Ma démarche

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En lisant ces pages, vous cher­chez peut-être un anti­dote à des choix insa­tis­fai­sants en matière de soin du corps, hygiène de vie ou philo­so­phie de l’exis­tence… Au fil du texte, vous rencon­trerez un large éven­tail de liens vers des articles de synthèse ou des recom­man­da­tions.

Ce serait toute­fois une erreur d’en attendre des recettes à collec­tionner pour aller mieux. Du style : « Vous dormez mal ? Prenez du magné­sium ! » avec un lien vers un service de vente en ligne… Ce que proposent ad nauseam de nombreux sites « de santé ». Or je n’ai rien à vendre !

Je fais partie de ceux qui déplorent l’en­va­his­se­ment d’un discours New Age (lien:sres) hostile à la méde­cine scien­ti­fique mais porteur d’un consu­mé­risme de théra­pies. Cette obses­sion du bien-être est nourrie par la crainte du vieillis­se­ment et de la maladie, para­doxa­le­ment asso­ciée chez beau­coup à une hygiène de vie approxi­ma­tive.

Quel que soit votre problème — ou celui de vos proches — une inter­ven­tion ponc­tuelle a de fortes chances de se réduire à son effet placebo (lien:3kr9). Au début, tout va mieux, le remède semble tenir ses promesses, et cela peut durer des jours ou des semaines. Puis il perd son effi­ca­cité et on passe à autre chose…

Il existe, bien entendu, des médi­ca­ments et inter­ven­tions peu effi­caces. J’en distingue trois caté­go­ries en ordre crois­sant d’uti­lité. La première : les arnaques, qui sont légion. La seconde, des pratiques qui permettent une amélio­ra­tion tempo­raire, par exemple un régime amai­gris­sant (lien:erdv) suivi d’une rechute — l’effet « yo-yo » (lien:92g5). La troi­sième caté­gorie, et la plus inté­res­sante à mes yeux, est celle d’in­ter­ven­tions qui ne s’avèrent effi­caces qu’une fois inté­grées à nos condi­tions d’exis­tence.

En clair, ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier…

Exemples :

  • Consommer « assez » de viande pour couvrir ses besoins en fer hémi­nique (voir lien:n5mf) et en protéines offre peu d’in­térêt si l’on néglige d’in­clure aux repas suffi­sam­ment de vita­mine C permet­tant l’ab­sorp­tion du fer (voir l’étude lien:0mop), ou encore si des facteurs anti­nu­tri­tion­nels empêchent l’as­si­mi­la­tion des protéines (voir l’étude lien:vmbz).
  • Se dépenser en jogging ou à bicy­clette le dimanche matin ne sert pas à grand chose si l’ef­fort est récom­pensé par des sucre­ries ou un festin fami­lial… L’entraînement peut d’ailleurs s’avérer dange­reux s’il se pola­rise sur la perfor­mance — voir mon article Overdose d’exercice ➜ danger.
  • Modifier son régime alimentaire ne produit pas d’effet durable sur la santé à moins d’in­ter­venir simul­ta­né­ment sur la boisson, l’exercice physique, la restriction calorique, le sommeil, le stress… et j’en oublie certai­ne­ment.
Health Tools400

Après quelques années de lecture et de mise à l’essai de multiples recom­man­da­tions, j’en suis venu à consti­tuer une liste mini­male d’amé­lio­ra­tions de l’hy­giène de vie, une feuille de route que chacun peut adapter à son âge et à sa condi­tion physique :

  1. Nutrition, hydratation, protéines, glucides et lipides, compléments alimentaires etc.
  2. Exercice physique d'endurance
  3. Entraînement fractionné de haute intensité (HIIT)
  4. Gymnastique involontaire
  5. Demi-jeûne fractionné
  6. Sommeil
  7. Position assise et debout etc.

Une version impri­mable de ce programme peut être télé­chargée ici — et collée sur votre frigo : lien:4jlk. 🙂

➡ C’est une synthèse person­nelle, pas une « exper­tise collec­tive ». Les lecteurs sont invités à commenter, compléter ou contre­dire ces propo­si­tions en préci­sant leurs sources docu­men­taires.

Je tiens à rappeler que ces pratiques ne peuvent pas se substi­tuer à un trai­te­ment médical, bien qu’elles puissent contri­buer à l’ef­fi­ca­cité du soin ou la conso­li­da­tion d’une guérison. Seuls des profes­sion­nels de santé peuvent vous guider en présence de patho­logie. Je n’ai aucune compé­tence ni voca­tion à donner un avis sur un trai­te­ment.

