fon­da­men­tale en biogérontologie/“juventologie”
  2. La recherche épi­dé­mio­lo­gique
  3. Les essais cli­niques
  4. L’étude des cen­te­naires
  5. La com­pré­hen­sion des sys­tèmes com­plexes

Nous ver­rons que cer­tains piliers sont fra­giles, voire chan­ce­lants dès qu’il s’agit de nutri­tion… Pour illus­trer le cin­quième pilier (page 74), Longo s’empresse par exemple à condam­ner le régime hyper­pro­téiné, hyper­li­pi­dique et à faible valeur en glu­cides que beau­coup adoptent actuel­le­ment, y com­pris en Italie (beau­coup de viande, peu de pain, de pâtes, etc.). Ce dont il parle, en réa­lité, est un des régimes amin­cis­sants des­ti­nés à n’être obser­vés que jus­qu’à l’é­li­mi­na­tion du sur­poids. Effectivement, tout régime hyper­pro­téiné, même effi­cace pour la perte de poids, n’est pas sans danger dans la duré. On peut citer le régime DukanN11 qui fait des émules en France et pré­sente de nom­breux effets secon­daires outre une reprise de poids au bout de 4 ans chez 80% des adeptes. Longo confond ce régime — ou celui d’AtkinsN12 plus connu aux USA — avec une diète « pauvre en glu­cides et riche en graisses » (LCHFLow Carb High Fat) qui peut être pra­ti­quée indé­fi­ni­ment si elle n’est pas asso­ciée à une sur­con­som­ma­tion de pro­téines — voir mes articles Glucides ou lipides et Protéines,

Le pre­mier pilier « recherche fon­da­men­tale » est exposé dans l’ou­vrage (2018N1 pages 97–100), le deuxième « épi­dé­mio­lo­gie » dans les pages 100 à 103 et le troi­sième « études cli­niques » de 103 à 105. La recherche fon­da­men­tale est illus­trée prin­ci­pa­le­ment par son expé­ri­men­ta­tion sur les souris, l’é­pi­dé­mio­lo­gie par l’a­na­lyse des don­nées nutri­tion­nelles du NHAES (voir ci-dessous) et les études cli­niques par une sélec­tion d’é­tudes cli­niques qui paraissent confir­mer cer­taines des hypo­thèses. Il est inté­res­sant de noter (page 103) qu’il men­tionne avec convic­tion l’é­tude d’Estruch R et al. (2013N13) rétrac­tée en 2018N14 puis repu­bliée, annon­çant une réduc­tion de 30% du risque car­dio­vas­cu­laire chez les adeptes de régime médi­ter­ra­néenN15. Dans mon article Soigner ses artères, j’ai signalé que les sujets des deux groupes « régime médi­ter­ra­néen » y avaient consommé plus de viande rouge ou trans­for­mée que ceux du groupe témoin.

Supercentenaires italien·ne·s

Ezio Ongaro (1907-2017) supercentenaire
Ezio Ongaro (1907–2017). Source : N16

Venons-en au qua­trième pilier… Jusqu’à plus ample infor­ma­tion, je garde sous le coude l’hy­po­thèse de fac­teurs socio-économiques — incom­plé­tude des don­nées d’état-civil, fraude à la retraite ou aux aides sociales etc. — ayant pu brouiller les sta­tis­tiques de cen­te­naires dans les régions de l’Italie où Valter Longo et ses col­lègues mènent des enquêtes : Molochio, la Calabre et la Ligurie. Cette hypo­thèse — voir mon article Supercentenaires : des statistiques dérangeantes —n’ap­por­te­rait rien de neuf puisque toutes les enquêtes ont été menées dans les zones bleuesN17 sans s’at­tar­der sur les sta­tis­tiques : Californie, Andes du sud de l’Équateur, Japon (Okinawa), Russie, Pays-Bas et sud de l’Allemagne (Longo V, 2018, N1 page 16).

La pas­sion de Valter Longo pour le sujet de la lon­gé­vité en géné­ral — com­ment conti­nuer à être par­fai­te­ment « fonc­tion­nel » après quatre-vingt-dix ou cent ans — est un abou­tis­se­ment du vécu de situa­tions très diverses dans son par­cours de vie : son émi­gra­tion aux USA (Chicago) suivie d’un séjour dans un camp d’en­traî­ne­ment de l’ar­mée amé­ri­caine puis d’une for­ma­tion à l’u­ni­ver­sité du Texas du Nord, et enfin son affi­lia­tion à l’u­ni­ver­sité de Californie de Los Angeles.

Bien avant de deve­nir cher­cheur, il avait acquis de cette expé­rience la convic­tion qu’un fac­teur déter­mi­nant de lon­gé­vité (en bonne santé) devait être la nutri­tion. Son ouvrage est riche d’a­nec­dotes émou­vantes. Le pro­blème est que ses obser­va­tions per­son­nelles sur les habi­tudes ali­men­taires qu’il avait lui-même emprun­tées, par choix ou par obli­ga­tion, l’ont conduit à tenter de prou­ver que ce qu’il res­sen­tait était vrai. Cette manière de pro­cé­der n’est pas com­pa­tible avec une démarche scien­ti­fique où toutes les hypo­thèses plau­sibles devraient rester ouvertes. Selon le cri­tère de réfu­ta­bi­litéN18 de Karl Poppert, l’ex­pé­ri­men­ta­tion devrait plutôt viser à réfu­ter — « fal­si­fier » — une hypo­thèse pour éta­blir sa soli­dité. En sélec­tion­nant des études dans le seul but de ren­for­cer une hypo­thèse — ce que les cher­cheurs appellent du cherry picking, la « cueillette de cerises » immé­dia­te­ment à leur portée — la confu­sion est inévi­table entre des cor­ré­la­tions et des liens de cau­sa­lité.

L’idéal de bonne pra­tique (et d’é­thique) scien­ti­fique for­mulé par Poppert est mal­heu­reu­se­ment sou­vent trans­gressé par les cher­cheurs sans qu’ils en aient bien conscience, sur­tout dans le domaine de la nutri­tion où les biais psy­cho­lo­giques et cultu­rels sont légion. Il est regret­table, par exemple, que Valter Longo n’ait pas men­tionné les douze années d’en­quête du nutri­tion­niste Weston PriceN19 sur tous les conti­nents — voir mon article Nutrition et dégénérescence physique… Mais pas si sur­pre­nant, sachant que leurs conclu­sions divergent for­te­ment !

Les cen­te­naires ren­con­trés par Valter Longo en Italie appar­tiennent à des popu­la­tions pauvres qui, dans le passé, se nour­ris­saient essen­tiel­le­ment de pro­duits de la pêche, de céréales, de légu­mi­neuses et légumes culti­vés loca­le­ment, agré­men­tés d’huile d’o­live et de fruits frais ou en coque. C’est un régime pesco-végétarienN5 simi­laire à ceux qu’on regroupe aujourd’­hui sous l’ap­pel­la­tion régime médi­ter­ra­néenN15. Les gens man­quaient de res­sources pour s’of­frir de la viande et des pro­duits lai­tiers. Les sucre­ries et les ali­ments trans­for­més étaient raris­simes. Il appa­raît tou­te­fois, dans les entre­tiens avec ces cen­te­naires, que leur modèle nutri­tion­nel a évolué au cours de leur exis­tence de par l’ac­cès à des den­rées autre­fois réser­vées aux familles aisées. Longo écrit (2018N1 page 111) :

[…] ces cen­te­naires vivent désor­mais avec les familles de leurs enfants qui ont adopté un style ali­men­taire plus moderne, riche en pro­téines et à base de pro­duits d’o­ri­gine ani­male. Aussi avons-nous émis l’hy­po­thèse que cette tran­si­tion, qui a géné­ra­le­ment eu lieu quand ils avaient 80–90 ans, peut avoir contri­bué à leur extrême lon­gé­vité.

