Alzheimer

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Cette maladie neuro­dé­gé­né­ra­tive (lien:l7nc) affecte le tissu céré­bral en détrui­sant des neurones, ce qui se traduit par la perte progres­sive et irré­ver­sible des fonc­tions mentales et notam­ment de la mémoire. C’est la forme la plus répandue de déclin cognitif dans les sociétés indus­tria­li­sées.

Loin de prétendre couvrir exhaus­ti­ve­ment le sujet de la maladie d’Alzheimer (lien:mvpj), je souhaite évoquer quelques travaux qui ouvrent des pistes nouvelles.

Le protocole MEND

Ces travaux sont menés par l’équipe du Dr. Dale Bredesen, fonda­teur en 1998 du Buck Institute for Research on Aging(USA).

L’article Reversal of cogni­tive decline in Alzheimer’s disease (Dave et al., 2016 lien:44lr) présente les premiers résul­tats de cette nouvelle approche qu’il convient de mettre en contexte. Il s’agis­sait d’une expé­ri­men­ta­tion du proto­cole MEND sur 10 personnes souf­frant de déclin cognitif (pas spéci­fi­que­ment Alzheimer) traités sur une durée de 5 à 24 mois. Des progrès signi­fi­ca­tifs ont été mesurés chez 8 de ces patients.

➡ Ce qui fait dire à des char­la­tans new-age qu’un mysté­rieux « proto­cole M » décou­vert par une équipe de cher­cheurs cali­for­niens guéri­rait 8 patients Alzheimer sur 10… Comme convenu, ce trai­te­ment aurait été « enterré par les Autorités et caché au grand public » car il dessert les inté­rêts de Big Pharma ! Voir mon article “Health coaching”: business models en roue libre…

La page New Hope that Alzheimer’s Can Be Prevented—and Even Cured (2017 lien:6xbg) contient le résumé d’un entre­tien entre Chris Kresser et Dale Bredesen. Dès le départ, ces travaux sont situés dans un cadre de méde­cine fonc­tion­nelle (lien:t41d) :

L’approche conven­tion­nelle est souvent en retard — la surprise est que l’amy­loïde très associé à la maladie d’Alzheimer est une réponse protec­trice aux agres­sions de microbes ou de toxines. Par consé­quent, toute tenta­tive d’éli­mi­na­tion de l’amy­loïde devrait être précédée de la suppres­sion de l’agres­sion qui induit cette réponse.

Après avoir présenté l’équi­libre entre divers peptides des synapses reliant les neurones, dont certains sont construc­teurs (synap­to­blastes) et les autres destruc­teurs (synap­to­castes) — un méca­nisme simi­laire à celui dont le déséqui­libre entraîne l’os­téo­po­rose — Bredesen propose une liste des cinq types d’Alzheimer décrits dans son ouvrage The End of Alzheimer’s (lien:0mal) :

  • Type 1 inflam­ma­toire (« chaud ») : l’in­flam­ma­tion peut être due à des agents patho­gènes ou à d’autres facteurs inflam­ma­toires tels que les graisses trans.
  • Type 2 atro­phique (« froid ») associé à des réduc­tions du support trophique telles que le facteur de crois­sance nerveuse, le facteur neuro­tro­phique dérivé du cerveau, l’es­tra­diol, la vita­mine D et d’autres supports trophiques, hormo­naux ou nutri­tion­nels. Il existe aussi une combi­naison commune de type 1 et type 2 — type 1.5 glyco­toxique (« doux ») — qui combine l’in­flam­ma­tion du glucose élevé (par exemple via AGE lien:89c0) avec la perte trophique de la résis­tance à l’in­su­line (lien:dlmy).
  • Type 3 toxique (« méchant ») associé à une expo­si­tion à des toxines telles que des myco­toxines (par exemple, des tricho­thé­cènes ou de l’ochra­toxine A) ou des chimioxines (par exemple le mercure).
  • Type 4 vascu­laire (« pâle ») associé à un soutien vascu­laire réduit.
  • Type 5 trau­ma­tique (« étourdi ») associé à un trau­ma­tisme crânien anté­rieur.

Les causes ayant été iden­ti­fiées, et soigneu­se­ment quan­ti­fiées pour chaque patient, un trai­te­ment indi­vi­dua­lisé est envi­sa­geable. Au total, 150 facteurs liés aux habi­tudes de vie ont été signalés, qui expli­que­raient la survenue de 95% des cas d’Alzheimer, les 5% restants étant attri­bués à des facteurs géné­tiques.

Les essais cliniques ont montré que les symp­tômes pouvaient régresser signi­fi­ca­ti­ve­ment pourvu que la maladie ne soit pas à un stade trop avancé. C’est l’ob­jectif du proto­cole ReCODE (Reversal of Cognitive Decline). Les prati­ciens formés à ce programme peuvent être loca­lisés sur le site du Dr. Bredesen.