Les sources

Le site LeBonheurEstPossible.org est la partie visible d’un travail de veille scien­ti­fique qui occupe la majeure partie de mon temps depuis avril 2014. Il fait l’objet de mises à jour quasi quoti­diennes. La collecte de données touche en prio­rité les publi­ca­tions de biomé­de­cine (lien:l0fo) porteuses de propo­si­tions que l’on peut mettre en pratique dans sa vie person­nelle.

Certain·e·s pour­ront s’étonner que de nombreux sujets qui « font le buzz » ne soient pas abordés : j’ai choisi de me limiter à ceux issus de publi­ca­tions dans la presse scien­ti­fique, ou pour le moins qui font état d’une expé­rience clinique digne d’in­térêt. Autrement dit, un éven­tail un peu plus large que celui de la méde­cine fondée sur les preuves (lien:oyf0) en prenant soin de préciser que telle ou telle obser­va­tion n’a pas encore été « validée » (ou ne peut pas l’être) par des études cliniques.

La page Liens vers d'autres sites permet d’élargir la recherche dans le web fran­co­phone et anglo­phone. Je ne garantis pas la véra­cité des contenus de ces sites, mais j’es­saie d’écarter ceux qui sont à voca­tion mani­fes­te­ment commer­ciale.

De nombreuses réfé­rences complètent mes articles pour inviter les inter­nautes à une lecture critique. Je veille toute­fois à ce qu’on puisse lire tous les articles « en diago­nale », quitte à revenir plus tard sur les liens.

Wikipedia

Les termes tech­niques sont expli­cités, chaque fois que possible, par des liens vers l’en­cy­clo­pédie coopé­ra­tive Wikipedia (lien:2zuk).

Parmi toutes les sources « tout public » dispo­nibles sur Internet, Wikipedia se veut la plus proche de l’idéal de neutra­lité : Facebook est devenu un réser­voir de désin­for­ma­tion virale, Twitter un espace de défou­le­ment et Youtube le terrain de jeu des trolls (lien:74bc) et de leurs théo­ries de conspi­ra­tion (Schwartz O, 2019 lien:k4c2)…

De manière para­doxale, la neutra­lité (et la perti­nence) d’une page de Wikipedia peuvent augmenter lorsque ses éditeurs appar­tiennent à des camps opposés, c’est le cas par exemple de sujets poli­tiques sensibles. En pratique, cette neutra­lité est assurée, non par un renon­ce­ment des « perdants » à leurs convic­tions, mais par des règles d’édi­tion qui obligent les éditeurs à adopter un langage respec­tueux et « distancié » — c’est une ency­clo­pédie — tout en citant des sources véri­fiables. À propos de l’étude de Shi F et al. (2019 lien:xn18), Oscar Schwartz écrit (lien:k4c2) :

Ils ont constaté que lors­qu’une commu­nauté d’édi­tion est pola­risée poli­ti­que­ment, la profon­deur et la préci­sion de l’in­for­ma­tion s’amé­liorent consi­dé­ra­ble­ment et inver­se­ment, à mesure que les commu­nautés de travail deviennent idéo­lo­gi­que­ment homo­gènes, la qualité de la page se dété­riore de manière spec­ta­cu­laire.

Ces obser­va­tions sur le trai­te­ment de l’in­for­ma­tion poli­tique s’ap­pliquent à l’in­for­ma­tion médi­cale, sujette elle aussi aux contro­verses et à la mani­pu­la­tion d’opi­nions, sans oublier la fraude scien­ti­fique. Ainsi, les articles en fran­çais sont souvent de moindre qualité que ceux en anglais parce que leurs admi­nis­tra­teurs ont tendance à gommer toute contra­dic­tion pour parvenir à « la vérité ». Selon eux, celle-ci peut émerger d’un consensus plutôt que d’un échange critique obéis­sant aux règles de bonne pratique édito­riale sur Wikipedia. Ainsi, faute de discus­sion, certaines pages finissent par affi­cher l’opinion majo­ri­taire sur un sujet ; mais une opinion n’est pas une réalité scien­ti­fique (falsi­fiable)… Selon Justin Knapp, un contri­bu­teur à l’en­cy­clo­pédie très proli­fique, la « bureau­cratie robuste » de Wikipedia est indis­pen­sable pour « cultiver un espace de désac­cords signi­fiants » (lien:k4c2) :

En raison de leur mission partagée [de créer une ency­clo­pédie], les rédac­teurs de Wikipedia se situent géné­ra­le­ment à un niveau de surplom­be­ment de leur propre système de valeurs. Et les valeurs [à ce niveau] prévalent géné­ra­le­ment sur tout désac­cord sur une ques­tion parti­cu­lière.

