Chrononutrition – mon expérience

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➡ Cet article est un des plus consul­tés sur le site, reflet de la popu­la­rité de la chrono-nutrition®. Je tiens à rappe­ler que la nutrition n’est qu’une compo­sante de mon parcours de santé, à complé­ter par le jeûne fractionné, l’exercice sous plusieurs formes, une hygiène du sommeil, l’at­ten­tion à la posture etc.

Le terme géné­rique « chro­no­nu­tri­tion » (sans trait d’union) désigne une branche de la chro­no­bio­lo­gie (lien:ipkt) — voir Chrononutrition – publications. Il convient de le distin­guer de la chrono-nutrition®, une pratique nutri­tion­nelle ensei­gnée par Dr. Alain Delabos et collègues (voir le site offi­ciel lien:seoe). Pour allé­ger le texte, le ‘®’ n’est pas repro­duit à chaque occur­rence mais le trait d’union permet de distin­guer les deux termes.

On pour­rait consa­crer un livre entier aux erreurs commises par des personnes qui déclarent « faire » de la chrono-nutrition® — depuis le dange­reux oubli d’une hydratation suffi­sante, les quali­tés ou quan­ti­tés inap­pro­priées d’ali­ments, l’abus ou l’abs­ti­nence de sel etc. Chacun y va « de sa sauce » et les brico­lages sont fréquents, moti­vés par des into­lé­rances réelles ou suppo­sées à certains types d’ali­ments : produits laitiers, gluten, viande… Ces écarts rendent l’ap­proche inopé­rante et peuvent nuire grave­ment à la santé. Ils font dire à la personne en échec : « La chrono ne marche pas dans mon cas ! »

Il est vrai que la méthode du Dr. Delabos peut se décli­ner de multiples manières, répon­dant à des choix, des goûts person­nels et la dispo­ni­bi­lité d’ali­ments dans telle région du globe, mais seulement une fois qu’on en maîtrise les fonda­men­taux. Le forum de partage d’ex­pé­riences et de conseils est quasi­ment incon­tour­nable pour éviter les écueils (suivre ce lien : lien:hqg4).

Après neuf années de pratique, je rends compte ici de quelques obser­va­tions qui n’en­gagent que moi. Un témoi­gnage indi­vi­duel est anec­do­tique et ne peut en aucun cas se substi­tuer à une étude clinique jusqu’à présent inexis­tante — et sans grand inté­rêt vue l’im­pos­si­bi­lité de réali­ser un test randomisé/contrôlé en double-aveugle avec des groupes témoins.

Il est diffi­cile, dans un parcours indi­vi­duel, de distin­guer les méca­nismes conco­mi­tants ayant contri­bué au succès, entre autres l’iné­vi­table effet placebo (lien:3kr9) ; par contre, tout récit peut être instruc­tif une fois mis en pers­pec­tive.

Dans un article provo­ca­teur (lien:0u9y), Jane Plain affirme que chez de nombreuses personnes, l’obé­sité serait plus l’ef­fet d’une addic­tion à de la junk food agréable au goût qu’une simple pertur­ba­tion neuro-endocrinienne que l’on pour­rait résoudre par un chan­ge­ment de régime. Ce constat explique, selon elle, de nombreux échecs.

J’invite donc les lectrices et lecteurs à ne pas se méprendre sur mes inten­tions : je n’ai pas vrai­ment de conseil à donner sur la base de cette expé­rience person­nelle. Ce qui suit est l’illus­tra­tion d’une démarche qui consiste à remon­ter le fil des événe­ments en les confron­tant à des données géné­rales de la litté­ra­ture scien­ti­fique. Le choix des réfé­rences est biaisé par mon expé­rience et ne saurait en aucun cas servir d’exemple.

Sommaire

Mes débuts

Je me suis lancé dans la « chrono » en juillet 2009 dans le but exclu­sif d’en finir avec l’obé­sité. La plupart des personnes (pour la plupart des femmes) qui abordent cette pratique cherchent aussi à résoudre un problème de surpoids, de sorte qu’elle est souvent présen­tée comme un « régime amin­cis­sant ». En réalité, elle vise une régu­la­tion qui peut aussi bien se traduire par une prise de poids chez une personne trop maigre.

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J’avais commencé début 2007 à prati­quer la marche spor­tive (lien:h4sy), un exercice d'endurance, pour aller à mon lieu de travail : 10 km matin et soir, soit 3 heures de marche quoti­dienne sur une route de campagne avec forte déni­vel­la­tion. Après un an et demi, cet exer­cice avait réduit mon indice de masse corpo­relle (IMC lien:v9ej) d’en­vi­ron 37 à 35 kg/m2, corres­pon­dant à un poids dimi­nué de 100 à 95 kg. Rien de bien visible… En effet, un IMC de 30 kg/m2 est consi­déré comme seuil de l’obé­sité, et j’en étais encore loin ; mon tour de taille était encore de 115 cm pour 1m 64 de hauteur !

Le béné­fice de cette marche quoti­dienne a été, sans surprise, une meilleure forme physique. Mais je n’avais pas encore décou­vert que la seule pratique d’un exercice d'endurance asso­ciée à un régime hypo­ca­lo­rique (incluant de longues périodes de jeûne) est vouée à l’échec si l’on vise une perte de poids durable — voir mon article Manger et bouger ?

Dans mon bilan sanguin de 2005, le seul signal d’alarme était le taux de choles­té­rol (rapport LDL/HDL = 4.23). Aucune mesure de la vitamine D : les méde­cins fran­çais ne s’y inté­res­saient pas ! Cet état initial était l’abou­tis­se­ment de 37 ans d’ali­men­ta­tion quasi-végétarienne d’ins­pi­ra­tion macro­bio­tique (lien:iip5). Comme de nombreux obèses, j’étais aux anti­podes des propo­si­tions de la chrono-nutrition puisque je me privais de petit-déjeuner, souvent même de repas de midi, pour soula­ger ma faim le soir avec une platée de riz complet et de légumes cuits à la vapeur assai­son­nés de tamari (lien:p8et) et goma­sio (lien:4ytb) forte­ment salés, et souvent de quelques cubes de fromage à pâte dure. Je finis­sais par calmer ma frin­gale avec du yaourt sucré au miel : un parfait anti­dote de la macro­bio­tique, mais le yaourt et le miel ne sont-il pas des produits natu­rels ? L’agencement de mes repas n’était pas éloi­gné de celui des adeptes du sumo (lien:27ds) — bien que je n’aie jamais concouru ! Je ne buvais quasi­ment jamais, au point de souf­frir de crampes à cause de la déshy­dra­ta­tion (voir mon article Boisson)… Je ne serais pas surpris que ce régime et les carences qu’il indui­sait aient contri­bué à la calci­fi­ca­tion de mes artères coro­naires — voir mon article Je suis à l'hôpital !