Il s’ap­puie pour sou­te­nir cette hypo­thèse sur des tra­vaux — menés prin­ci­pa­le­ment en expé­ri­men­ta­tion ani­male —qui mon­tre­raient que (page 111) :

[…] l’IGF‑1 [N20] et autres hor­mones contri­buant au vieillis­se­ment peuvent atteindre des taux très bas après 80 ans ; ce qui fait qu’un régime stric­te­ment moins riche en pro­téines est moins effi­cace contre le cancer et le dia­bète, et sus­cep­tible d’en­traî­ner des dys­fonc­tion­ne­ments immu­ni­taires et des dif­fi­cul­tés de cica­tri­sa­tion.

Dans d’autres contextes (don­nées du NHAES) il a été contraint de placer la barre à 65 ans plutôt que 80… La ques­tion du dosage des pro­téines et de son effet sur les hor­mones res­pon­sables du vieillis­se­ment est trai­tée plus bas.

Emma Morano à 43 ans. Supercentenaire
Emma Morano à 43 ans. Source : N21

Le régime de la doyenne de l’Italie Emma Morano (morte à 117 ansN21) était, aux dires de Valter Longo, « depuis plu­sieurs décen­nies pas par­ti­cu­liè­re­ment sain » (Longo V, 2018N1 page 65) puis­qu’elle consom­mait chaque jour 3 œufs et 100 à 150 grammes de viande crue (voir la vidéo posi­tion­néeN22). Il s’en explique ainsi (N1 page 114) :

Je voulus néan­moins com­prendre, et il appa­rut lors de nos entre­vues que l’a­li­men­ta­tion d’Emma, des décen­nies durant, avait été plus riche en végé­taux, avait com­porté quan­tité de riz et de mines­trones, et qu’à un âge avancé elle avait mangé davan­tage d’in­gré­dients d’o­ri­gine ani­male. Mais j’eus sur­tout la confir­ma­tion qu’Emma pos­sé­dait pro­ba­ble­ment les « bons gènes », qui mul­ti­plient la pos­si­bi­lité pour une per­sonne d’at­teindre 100 ans. […] J’ajouterai qu’Emma Morano était entre les mains d’un remar­quable méde­cin, le doc­teur Carlo Bava, qui a contri­bué à sa lon­gé­vité par de bonnes déci­sions médi­cales pen­dant trente ans.

Il oublie de dire que c’est dès 20 ans qu’elle a com­mencé à consom­mer ses œufs quo­ti­diens sur recom­man­da­tion de son remar­quable méde­cinN21… Valter Longo ne fait rien d’autre, dans ce com­men­taire, que signa­ler des variables confon­dantesN23 que les enquêtes nutri­tion­nelles ne prennent pas en compte et qui suf­fisent à les dis­qua­li­fier.

Pour brouiller un peu l’es­prit cri­tique de son audi­toire, l’au­teur recon­naît (page 114) : « Parlez à cent cen­te­naires, et vous aurez cent élixirs de lon­gé­vité dif­fé­rents ». Puis il reprend la main en rap­pe­lant son credo (page 115) : « En tout état de cause, l’a­li­men­ta­tion demeure notre meilleur outil pour pré­ve­nir et soi­gner les mala­dies ».

Les Adventistes… et les autres

A Declaration of the Fundamental Principles, Taught and Practiced by the Seventh-Day Adventists
A Declaration of the Fundamental Principles, Taught and Practiced by the Seventh-Day Adventists (1872)

L’étude de Gary Fraser et DJ Shavlik (2001N24) sur la lon­gé­vité de 34 192 Adventistes de Californie âgés de plus de 30 ans et suivis pen­dant 12 ans est citée dans l’ou­vrage (2018N1 pages 116–117). Valter Longo affirme que leur végé­ta­risme expli­que­rait, dans le groupe le plus favo­rable, un accrois­se­ment jus­qu’à 10 ans d’es­pé­rance de vie chez les hommes et 6 chez les femmes, en com­pa­rai­son avec le reste de la popu­la­tion cali­for­nienne. La dif­fé­rence moyenne, tous groupes confon­dus, n’est tou­te­fois que de 7.3 ans pour les hommes et 4.4 ans pour les femmes (2001N24 page 1646).

Cette conclu­sion aurait appelé un examen paral­lèle de tra­vaux sur une autre popu­la­tion de la même région obser­vant presque les mêmes règles de vie. C’est le cas de la com­mu­nauté mor­mone de Californie. L’étude d’Enstrom JE & Breslow L (2008N25) por­tant sur 25 647 per­sonnes sui­vies pen­dant 24 ans, a mesuré une aug­men­ta­tion de 9.8 ans de l’es­pé­rance de vie chez les hommes et 5.6 chez les femmes de plus de 25 ans (N25 page 135).

Il en découle que les Mormons vivent plus long­temps que les Adventistes en Californie. Or, si les Adventistes sont majo­ri­tai­re­ment végé­ta­riens, les Mormons ne font que suivre la recom­man­da­tion d’un régime « équi­li­bré ». Cette com­pa­rai­son suffit à prou­ver que la consom­ma­tion de viande n’est pas le fac­teur garan­tis­sant la lon­gé­vité accrue de ces popu­la­tions. Celle-ci tien­drait plutôt à l’adhé­sion à des règles de sobriété (abs­ti­nence de tabac, d’al­cool, de drogues etc.), un haut niveau d’é­du­ca­tion et une forte cohé­sion sociale asso­ciée à la pra­tique reli­gieuse. Le léger avan­tage des Adventistes végé­ta­riens sur les non-végétariens — envi­ron 2 ans d’es­pé­rance de vie (2001N24 page 1647) — est peut-être lié à des com­por­te­ments influant sur d’autres para­mètres non réper­to­riés. Contrairement à ce qu’en rap­porte Longo, les auteurs de l’é­tude ont conclu (2001N24 page 1650) :

Les résul­tats dis­cu­tés pré­cé­dem­ment montrent que les Adventistes vivent plus long­temps, sans pou­voir iden­ti­fier les fac­teurs qui contri­buent à leur lon­gé­vité accrue.

Ici encore, le biais sélec­tif de l’au­teur — citer exclu­si­ve­ment les Adventistes — met en péril la véra­cité de sa démons­tra­tion qui s’obs­tine, au fil des pages, à agiter la clo­chette du pesco-végétarisme…

Valter Longo fait briè­ve­ment allu­sion aux tra­vaux de Nir Barzilai (Albert Einstein College of MedicineN26) qui étudie les cen­te­naires juifs ash­ké­nazes de New York « qui ne songent jamais à faire de sport mais vivent pour­tant très âgés » (2018N1 page 121). Nir Barzilai dirige le Longevity Genes Project dans lequel 500 per­sonnes en bonne santé âgées de 95 à 112 ans et leurs enfants ont fait l’ob­jet d’une étude géné­tique. Stephen S. Hall écrit à ce sujet (2013N27) :

Le projet Einstein a depuis pris de l’ampleur pour inclure plus de 500 cen­te­naires à New York et dans les envi­rons, tous d’Europe cen­trale et tous des Juifs ash­ké­nazes, une popu­la­tion his­to­ri­que­ment et cultu­rel­le­ment isolée. Dans ce groupe homo­gène, les recherches ont à nou­veau révélé un ensemble de gènes liés à la lon­gé­vité, dont cer­tains ont éga­le­ment été décou­verts en Italie.