Cette vision idéa­liste n’est pas partagée par certains spécia­listes de Wikipedia, entre autres son co-fondateur Larry Sanger (lien:bax6) qui estime que l’en­cy­clo­pédie est devenue le champ de bataille de groupes œuvrant à la pour­suite d’agendas parti­cu­liers, et que toute tenta­tive d’ins­crire un point de vue dissi­dent sur les pages qu’ils contrôlent donne lieu à une révo­ca­tion. Sanger a rejoint un autre projet d’en­cy­clo­pédie (Everipedia lien:x0zh) utili­sant la tech­no­logie block­chain (lien:jbm7) pour assurer dans la trans­pa­rence la prise de déci­sion décen­tra­lisée de modi­fi­ca­tions à partir de votes de « porteurs de jetons ».

La bataille fait rage dans le domaine des méde­cines « non conven­tion­nelles » car des moteurs de recherche (comme Google) ou des héber­geurs de contenus (comme Pinterest) modi­fient leurs algo­rithmes pour masquer des contenus quali­fiés de « désin­for­ma­tion » par des agences d’éva­lua­tion. Ces agences signalent tout désac­cord avec les infor­ma­tions four­nies par les orga­nismes offi­ciels ou les sociétés savantes. Leurs détrac­teurs les accusent de compli­cité avec les indus­triels de la phar­macie ou de l’agro-alimentaire. Dans le camp opposé, on dénonce des conflits d’in­térêt entre des auteurs « déviants » et une indus­trie qui conquiert le marché de « produits natu­rels » ou de « trai­te­ments alter­na­tifs ». Théâtre de nombreuses confron­ta­tions et contro­verses, la page Wikipédia en fran­çais dédiée à Gilles-Éric Séralini (lien:3cjv) illustre parfai­te­ment ce dilemne et la diffi­culté d’en fournir un compte-rendu distancié.

Pour éviter de repro­duire sur ce site les biais induits (à mon insu) sur les sujets sensibles, je limite autant que possible les liens aux pages Wikipedia faci­li­tant la compré­hen­sion d’un terme médical ou tech­nique.

Autres sources

Quelques sites de litté­ra­ture « para­scien­ti­fique » rédigés par des méde­cins ou cher­cheurs anglo­phones — Jason Fung (lien:teo0), Denise Minger (lien:rd19), Bill Lagakos (lien:o2om), Stephan Guyenet (lien:xh16), Jane Plain (lien:xlb3) etc. — contiennent des liens vers des sources fiables (jour­naux à comité de lecture lien:ipkj) et sont riches en commen­taires. Ils me servent souvent de points d’en­trée vers les publi­ca­tions scien­ti­fiques. Ces auteurs s’af­frontent parfois dans des contro­verses étayées de réfé­rences précises. Des profes­sion­nels de santé, des coaches spor­tifs et autres « routards de la vie saine » contri­buent aux commen­taires dont la somme peut dépasser la taille de l’ar­ticle.

Par contre, de nombreux sites de « santé natu­relle », en fran­çais ou en anglais, n’existent que pour soutenir la vente de produits mira­cu­leux avec souvent des annonces de « condi­tions excep­tion­nelles », selon un modèle bien rôdé aux USA — voir mon article “Health coaching” : business models en roue libre…

Le plus fréquenté dans le monde anglo­phone (malgré la censure de Google) est celui du Dr. J. Mercola. Il m’ar­rive d’y faire réfé­rence sur des sujets correc­te­ment docu­mentés, mais trop de pages de son site sont enta­chées d’er­reurs, que ce soit par un biais de sélection des sources ou par le détour­ne­ment de données statis­tiques. Quand je signale ces erreurs dans un commen­taire, les « disciples » serviles essaient dans un premier temps de me contre­dire, puis notre échange est effacé lors­qu’ils arrivent à court d’ar­gu­ments. D’autre part, j’ai déjà reçu du spam publi­ci­taire dont l’ana­lyse révé­lait que Mercola avait vendu mon adresse mail à des sociétés tierces…

Parmi les sources fran­co­phones les plus inté­res­santes, quelques émis­sions de radio que l’on peut écouter en podcast. J’ai été (ou suis) abonné aux suivantes — certaines ayant achevé leur diffu­sion en été 2016 :