La chrono-nutrition® a donc repré­senté un cham­bou­le­ment de mes habi­tudes et croyances nutri­tion­nelles. Ce chan­ge­ment de cap était motivé par l’échec de toutes mes tenta­tives d’amai­gris­se­ment (jeûnes et restric­tion calo­rique), l’exemple d’une amie qui avait retrouvé une silhouette parfaite après un an de « chrono », et le contre-exemple de végétalien-ne‑s (lien:opzr) dont j’ob­ser­vais avec effroi le vieillis­se­ment préma­turé : fonte muscu­laire souvent masquée par un stockage de graisse, flétris­se­ment de la peau, aspect cada­vé­rique, état dépres­sif chro­nique (voir lien:enad) etc.

Contrairement à Lierre Keith (lien:izyr), ancienne mili­tante du végé­ta­lisme inté­gral (véga­nisme lien:y7u5), je n’ai jamais été un adepte doctri­naire du végé­ta­risme (lien:yirg) malgré une atti­rance tardive vers le végé­ta­lisme (lien:opzr). Ne pas consom­mer de viande au quoti­dien me parais­sait un avan­tage indis­cu­table pour se main­te­nir en bonne santé, si ce n’est « sauver la planète », mais je n’en faisais pas une reli­gion. Toutefois, je n’écou­tais pas ceux qui remet­taient en cause la doxa végé­ta­rienne ; la plupart des argu­ments « pour » ou « contre » me parais­saient (et me paraissent encore) dogma­tiques ou infan­tiles.

Je recon­nais à Keith la vertu d’avoir posé des ques­tions déran­geantes et inséré sa démarche dans une réflexion sur l’éco­lo­gie, mais je reste prêt à croire que le végé­ta­risme est une option valable sous certaines personnes si elles savent doser les nutri­ments en réponse à leurs besoins sur le long terme. Cela n’a jamais été mon cas, soit par un défaut de consti­tu­tion, soit parce que j’étais obèse pendant ma petite enfance, ou simple­ment par incom­pé­tence. Je ne crois pas non plus qu’on puisse adap­ter la chro­no­nu­tri­tion à une forme de végé­ta­risme en vue de perdre du poids, les sources de protéines végé­tales étant trop riches en glucides (voir mon article Protéines).

Retour au réel

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Par défor­ma­tion profes­sion­nelle, j’ai abordé la pratique de la chrono-nutrition® à la manière d’une expé­rience « scien­ti­fique » s’ap­puyant sur un proto­cole rigou­reux : les instruc­tions écrites du Dr. Delabos complé­tées par les infor­ma­tions de son forum (lien:hqg4). Je me suis donné un an pour juger du résul­tat, balance, miroir et mètre de coutu­rière en main !

Cette manière de procé­der m’obli­geait à accep­ter la réalité. Depuis long­temps, j’avais renoncé à me peser et je me détour­nais même de tout miroir ou des images photo­gra­phiques pour m’ima­gi­ner, non pas obèse, mais « bien portant ». J’adhérais à une croyance domi­nante dans le monde médi­cal — réfu­tée récem­ment (lien:ykhs) — qu’on peut être à la fois gros et en bonne santé (“fat but fit”). J’avais adopté ce proverbe de ma grand-mère pater­nelle : « Il vaut mieux faire envie que pitié ! » Elle faisait elle-même très « envie », alors que ma grand-mère mater­nelle qui faisait « pitié » a vécu plus long­temps… 😉

Mon inscrip­tion sur le forum de chrono-nutrition (lien:hqg4) a été une expé­rience posi­tive, au départ, pour corri­ger des erreurs — entre autres le besoin d’un apport vita­mi­nique en compen­sa­tion de la perte de vita­mines lipo­so­lubles pendant le rapide désto­ckage initial (envi­ron 3 kilos par semaine). Les témoi­gnages de personnes qui réus­sis­saient à mincir de façon spec­ta­cu­laire renfor­çaient par ailleurs un effet placebo (lien:3kr9) qui me paraît indis­pen­sable à la réus­site d’une pratique nutri­tion­nelle… J’ai eu dès le départ la certi­tude que mon objec­tif pouvait être atteint : le témoi­gnage sur le forum d’un homme qui avait perdu 34 kilos pendant sa première année de chrono-nutrition, et cela sans passer par la case « star­ter ».

J’ai créé à cette époque un blog (lien:i6ae) sous le pseudo OursQuiDanse, encore lisible mais qui n’est plus alimenté.

La réussite

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Après quinze mois de chrono-nutrition (sans oublier les 3 heures de marche quoti­dienne) mon IMC était tombé à 26. J’avais perdu 25 kilos et réduit mon tour de taille de 115 à 91 cm. Ce résul­tat était spec­ta­cu­laire au point que le direc­teur de mon labo m’a fait béné­fi­cier d’un avan­ce­ment accé­léré car la rumeur courait que j’étais atteint d’une mala­die incu­rable ! 😉

En réalité, j’étais malade de bonheur… Le bilan sanguin de 2010 s’est révélé plei­ne­ment satis­fai­sant, avec un rapport LDL/HDL redes­cendu à 2.20 malgré la consom­ma­tion bien plus impor­tante de graisses satu­rées (lien:czsd). L’important étant plus l’aug­men­ta­tion du HDL que la dimi­nu­tion du LDL (voir mon article Pourquoi dimi­nuer le choles­té­rol ?).

Un point à souli­gner est que je n’avais perdu que 5 kilos en faisant de l’exer­cice, et 25 en combi­nant l’exer­cice avec une nutri­tion amélio­rée sans restric­tion calo­rique… Ce qui va à l’en­contre du discours, toujours domi­nant en France, selon lequel le secret de l’amin­cis­se­ment serait d’aug­men­ter la dépense physique en rédui­sant l’ap­port calo­rique — comme je l’ai entendu par exemple le 28/01/2019 dans une émis­sion scien­ti­fique (lien:tcwu) — par ailleurs très instruc­tive ! La falla­cité de ce discours est expo­sée en détail dans mon article Manger et Bouger ?