Alors qu’ils ras­sem­blaient de plus en plus de don­nées, les cher­cheurs d’Einstein ont remar­qué que les cen­te­naires ash­ké­nazes avaient des taux excep­tion­nel­le­ment élevés de HDL, sou­vent appelé la bonne forme de cho­les­té­rol, et que les enfants de ces cen­te­naires avaient des taux encore plus élevés. Cela les a inci­tés à ana­ly­ser l’ADN d’une cen­taine de gènes connus pour être impli­qués dans le méta­bo­lisme du cho­les­té­rol. Ce qu’ils ont trouvé était une variante, un sous-type géné­tique dis­tinct, d’un gène connu sous le nom de CETP (pro­téine de trans­fert des esters de cho­les­té­rol [N28]) qui était plus commun chez les cen­te­naires que chez les autres.

L’explication géné­tique est ici domi­nante dans la mesure où ces per­sonnes ont un style de vie qui ne permet en rien de pré­dire leur lon­gé­vité. Stephen Hall pré­cise tou­te­fois (2013N27) :

Mais les gènes à eux seuls ne sont pas sus­cep­tibles d’ex­pli­quer tous les secrets de la lon­gé­vité, et les experts voient un récit édi­fiant dans les résul­tats récents concer­nant la res­tric­tion calo­rique. Des expé­riences menées sur 41 modèles géné­tiques dif­fé­rents de souris, par exemple, ont montré que la res­tric­tion de la prise de nour­ri­ture pro­dui­sait des résul­tats extrê­me­ment contra­dic­toires. Environ la moitié des espèces de souris vivaient plus long­temps, mais autant d’entre elles vivaient moins long­temps avec un régime ali­men­taire res­treint qu’elles ne le feraient avec un régime normal. Et en août der­nier, une expé­rience de longue date menée par le National Institute on Aging (NIA) a conclu que des singes soumis à un régime hypo­ca­lo­rique pen­dant 25 ans ne pré­sen­taient aucun avan­tage en termes de lon­gé­vité [2012N29]. Passarino a fait le point alors qu’il ren­trait dans son labo­ra­toire après avoir rendu visite aux cen­te­naires de Molochio. “Ce n’est pas qu’il existe de bons gènes et de mau­vais gènes”, a‑t-il déclaré. “C’est cer­tains gènes à cer­tains moments. Et au final, les gènes ne repré­sentent pro­ba­ble­ment que 25% de la lon­gé­vité. C’est aussi l’environnement, mais cela n’explique pas tout. Et n’oubliez pas le hasard.”

Des souris et des hommes

Photo : George Shuklin. CC BY-SA 1.0

La ques­tion des pro­téines est cen­trale dans l’ex­tra­po­la­tion au genre humain des essais sur des ani­maux pro­po­sée par Valter Longo pour jus­ti­fier son « régime de lon­gé­vité ». Je l’ai abor­dée dans mon article Protéines, mais d’autres détails impor­tants ont été rap­por­tés sur le blog de Denise MingerN30 dont je vais pré­sen­ter un aperçu. Minger est une ex-végane célèbre pour son ana­lyse cri­tique de la « bible » des végé­ta­liens : The China Study de T. Colin Campbell (2006N31) — voir Minger DN32 et son entre­tien en 2010N33.

Le tra­vail expé­ri­men­tal à partir duquel Valter Longo construit son rai­son­ne­ment est l’é­tude de Levine LE et al. (2014N34) qu’il a cosi­gnée. En résumé :

Les souris et les humains pré­sen­tant des défi­cits en récep­teurs de l’hor­mone de croissance/IGF‑1 pré­sentent une réduc­tion impor­tante des mala­dies liées à l’âge. Étant donné que la res­tric­tion pro­téique réduit l’ac­ti­vité de GHR-IGF‑1 [récep­teur de l’hor­mone de crois­sanceN35 et fac­teur de crois­sance ana­logue à l’insulineN20], nous avons exa­miné les liens entre l’ap­port en pro­téines et la mor­ta­lité. Les per­sonnes enquê­tées âgées de 50 à 65 ans ayant déclaré un apport élevé en pro­téines ont pré­senté une aug­men­ta­tion de la mor­ta­lité glo­bale de 75% et un risque de décès par cancer mul­ti­plié par 4 au cours des 18 années sui­vantes. Ces asso­cia­tions étaient soit sup­pri­mées, soit atté­nuées si les pro­téines étaient déri­vées de plantes. À l’in­verse, un apport élevé de pro­téines était asso­cié à une réduc­tion du cancer et de la mor­ta­lité glo­bale chez les per­sonnes de plus de 65 ans, mais une mul­ti­pli­ca­tion par 5 de la mor­ta­lité par dia­bète à tous les âges. Des études sur la souris ont confirmé l’effet d’un apport élevé en pro­téines et de la signa­li­sa­tion de GHR-IGF‑1 sur l’incidence et la pro­gres­sion des tumeurs du sein et du méla­nome, mais éga­le­ment les effets néfastes d’un régime ali­men­taire pauvre en pro­téines chez les per­sonnes très âgées. Ces résul­tats sug­gèrent qu’un faible apport en pro­téines au cours de l’âge moyen suivi d’une consom­ma­tion de pro­téines modé­rée à élevée chez les adultes âgés pour­rait opti­mi­ser leur santé et leur lon­gé­vité.

Première remarque pour ce qui concerne la partie « humaine » de l’é­tude : elle repose entiè­re­ment sur les don­nées de l’en­quête nutri­tion­nelle NHANES IIIN36 construite à l’aide de rap­ports « basés sur la mémoire ». Comme indi­qué dans mon article Faut-il jeter les enquêtes nutritionnelles ?, ces don­nées manquent de fia­bi­lité et ne font sou­vent que ren­for­cer les biais des par­ti­ci­pants.

Denise Minger ana­lyse la pro­cé­dure de col­lec­tion des don­nées de la NHAES III qui repose sur un ques­tion­naire ren­sei­gnant, une seule fois et de manière très sub­jec­tive, les ali­ments consom­més dans les der­nières 24 heures, cette quan­ti­fi­ca­tion étant sup­po­sée inva­riante pen­dant les 18 années de suivi des par­ti­ci­pants. Elle rap­pelle au pas­sage l’é­va­lua­tion d’Archer E et al. (2013N37) qui ont signalé l’in­co­hé­rence des don­nées au niveau des esti­ma­tions de calo­ries (Minger D, 2014N30) :

De manière géné­rale, les par­ti­ci­pants à la NHANES ont fait un tra­vail remar­quable en se trom­pant. Presque tout le monde a sous-déclaré le nombre de calo­ries consom­mées — les obèses sous-estimant leur consom­ma­tion de 716 calo­ries en moyenne par jour pour les hommes et de 856 calo­ries pour les femmes. C’est un peu beau­coup. Les cher­cheurs de l’étude [Archer E et al.] ont conclu que, tout au long des 40 années d’existence de la NHANES, « les don­nées sur l’apport éner­gé­tique de la majo­rité des per­sonnes enquê­tées… n’étaient pas plau­sibles du point de vue phy­sio­lo­gique ».

Si les don­nées sur les calo­ries sont fausses à ce point, com­ment se fier à celles sur les pro­téines ? Et qui plus est, rai­son­ner sur des quan­ti­tés de pro­téines expri­mées par leur équi­valent calo­rique ? Denise Minger com­mente : « Malgré toutes les choses magiques que peuvent faire les mathé­ma­tiques, aucun tour de magie sta­tis­tique ne peut cor­ri­ger des don­nées faus­sées dès le départ ». Il reste que la NHAES III est le corpus de réfé­rence de tout ce que les cher­cheurs actuels peuvent infé­rer des habi­tudes ali­men­taires des Nord-Américains, et de l’é­la­bo­ra­tion de recom­man­da­tions offi­cielles en matière de nutri­tion.