  • Matières à penser lien:ynxw (France Culture)
  • Science publique lien:hcf9 (Michel Alberganti, France Culture)
  • La Tête au carré lien:4kuy (Mathieu Vidard, France Inter)
  • La Méthode scien­ti­fique lien:qlz1 (Nicolas Martin, France Culture)
  • La Conversation scien­ti­fique lien:670d (Étienne Klein, France Culture) — ma préfé­rence !
  • Sur les épaules de Darwin lien:og5o (Jean-Claude Ameisen, France Inter)

Les sites de ces émis­sions contiennent des liens vers les sources docu­men­taires et les ouvrages cités.

Vigilance et esprit critique

La lecture d’une page en ligne me prend parfois plusieurs jours pour consulter les sources et suivre les commen­taires qui renvoient à d’autres sites ou à des articles de synthèse.

➡ Différence avec les sites fran­co­phones souvent commentés de manière super­fi­cielle, quand ils ne sont pas colo­nisés par des trolls…

confusion

Je consulte fréquem­ment les avis contraires sur des sites comme skepdic​.com (lien:do6h), ratio​nal​wiki​.org (lien:w0pj), scien​ce​ba​sed​me​di​cine​.org (lien:m20g), ou en tapant un mot clé avec ‘debunked’, ‘quackery’ ou ‘hoax’ comme requête d’un moteur de recherche.

Ici aussi avec prudence, car un scep­ti­cisme de façade semble être le fonds de commerce de certains auteurs. Les uns font preuve d’un confor­misme naïf drapé dans une rhéto­rique de « socio­logie pour les nuls » (exemple typique d’un site anonyme : lien:stvd), d’autres n’existent que pour leur seule acti­vité de quack­bus­ting (chasse aux char­la­tans).

Ultime précau­tion : pour tout ouvrage proposé sur une plate­forme de vente en ligne, je consulte en premier les avis les plus défa­vo­rables — par exemple une seule étoile chez Amazon​.com.

En remon­tant à la source de l’in­for­ma­tion, par exemple le texte inté­gral d’un article de journal scien­ti­fique, on peut en corriger une descrip­tion incom­plète, voire erronée, qui était celle d’au­teurs insuf­fi­sam­ment atten­tifs à la rédac­tion de leur résumé. Ces contre­sens sont repro­duits à l’iden­tique sur une multi­tude de sites. Plus grave pour nous, les cita­tions sont souvent traduites en fran­çais sans aucune mention des sources ! 🙁

La diffé­rence entre le contenu d’un article et les conclu­sions appa­rais­sant dans son résumé ou son titre incite le lecteur peu averti à accorder de l’im­por­tance à un résultat non signi­fi­catif. Les auteurs ont réalisé un “spin” pour tromper leur vigi­lance. En 2019, des spins ont été décelés dans plus de la moitié de 116 articles publiés en psychia­trie (lien:6kfo).

Certaines études scien­ti­fiques font l’objet de rétrac­ta­tions suite à la décou­verte d’in­co­hé­rences, voire de fraudes (lien:h5y8) volon­taires ou acci­den­telles qui avaient échappé aux relec­teurs. Un édito­rial du rédac­teur en chef du pres­ti­gieux journal The Lancet affir­mait en 2015 que près de la moitié des études biomé­di­cales seraient fausses (lien:eie9).

Le signa­le­ment de fraudes est devenu monnaie courante, car initié de manière trans­pa­rente par les pairs depuis l’ins­tal­la­tion du site PubPeer (lien:xtm3). Ce site colla­bo­ratif permet aux scien­ti­fiques de faire la distinc­tion entre des fake news et de véri­tables alertes (lien:uazv). Certains lanceurs d’alertes inter­viennent ouver­te­ment, comme Prof. Vicky Vance dans la très média­tisée « affaire Voinnet » tandis que la plupart se protègent par l’ano­nymat afin d’éviter toute réper­cus­sion sur leur carrière, sachant que leurs orga­nismes de tutelle ont tendance à imposer une loi du silence (lien:319e)…

Je ne sais s’il vaut mieux rire ou pleurer en écou­tant de brillants exposés sur l’éthique scien­ti­fique par des orateurs qui paraissent vivre dans un monde où n’exis­te­raient ni fraude scien­ti­fique ni conflits d’in­térêt !

