Ma démarche

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En lisant ces pages, vous cher­chez peut‐être un anti­dote à des choix insa­tis­fai­sants en matière de soin du corps, hygiène de vie ou philo­so­phie de l’existence… Au fil du texte, vous rencon­trerez un large éven­tail de liens vers des articles de synthèse ou des recom­man­da­tions.

Ce serait toute­fois une erreur d’en attendre des recettes à collec­tionner pour aller mieux. Du style : « Vous dormez mal ? Prenez du magné­sium !» avec un lien vers un service de vente en ligne… Ce que proposent ad nauseam de nombreux sites « de santé ». Or je n’ai rien à vendre !

Je fais partie de ceux qui déplorent l’envahissement d’un discours New Age (lien:sres) hostile à la méde­cine scien­ti­fique mais porteur d’un consu­mé­risme de théra­pies. Cette obses­sion du bien‐être est nourrie par la crainte du vieillis­se­ment et de la maladie, para­doxa­le­ment asso­ciée chez beau­coup à une hygiène de vie approxi­ma­tive.

Quel que soit votre problème — ou celui de vos proches — une inter­ven­tion ponc­tuelle a de fortes chances de se réduire à son effet placebo (lien:3kr9). Au début, tout va mieux, le remède semble tenir ses promesses, et cela peut durer des jours ou des semaines. Puis il perd son effi­ca­cité et on passe à autre chose…

Il existe, bien entendu, des médi­ca­ments et inter­ven­tions peu effi­caces. J’en distingue trois caté­go­ries en ordre crois­sant d’utilité. La première : les arnaques, qui sont légion. La seconde, des pratiques qui permettent une amélio­ra­tion tempo­raire, par exemple un régime amai­gris­sant (lien:erdv) suivi d’une rechute — l’effet « yo‐yo » (lien:92g5). La troi­sième caté­gorie, et la plus inté­res­sante à mes yeux, est celle d’interventions qui ne s’avèrent effi­caces qu’une fois inté­grées à nos condi­tions d’existence.

En clair, ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier…

Exemples :

  • Consommer « assez » de viande pour couvrir ses besoins en fer hémi­tique et en protéines offre peu d’intérêt si l’on néglige d’inclure aux repas suffi­sam­ment de vita­mine C permet­tant l’absorption du fer (voir l’étude lien:0mop), ou encore si des facteurs anti­nu­tri­tion­nels empêchent l’assimilation des protéines (voir l’étude lien:vmbz).
  • Se dépenser en jogging ou à bicy­clette le dimanche matin ne sert pas à grand chose si l’effort est récom­pensé par des sucre­ries ou un festin fami­lial… L’entraînement peut d’ailleurs s’avérer dange­reux s’il se pola­rise sur la perfor­mance — voir mon article Overdose d’exercice ➜ danger.
  • Modifier son régime alimentaire ne produit pas d’effet durable sur la santé à moins d’intervenir simul­ta­né­ment sur la boisson, l’exercice physique, la restriction calorique, le sommeil, le stress… et j’en oublie certai­ne­ment.
Health Tools400

Après quelques années de lecture et de mise à l’essai de multiples recom­man­da­tions, j’en suis venu à consti­tuer une liste mini­male d’améliorations de l’hygiène de vie, une feuille de route que chacun peut adapter à son âge et à sa condi­tion physique :

  1. Nutrition, hydratation, protéines, glucides et lipides, compléments alimentaires etc.
  2. Exercice physique d'endurance
  3. Entraînement fractionné de haute intensité (HIIT)
  4. Gymnastique involontaire
  5. Demi-jeûne fractionné
  6. Sommeil
  7. Position assise et debout etc.

Une version impri­mable de ce programme peut être télé­chargée ici — et collée sur votre frigo : lien:4jlk. 🙂

➡ C’est une synthèse person­nelle, pas une « exper­tise collec­tive ». Les lecteurs sont invités à commenter, compléter ou contre­dire ces propo­si­tions en préci­sant leurs sources docu­men­taires.

Je tiens à rappeler que ces pratiques ne peuvent pas se substi­tuer à un trai­te­ment médical, bien qu’elles puissent contri­buer à l’efficacité du soin ou la conso­li­da­tion d’une guérison. Seuls des profes­sion­nels de santé peuvent vous guider en présence de patho­logie. Je n’ai aucune compé­tence ni voca­tion à donner un avis sur un trai­te­ment.