Quelques adaptations

En plein débat média­tique sur la légi­ti­mité de la consom­ma­tion de viande, je crois utile de préci­ser que, dès le début de cette expé­rience, ma ration quoti­dienne dépas­sait rare­ment 60% celle préco­ni­sée par A. Delabos. Non par nostal­gie du végé­ta­risme, mais parce qu’en semaine je déjeu­nais dans des restau­rants proches de mon lieu de travail. Je ne prétends pas que cette limi­ta­tion, impo­sée par les circons­tances, soit béné­fique à tout un chacun : il faut déter­mi­ner ses besoins puis mesu­rer l’in­ci­dence de son choix sur le tour de taille et la forme physique — voir mon article Protéines

Une autre adap­ta­tion, moti­vée initia­le­ment par les menus de restau­rant, a consisté à consom­mer des légumes verts et/ou des crudi­tés à quasi­ment tous les repas de midi, rédui­sant les quan­ti­tés de fécu­lents au mini­mum requis pour ne pas sentir la faim reve­nir rapi­de­ment. Cette adap­ta­tion est deve­nue une habi­tude fami­liale. Elle n’est pas contra­dic­toire avec la chrono-nutrition, bien que les ouvrages recom­mandent plutôt la consom­ma­tion de fécu­lents à midi pour renvoyer au soir celle des légumes verts. Lorsque nous prati­quons le demi-jeûne fractionné, nous suppri­mons souvent les glucides au repas de midi (voir mon article Diète cétogène).

Ayant long­temps séjourné en Asie, ma famille utilise au quoti­dien un grand nombre d’épices et aromates tels que poivre, coriandre, cumin, cannelle, carda­mone, baies rouges, piments etc. qui s’ajoutent à nos aromates régio­naux. Ils sont répu­tés pour leur action béné­fique sur les méca­nismes d’as­si­mi­la­tion.

Excès de fer ?

La consom­ma­tion de crudi­tés, qui peuvent se réduire à quelques branches de persil, faci­lite l’as­si­mi­la­tion du fer d’ori­gine végé­tale (voir Lynch SR & Cook JD, 1980 lien:3n19). Ce n’était peut-être pas une pratique opti­male dans mon cas en raison d’un possible excès de fer. Mon taux de ferri­tine n’avait pas été mesuré à l’époque — les méde­cins que je consul­tais étant peu infor­més sur la ques­tion — mais plus tard le test a révélé des taux de 280 puis jusqu’à 537 ng/ml… Même en l’ab­sence d’hémo­chro­ma­tose (lien:k7it) dont le diag­nos­tic néces­si­te­rait d’autres analyses (lien:3fv8), ou d’autres indi­ca­teurs d’inflam­ma­tion (lien:4to6) chro­nique (voir arbre de déci­sion lien:8kea), un taux de fer trop élevé (asso­cié à un taux de ferri­tine > 150 ng/ml) pour­rait avoir un impact néga­tif sur la santé, si l’on en croit le site Iron Disorders (lien:yy2s). Il est possible (mais pas prouvé) que l’ex­cès de fer ait contri­bué chez moi à une calci­fi­ca­tion des artères entraî­nant plus tard une occlu­sion totale chro­nique d’une artère coro­naire (lien:xrt5) — voir mon article Je suis à l'hôpital !

Si l’ex­cès de fer est confirmé, il serait avisé de consom­mer des aliments dimi­nuant l’as­si­mi­la­tion du fer, par exemple des laitages avec un repas de viande, des céréales complètes, légu­mi­neuses et noix riches en acide phytique (lien:cbk8), du thé ou du café après le repas, du vin rouge etc., jusqu’à ce que le taux de ferri­tine redes­cende à 80 ng/ml. Donner son sang contri­bue aussi à la baisse du taux de fer. C’est ce que recom­mande P.D. Mangan (2016) : Dumping Iron : How to Ditch This Secret Killer and Reclaim Your Health (lien:qkza). Je n’ai pas encore de certi­tude à ce sujet, mais mon taux de ferri­tine est redes­cendu de 537 à 270 ng/ml en seulement deux mois (automne 2017) grâce à la consom­ma­tion quoti­dienne de gélules de curcu­mine et pipé­rine.

Répondre à ses besoins

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Quand on me demande de résu­mer en une phrase ma philo­so­phie en matière de nutri­tion, je réponds que c’est le refus d’uti­li­ser la nour­ri­ture comme instru­ment de puni­tion et de récom­pense. À l’ins­tar de nombreux d’obèses, j’ai long­temps oscillé entre des périodes de priva­tion (des jeûnes qui pouvaient durer jusqu’à 4 semaines) et des périodes d’ex­cès (grigno­tage bouli­mique lien:fcz9).

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Le jeûne était une manière de punir mon corps d’avoir « trop mangé » et le grigno­tage un effet de compen­sa­tion par la récom­pense. Par exemple, un carré de choco­lat (ou plus) pour se conso­ler d’un échec, mais la même chose pour se féli­ci­ter d’une réus­site… Le choco­lat, le flan-caramel ou le pot de miel qui nous attendent à la cuisine sont toujours dispo­sés à nous procu­rer du plai­sir (comme la ciga­rette). Or une dépen­dance nutri­tion­nelle est bien plus facile à désa­mor­cer une fois que le corps a été satis­fait dans ses besoins.

Sachant que le goût du sucré est inscrit dans notre cerveau depuis la vie fœtale (le liquide amnio­tique est sucré), le réflexe inné en cas de demande éner­gé­tique est de faire appel à des sucres « rapides ». La chrono-nutrition, comme toute pratique alimen­taire faible en glucides, rééduque notre orga­nisme à puiser des calo­ries aussi souvent que néces­saire dans les graisses (céto­ge­nèse lien:379a) — voir mon article Glucides ou lipides ?

Il m’ar­rive encore de craquer devant une pâtis­se­rie. Je ne m’en prive pas, mais le plai­sir procuré par ce défou­le­ment est bien infé­rieur à ce qu’il était autre­fois. D’autant plus cette pâtis­se­rie moderne qui n’est plus, sauf rares excep­tions, qu’un hideux assem­blage de substances indus­trielles. L’écœurement est vite au rendez-vous quelle que soit la qualité du produit. La chrono-nutrition fait partie pour moi de ces approches qui permettent de distin­guer entre envie et besoin, par l’at­ten­tion portée aux sensa­tions plus qu’à des inter­dic­tions ou des obli­ga­tions.

Ce qui suppose d’ap­prendre à discer­ner les sensa­tions « primaires » de leur inter­pré­ta­tion dans les sphères de l’émo­tion et du raison­ne­ment… Quels para­mètres rendent possible ce discer­ne­ment ? Cette ques­tion fonda­men­tale est au cœur de l’ou­vrage Le Corps accordé — Pour une approche raison­née de la santé et du soin de soi (lien:bphq) que j’ai co-édité.