La partie de l’ar­ticle trai­tant de l’ex­pé­ri­men­ta­tion ani­male mérite aussi un examen cri­tique. Minger résume (2014N30) :

Pour com­prendre pour­quoi les pro­téines pour­raient être liées au cancer et à la mor­ta­lité glo­bale, comme le sug­gé­rait leur étude sur les humains, les cher­cheurs ont mené une série d’ex­pé­riences sur des souris, leur four­nis­sant une gamme de niveaux de pro­téines reflé­tant ceux des par­ti­ci­pants à la NHANES III : 4 à 18% de calo­ries. L’objectif pre­mier était de déter­mi­ner si l’affinement de ces niveaux de pro­téines aurait un impact sur les niveaux de fac­teur de crois­sance ana­logue à l’insuline (IGF‑1) [N20] cir­cu­lant dans le corps de la souris, ainsi que sur l’incidence et la pro­gres­sion du cancer.

Longo et ses col­lègues (2014N34) annoncent :

Ces études chez la souris ont confirmé l’effet d’un apport élevé en pro­téines et de la signa­li­sa­tion du GHR-IGF‑1 sur l’incidence et la pro­gres­sion des tumeurs du sein et du méla­nome, mais éga­le­ment les effets néfastes d’un régime ali­men­taire pauvre en pro­téines chez les per­sonnes très âgées.

Toutefois, le seul effet néfaste d’une carence en pro­téines observé chez les souris âgées de 24 mois (en com­pa­rai­son avec celles de 18 mois) a été une dimi­nu­tion de poids ; l’é­tude ne dit rien sur la pro­tec­tion contre le cancer consta­tée chez les humains.

Saga de la « restriction calorique »

Source : withs​murf​.tis​tory​.com

Denise Minger (2014N30) a fait le point sur l’in­ci­dence, recon­nue de longue date, de la res­tric­tion calo­rique sur la lon­gé­vité, dont je vais repro­duire les grandes lignes.

Une décou­verte ini­tiale était que la res­tric­tion calo­rique dimi­nuait la pro­duc­tion d’hor­mone de crois­sanceN35 et d’IGF‑1N20, aug­men­tant les chances de survie de l’or­ga­nisme au-delà de sa période de repro­duc­tion. Toutefois, des études ulté­rieures (exemple Liao CY et al., 2012N38) ont montré un effet inverse chez dif­fé­rentes souches de souris. Harper JM et al. (2006N39) ont observé que la res­tric­tion calo­rique n’a­vait aucun effet mesu­rable sur la lon­gé­vité chez des souris issues de source sau­vage. Même chez les humains, la res­tric­tion calo­rique ne modi­fie­rait pas signi­fi­ca­ti­ve­ment les taux d’IGF‑1 (Fontana L et al., 2008N40). On s’est alors aperçu que la res­tric­tion calo­rique ne fai­sait effet que si elle était accom­pa­gnée de res­tric­tion en pro­téines, puis que la res­tric­tion en pro­téines pou­vait à elle seule pro­duire l’ef­fet sou­haité…

L’histoire conti­nue avec la décou­verte que, chez les souris, la seule res­tric­tion en méthio­nineN41, un acide aminé abon­dant dans la viande et les œufs, était suf­fi­sante pour aug­men­ter la durée de vie et induire des avan­tages pour la santé, comme ralen­tir le vieillis­se­ment immu­ni­taire, amé­lio­rer la gly­cé­mie, réduire les niveaux d’IGF‑1 et d’in­su­line et pro­té­ger les cel­lules des organes contre les dom­mages oxy­da­tifs (Miller RA et al., 2005N42 ; Sanz A et al., 2006N43).

L’étape ultime, à ce jour, a été de décou­vrir que la seule consom­ma­tion de gly­cineN44 per­met­tait au foie d’é­li­mi­ner l’ex­cès de méthio­nine (Brind J et al., 2011N45). C’est pour cette raison qu’il est impor­tant de consom­mer des ali­ments riches en col­la­gèneN46 : géla­tine, peau, abats, car­ti­lages, bouillons d’os, et pas seule­ment de la viande « maigre » qui aug­mente le taux de méthio­nine — voir l’ar­ticle Un acide animé de mau­vaises inten­tionsN47.

Denise Minger écrit :

Sans réduire les calo­ries ni d’autres acides aminés, la sup­plé­men­ta­tion en gly­cine aug­men­tait la durée de vie des ron­geurs, rédui­sait le taux de glu­cose et d’insuline à jeun, dimi­nuait les taux d’IGF‑1 et rédui­sait de moitié les quan­ti­tés de tri­gly­cé­rides — soit les mêmes avan­tages qui avaient été attri­bués à la res­tric­tion en calo­ries, à la res­tric­tion en pro­téines, et à la res­tric­tion en méthio­nine.

J’ai abordé ces points dans mes articles Protéines et Compléments alimentaires.

Denise Minger com­mente :

Si la décou­verte sur la gly­cine est appli­cable à l’homme (ce que je soup­çonne for­te­ment), les can­di­dats à la pro­lon­ga­tion de la vie aboient peut-être devant le mau­vais arbre — ou du moins un qui est inuti­le­ment com­pli­qué — en essayant de réduire sélec­ti­ve­ment les pro­téines ani­males afin de vivre plus long­temps, comme Longo semble l’af­fir­mer.

Mais la cri­tique de l’é­tude de Longo et al. sur l’é­tude ani­male ne s’ar­rête pas là. Denise Minger écrit (2014N30) :

Il y a une raison majeure pour laquelle je suis réti­cente à tirer des conclu­sions de tout cela (hormis le fait que nous ne sommes pas des souris). Cette raison s’appelle “chow stan­dard AIN-93G” [N48]. C’est le nom de la mix­ture de labo­ra­toire uti­li­sée pour les souris nour­ries riche­ment en pro­téines. En voici les six prin­ci­paux ingré­dients :

Amidon de maïs (397 g)
Caséine (200 g)
Maltodextrine (132 g)
Saccharose (100 g)
Huile de soja (70 g)
Cellulose (50 g)

[…] par souci de briè­veté, je vais me concen­trer sur ce deuxième ingré­dient : la caséine [N49]. C’est l’une des prin­ci­pales pro­téines pré­sentes dans le lait et elle pos­sède un bilan effroyable en termes de pro­mo­tion de la crois­sance tumo­rale, plus que d’autres types de pro­téines, y com­pris son lac­to­sé­rum [whey] cousin dérivé de pro­duits lai­tiers.

[…] L’essentiel, c’est que lorsque nous exa­mi­nons les études sur les souris et les pro­téines décrites dans l’article de Longo, nous avons affaire à un cock­tail d’ingrédients puri­fiés, le com­po­sant pro­téique étant un pro­mo­teur bien connu du cancer chez les ron­geurs. Il n’est pas du tout sur­pre­nant que les tumeurs des souris qui en mangent le plus gran­dissent fol­le­ment. Mais il est impos­sible de dire à quel point cela est dû aux pro­téines en tant que telles ou à la caséine — en par­ti­cu­lier la caséine qui a été dépouillée de tous les autres pro­duits lai­tiers et jetée dans un paquet cadeau conte­nant des ordures raf­fi­nées.