Les sources

Le site LeBonheurEstPossible.org est la partie visible d’un travail de veille scien­ti­fique qui occupe la majeure partie de mon temps depuis avril 2014. Il fait l’objet de mises à jour quasi quoti­diennes. La collecte de données touche en prio­rité les publi­ca­tions de biomé­de­cine (lien:l0fo) porteuses de propo­si­tions que l’on peut mettre en pratique dans sa vie person­nelle.

Certain·e·s pour­ront s’étonner que de nombreux sujets qui « font le buzz » ne soient pas abordés : j’ai choisi de me limiter à ceux issus de publi­ca­tions dans la presse scien­ti­fique, ou pour le moins qui font état d’une expé­rience clinique digne d’intérêt. Autrement dit, un éven­tail un peu plus large que celui de la méde­cine fondée sur les preuves (lien:oyf0) en prenant soin de préciser que telle ou telle obser­va­tion n’a pas encore été « validée » (ou ne peut pas l’être) par des études cliniques.

La page Liens vers d'autres sites permet d’élargir la recherche dans le web fran­co­phone et anglo­phone. Je ne garantis pas la véra­cité des contenus de ces sites, mais j’essaie d’écarter ceux qui sont à voca­tion mani­fes­te­ment commer­ciale.

De nombreuses réfé­rences complètent mes articles pour inviter les inter­nautes à une lecture critique. Je veille toute­fois à ce qu’on puisse lire tous les articles « en diago­nale », quitte à revenir plus tard sur les liens.

Wikipedia

Les termes tech­niques sont expli­cités, chaque fois que possible, par des liens vers l’encyclopédie coopé­ra­tive Wikipedia (lien:2zuk).

Parmi toutes les sources « tout public » dispo­nibles sur Internet, Wikipedia est la plus proche de l’idéal de neutra­lité : Facebook est devenu un réser­voir de désin­for­ma­tion virale, Twitter un espace de défou­le­ment et Youtube le terrain de jeu des trolls (lien:74bc) et de leurs théo­ries de conspi­ra­tion (Schwartz O, 2019 lien:k4c2)…

De manière para­doxale, la neutra­lité (et la perti­nence) d’une page de Wikipedia augmentent lorsque ses éditeurs appar­tiennent à des camps opposés, comme par exemple sur des sujets poli­tiques sensibles. En fait, cette neutra­lité est assurée, non par un renon­ce­ment des « perdants » à leurs convic­tions, mais par des règles d’édition qui obligent les éditeurs à adopter un langage respec­tueux et « distancié » — c’est une ency­clo­pédie — tout en citant des sources véri­fiables. À propos de l’étude de Shi F et al. (2019 lien:xn18), Oscar Schwartz écrit (lien:k4c2) :

Ils ont constaté que lorsqu’une commu­nauté d’édition est pola­risée poli­ti­que­ment, la profon­deur et la préci­sion de l’information s’améliorent consi­dé­ra­ble­ment et inver­se­ment, à mesure que les commu­nautés de travail deviennent idéo­lo­gi­que­ment homo­gènes, la qualité de la page se dété­riore de manière spec­ta­cu­laire.

Ces obser­va­tions sur le trai­te­ment de l’information poli­tique s’appliquent à l’information médi­cale, sujette elle aussi aux contro­verses et à la mani­pu­la­tion d’opinions, sans oublier la fraude scien­ti­fique. Ainsi, les articles en fran­çais sont souvent de moindre qualité que ceux en anglais parce que leurs admi­nis­tra­teurs ont tendance à censurer les contra­dic­tions afin de parvenir à « la vérité ». Selon eux, celle‐ci peut émerger d’un consensus plutôt que d’un échange critique obéis­sant aux règles de bonne pratique édito­riale sur Wikipedia. Ainsi, faute de discus­sion, certaines pages finissent par affi­cher l’opinion majo­ri­taire sur un sujet ; mais une opinion n’est pas une réalité scien­ti­fique (falsi­fiable)… Selon Justin Knapp, un contri­bu­teur à l’encyclopédie très proli­fique, la « bureau­cratie robuste » de Wikipedia est impor­tante pour « cultiver un espace de désac­cords signi­fiants » (lien:k4c2) :

En raison de leur mission partagée [de créer une ency­clo­pédie], les rédac­teurs de Wikipedia se situent géné­ra­le­ment à un niveau de surplom­be­ment de leur propre système de valeurs. Et les valeurs [à ce niveau] prévalent géné­ra­le­ment sur tout désac­cord sur une ques­tion parti­cu­lière.