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Un petit-déjeuner « chrono » parmi d’autres :
œufs, fromage, riz complet, huile d’olive et bois­son

La chrono-nutrition™ n’est pas un « régime » au sens restric­tif du terme (voir mon article Nutrition : qui écouter ?) malgré la confu­sion induite par la propo­si­tion d’une pratique « star­ter » (option­nelle) équi­va­lente à un régime sous-calorique supplé­menté en protéines lactiques et en tryp­to­phane (lien:to53). C’est la première phase décrite par Alain Delabos dans son ouvrage Mincir vite et rester mince (Albin Michel, 2011). Pour l’avoir essayée pendant plusieurs semaines, elle n’a eu aucune inci­dence sur la vitesse de mon amin­cis­se­ment, mais les témoi­gnages d’autres adeptes étaient posi­tifs.

Il reste que les complé­ments alimen­taires protéines/tryptophane ache­tés en phar­ma­cie ou sur un site spécia­lisé coûtent cher. Par ailleurs, la consom­ma­tion de tryp­to­phane (lien:to53) en quan­tité n’est pas sans risque sur le long terme — voir mon article Compléments alimentaires. Okuno A et al. (2008 lien:ksa2) décrivent le tryp­to­phane comme un des acides aminés les plus toxiques.

Les années suivantes…

Mes mensu­ra­tions sont restées stables pendant deux ans envi­ron, puis j’ai constaté une remon­tée des chiffres, jusqu’à 6 kilos supplé­men­taires trois ans plus tard. Quelle horreur !

Raison prin­ci­pale : je m’étais lâché sur les sucre­ries au goûter… Après une impor­tante perte de poids, l’insulinorésistance (lien:dlmy) (une des causes de l’obé­sité) peut céder la place à son opposé : une réponse accrue à l’in­su­line entraî­nant un stockage plus facile des glucides en excès dans les cellules adipeuses. Ce qui peut induire un effet « yo-yo » très visible alors qu’on n’a fait que de petits écarts.

Cette remon­tée s’est stabi­li­sée en avril 2013, mais elle n’a pas été suivie de désto­ckage en raison de condi­tions toujours défa­vo­rables. La première concer­nait l’exer­cice : nous nous sommes instal­lés au village des Mayons où ma marche quoti­dienne se limi­tait à un circuit de 2 heures sur la crête d’une colline. Certes, elle compte 12 000 pas et la déni­vel­la­tion est impor­tante (envi­ron 300 mètres avec quelques montées abruptes), mais il serait plus béné­fique de scin­der l’exercice d'endurance dans la jour­née, comme à l’époque où je marchais pour aller et venir de mon lieu de travail. Deux sorties d’une heure feraient plus d’ef­fet qu’une seule de deux heures.

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La seconde mauvaise habi­tude était ma consom­ma­tion fréquente de glace indus­trielle conte­nant des produits abomi­nables malgré sa préten­tion à être « arti­sa­nale » (voir l’ar­ticle du Canard enchaîné Des glaces pleines de vide). Glace agré­men­tée d’une irré­sis­tible confi­ture de châtaignes — la spécia­lité locale ! Une dose de fructose (lien:3w7b) qui a pu agir défa­vo­ra­ble­ment sur mon taux d’in­su­line…

Mon cycle de sommeil s’est trouvé lui aussi perturbé puisque je ne dormais que 6 heures par nuit en moyenne et ressen­tais de la somno­lence le jour.

À cette époque, j’ai lu l’ex­cellent ouvrage de Gary Taubes, FAT – Pourquoi on gros­sit (lien:ojj9) qui m’a beau­coup appris sur la rela­tive inuti­lité de l’exercice d'endurance prati­qué sans discer­ne­ment (voir extraits).

Il faut souli­gner que la seule correc­tion de mon régime alimen­taire n’a pas relancé le proces­sus de « désto­ckage » que j’avais connu cinq ans plus tôt, alors que j’étais revenu à une « chrono » conforme aux instruc­tions — y compris pour les quan­ti­tés de viande. Sur les forums chrono, lorsque des adeptes se plaignent de stag­na­tion ou de régres­sion, après avoir corrigé toutes les erreurs de leur pratique, les experts les orientent vers une théra­pie psy, ou encore leur conseillent « de l’exer­cice » sans donner un sens précis à ces mots… J’aurais tendance à y voir la limite symp­to­ma­tique de l’effet placebo (lien:3kr9) induit par le charisme de ces experts.

Améliorer sa pratique nutri­tion­nelle est sans doute indis­pen­sable pour sortir de l’obé­sité. Une fois la majeure partie du surpoids éliminé, le corps parvient à un équi­libre et s’y main­tient tant qu’on respecte ses besoins. Le poids d’équi­libre n’est souvent pas celui qu’on souhai­tait retrou­ver pour l’avoir connu au début de l’âge adulte — avant que « tout se détraque »… Il est vain d’es­pé­rer l’at­teindre en agis­sant exclu­si­ve­ment sur la nutri­tion (ou des compléments alimentaires). Si l’on adopte un régime restreint en calo­ries, on perd encore du poids, mais souvent par une dimi­nu­tion de la masse muscu­laire (obésité sarco­pé­nique lien:a57e) qui peut finir par alté­rer le muscle cardiaque (lien:kj3y). Dans tous les cas on s’ex­pose à un retour désa­gréable à l’état initial (ou pire) par effet yo-yo (lien:92g5).

La recom­man­da­tion « faites de l’exer­cice », inscrite dans les ouvrages d’Alain Delabos comme chez de nombreux méde­cins, n’est pas assez expli­cite sur le choix du mode d’en­traî­ne­ment et sa mise en œuvre.

L’exercice

Grâce au Dr. Philip Maffetone (2015 lien:yys4) et à Mark Sisson et Brad Kearns (2016 lien:d890), j’ai appris bien plus tard le dosage et la pratique de l’exercice d'endurance qui, allié à l’entraînement fractionné de haute intensité, permet d’ache­ver (et conso­li­der) les trans­for­ma­tions initiées par un chan­ge­ment de mode nutri­tion­nel.