Protéines animales versus végétales

Sources de pro­téines végé­tales

Valter Longo a cosi­gné une étude (Song M et al., 2016N50) pré­co­ni­sant le rem­pla­ce­ment des pro­téines ani­males par des pro­téines végé­tales, étude épin­glée sur PubPeer pour ses failles métho­do­lo­giquesN51. Elle repose elle aussi sur les don­nées contes­tables du NHAES III (voir ci-dessus) et la même approche que Budhathoki S et al. (2019N52) qui ont exploité les don­nées de ques­tion­naires nutri­tion­nels au Japon. Ces auteurs japo­nais ont reconnu en conclu­sion qu’ils n’a­vaient détecté aucune asso­cia­tion entre la consom­ma­tion de pro­téines ani­males et la mor­ta­lité. Ce qui ne les empê­chait pas de conclure : « Le rem­pla­ce­ment de pro­téines de viande rouges ou de pro­téines de viande trans­for­mées par des pro­téines végé­tales était asso­cié à une mor­ta­lité totale moins élevée, liée au cancer et aux mala­dies cadio­vas­cu­laires ». Les com­men­taires sou­lèvent les mêmes pro­blèmes que pour Song M et al. (2016N50). Un inter­ve­nant écritN52 ;

Les résul­tats de cette étude obser­va­tion­nelle pros­pec­tive pour­raient être résu­més dif­fé­rem­ment : les pro­téines ani­males ne sont asso­ciées à aucune aug­men­ta­tion ni dimi­nu­tion de la mor­ta­lité, ni totale ni par cancer ni par mala­die car­dio­vas­cu­laire. L’hypo­thèse nulle [N53] n’est pas reje­tée. Les auteurs sou­tiennent que les pro­téines végé­tales pour­raient être asso­ciées à une mor­ta­lité moindre. Outre la vali­dité du test de cette hypo­thèse par­tielle en tant que résul­tat secon­daire, il faut recon­naître que les résul­tats sont miti­gés et sur­pre­nants. Étant donné que la consom­ma­tion de pro­téines totales et ani­males n’est pas asso­ciée à un chan­ge­ment de mor­ta­lité, il est impro­bable que les taux de mor­ta­lité totale et de mala­die car­dio­vas­cu­laire asso­ciés aux pro­téines végé­tales dimi­nuent. Les pro­téines végé­tales sont asso­ciées de manière signi­fi­ca­tive à une dimi­nu­tion de 13% de la mor­ta­lité toutes causes confon­dues. Aucune dif­fé­rence de mor­ta­lité par cancer. Une asso­cia­tion avec une dimi­nu­tion de 24% de la mor­ta­lité car­dio­vas­cu­laire, 25% pour les mala­dies coro­na­riennes et 28% pour les acci­dents vas­cu­laires céré­braux. Mais les fac­teurs de confu­sion [N23] sont si nom­breux que, dans un tel modèle, cette affir­ma­tion est étayée par des preuves très faibles.

[…]

En uti­li­sant une approche bayé­sienne, com­ment récon­ci­lier les dif­fé­rents résul­tats de cette étude ?
Ma réponse est l’eth­nie, le régime ali­men­taire japo­nais et le mode de vie. Les Japonais ont une faible pré­va­lence de mala­die car­dio­vas­cu­laire. Ils mangent moins de viande et beau­coup plus de pois­son et de fruits de mer que les Occidentaux. C’est le cas dans l’é­tude. Au Japon comme en Occident, les per­sonnes qui ne consomment pas de plantes ont un mode de vie moins sain, car manger des plantes est un indi­ca­teur de la moindre pro­por­tion d’a­li­ments trans­for­més. Enfin, la sub­sti­tu­tion sta­tis­tique de la pro­téine conduit aux mêmes résul­tats (et à de meilleurs résul­tats pour le cancer) lorsque le pois­son rem­place la pro­téine végé­tale.

Cette der­nière remarque nous ren­voie à l’im­por­tance du ratio oméga‑6/oméga‑3 qui doit être le plus faible pos­sible pour réduire le stress oxy­da­tifN54 et l’inflam­ma­tion sys­té­mique chro­niqueN55 — voir mon article Glucides ou lipides ?

Autre pro­blème : l’in­ci­dence du choix de pro­téines sur la mor­ta­lité par dia­bète de type 2 (N56) n’a pas été prise en compte car elle aurait néces­sité un suivi bien plus long. Or les végé­taux sources de pro­téines végé­tales sont aussi riches en glu­cides : 6.6% dans le bro­coli, 21.3% dans le quinoa et 36% dans le soja, par exemple. Environ 7.6% des adultes âgés de 20 à 79 ans sont dia­bé­tiques et on estime que le Japon pour­rait avoir plus de 3 mil­lions de cas non diag­nos­ti­quésN57.

Principales sources de pro­téines végé­tales, les légu­mi­neuses sont char­gées en lec­tinesN58 dont l’ex­cès peut causer des irri­ta­tions et excès d’ex­cré­tion de la muqueuse intes­ti­nale — à long terme des aller­gies, défi­ciences nutri­tion­nelles ou immu­no­lo­giques — ainsi qu’en acide phy­tiqueN59 qui inhibe l’ab­sorp­tion de cer­tains miné­raux, et enfin en oxa­latesN60 qui contri­buent à la for­ma­tion de cal­culs rénaux, au syn­drome de poro­sité de l’in­tes­tinN61 ou à des dou­leurs arti­cu­laires (voir pageN62).

Pour en reve­nir à Longo et col­lègues (Song M et al., 2016N50), il ne fait aucun doute que la consom­ma­tion de pois­sons et autres pro­duits de la mer exerce une influence béné­fique sur la santé et lon­gé­vité. Ce qui reste dou­teux est leur injonc­tion à dimi­nuer les quan­ti­tés de pro­téines en géné­ral et sup­pri­mer toutes celles en pro­ve­nance de pro­duits lai­tiers ou de viande. Sans dis­tinc­tion de qua­lité puisque, dans les enquêtes nutri­tion­nelles, est classé comme « viande » tout ali­ment conte­nant de la viande. Les viandes trans­for­mées conte­nant des nitrites et autres addi­tifs de mau­vaise qua­lité (poten­tiel­le­ment can­cé­ri­gènes) sont omni­pré­sentes dans la Standard American Diet (SADN63). Il s’en­suit que leur rem­pla­ce­ment par des végé­taux a toutes les chances d’être béné­fique.

La SAD sert de régime témoin dans de nom­breuses études nutri­tion­nelles, mais elle est un tel concen­tré d’a­ber­ra­tions que presque tout régime s’é­car­tant de la SAD appa­rît béné­fique — du moins pen­dant la « lune de miel » qui peut durer quelques mois…

Que veut dire « moins de protéines » ?

Source : N64

Dans Le Régime de lon­gé­vité, l’é­va­lua­tion des quan­ti­tés de pro­téines souffre d’in­co­hé­rences : page 119 (Longo V, 2018N1) l’au­teur indique : « Jusqu’à l’âge de 65–70 ans, limi­tez la consom­ma­tion de pro­téines (0.7–0.8 gramme par kilo de poids cor­po­rel, soit 35–40 grammes de pro­téines par jour pour une per­sonne de 50 kg…) ». Ces quan­ti­tés cor­res­pondent à ce qui est pro­posé en moyenne par la plu­part des socié­tés savantes — voir mon article Protéines. C’est sou­hai­table pour éviter la sur­ve­nue de sar­co­pé­nieN65, d’ostéo­po­roseN66 et de dimi­nu­tion de l’ac­ti­vité intel­lec­tuelle induite par une inter­pré­ta­tion extré­miste de l’in­jonc­tion « moins de pro­téines ». La consom­ma­tion que pré­co­nise Longo n’est donc pas « réduite » mais conforme aux stan­dards inter­na­tio­naux ; seuls la trou­ve­ront réduite les red­necks qui s’en­filent quo­ti­dien­ne­ment des entre­côtes de 500 grammes…

Par contre, dans les menus pour 2 semaines pro­po­sés par Valter Longo (2018N1 pages 285–316), les doses de pro­téines sont net­te­ment infé­rieures aux 35–40 grammes quo­ti­diens, par­ti­cu­liè­re­ment si l’on tient compte de la faible bio­dis­po­ni­bi­litéN67 des pro­téines végé­tales et de la moindre richesse pro­téi­nique du pois­son.