Un exposé très compré­hen­sible sur les méthodes de mani­pu­la­tion de données a été publié par Milton Packer — voir la version fran­çaise dans mon article Comment détecter une manipulation de données ?

Le processus de rétrac­ta­tion de publi­ca­tions est docu­menté, entre autres, par Retraction Watch (lien:rd6i). Voir par exemple, dans le domaine qui nous inté­resse, une série d’ar­ticles (lien:bw6m) sur les bien­faits supposés de la curcu­mine (lien:0iql) qui avaient été cités plusieurs milliers de fois, ou encore la rétrac­ta­tion de publi­ca­tions aux données mani­pu­lées sur les risques des vaccins (lien:y2jf)… Retraction Watch est à son tour la cible de critiques (exemple lien:idnq) sur son manque de trans­pa­rence, de possibles conflits d’in­térêt et l’ab­sence de respon­sa­bi­lité (accoun­ta­bi­lity) envers la commu­nauté scien­ti­fique dont il est supposé signaler les dérives.

L’augmentation expo­nen­tielle du volume de publi­ca­tions en biomé­de­cine, notam­ment dans des jour­naux scien­ti­fiques en quête de noto­riété, se traduit par un « trop-plein » qui incite les cher­cheurs à privi­lé­gier le facteur d’im­pact (lien:ht7z) devant la qualité scien­ti­fique de leurs produc­tions. Il devient hasar­deux de navi­guer dans un flot d’in­for­ma­tions entre­tenu par la multi­pli­ca­tion des cita­tions. Faute d’accès aux données brutes et de répli­ca­tion des résul­tats, la popu­la­rité d’une théorie nouvelle n’est pas un indice fiable de sa perti­nence. Lire à ce sujet Overflow in science and its impli­ca­tions for trust (Siebert S et al., 2015 lien:jfkr).

La pres­sion exercée sur les cher­cheurs et leurs équipes par les déci­deurs chargés de répartir une manne finan­cière toujours plus réduite (dans le secteur public) est à l’ori­gine d’une pratique en rupture avec l’éthique scien­ti­fique : la publi­ca­tion dans des jour­naux « préda­teurs » qui acceptent contre paie­ment à peu près n’im­porte quel article sans préjuger de sa valeur scien­ti­fique — voir la Beall’s list (lien:z9iu). Certains jour­naux affichent même dans leur « comité scien­ti­fique » les noms de profes­seurs célèbres qui n’ont jamais été solli­cités pour en faire partie… Ils sont asso­ciés à des groupes sans loca­li­sa­tion véri­fiable qui décernent — moyen­nant rému­né­ra­tion — des « prix scien­ti­fiques » aux cher­cheurs en demande de visi­bi­lité, ou orga­nisent des preda­tory confe­rences sur des bateaux de luxe (lien:kzz2).

David William Hedding signale par exemple, en 2019, que les Sud-Africains publient cinq fois plus que les nord-Américains et les Brésiliens dans cette presse de médiocre qualité, résultat du fait que chaque publi­ca­tion rapporte à l’équipe scien­ti­fique une prime d’en­viron 7000 dollars US (lien:r63l).

Sur le site For Better Science, Smut Clyde décrit en détail les pratiques frau­du­leuses d’au­teurs ou éditeurs de jour­naux préda­teurs s’ef­for­çant d’ac­cré­diter des thèses margi­nales sur les liens entre vacci­na­tion et mala­dies auto-immunes, la toxi­cité des adju­vants, de nouveaux trai­te­ments « bio-médicaux » de l’au­tisme etc. Ces publi­ca­tions sont par la suite citées en réfé­rence par des groupes de pres­sion (lien:y2do) ou des mili­tants en panne d’es­prit critique…

ane-et-elephant
Credit : Ricardo Martinez. Source : lien:2fq4

Un scep­ti­cisme constructif (‘vigi­lan­tism’) est donc attendu dans le monde scien­ti­fique et celui plus vaste de la presse de vulga­ri­sa­tion, avec des effets posi­tifs et parfois néga­tifs (Teixeira da Silva JA, 2016 lien:1op6). Cette vigi­lance serait le seul rempart contre des mouve­ments anti-science qui, selon certains, mettent en péril la démo­cratie dans les pays indus­tria­lisés. Réflexion qui trouve un écho inquié­tant dans l’ac­tua­lité parti­sane. Otto SL (2012 lien:2fq4) cite :

La plate­forme du Parti Républicain au Texas condamne « l’en­sei­gne­ment de tech­niques de pensée critique et programmes du même ordre … qui ont pour objectif de défier les croyances établies des étudiants et de saboter l’au­to­rité paren­tale ».