On ne cherche plus à « perdre du gras » mais à renfor­cer sa muscu­la­ture ainsi que la densité miné­rale osseuse (lien:it01) et la mobi­lité des arti­cu­la­tions, tout en amélio­rant sa santé. Hahn et Eades (The Slow Burn Fitness Revolution lien:wdfm p. 20, voir d'autres extraits dans mon article) écrivent à ce sujet :

Les muscles que vous utili­sez en vous exer­çant ont besoin du plus de sang, consomment le plus de sucre et de gras en tant que combus­tibles, produisent le plus de chaleur, et demandent le plus d’éner­gie de tous les systèmes du corps. Non seulement le système muscu­laire est l’or­gane le plus grand, le plus consom­ma­teur d’éner­gie, le plus produc­teur de chaleur dans le corps, mais c’est aussi le seul dont vous puis­siez amélio­rer direc­te­ment le fonc­tion­ne­ment par le biais de l’exer­cice.

L’exer­cice d’en­du­rance peut mettre en service une « machine à manger les graisses » sous la seule condi­tion d’être correc­te­ment dosé (fonc­tion­ne­ment aéro­bie maxi­mum). Voir les prin­cipes de la formule « 180 – votre âge » et le « MAF test » dans mon article. Enfin, le sprint, lui aussi soigneu­se­ment prati­qué, achève de brûler les kilos en trop (voir mon article).

Un nouvel équilibre

Grâce aux sources anglo­phones étayées par des données scien­ti­fiques, j’ai acquis une vision plus pratique et effi­cace (certains diraient « empi­rique et holis­tique ») du main­tien de la santé. C’est la raison d’être de ce site.

La diffi­culté de repro­duire un méca­nisme de perte de poids est liée à une dimi­nu­tion du méta­bo­lisme de base (lien:uo7d) mesuré par la dépense d’éner­gie au repos (resting energy expen­di­ture lien:11hb ) qui est fonc­tion du poids de la personne. Autrement dit, plus on est mince moins on aurait besoin d’ap­port éner­gé­tique. Ce proces­sus est appelé ther­mo­ge­nèse adap­ta­tive (voir page lien:2yt3). Toutefois, cette dimi­nu­tion est extrê­me­ment variable selon les indi­vi­dus comme le montre l’étude de Rosenbaum M et al. (2008 lien:56w2) : dans un groupe de sujets ayant perdu 10% de leur poids, la dépense d’éner­gie au repos était moins impor­tante que prévu, variant d’une dimi­nu­tion de 417 kcal/jour à une augmen­ta­tion de 76 kcal/jour.

À la lumière de ces obser­va­tions, j’ai corrigé mes erreurs en rédui­sant progres­si­ve­ment la consom­ma­tion de glucides (pas plus de 25 g de fruc­tose par jour) puis en prati­quant le demi-jeûne fractionné et l’entraînement fractionné de haute intensité. Ce dernier, en parti­cu­lier, a profon­dé­ment modi­fié mon schéma corpo­rel.

J’ai augmenté la diver­sité des apports alimen­taires pour amélio­rer l’as­si­mi­la­tion du sélé­nium, des protéines etc. Voir « Les combi­nai­sons chro­no­mé­trées des aliments » dans Jean-Marie Bourre, La Chrono-diététique (2013 lien:say7, p. 183–4).

J’ai ramené ma consom­ma­tion de viande au niveau des premières années mais augmenté légè­re­ment les quan­ti­tés de graisses pour abais­ser le taux d’in­su­line et faci­li­ter ainsi le désto­ckage des trigly­cé­rides (lien:1edl). Ma glycé­mie était en effet un peu supé­rieure à 90mg/dl après un jeûne nocturne de 12 heures, indi­ca­tion probable d’un excès de protéines en rapport avec l’ac­ti­vité physique (voir l’ar­ticle Insulin, Glucagon, and Fat Metabolism lien:hrsj et la pondé­ra­tion des quan­ti­tés dans mon article Protéines).

Grâce à un apport régu­lier d’oméga‑3 (lien:7u5c), mon équi­libre nutri­tion­nel est aujourd’­hui proche d’un régime médi­ter­ra­néen (lien:6edf) supposé préve­nir les acci­dents cardio­vas­cu­laires (lien:gqpv). Les années de pratique n’ont cepen­dant pas empê­ché la forma­tion de plaque d’athé­ro­sclé­rose (lien:mnd6) accu­mu­lée en 30 ans de mauvaises habi­tudes, qui a déclen­ché un syndrome coro­na­rien aigu (lien:br8z) fin 2016 — voir mes articles Je suis à l'hôpital ! et Soigner ses artères.

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Suite à la lecture de l’ou­vrage (simpliste) Brain Maker de David Perlmutter (lien:h22p) puis d’ar­ticles sur le micro­biote intes­ti­nal (lien:h01g), j’ai rendu mon alimen­ta­tion quoti­dienne plus riche en probio­tiques (lien:rjx1) et prébio­tiques (lien:9lnn), mais sans supplé­men­ta­tion : nous avons fabri­qué de temps en temps du kéfir (lien:id2b) ou du kombu­cha (lien:pcwd) pour une consom­ma­tion modé­rée. Ce choix n’est pas sans consé­quence car certains probio­tiques pour­raient contri­buer à une (re)prise de poids (lien:1iim). L’abstinence de yaourt pendant la période de perte de poids est donc une saine précau­tion.

Diminuer le sel faisait partie de nos chan­ge­ments nutri­tion­nels — pratique contes­table aujourd’­hui, voir mon article Le sel est notre ami ! — mais j’ai décou­vert plus tard qu’il était plus perti­nent d’aug­men­ter le rapport potassium/sodium en consom­mant assez d’ali­ments riches en potas­sium : légu­mi­neuses (notam­ment les hari­cots blancs), tuber­cules et plantes racines etc. La dimi­nu­tion de sel (arti­fi­ciel­le­ment enri­chi en iode) peut être compen­sée par une consom­ma­tion d’iode issue de produits marins : pois­sons, crus­ta­cés et algues (lien:ncse).

Enfin, j’ai augmenté mon taux de vitamine D grâce à une expo­si­tion quoti­dienne au soleil de l’été, tout en veillant à un apport suffi­sant de vita­mine K2 par des légumes fermen­tés (chou­croute crue, kéfir etc.) ainsi que du yaourt de chèvre ou de brebis. L’exclusion du yaourt en chrono-nutrition me parais­sait en contra­dic­tion avec une méta-analyse de 15 études (Lee et al., 2018 lien:pp3t) montrant qu’une consom­ma­tion modé­rée (100 g/jour) dimi­nue­rait de 18% le risque de syndrome méta­bo­lique (lien:kpej) incluant l’hy­per­gly­cé­mie, une pres­sion arté­rielle élevée, un excès de trigly­cé­rides et un taux insuf­fi­sant de HDL.