Longo se dit choqué par l’i­gno­rance d’é­tu­diants et de jour­na­listes spé­cia­li­sés dans leur éva­lua­tion de quan­tité de pro­téines (N1 page 67) mais il fait preuve ici de la même incons­tance.

Lasagnes frelatées

Jusqu’ici, on ne pou­vait repro­cher à Valter Longo qu’un manque de rigueur scien­ti­fique — et de neu­tra­lité — sous la pres­sion de convic­tions issues de son expé­rience per­son­nelle. Son désir d’œu­vrer pour la lon­gé­vité de ses sem­blables est sin­cère et mérite consi­dé­ra­tion.

En étu­diant plus en détail l’ou­vrage Le Régime de lon­gé­vité (2018N1), j’ai pour­tant décou­vert que son auteur avait fran­chi la ligne rouge de l’é­thique scien­ti­fique en s’au­to­ri­sant des fal­si­fi­ca­tions de don­nées. Les tableaux de la sec­tion « Aliments sources de vita­mines, miné­raux et autres micro­nu­tri­ments » (pages 318 à 329) m’ont paru bizarres. Je les ai donc com­pa­rés aux sources men­tion­nées au bas de ces pages qui pointent vers un site du National Institute of Health aux USA. Voici le résul­tat pour les tableaux « Sources de cal­cium » et « Sources de fer » (N1 pages 320 à 323) — j’ai ins­crit les « oublis » au stylo bleu :

Valter Longo - Ouvrage “Le régime de longévité”
Source : Longo, V (2018N1). Seules les par­ties gauches des tableaux ont été repro­duites, le reste étant conforme aux don­nées du NIH.

Ces tableaux ne repro­duisent pas les don­nées aux­quelles l’au­teur dit se réfé­rer (N68 etN69). Les modi­fi­ca­tions (que l’on retrouve à l’i­den­tique sur la ver­sion anglaise) sont repré­sen­ta­tives des biais de Longo : dans les sources de cal­cium il a exclu le yaourt, les fro­mages et le lait ; dans celles de fer il a sup­primé le foie de bœuf et les viandes de bœuf, de poulet et de dinde, qui sont des sources de fer hémi­nique mieux assi­milé par l’or­ga­nisme… Par contre, il a ajouté des « céréales de petit-déjeuner » enri­chies en cal­cium ou fer et vita­mines, des bois­sons au lait d’a­mande ou de coco — elles aussi « enri­chies » — qui ne figu­raient pas dans les don­nées pré­ten­du­ment repro­duites.

Soyons clair : s’il vou­lait cares­ser dans le sens du poil son lec­to­rat anti-viande et anti-produits lai­tiers, rien n’in­ter­di­sait de publier des tables excluant ces sources de cal­cium et de fer, mais en indi­quant clai­re­ment (et en jus­ti­fiant) ces modi­fi­ca­tions. Inscrire au bas de la page “Source : https://​ods​.od​.nih​.gov/​f​a​c​t​s​h​e​e​t​s​/​C​a​l​c​i​u​m​-​H​e​a​l​t​h​P​r​o​f​e​s​s​i​o​n​al/” sans indi­ca­tion com­plé­men­taire est aussi grave que — res­tons en Italie — four­guer des lasagnes « pur bœuf » far­cies de viande de cheval. 🙁

Okinawa

Okinawa - Ryukyu Islands
Source : fi​.wiki​pe​dia​.org

Dans ses pages consa­crées à la zone bleue d’Okinawa (2018N1 pages 106–109), Valter Longo affiche des graphes sans men­tion­ner la source des don­nées nutri­tion­nelles. Or ce ne sont pas celles de la publi­ca­tion de BJ Willcox et al. (2007N70) dont il emprunte les conclu­sions.

Cette fal­si­fi­ca­tion a été men­tion­née dans mon article Okinawa, îles de rêve(s).

Traiter des maladies

Je n’ai jamais vu d’ob­jec­tion aux tra­vaux de Valter Longo concer­nant la pra­tique de jeûnes de courte durée à l’ap­pui de chi­mio­thé­ra­pies, ni sa pro­po­si­tion de régime simu­lant le jeûne (FMD, Fasting Mimicking DietN10) comme cure réju­vé­na­trice — voir mon article Jeûne et restriction calorique.

Source : N71

Les pages qu’il consacre à sa des­crip­tion (2008N1 pages 100–153) et à l’u­ti­li­sa­tion du jeûne et de la FMD en pré­ven­tion et trai­te­ment du cancer et du dia­bète de type 2 (pages 155–204) sont indu­bi­ta­ble­ment les plus convain­cantes de l’ou­vrage.

Pour ce qui concerne la pré­ven­tion et le trai­te­ment des mala­dies car­dio­vas­cu­laires (pages 205–224) j’é­vi­te­rais de me pro­non­cer, vu le nombre d’é­tudes citées que je n’ai pas lues en détail. Sachant qu’au­cune étude cli­nique n’a validé le « régime de lon­gé­vité », la rhé­to­rique de Longo est la sui­vante : 1) Le régime médi­ter­ra­néenN15 res­semble au régime de lon­gé­vité ; 2) Par consé­quent, toute étude vali­dant le régime médi­ter­ra­néen ren­force la vali­dité du régime de lon­gé­vité. Armé de ce sophisme, il reprend entre autres l’é­tude d’Estruch R et al. (2013N13) dont j’ai déjà cité les failles.

La simi­la­rité entre les régimes médi­ter­ra­néens étu­diés par cette équipe et le « régime de lon­gé­vité » est loin d’être démon­trée. Dans un ouvrage ico­no­claste (2016N72), le micro­bio­lo­giste Didier Raoult écrit que le seul avan­tage scien­ti­fi­que­ment prouvé des diètes médi­ter­ra­néennes pour­rait être la consom­ma­tion de vin rouge. 🙂 Les régimes mira­cu­leux sont avant tout des mar­queurs cultu­rels — ou poli­tiques, voir mon article Nutrition, qui écouter ?

Le mythe du cho­les­té­rol — voir mon article Pourquoi diminuer le cholestérol ? — est convié à la fan­fare… Le rai­son­ne­ment clas­sique sur les graisses satu­rées est repris sans examen cri­tique ni inté­rêt pour les don­nées nou­velles que pour­rait appor­ter la chro­no­bio­lo­gie de la nutri­tion, res­treinte à des consi­dé­ra­tions sur le jeûne cyclique (Longo VD et Panda S, 2016N73) — voir mon article Chrononutrition - publications.

Sur les mala­dies neu­ro­dé­gé­né­ra­tives et auto-immunes (pages 247 à 268) la lec­ture est inté­res­sante de par les nom­breuses études citées, bien qu’au­cune de celles sur les humains ne semble indi­quer que le « régime de lon­gé­vité » et la pra­tique régu­lière de la FMD contri­bue­raient signi­fi­ca­ti­ve­ment à la dimi­nu­tion des risques, encore moins aux trai­te­ments. Dans ces domaines comme dans celui du cancer, les récits de rémis­sions spec­ta­cu­laires sont nom­breux, mais ils ne sont que des anec­dotes malgré l’illu­sion de géné­ra­lité que peut pro­duire leur pro­li­fé­ra­tion sur des sites de « sur­vi­vants » — voir Wikipedia : biais du sur­vi­vantN74.