Cette vision idyl­lique n’est pas partagée par certains spécia­listes de Wikipedia, entre autres son co‐fondateur Larry Sanger (lien:bax6) qui estime que l’encyclopédie est devenue le champ de bataille de groupes œuvrant à la pour­suite d’agendas parti­cu­liers, et que toute tenta­tive d’inscrire un point de vue dissi­dent sur les pages qu’ils contrôlent donne lieu à une révo­ca­tion. Sanger a rejoint un autre projet d’encyclopédie (Everipedia lien:x0zh) utili­sant la tech­no­logie block­chain (lien:jbm7) pour assurer dans la trans­pa­rence la prise de déci­sion décen­tra­lisée des modi­fi­ca­tions basée sur un vote de « porteurs de jetons ».

Pour éviter de repro­duire sur ce site les biais induits (à mon insu) par certaines déci­sions consen­suelles sur des pages Wikipedia, je limite autant que possible les liens à des pages faci­li­tant la compré­hen­sion d’un terme médical ou tech­nique.

Autres sources

Quelques sites de litté­ra­ture « para­scien­ti­fique » rédigés par des méde­cins ou cher­cheurs anglo­phones — Jason Fung (lien:teo0), Denise Minger (lien:rd19), Bill Lagakos (lien:o2om), Stephan Guyenet (lien:xh16), Jane Plain (lien:xlb3) etc. — contiennent des liens vers des sources fiables (jour­naux à comité de lecture lien:ipkj) et sont riches en commen­taires. Ils me servent souvent de points d’entrée vers les publi­ca­tions scien­ti­fiques. Ces auteurs s’affrontent parfois dans des contro­verses étayées par des réfé­rences précises. Des profes­sion­nels de santé, des coaches spor­tifs et autres « routards de la vie saine » contri­buent aux commen­taires dont la somme peut dépasser la taille de l’article.

Par contre, de nombreux sites de « santé natu­relle », en fran­çais ou en anglais, n’existent que pour soutenir la vente de produits mira­cu­leux avec souvent des annonces de « condi­tions excep­tion­nelles », selon un modèle bien rôdé aux USA — voir mon article “Health coaching” : business models en roue libre…

Le plus fréquenté dans le monde anglo­phone est celui du Dr. J. Mercola. Il m’arrive d’y faire réfé­rence sur quelques sujets correc­te­ment docu­mentés, mais de nombreuses pages de son site sont enta­chées d’erreurs, que ce soit par un biais de sélection des sources ou par le détour­ne­ment de données statis­tiques. Quand je signale ces erreurs dans un commen­taire, les « disciples » serviles essaient dans un premier temps de me contre­dire, puis notre échange est effacé lorsqu’ils arrivent à court d’arguments. D’autre part, j’ai déjà reçu du spam publi­ci­taire dont l’analyse révé­lait que Mercola avait vendu mon adresse mail à des sociétés tierces…

Parmi les sources fran­co­phones les plus inté­res­santes, quelques émis­sions de radio que l’on peut écouter en podcast. J’ai été (ou suis) abonné aux suivantes — certaines ayant achevé leur diffu­sion en été 2016 :

  • Matières à penser lien:ynxw (France Culture)
  • Science publique lien:hcf9 (Michel Alberganti, France Culture)
  • La Tête au carré lien:4kuy (Mathieu Vidard, France Inter)
  • La Méthode scien­ti­fique lien:qlz1 (Nicolas Martin, France Culture)
  • La Conversation scien­ti­fique lien:670d (Étienne Klein, France Culture) — ma préfé­rence !
  • Sur les épaules de Darwin lien:og5o (Jean‐Claude Ameisen, France Inter)

Les sites de ces émis­sions contiennent des liens vers les sources docu­men­taires et les ouvrages cités.

Vigilance

La lecture d’une page en ligne me prend parfois plusieurs jours pour consulter les sources et suivre les commen­taires qui renvoient à d’autres sites ou à des articles de synthèse.