Bredesen explique (lien:6xbg) :

La clé est que l’en­semble du programme fonc­tionne de concert, donc il existe un effet de seuil, tout comme on l’ob­serve dans le trai­te­ment des mala­dies cardio­vas­cu­laires. Il semble y avoir des effets béné­fiques majeurs induits par l’in­ver­sion de la résis­tance à l’in­su­line, l’op­ti­mi­sa­tion du sommeil, l’exer­cice régu­lier, l’éli­mi­na­tion des expo­si­tions toxiques […], l’op­ti­mi­sa­tion du soutien hormonal […], l’op­ti­mi­sa­tion de la nutri­tion (par exemple, éviter un taux élevé d’homo­cys­téine [lien:zby3], un taux faible de vita­mines D et B12, de magné­sium etc.), la lutte contre des agents patho­gènes (par ex. la borré­liose [lien:eisg]), une réduc­tion de l’in­flam­ma­tion — mais surtout, de la (des) cause(s) de l’in­flam­ma­tion —, une opti­mi­sa­tion de l’en­traî­ne­ment du cerveau et la réduc­tion du stress.

Rôle du peptide amyloïde Aβ

Des travaux soulignent une ressem­blance de la maladie d’Alzheimer avec les mala­dies à prions comme celle de Creutzfeldt-Jakob :

[…] les protéines impli­quées dans la maladie d’Alzheimer changent de forme, ce qui modifie leur action à l’échelle cellu­laire. Il faut savoir que le rôle d’une protéine dépend géné­ra­le­ment de sa forme (qui elle-même dépend en grande partie de l’enchaînement des acides aminés qui la compose). C’est ce chan­ge­ment de morpho­logie qui confère au peptide Aβ [lien:k9iu] des propriétés tota­le­ment diffé­rentes de celles de sa forme normale. Devenu capable de s’auto-agréger, il peut former les dépôts de fibres amyloïdes qui sont proba­ble­ment à l’origine de la mort des neurones.

Mais ce n’est pas tout : les cher­cheurs ont démontré que les formes toxiques sont capables de forcer leurs alter-egos normaux à les imiter, et à adopter eux aussi une forme patho­gène ! Ce phéno­mène, dit « auto-réplicatif », explique comment une cellule malade produi­sant la forme toxique du peptide peut « conta­miner » la cellule voisine.

Cette conta­gion de proche en proche explique aussi pour­quoi, durant l’évolution de la maladie d’Alzheimer, la propa­ga­tion des lésions céré­brales s’étend progres­si­ve­ment à tout le cerveau en suivant un schéma bien déter­miné, chez tous les patients.

Cette cita­tion est issue d’un article d’Angélique Igel-Egalon sur le site The Conversation (lien:b6m4) repro­duit par de nombreux médias fran­co­phones. L’auteure et le chef de rubrique Santé ont aima­ble­ment listé les liens impor­tants en réponse à un commen­taire où j’avais signalé l’ar­ticle de Rubel AA et al. (2013 lien:jksc). Je les rappelle en partie ci-dessous.

Meyer-Luehmann et al. (2006 lien:di1g), Stöhr J et al. (2014 lien:8qd2) ont démontré l’in­duc­tion expé­ri­men­tale de plaques amyloïdes sur des souris.

En 2015, Jaunmuktane Z et al. (lien:yker) ont constaté une trans­mis­sion par conta­gion de la patho­logie asso­ciée au peptide Aβ, notam­ment via les trai­te­ments par hormone de crois­sance qui avaient contribué à dissé­miner la maladie de Creutzfeldt-Jakob (Ritchie DL et al., 2017 lien:14lr ; Frontzek K et al., 2016 lien:3ssw ; Cali I et al., 2018 lien:zz4j). Les deux derniers auteurs signalent aussi que des greffes de dure-mère (lien:u9uw) pour­raient avoir causé une trans­mis­sion du prion humain. Une autre conta­mi­na­tion plus rare a pu être causée par des instru­ments de neuro­chi­rurgie (Jaunmuktane Z et al., 2018 lien:gc2y).

Sachant que diffé­rentes souches de prions ont été iden­ti­fiées (Morales R, 2017 lien:ku57), Angélique Igel-Egalon suggère qu’on désigne la maladie d’Alzheimer comme une « maladie de type prion » plutôt qu’une « maladie à prions » (lien:b6m4).