Exercice

Exercice

Le cha­pitre « Activité phy­sique et lon­gé­vité » (2018N1 pages 121–130) est bien argu­menté et illus­tré par des réfé­rences scien­ti­fiques tout en res­tant lacu­naire pour ce qui est de la mise en pra­tique des recom­man­da­tions. Le pro­blème du dosage de l’exer­cice est à peine men­tionné. Aucune solu­tion n’est pro­po­sée, ce qui est mal­venu dans un ouvrage des­tiné à pro­mou­voir de bonnes pra­tiques.

Pour l’exer­cice d’en­du­rance — marche rapide et « péda­lez, courez ou nagez pen­dant trente à qua­rante minutes un jour sur deux… » — des indi­ca­tions de durée sont four­nies, et très vague­ment d’in­ten­sité : « Après dix minutes à un rythme sou­tenu, vous devriez être en nage ». Sans autre indi­ca­tion, le sur­en­traî­ne­ment est presque inévi­table et le sous-entraînement inef­fi­cace — voir mon article Overdose d’exercice ➜ danger.

Si Valter Longo est encore trop jeune pour payer les pots cassés d’un entraî­ne­ment inap­pro­prié, il devrait pour le moins faire réfé­rence aux entraî­neurs spor­tifs âgés qui ont su fran­chi ce cap — voir mon article Exercice d'endurance.

L’exercice contre résis­tance — voir mes articles Entraînement fractionné de haute intensité — n’est pas décrit dans sa sin­gu­la­rité, sauf aux pages 125–129 et 129 : « l’hal­té­ro­phi­lie et les pompes ». Il est confondu avec l’exer­cice d’en­du­rance lors­qu’il est ques­tion d’in­ten­sité (pages 126–128).

L’auteur repro­duit les résul­tats de tra­vaux scien­ti­fiques qui mesurent l’in­ten­sité en équi­valent méta­bo­lique (METN75) : le rap­port du nombre de calo­ries brû­lées à celui néces­saire à se main­te­nir au repos (méta­bo­lisme de baseN76). Les études ont montré l’in­té­rêt, en termes de mor­ta­lité toutes causes confon­dues, d’une pra­tique intense (supé­rieure à 6 MET). Mais com­ment la réa­li­ser concrè­te­ment ? Comment choi­sir des hal­tères, un mou­ve­ment et sa vitesse d’exé­cu­tion, le nombre de répé­ti­tions, les temps de repos etc. sans prendre le risque d’a­bi­mer ses arti­cu­la­tions ou de pro­vo­quer des ten­di­nites ? Ou de s’a­gi­ter inuti­le­ment ? Ici aussi, les pra­tiques ont été depuis long­temps éva­luées et décrites par des entraî­neurs et spé­cia­listes de méde­cine spor­tive, mais le lec­teur du Régime de lon­gé­vité res­tera sur sa faim.

Conflit d’intérêts

Paisa
Source : Nita Jatar Kulkarni – CC-BY licence
www​.stock​pic​tu​res​fo​re​ve​ryone​.com

À la fin du repas — même en Italie — il est cou­tume de deman­der l’ad­di­tion… On peut en étu­dier les détails et même visi­ter l’arrière-cuisine.

La cure FMD de 5 jours est un mélange d’a­li­ments végé­taux, d’élec­tro­lytes et de com­plé­ments vita­mi­nés : le kit ProLonN10 com­mer­cia­lisé (en 2019) aux USA pour 249 dol­lars par L‑Nutra. Neville Wilson fronce les sour­cilsN77 :

Le fait que Valter Longo soit le fon­da­teur de L‑Nutra, une société qui pro­meut les com­plé­ments nutri­tion­nels à base de plantes, repré­sente un conflit d’in­té­rêts impor­tant dans le contexte de la déné­ga­tion de la valeur nutri­tion­nelle d’une source ali­men­taire non végé­tale telle que les pro­téines ani­males.

Longo affirme (2018N1 page 21) que les divi­dendes qu’il per­çoit de L‑Nutra sont inté­gra­le­ment rever­sés à sa fon­da­tion Create Cures dont la mis­sion est de « venir en aide » à des équipes de recherche menant des études cli­niques ou de l’ex­pé­ri­men­ta­tion ani­male « pour se convaincre du bien-fondé et de l’ef­fi­ca­cité d’une thé­ra­pie alter­na­tive ou inté­gra­tive par rap­port aux théo­ries conven­tion­nelles » (page 18). L’intention paraît louable mais le dis­po­si­tif ne brille pas par sa neu­tra­lité : Create Cures finance des cher­cheurs sus­cep­tibles d’ap­por­ter de nou­velles preuves de l’ef­fi­ca­cité des pro­duits de L‑Nutra… pré­ci­sé­ment ce qu’on reproche aux indus­triels de la phar­ma­cie.

Pour conclure

Le « régime de lon­gé­vité » pré­co­nisé par Valter Longo dans l’ou­vrage du même nom (2018N1 ; 2019N78) est la pièce maî­tresse des huit recom­man­da­tions pour vivre « bien et long­temps » qu’il résume dans les pages 272 à 275 de la ver­sion fran­çaise. Parmi ces recom­man­da­tions, nous l’a­vons vu, cer­taines sont basées sur des croyances per­son­nelles qu’il a tenté d’é­tayer par les témoi­gnages de super­cen­te­nairesN3 et des don­nées scien­ti­fiques, dont cer­taines de qua­lité dis­cu­table. Soucieux en prio­rité de vali­der ses hypo­thèses, il sélec­tionne les études qui paraissent les confir­mer en lais­sant de côté une vaste lit­té­ra­ture scien­ti­fique qui les contre­dit.

Quand les études épi­dé­mio­lo­giques manquent, Longo n’hé­site pas à mettre en avant son expé­rience cli­nique (argu­ment d’au­to­rité). Par exemple (2018N1 page 68) :

Je suis confiant au vu des résul­tats posi­tifs obte­nus sur des mil­liers de patients que j’ai suivis, per­son­nel­le­ment ou à tra­vers des recherches géné­tiques, cli­niques et épi­dé­mio­lo­giques. Je suis confiant aussi parce que la majo­rité de mes recom­man­da­tions quo­ti­diennes cor­res­pond aux habi­tudes ali­men­taires de popu­la­tions de cen­te­naires.

Les recom­man­da­tions qui méritent une ana­lyse cri­tique appro­fon­die sont celles de l’a­dop­tion ad vitam d’un régime pesco-végétarienN5 et le rem­pla­ce­ment quasi-exclusif des pro­téines ani­males par des pro­téines végé­tales.

Les autres recom­man­da­tions me paraissent pour l’es­sen­tiel en accord avec la lit­té­ra­ture scien­ti­fique — sous réserve d’une lec­ture appro­fon­die des articles, qui n’est pas ter­mi­née. Le sujet est loin d’être épuisé…

Les cor­rec­tions et com­men­taires sont bien­ve­nus. Vous pouvez com­men­ter publi­que­ment ci-dessous ou m’é­crire en privé sur le formulaire de contact.

▷ Liens

🔵 Notes pour la ver­sion papier :
- Les iden­ti­fiants de liens per­mettent d’atteindre faci­le­ment les pages web aux­quelles ils font réfé­rence.
- Pour visi­ter « 0bim », entrer dans un navi­ga­teur l’adresse « https://​leti​.lt/0bim ».
- On peut aussi consul­ter le ser­veur de liens https://​leti​.lt/​l​i​ens et la liste des pages cibles https://​leti​.lt/​l​i​ste.