➡ Différence avec les sites fran­co­phones souvent commentés de manière super­fi­cielle, quand ils ne sont pas colo­nisés par des trolls…

confusion

Je consulte fréquem­ment les avis contraires sur des sites comme skepdic​.com (lien:do6h), ratio​nal​wiki​.org (lien:w0pj), scien​ce​ba​sed​me​di​cine​.org (lien:m20g), ou en tapant un mot clé avec ‘debunked’, ‘quackery’ ou ‘hoax’ comme requête d’un moteur de recherche.

Ici aussi avec prudence, car un scep­ti­cisme de façade semble être le fonds de commerce de certains auteurs. Les uns font preuve d’un confor­misme naïf drapé dans une rhéto­rique de « socio­logie pour les nuls » (exemple typique d’un site anonyme : lien:stvd), d’autres n’existent que par leur seule acti­vité de quack­bus­ting (chasse aux char­la­tans).

Certaines études scien­ti­fiques font l’objet de rétrac­ta­tions suite à la décou­verte d’incohérences, voire de fraudes (lien:h5y8) volon­taires ou acci­den­telles qui avaient échappé aux relec­teurs. Un édito­rial du rédac­teur en chef du pres­ti­gieux journal The Lancet affir­mait en 2015 que près de la moitié des études biomé­di­cales seraient fausses (lien:eie9).

Le signa­le­ment de fraudes est devenu monnaie courante, car initié de manière trans­pa­rente par les pairs depuis l’installation du site PubPeer (lien:xtm3). Ce site colla­bo­ratif permet aux scien­ti­fiques de faire la distinc­tion entre des fake news et de véri­tables alertes (lien:uazv). Certains lanceurs d’alertes inter­viennent ouver­te­ment, comme Prof. Vicky Vance dans la très média­tisée « affaire Voinnet » tandis que la plupart se protègent par l’anonymat afin d’éviter toute réper­cus­sion sur leur carrière, sachant que leurs orga­nismes de tutelle ont tendance à imposer une loi du silence (lien:319e)…

Je ne sais s’il vaut mieux rire ou pleurer en écou­tant de brillants exposés sur l’éthique scien­ti­fique par des orateurs qui paraissent vivre dans un monde où n’existeraient ni fraude scien­ti­fique ni conflits d’intérêt !

Un exposé très compré­hen­sible sur les méthodes de mani­pu­la­tion de données a été publié par Milton Packer — voir la version fran­çaise dans mon article Comment détecter une manipulation de données ?

Le processus de rétrac­ta­tion de publi­ca­tions est docu­menté, entre autres, par Retraction Watch (lien:rd6i). Voir par exemple, dans le domaine qui nous inté­resse, une série d’articles (lien:bw6m) sur les bien­faits supposés de la curcu­mine (lien:0iql) qui avaient été cités plusieurs milliers de fois, ou encore la rétrac­ta­tion de publi­ca­tions aux données mani­pu­lées sur les risques des vaccins (lien:y2jf)… Retraction Watch est à son tour la cible de critiques (exemple lien:idnq) sur son manque de trans­pa­rence, de possibles conflits d’intérêt et l’absence de respon­sa­bi­lité (accoun­ta­bi­lity) envers la commu­nauté scien­ti­fique dont il est supposé signaler les dérives.

L’augmentation expo­nen­tielle du volume de publi­ca­tions en biomé­de­cine, notam­ment dans des jour­naux scien­ti­fiques en quête de noto­riété, se traduit par un « trop‐plein » qui incite les cher­cheurs à privi­lé­gier le facteur d’impact (lien:ht7z) devant la qualité scien­ti­fique de leurs produc­tions. Il devient hasar­deux de navi­guer dans un flot d’informations entre­tenu par la multi­pli­ca­tion des cita­tions. Faute d’accès aux données brutes et de répli­ca­tion des résul­tats, la popu­la­rité d’une théorie nouvelle n’est pas un indice fiable de sa perti­nence. Lire à ce sujet Overflow in science and its impli­ca­tions for trust (Siebert S et al., 2015 lien:jfkr).

La pres­sion exercée sur les cher­cheurs et leurs équipes par les déci­deurs chargés de répartir une manne finan­cière toujours plus réduite (dans le secteur public) est à l’origine d’une pratique en marge de l’éthique scien­ti­fique : la publi­ca­tion dans des jour­naux « préda­teurs » qui acceptent contre paie­ment à peu près n’importe quel article sans préjuger de sa valeur scien­ti­fique. David William Hedding signale par exemple, en 2019, que les Sud‐Africains publient cinq fois plus que les nord‐Américains et les Brésiliens dans cette presse de basse qualité, résultat du fait que chaque publi­ca­tion rapporte une prime d’environ 7000 dollars US à leurs équipes (lien:r63l).