Plus récem­ment, Kumar D et al. (2016 lien:vztj) auraient « réha­bi­lité » le peptide amyloïde Aβ (lien:k9iu) qui selon eux joue plutôt un rôle « protec­teur » dans un méca­nisme dont le dérè­gle­ment provoque la maladie d’Alzheimer :

On pense que la protéine Aβ [lien:k9iu] est respon­sable de la mort neuro­nale dans la maladie d’Alzheimer. Aβ forme des agré­gats inso­lubles dans le cerveau des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, carac­té­ris­tiques de la maladie. Aβ et sa propen­sion à l’agré­ga­tion sont large­ment consi­dérés comme intrin­sè­que­ment anor­maux. Cependant, dans de nouveaux travaux, Kumar et al. montrent que Aβ est un anti­bio­tique naturel qui protège le cerveau contre les infec­tions. Le plus surpre­nant est que les agré­gats Aβ capturent et empri­sonnent les bacté­ries patho­gènes. Il n’est pas clair si Aβ combat une infec­tion réelle ou faus­se­ment perçue dans la maladie d’Alzheimer. Cependant, dans tous les cas, ces décou­vertes iden­ti­fient des voies inflam­ma­toires comme nouvelles cibles poten­tielles pour le trai­te­ment de la maladie d’Alzheimer.

Cette façon de voir me paraît en accord avec celle, décrite plus haut, à l’ori­gine du proto­cole MEND. Selon Gina Kolata (lien:21aj), le scénario de l’in­fec­tion, vu par les cher­cheurs Rudolph E. Tanzi et Robert D. Moir, pour­rait se résumer ainsi :

Un virus, un cham­pi­gnon ou une bactérie pénètre dans le cerveau en passant à travers une membrane — la barrière hémato-encéphalique [lien:5cnv] — qui fuit à mesure que les gens vieillissent. Le système de défense du cerveau se préci­pite pour arrêter l’envahisseur en fabri­quant une cage collante à partir de protéines, appelée bêta-amyloïde. Le microbe, comme une mouche dans une toile d’arai­gnée, devient piégé dans la cage et meurt. Ce qui reste est la cage — une plaque qui est la marque distinc­tive de la maladie d’Alzheimer.

Alors que les protéines Aβ (lien:k9iu) ont jusqu’ici été consi­dé­rées comme un déchet dont les frag­ments (peptides) s’ac­cu­mulent dans le cerveau avec l’âge, Robert Moir avait remarqué leur simi­li­tude avec celles du système immu­ni­taire inné, ce qui confir­me­rait qu’elles puissent inter­venir dans la défense du cerveau contre des agres­sions micro­biennes (lien:21aj). L’expérimentation animale justifie cette hypo­thèse. Rudolph E. Tanzi (lien:bmr3) étudie par ailleurs le rôle média­teur du micro­biote intes­tinal (lien:6ve6) dans ce processus. Certains gènes comme ApoE2 peuvent le retarder en faci­li­tant l’éli­mi­na­tion des frag­ments d’Aβ après qu’ils aient joué leur rôle défen­seur (lien:21aj).

Selon Eimer A et al. (2018 lien:vht1), des agents infec­tieux à l’ori­gine du méca­nisme destructif pour­raient être les virus de l’herpès : HSV1 (lien:pgrl), HHV‑6 (lien:4hoe), HHV‑7 (lien:c2om). Des travaux sur un modèle animal (lien:jf72) suggèrent aussi qu’un agent patho­gène bucco-dentaire (Porphyromonas gingi­valis), au rôle majeur dans le déclen­che­ment de paro­don­tites, pour­rait déclen­cher une neuroin­flam­ma­tion dans le cerveau (lien:zvc7) condui­sant à la maladie d’Alzheimer.

L’inflammation provoque la mort de cellules nerveuses. La partie de la barrière hémato-encéphalique (lien:5cnv) qui devient la plus poreuse avec l’âge est celle qui protège l’hip­po­campe, siège de l’ap­pren­tis­sage et de la mémoire où les plaques d’Alzheimer se forment.

En réponse à mon commen­taire, Angélique Igel-Egalon observe que l’étude de Kumar D et al. (2016 lien:vztj) ne dit rien de l’in­fluence sur leur poten­tiel infec­tieux des struc­tures et formes des oligo­mères (lien:b0qm) du peptide amyloïde Aβ (lien:k9iu). Comme signalé précé­dem­ment, le problème est moins une accu­mu­la­tion passive de protéines que leur chan­ge­ment de forme qui modifie leur action à l’échelle cellu­laire (lien:b6m4).

Dépistage et prévention

Des recherches sont en cours pour proposer un dépis­tage précoce d’Alzheimer qui permet­trait de démarrer un trai­te­ment dans la « phase silen­cieuse » de la maladie (voir par exemple lien:bm4m et lien:1tar).