  • N1 · xapc · Ouvrage “Le régime de lon­gé­vité” – Valter Longo
  • N2 · ovb1 · Valter D. Longo – Academic pro­file
  • N3 · qqsk · Supercentenaire – Wikipedia
  • N4 · itp1 · Gerontology Research Group – Wikipedia
  • N5 · np7w · Pesco-végétarisme – Wikipedia
  • N6 · pg5l · Syndrome de Laron – Wikipedia
  • N7 · s0gy · The Ras and Sch9 path­ways regu­late stress resis­tance and lon­ge­vity
  • N8 · sybb · Regulation of Longevity and Stress Resistance by Sch9 in Yeast
  • N9 · ltm7 · Growth Hormone Receptor Deficiency is Associated With a Major Reduction in Pro-aging Signaling, Cancer and Diabetes in Humans
  • N10 · s94t · The Fasting Mimicking Diet
  • N11 · 5rl7 · Régime Dukan – Wikipedia
  • N12 · wzdt · Régime Atkins – Wikipedia
  • N13 · vo49 · Estruch R et al. (2013). Primary pre­ven­tion of car­dio­vas­cu­lar disease with a Mediterranean diet. N Engl J Med., 368, 14:1279–90. doi:10.1056/NEJMoa1200303
  • N14 · d2p5 · Key Mediterranean Diet Trial Retracted
  • N15 · 6edf · Régime médi­ter­ra­néen – Wikipedia
  • N16 · ozju · Ezio Ongaro
  • N17 · kj28 · Zone bleue (lon­gé­vité) – Wikipedia
  • N18 · ln9c · Réfutabilité – Wikipedia
  • N19 · zetj · Weston Price – Wikipedia
  • N20 · odmk · IGF‑1 – Wikipedia
  • N21 · 0ago · Emma Morano – Wikipedia
  • N22 · if69 · Video “The Secret Power of Fasting for Longevity and Healing” – dose of pro­teins and IGF‑1 levels at dif­ferent ages
  • N23 · 7f6i · Variable confon­dante – Wikipedia
  • N24 · vpnj · Ten years of life : Is it a matter of choice ?
  • N25 · yc7l · Lifestyle and redu­ced mor­ta­lity among active California Mormons, 1980–2004
  • N26 · szpf · Longevity Genes Project
  • N27 · lp73 · On Beyond 100
  • N28 · dhpo · Protéine de trans­fert des esters de cho­les­té­rol – Wikipedia
  • N29 · jh38 · Impact of calo­ric res­tric­tion on health and sur­vi­val in rhesus mon­keys from the NIA study
  • N30 · 1ek3 · Why I’m Not Dismissing the Latest “Animal Protein is Bad” Study (But Not Losing Sleep Over It, Either)
  • N31 · x2ep · The China Study : The Most Comprehensive Study of Nutrition Ever Conducted And the Startling Implications for Diet, Weight Loss, And Long-term Health
  • N32 · v2x4 · The China Study – cri­tique by Denise Minger
  • N33 · 0ucl · Interview With an Ex-Vegan : Denise Minger
  • N34 · ieb4 · Low Protein Intake Is Associated with a Major Reduction in IGF‑1, Cancer, and Overall Mortality in the 65 and Younger but Not Older Population
  • N35 · v2fc · Hormone de crois­sance humaine – HGH – Wikipedia
  • N36 · xomi · National Health and Nutrition Examination Survey
  • N37 · b1gc · Archer E, Hand GA, Blair SN (2013). Validity of U.S. nutri­tio­nal sur­veillance : National Health and Nutrition Examination Survey calo­ric energy intake data, 1971–2010. PLoS ONE 2013;8:e76632. doi:10.1136/bmj.f6698
  • N38 · 22rt · Genetic Variation in the Murine Lifespan Response to Dietary Restriction : from Life Extension to Life Shortening
  • N39 · 0rmg · Does calo­ric res­tric­tion extend life in wild mice ?
  • N40 · kq75 · Long-term effects of calo­rie or pro­tein res­tric­tion on serum IGF‑1 and IGFBP‑3 concen­tra­tion in humans
  • N41 · xp6j · Méthionine – Wikipedia
  • N42 · skv8 · Methionine-deficient diet extends mouse lifes­pan, slows immune and lens aging, alters glu­cose, T4, IGF-I and insu­lin levels, and increases hepa­to­cyte MIF levels and stress resis­tance
  • N43 · f6ws · Methionine res­tric­tion decreases mito­chon­drial oxygen radi­cal gene­ra­tion and leak as well as oxi­da­tive damage to mito­chon­drial DNA and pro­teins
  • N44 · icwy · Glycine (acide aminé) – Wikipedia
  • N45 · yq3w · Dietary gly­cine sup­ple­men­ta­tion mimics lifes­pan exten­sion by die­tary methio­nine res­tric­tion in Fisher 344 rats
  • N46 · tdhf · Collagène – Wikipedia
  • N47 · v6ew · Un acide animé de mau­vaises inten­tions
  • N48 · psi3 · Purified Rodent Diet AIN-93G – zei​gler​feed​.com – PDF
  • N49 · 45mg · Caséine – Wikipedia
  • N50 · fhrp · Association of Animal and Plant Protein Intake With All-Cause and Cause-Specific Mortality
  • N51 · ifp7 · Association of Animal and Plant Protein Intake With All-Cause and Cause-Specific Mortality – PubPeer com­ments
  • N52 · ugyt · Association of Animal and Plant Protein Intake With All-Cause and Cause-Specific Mortality
  • N53 · caop · Hypothèse nulle – Wikipedia
  • N54 · 5gjv · Stress oxy­dant – Wikipedia
  • N55 · kqvd · L’inflammation sys­té­mique chro­nique (inflam­ma­ging)
  • N56 · a3u9 · Diabète de type 2 – Wikipedia
  • N57 · b4o7 · Diabetes emerges as Japan’s hidden scourge
  • N58 · jhgb · Lectine – Wikipedia
  • N59 · cbk8 · Acide phy­tique – Wikipedia
  • N60 · g8kn · Oxalate – Wikipedia
  • N61 · dzdm · Leaky gut syn­drome – Wikipedia
  • N62 · ybsv · A cau­tio­nary tale about eating high oxa­late foods
  • N63 · p5oc · Standard American Diet – Wikipedia
  • N64 · k478 · Cartoon “Proteins”
  • N65 · 2fso · Sarcopénie – Wikipedia
  • N66 · vsas · Ostéoporose – Wikipedia
  • N67 · 5suc · Biodisponibilité (méde­cine) – Wikipedia
  • N68 · jjza · Calcium : Fact Sheet for Health Professionals
  • N69 · wbup · Iron : Fact Sheet for Health Professionals
  • N70 · z2xy · Caloric res­tric­tion, the tra­di­tio­nal Okinawan diet, and heal­thy aging : the diet of the world’s longest-lived people and its poten­tial impact on mor­bi­dity and life span
  • N71 · y7f9 · A Periodic Diet that Mimics Fasting Promotes Multi-System Regeneration, Enhanced Cognitive Performance, and Healthspan
  • N72 · lffn · Ouvrage “Arrêtons d’a­voir peur ! : santé, envi­ron­ne­ment, climat, flux migra­toires” – Didier Raoult
  • N73 · toq9 · Fasting, Circadian Rhythms, and Time-Restricted Feeding in Healthy Lifespan
  • N74 · ffga · Biais du sur­vi­vant – Wikipedia
  • N75 · us06 · Équivalent méta­bo­lique – Wikipedia
  • N76 · uo7d · Métabolisme de base – Wikipedia
  • N77 · f279 · Flawed science bashes animal pro­tein
  • N78 · qsj0 · Ouvrage “The Longevity Diet : Slow Aging, Fight Disease, Optimize Weight” – Valter Longo

Article créé le 12/09/2019 - modifié le 23/07/2020 à 17h52

74 recommended
1 commentaires
1618 visites
bookmark icon

One thought on “Régime de longévité — cuisine à l’italienne

    Écrire un commentaire...

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.