La combi­nai­son de ces correc­tions m’a permis de retrou­ver un cycle de sommeil de 7 à 8 heures sans inter­rup­tion. Mon taux de vita­mine D est remonté de 13 à 28 ng/ml. Pendant l’hi­ver 2015–2016, six mois de supplé­men­ta­tion en vita­mine D3 (à raison de 50 000 UI/semaine) m’ont permis d’at­teindre le taux de 44 ng/ml, et six mois supplé­men­taires à 25 000 UI/semaine m’ont amené à 60 ng/ml. Par contre, le taux d’acide urique est resté de 6 mg/dl, légè­re­ment plus que la limite (5.5) fixée par Dr. Johnson (lien:fgh8) comme marqueur de toxi­cité du fructose.

Pour prati­quer le demi-jeûne fractionné sans pertur­ber les cycles biolo­giques, je réduis la prise de nour­ri­ture en suppri­mant les glucides à midi (rempla­cés par des crudi­tés ou des légumes verts), je supprime le goûter et remplace le dîner par 2 capsules de 500 mg d’huile de krill (lien:62sy).

Confronté à un surpoids acquis pendant un séjour en Auvergne, j’ai récu­péré rapi­de­ment avec une diète céto­gène (lien:f9wb) en accord avec les bases de chro­no­bio­lo­gie présen­tées ici — voir mon article Diète cétogène - expérience. À titre expé­ri­men­tal, je pratique aussi le Stop & Go de Taty Lauwers (2019 lien:17r9) qui me paraît agir comme un excellent régu­la­teur de l’ap­pé­tit en accord avec le cycle nycthé­mé­ral.

Abolition du grignotage

Ce que j’ai décou­vert avec émer­veille­ment, dès les premiers jours de pratique de la chrono-nutrition, et qui s’est main­tenu depuis, est la fin de toute envie de grigno­ter. Je réalise qu’au­tre­fois j’étais perpé­tuel­le­ment en demande d’ap­ports calo­riques, de préfé­rence sous forme de sucres rapides. J’en étais même venu à « siffler » un kilo de miel par mois, sous prétexte que « ce n’est pas du sucre » alors qu’il contient en moyenne 70% de fruc­tose avec un risque d’ad­dic­tion (lien:8tcw) !

J’ai réalisé que la plupart des humains, dans une société d’abon­dance, consomment des aliments pour se couper la faim au lieu de se nour­rir. C’est très visible (je me revois dans ce compor­te­ment) chez des végé­ta­liens ou adeptes de régimes restric­tifs invi­tés à parta­ger une table qui expose des aliments « inter­dits », susci­tant chez eux un mélange de frus­tra­tion et d’in­di­gna­tion…

La consom­ma­tion compul­sive déclenche un signal de récom­pense, mais le plai­sir est de courte durée car les besoins réels n’ont pas été satis­faits. Une personne qui grignote est bien souvent caren­cée (voir article lien:sant). Si l’on retrouve l’en­vie de grigno­ter après avoir modi­fié son alimen­ta­tion, il me paraît plus perti­nent de s’in­ter­ro­ger sur d’éven­tuelles carences que d’in­vo­quer une cause compor­te­men­tale.

Des enfants livrés à eux-mêmes passent leur temps à pico­rer des aliments avec satis­fac­tion immé­diate s’ils ont accès au frigo ou à des sucre­ries. Certains y retournent sans relâche car leurs vrais besoins ne sont jamais comblés. La faim ressen­tie par un bouli­mique peut corres­pondre à une carence réelle ! D’où l’im­por­tance de propo­ser des repas à inter­valles régu­liers avec de véri­tables aliments dont on ajuste la nature et les quan­ti­tés tant que les cycles de faim et de satiété ne sont pas régu­liers.

La régu­la­tion des périodes de prise de nour­ri­ture n’est pas seulement un facteur de socia­bi­lité. Son impor­tance est confir­mée par l’étude de Chaix A. et al. (2014 lien:q7n9) Time-Restricted Feeding Is a Preventative and Therapeutic Intervention against Diverse Nutritional Challenges que j’ai présen­tée en lien avec le demi-jeûne frac­tionné (voir mon article Jeûne et restriction calorique).

De la mesure dans les mesures !

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Je disais avoir entre­pris la chrono-nutrition comme une « expé­rience scien­ti­fique ». Occasion d’ou­vrir une paren­thèse au sujet des mesures et mensu­ra­tions

Il est recom­mandé aux personnes souhai­tant perdre ou prendre du poids de se peser une fois par semaine et de mesu­rer leurs tours de taille, de hanches et de poitrine. Ces mesures sont assez simples pour qu’une personne peu quali­fiée les réalise de manière correcte.

Les mensu­ra­tions évoluent rela­ti­ve­ment lente­ment. L’effet sur le long terme de cette évolu­tion se mesure au serrage des vête­ments et crans de cein­ture modi­fiés (sans tricher), sans oublier les regards appro­ba­teurs (ou apitoyés) de son entou­rage…

Pour le poids, la réalité est plus complexe. Perdre du poids ne signale pas auto­ma­ti­que­ment un amin­cis­se­ment. En effet, si l’on prend soin de complé­ter la chrono-nutrition par de l’exer­cice (pour utili­ser à bon escient les protéines four­nies à l’or­ga­nisme) on finira par « faire du muscle » tout en perdant de la graisse. Les muscles étant 25% plus denses que les tissus adipeux, la perte de poids peut être moins impor­tante qu’on s’y atten­dait.

Autre cause de mauvaise inter­pré­ta­tion du diag­nos­tic de la balance : avant de perdre de la graisse, on élimine beau­coup d’eau stockée dans l’or­ga­nisme, ce qui explique la rapide dimi­nu­tion de poids des obèses en début de trai­te­ment (et la néces­sité d’un complé­ment vita­mi­nique). Cette perte d’eau est d’ailleurs une aubaine pour les escrocs qui vendent une méthode d’amin­cis­se­ment ou de la poudre de perlim­pin­pin : une cliente/victime s’ex­ta­sie d’avoir perdu 3 kilos en un mois après avoir suivi un coaching inten­sif ! Ce n’est pas sérieux.