Sur le site For Better science, Smut Clyde décrit en détail les pratiques frau­du­leuses d’auteurs et d’éditeurs de jour­naux préda­teurs s’efforçant d’accréditer des thèses margi­nales sur les liens entre vacci­na­tion et mala­dies auto‐immunes, la toxi­cité des adju­vants, de nouveaux trai­te­ments « bio‐médicaux » de l’autisme etc., publi­ca­tions qui sont par la suite citées en réfé­rence par des groupes de pres­sion (lien:y2do)…

ane-et-elephant
Credit : Ricardo Martinez. Source : lien:2fq4

Un scep­ti­cisme constructif (‘vigi­lan­tism’) est donc attendu dans le monde scien­ti­fique, avec des effets posi­tifs mais aussi néga­tifs (Teixeira da Silva JA, 2016 lien:1op6). Cette vigi­lance serait le seul rempart contre des mouve­ments anti‐science qui, selon certains, mettent en péril la démo­cratie dans les pays indus­tria­lisés. Réflexion qui trouve un écho inquié­tant dans l’actualité parti­sane. Otto SL (2012 lien:2fq4) cite :

La plate­forme du Parti Républicain au Texas condamne « l’enseignement de tech­niques de pensée critique et programmes du même ordre … qui ont pour objectif de défier les croyances établies des étudiants et de saboter l’autorité paren­tale ».

La compi­la­tion et l’analyse d’informations ne se réduit donc pas à l’empilage d’opinions choi­sies en renfor­ce­ment d’idées précon­çues. Elle néces­site un niveau minimum de compré­hen­sion des sujets traités, ainsi que des facultés de raison­ne­ment défi­cientes chez certains « experts » auto‐proclamés.

Dans son exposé Les pseu­dos­ciences ont‐elles gagné sur Internet ? (lien:5ani), Acermendax expose les biais inhé­rents aux méca­nismes cogni­tifs que nous mettons en œuvre dans un souci de ratio­na­li­sa­tion :

En résumé, nous commen­çons par croire, et ensuite nous cher­chons des raisons de justi­fier nos croyances. Pour le cher­cheur en psycho­logie Daniel Kahnemann, cela s’explique par l’existence de deux « systèmes » dans notre cerveau. Le système 1 est rapide, toujours à l’affût, il saute sur toutes les anoma­lies ou tous les schémas qui offrent de quoi construire une narra­tion. Le système 2 est plus lent, coûteux, il analyse, il raisonne.

Mais le système 2 est‐il lui‐même objectif ? Peut‐on le comparer à un scien­ti­fique rationnel qui évalue prudem­ment la vrai­sem­blance des propo­si­tions ? En réalité, il est souvent au service du système 1 comme un avocat au service de son client [lien:0lif] : il cherche à valider les conclu­sions, à donner de la cohé­rence à ses cogni­tions. Il est un artisan beso­gneux du biais de confir­ma­tion, et un humain peut être très intel­li­gent, posséder un système 2 extra­or­di­nai­re­ment effi­cace et malgré tout persister dans des croyances fausses, car son intel­li­gence lui fournit de grandes quan­tités d’arguments donnant un semblant de vali­dité à sa vision du monde. Bon gré mal gré, nous confon­dons « vrai » et « faci­le­ment justi­fiable à l’aide d’arguments qui me viennent à l’esprit ».

[…]

Le remède aux croyances fausses tient dans le bon usage d’un outil simple : l’inhi­bi­tion cogni­tive. Il s’agit tout simple­ment d’un « frein mental ». Il permet de prendre le temps de ques­tionner une idée, une infé­rence, une opinion, avant de l’incorporer à notre vision du monde. Pour aller vers plus de ratio­na­lité, nous devons avoir un recours conscient et métho­dique à ce frein, un outil d’autant plus vital que votre bolide est puis­sant : les personnes très intel­li­gentes, si elles ne savent pas freiner, peuvent finir par croire des choses complexes, baroques, complè­te­ment fausses, voire dange­reuses non pas malgré mais en raison même de leur intel­li­gence.