Walker KA et al. (2017 lien:n4tl) ont montré que la présence de 3 ou plus biomar­queurs d’in­flam­ma­tion systé­mique (sur 5 mesurés) dans le sang de sujets d’âge moyen 53 ans avait augmenté signi­fi­ca­ti­ve­ment, 24 ans plus tard, l’in­ci­dence de la maladie d’Alzheimer, en dimi­nuant notam­ment le volume de l’hippo­campe (lien:vhds). Je crois donc impor­tant de surveiller les taux sanguins suscep­tibles de signaler une inflam­ma­tion : CPK (créa­tine kinase lien:v738), vitesse de sédi­men­ta­tion (lien:ea6c) et protéine C‑réactive (voir mon article Protéine C-réactive : panique !).

La prise de médi­ca­ments anti­cho­li­ner­giques (lien:08wk) serait asso­ciée à un risque accru de démence (de 6 à 49%) comme le signale une étude menée sur 284 343 sujet âgés de 82.2 ± 6.8 ans (lien:5nt7). La carence en choline (lien:ic4l) est fréquente et touche 9 Américains sur 10. Lucy Mailing explique (voir mon article Choline) qu’elle est un précur­seur de l’acé­tyl­cho­line [lien:yv7a], un neuro­trans­met­teur qui joue un rôle dans la mémoire, les rythmes circa­diens et le contrôle muscu­laire, ainsi que de la sphin­go­myé­line [lien:xah4] qui se trouve dans la gaine grais­seuse entou­rant les fibres nerveuses et améliore la conduc­tion des impul­sions élec­triques.

En termes de préven­tion, les recom­man­da­tions publiées sur ce site (voir notam­ment mon article Vivre bien et longtemps) sont en plein accord avec le programme ReCODE mentionné ci-dessus.

L’augmentation du facteur neuro­tro­phique issu du cerveau (brain-derived neuro­tro­phic factor, BDNF lien:jxbl) que l’on observe dans les pratiques du demi-jeûne frac­tionné (voir mon article Jeûne et restriction calorique) et de l’en­traî­ne­ment frac­tionné de haute inten­sité (voir mon article Entraînement fractionné de haute intensité) fait partie des stra­té­gies de préven­tion effi­caces justi­fiées par l’ex­pé­ri­men­ta­tion animale. Pour un exposé plus complet, suivre les liens sur cette page du site Mental Health Daily : lien:7om1.

Autres pistes

Des essais ont lieu sur l’amé­lio­ra­tion des capa­cités cogni­tives de patients atteints de maladie d’Alzheimer à un stade précoce ou moyen grâce à la consom­ma­tion de TCM (trigly­cé­rides à chaîne moyenne, lien:i65s), par exemple Ota M et al. (2019 lien:1yq7). D’autres essais, toujours sur de petits nombres de malades — donc à faible niveau de preuve — ont montré un effet béné­fique de la consom­ma­tion d’huile de noix de coco riche en acide laurique qui est un TCM à l’état naturel.

Il ne s’agit pas de « remèdes de grand mères » mais d’une recherche basée sur le constat que la maladie d’Alzheimer pour­rait être dési­gnée comme un « diabète de type 3 » comme proposé par De la Monte et Wands (2008 lien:xaby) : le cerveau produit sa propre insu­line, et celui de patients Alzheimer ne souf­frant pas de diabète de type 1 ou de type 2 présente une défi­cience en insu­line, pour­tant carac­té­ris­tique du diabète. Par consé­quent, tout trai­te­ment (préventif ou curatif) visant à favo­riser la produc­tion de corps céto­niques (lien:42pq) pour­rait être béné­fique aux patients Alzheimer.

Cette approche — appli­quée aussi à la maladie de Parkinson (lien:o1rh) et autres mala­dies neuro­dé­gé­né­ra­tives (lien:l7nc) comme la sclé­rose laté­rale amyo­tro­phique (Maladie de Charcot, lien:ats8) — inclue­rait un trai­te­ment méta­bo­lique simi­laire à celui du cancer (voir mon article Cancer - approche métabolique) et la pratique de diète céto­gène (voir mon article). Avec pour seule réserve que, chez une personne âgée, un chan­ge­ment radical de régime alimen­taire peut se traduire par la perte d’ap­pétit et par consé­quent une dénu­tri­tion annu­lant le béné­fice escompté (lien:zoyv).

Ces pistes nouvelles sont encou­ra­geantes et peuvent donner lieu à des chan­ge­ments de mode de vie (nutri­tion, exer­cice…) qui, s’ils ne produisent pas les effets mira­cu­leux affi­chés par des articles triom­pha­listes, améliorent le bien-être et la santé des patients de mala­dies neuro­dé­gé­né­ra­tives.


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