Une mesure plus perti­nente de l’amin­cis­se­ment est l’indice de masse grasse (lien:65no) de l’or­ga­nisme que l’on peut mesu­rer indi­rec­te­ment avec un moni­teur de perte d’adi­po­sité. J’utilise pour cela le modèle MRON HBF-306 qui est vendu envi­ron 32 euros. Cet appa­reil mesure en réalité la résis­tance élec­trique du corps traversé (d’une main à l’autre) par un courant de 500µA à 50 KHz. On saisit son profil : taille, poids, âge, sexe, et l’ap­pa­reil calcule le pour­cen­tage de masse adipeuse à partir de la mesure de résis­tance et de ces données. Cette mesure est approxi­ma­tive et doit être réali­sée plusieurs fois dans une même jour­née pour rete­nir une moyenne.

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Le plus surpre­nant est que notre poids peut varier consi­dé­ra­ble­ment d’un jour à l’autre. J’ai observé des varia­tions, dans les deux sens, jusqu’à 1.5 kg sur 24 heures… L’observation était fiable car, si l’on s’hy­drate unique­ment pendant les repas (en hiver) donc à heures fixes et en quan­tité câli­brée, on ne peut pas attri­buer ce chan­ge­ment à un défaut ni un excès de bois­son. Elle corres­pond proba­ble­ment à une varia­tion de la réserve d’eau dans le corps, mais pas à un ajout ni un manque acci­den­tel.

Ces fluc­tua­tions quoti­diennes justi­fient qu’on ne se pèse pas tous les matins, car il serait dérai­son­nable de s’ex­ta­sier (ou s’ef­frayer) de quelques centaines de grammes de diffé­rence étant donnée l’ir­ré­gu­la­rité de cette quan­tité. On se pèse donc chaque semaine, mais je recom­mande de refaire une seconde mesure à 24 heures d’in­ter­valle pour en conser­ver la moyenne. Ou encore de calcu­ler la moyenne sur une semaine de mesures quoti­diennes.

Enfin, il ne faut pas accor­der une confiance exces­sive aux balances à affi­chage numé­rique, car les modèles bas de gamme sont d’une impré­ci­sion déplo­rable. Utiliser une balance de la meilleure qualité sur un sol parfai­te­ment plat (quatre points de contact), et monter deux fois de suite sur le plateau pour s’as­su­rer que la lecture est inchan­gée.

Une exigence de qualité

Viande

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Viande de bœuf nourri aux céréales (à gauche) et à l’herbe (à droite)
Source : lien:q62j

La viande rouge d’éle­vage indus­triel est tout simple­ment impropre à la consom­ma­tion, issue d’ani­maux rendus malades par une alimen­ta­tion aux céréales qui leur est inadap­tée (voir page lien:75c4 et vidéo lien:kvvp sur le market­ting). Par ailleurs, envi­ron 40% de la viande de bœuf consom­mée en France l’est sous forme de steak hâché. Or il faut savoir que, lorsque cette viande n’est pas prépa­rée devant le client, elle est le plus souvent issue de mine­rai de viande (lien:wob5) pauvre en protéines assi­mi­lables (voir article lien:bm5q) et de traça­bi­lité douteuse. Cela même en bio estam­pillé ‘AB. Il est donc indis­pen­sable de s’en tenir à la viande de pâtu­rage n’ayant subi aucune trans­for­ma­tion.

Dans un super­mar­ché en 2019, je vois du filet de bœuf fran­çais vendu 22€ le kilo contre 10€ pour un produit « équi­valent » importé d’Allemagne. Il suffit de compa­rer atten­ti­ve­ment leurs textures pour consta­ter que le second, avec ses fibres grais­seuses, est issu d’ani­maux nour­ris aux céréales.

Fromages

Parmi les produits laitiers, il est impor­tant de consom­mer en prio­rité des fromages fermiers au lait cru dans lesquels les probio­tiques (lien:rjx1) sont préser­vés. Il n’est pas évident qu’ils survivent à leur passage dans le milieu très acide de l’es­to­mac ; une autre raison de les préfé­rer est que la pasteu­ri­sa­tion (lien:h0dk) détruit 90% de la phos­pha­tase (lien:6hq5), une enzyme (lien:rcy1) néces­saire à l’as­si­mi­la­tion du calcium. L’affinage élimine le lactose (lien:ojzb) qui est sujet à into­lé­rance chez certaines personnes. 

C’est un privi­lège du marché fran­çais dont il serait regret­table de se priver. Mes favo­ris, en France, sont le Comté, le Roquefort, le Cantal, le brie de Meaux, le Mont-d’Or, le Morbier, le Saint-Nectaire, le crot­tin de Chavignol, la tome de Savoie, les Picodons etc., tous au lait cru…

Autres critères de qualité

Ces consi­dé­ra­tions sur la qualité des produits me paraissent incon­tour­nables pour une approche de la chro­no­nu­tri­tion (au sens géné­rique du terme). Se battre contre l’éle­vage indus­triel et la maltrai­tance des animaux en prônant un retour à l’éle­vage fermier et au pâtu­rage, me paraît un enjeu écono­mique, écolo­gique et éthique incon­tour­nable (voir exposé sur un blog lien:qx2d et le site de CWF lien:sa1k). Surtout au moment où les filières fran­çaises du lait et de la viande — déjà majo­ri­tai­re­ment produc­ti­vistes — sont mena­cées de dispa­ri­tion au profit d’ex­ploi­ta­tions étran­gères encore plus indus­trielles et compé­ti­tives sur le seul plan finan­cier. Cette indus­tria­li­sa­tion ne fera que dégra­der un peu plus la qualité des produits et la santé des consom­ma­teurs…

Consommer du pain au levain bio (donc avec une farine garan­tie sans ajout de gluten) est très facile en Europe. Certaines marques distri­buent même ce pain (farine de froment lien:7gox ou d’épeautre lien:gbr5) sous une forme prête à cuire. C’est ainsi qu’on peut mini­mi­ser le taux de gluten (voir article lien:3ryt) et se dispen­ser des pesti­cides…

À cela il convient d’ajou­ter une mise en garde contre le danger de consom­mer sans discer­ne­ment des produits affec­tés par une pollu­tion chimique qui peut avoir de graves effets sur la santé. C’est le cas notam­ment des pertur­ba­teurs endo­cri­niens (lien:0bim), au sujet desquels un aver­tis­se­ment à l’in­ten­tion des femmes enceintes a été publié par l’International Federation of Gynecology and Obstetrics (FIGO lien:32jg), après un second rapport de l’Endocrine Society (lien:vox4) qui concerne toute la popu­la­tion (Di Renzo GC et al., 2015 lien:rovs ; Gore AC et al., 2015 lien:2spb ; voir article en fran­çais lien:z2k4). Je trouve choquant d’en­tendre certains méde­cins balayer du revers de la main les efforts de leurs patient·e·s de consom­mer « bio » comme s’il s’agis­sait d’une lubie de « bobo ». Il est heureux que ce souci de qualité soit clai­re­ment reven­di­qué aujourd’­hui par des groupes de discus­sion sur la chrono-nutrition®.