Ultime précau­tion : pour tout ouvrage proposé sur une plate­forme de vente en ligne, je consulte en premier les avis les plus défa­vo­rables — par exemple une seule étoile chez Amazon​.com.

En remon­tant à la source de l’information, par exemple le texte inté­gral d’un article de journal scien­ti­fique, on peut en corriger une descrip­tion incom­plète, voire erronée, qui était celle d’auteurs insuf­fi­sam­ment atten­tifs à la rédac­tion de leur résumé. Ces contre­sens sont repro­duits à l’identique sur une multi­tude de sites. Plus grave pour nous, les cita­tions sont souvent traduites en fran­çais sans aucune mention des sources ! 🙁

Le défi de l’actualisation des pratiques médicales

Depuis une quin­zaine d’années à l’écoute d’usager·e·s du système de santé fran­çais, je suis convaincu que les pratiques médi­cales ont besoin d’évoluer pour mériter la quali­fi­ca­tion de « méde­cine scien­ti­fique ». Les profes­sion­nels de santé que je croise (et parfois consulte) ne disposent ni du temps ni des compé­tences pour mettre à jour leurs connais­sances en lisant des publi­ca­tions scien­ti­fiques. La plupart se contentent de ce qu’ils ont appris sur les bancs de la faculté. Imaginez un gara­giste qui ne connaî­trait que les véhi­cules du début de sa carrière !

Ce qui passe aujourd’hui pour de la « forma­tion continue » se réduit à la trans­mis­sion d’éléments de langage de l’industrie phar­ma­ceu­tique. On peut en mesurer l’impact sur chaque médecin en consul­tant la base de données publique Transparence‐Santé (lien:5wge).

Le lobbying des indus­triels s’étend aux « experts » de « sociétés savantes » — guille­mets néces­saires — qui parti­cipent à la rédac­tion de recom­man­da­tions de pratique clinique ou de notes d’information publiées par la Haute Autorité de Santé (HAS). Un article de la revue indé­pen­dante Prescrire (janvier 2018, page 71) suggère qu’environ 80% de ces docu­ments ne sont pas en accord avec les données actuelles de la science, suppo­sées être le réfé­ren­tiel du code de déon­to­logie médi­cale (lien:3ohi). Or les mêmes méde­cins sont léga­le­ment contraints de suivre les recom­man­da­tions de pratique clinique !

La périnatalité

Ce site ne cite que très rare­ment la recherche médi­cale dans le domaine de la péri­na­ta­lité : gros­sesse, accou­che­ment, soins aux nouveau‐nés et jeunes enfants. C’est un choix déli­béré car je suis concep­teur et admi­nis­tra­teur, depuis 2004, d’une grande base de données coopé­ra­tive, acces­sible au public et aux profes­sion­nels, qui traite ces sujets en détail : la base de données biblio­gra­phiques de l’AFAR.

Positionnement éthique

Ma critique vise prin­ci­pa­le­ment les pres­crip­tions suppo­sées prévenir des mala­dies ou des acci­dents avec la seule aide de médi­ca­ments, sans consi­dé­ra­tion des facteurs de risque modi­fiables — en résumé, l’hygiène de vie. Je suis ferme­ment convaincu de l’efficacité de la méde­cine moderne dans les situa­tions d’urgence et pour les opéra­tions chirur­gi­cales quand celles‐ci ne peuvent pas être évitées.

Sur le plan éthique, bien qu’obligé de citer les études basées sur l’expérimentation animale, et conscient de la diffi­culté — parfois l’impossibilité — d’en extra­poler les résul­tats aux humains, je souhai­te­rais chaque fois que possible son rempla­ce­ment par des procé­dures qui n’induisent pas de souf­frances inutiles : modé­li­sa­tion infor­ma­tique, cultures in vitro etc. Voir le dossier Les méthodes « alter­na­tives » à la recherche animale (lien:g1xj).

Vous avez la parole !

J’invite les lectrices et lecteurs à faire preuve de sens critique : consulter les sources et m’informer de toute inco­hé­rence dans leur inter­pré­ta­tion. Enfin, signaler d’autres sources, surtout lorsqu’elles paraissent contre­dire mon propos.

Utiliser les commen­taires au bas des articles sur le site pour les messages publics, ou le formulaire de contact pour les messages privés.


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