En 1960, les ménages fran­çais dépen­saient 37% de leur budget en alimen­ta­tion. En 2007, cette part était déjà réduite à 21%. Aujourd’hui elle n’est que de 7% en Allemagne. Ces chiffres expliquent en grande partie la diffi­culté à privi­lé­gier la qualité des aliments sur leur prix. John Ikerd explique que nous ne payons pas le prix réel quand nous ache­tons de la nour­ri­ture bon-marché (voir vidéo lien:atei). Or la chrono-nutrition® permet de mettre l’ac­cent sur la qualité en opti­mi­sant l’ap­port nutri­tion­nel. Je n’ai aucun scru­pule à consom­mer chaque jour en moyenne 50g de pain (bio au levain), 10g de beurre (bio), 60 à 70g de fromage (affiné arti­sa­nal au lait cru), un œuf (bio) et 100g de viande rouge (labé­li­sée) — au total envi­ron 65 grammes de protéines, corres­pon­dant à 0.9g par kilo de poids corpo­rel (voir mon article Protéines)…

À titre de conclusion…

questionnaire de satisfaction, formulaire d'évaluation

Je peux dire que la chrono-nutrition® a été un succès à tous points de vue pour l’amé­lio­ra­tion de ma santé. Il faut toute­fois rappe­ler que je l’ai dès le départ asso­ciée à l’exercice d'endurance quoti­dien et, plus récem­ment, à l’entraînement fractionné de haute intensité puis au demi-jeûne fractionné. D’autre part, je suis atten­tif à la qualité des aliments, un peu négli­gée dans les premiers écrits sur la chrono-nutrition. Enfin, je n’ai utilisé aucun des « produits déri­vés » — barres protéi­nées aux arômes arti­fi­ciels, protéines lactiques avec édul­co­rants etc. — que les experts recom­mandent pour régler divers problèmes.

Ma conver­sion au végé­ta­risme (lien:yirg), à 19 ans, était en grande partie une réac­tion au confor­misme que je repro­chais à mes parents et contre « le système » en géné­ral. Il s’agis­sait de ne pas « caution­ner » la mise à mort d’ani­maux, mais la posture avait pris le pas sur la pratique. Ce qui est nouveau pour moi avec la chrono-nutrition telle que je l’ai inté­grée à mon mode de vie, est qu’on ne peut pas l’éri­ger en posture. La pratique est quasi­ment invi­sible car au sein d’un groupe les choix « chrono » sont inter­pré­tés comme une ques­tion de goût : « Non merci, je ne pren­drai pas de dessert ! » (à midi). Ou encore, les personnes que l’on invite à parta­ger un repas ne se rendent pas compte que le menu est conforme à des règles nutri­tion­nelles précises, mais assez flexibles pour lais­ser de la place à l’in­ven­ti­vité — le joker permet d’ailleurs de s’af­fran­chir de toute règle : « Oui, vous pouvez appor­ter du vin et des pâtis­se­ries ! »

La seule chose qu’on puisse montrer sans néces­sai­re­ment en faire l’éta­lage, c’est être en bonne santé à tout âge, avec de l’éner­gie et une silhouette harmo­nieuse, plutôt que se donner l’ap­pa­rence d’un être doué de « conscience » sous le couvert de son enga­ge­ment éthique.

Cela dit, chacun pourra remar­quer que, telle que décrite et moyen­nant les précau­tions sur la qualité des aliments, il est diffi­cile de prati­quer la chrono-nutrition® hors d’Europe. Dans de nombreuses régions du monde (comme au Canada et dans plusieurs états des USA) les produits au lait cru sont par exemple inter­dits à la vente. Les fromages n’existent quasi­ment pas en Extrême-Orient. Il faut donc trou­ver d’autres sources d’acides gras essen­tiels, calcium, vita­mines, protéines et autres nutri­ments. Elles existent, bien entendu…

Je ne remets pas en cause cette pratique mais je tiens à souli­gner qu’elle a été essayée et opti­mi­sée dans un péri­mètre géogra­phique précis. Il serait aussi diffi­cile (coûteux et inef­fi­cace) de suivre à la lettre les préco­ni­sa­tions de la chrono-nutrition (à la fran­çaise) dans un pays d’Afrique subsa­ha­rienne, par exemple, que de prétendre appli­quer en France le « régime d’Okinawa » qui (paraît-il) produi­sait des cente­naires dans une île japo­naise (lien:xh38) — voir mon article Okinawa, îles de rêve(s).

Restaurant de Pune
Déjeuner « rural » dans un restau­rant de Pune (Maharashtra)
Photo de l’auteur.

Dans certains pays comme l’Inde, consom­mer de la viande rouge est un luxe aux effets aléa­toires, de par sa rareté, le prix et la mauvaise qualité de l’ap­pro­vi­sion­ne­ment, sans oublier l’ina­dé­qua­tion au climat et le rejet cultu­rel. Il faut aussi savoir qu’une popu­la­tion accou­tu­mée à une alimen­ta­tion à domi­nante végé­ta­rienne depuis de nombreuses géné­ra­tions possède des gènes faci­li­tant la conver­sion des oméga‑3 absents dans son régime à partir de leurs sources végé­tales, de sorte que recom­man­der aux Indiens un régime riche en graisses animales serait inap­pro­prié (voir l’étude de Kothapalli KSD et al., 2016 lien:q3cm, expli­ca­tion ici lien:0hyq).

Lors de mes séjours au Maharashtra, je privi­lé­gie une nour­ri­ture végé­ta­rienne proche de celle des villa­geois qui consomment des protéines végé­tales sous forme de nombreuses varié­tés de lentilles et de galettes de millet (lien:n6gi). Et je souris (avec un milliard d’Indiens) en pensant à A. Delabos qui avait un jour déclaré qu’il n’y a de végétarien heureux qu’obèse… 😉

Pour rester mince et en pleine forme dans un pays étran­ger, la solu­tion la plus raison­nable me paraît être de se nour­rir comme les autoch­tones du même âge sveltes et en bonne santé !

Article créé le 19/09/2015 – modi­fié le 14/01/2020


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9 thoughts on “Chrononutrition – mon expérience

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