La compi­la­tion et l’ana­lyse d’in­for­ma­tions ne se réduit donc pas à l’empilage d’opi­nions choi­sies en renfor­ce­ment d’idées précon­çues. Elle néces­site un niveau minimum de compré­hen­sion des sujets traités.

Les réseaux sociaux et les blogs ont permis la nais­sance une nouvelle caté­gorie de scien­ti­fiques que je classe parmi les « experts Youtube ». Il s’agit de cher­cheurs qui ont un pédi­grée authen­tique, attesté par des publi­ca­tions dans des revues à comité de lecture. Certains occupent même un poste de respon­sa­bi­lité dans un orga­nisme de recherche publique. Mais ils se rendent visibles dans les médias grand public ou dans des ouvrages de vulga­ri­sa­tion en abor­dant des sujets qui n’ont de scien­ti­fique que l’ap­pa­rence.

On voit ainsi d’an­ciens prix Nobel s’égarer dans des pseu­dos­ciences (lien:wwss), un syndrome para­doxal désigné comme « maladie du Nobel » (lien:8ign). Une tren­taine de cas patho­lo­giques ont été signalés et contre­dits par leurs pairs, mais dans leur sillage gravitent de nombreux « experts Youtube » qui inondent l’es­pace média­tique de théo­ries fantai­sistes emprun­tant le voca­bu­laire scien­ti­fique — la physique quan­tique se prête parfai­te­ment à ce type d’en­fu­mage ! Il est diffi­cile, en vision­nant leurs vidéos, de discerner s’ils croient à ce qu’ils racontent ou s’ils se jouent de la crédu­lité du public. Quoi qu’il en soit, cette expo­si­tion leur offre une bien plus grande popu­la­rité sur Facebook ou Twitter que les articles sérieux soumis « dans la vraie vie » à des jour­naux scien­ti­fiques, dont le lecteur moyen ne compren­drait même pas les titres.

De manière inex­pli­quée, ces « experts Youtube » sont très rare­ment des femmes…

Dans son exposé Les pseu­dos­ciences ont-elles gagné sur Internet ? (lien:5ani), Acermendax expose les biais inhé­rents aux méca­nismes cogni­tifs que nous mettons en œuvre dans un souci de ratio­na­li­sa­tion :

En résumé, nous commen­çons par croire, et ensuite nous cher­chons des raisons de justi­fier nos croyances. Pour le cher­cheur en psycho­logie Daniel Kahnemann, cela s’explique par l’existence de deux « systèmes » dans notre cerveau. Le système 1 est rapide, toujours à l’affût, il saute sur toutes les anoma­lies ou tous les schémas qui offrent de quoi construire une narra­tion. Le système 2 est plus lent, coûteux, il analyse, il raisonne.

Mais le système 2 est-il lui-même objectif ? Peut-on le comparer à un scien­ti­fique rationnel qui évalue prudem­ment la vrai­sem­blance des propo­si­tions ? En réalité, il est souvent au service du système 1 comme un avocat au service de son client [lien:0lif] : il cherche à valider les conclu­sions, à donner de la cohé­rence à ses cogni­tions. Il est un artisan beso­gneux du biais de confir­ma­tion, et un humain peut être très intel­li­gent, posséder un système 2 extra­or­di­nai­re­ment effi­cace et malgré tout persister dans des croyances fausses, car son intel­li­gence lui fournit de grandes quan­tités d’arguments donnant un semblant de vali­dité à sa vision du monde. Bon gré mal gré, nous confon­dons « vrai » et « faci­le­ment justi­fiable à l’aide d’arguments qui me viennent à l’esprit ».

[…]

Le remède aux croyances fausses tient dans le bon usage d’un outil simple : l’inhi­bi­tion cogni­tive. Il s’agit tout simple­ment d’un « frein mental ». Il permet de prendre le temps de ques­tionner une idée, une infé­rence, une opinion, avant de l’incorporer à notre vision du monde. Pour aller vers plus de ratio­na­lité, nous devons avoir un recours conscient et métho­dique à ce frein, un outil d’autant plus vital que votre bolide est puis­sant : les personnes très intel­li­gentes, si elles ne savent pas freiner, peuvent finir par croire des choses complexes, baroques, complè­te­ment fausses, voire dange­reuses non pas malgré mais en raison même de leur intel­li­gence.

Dans une émis­sion La Méthode scien­ti­fique (16/5/2019 lien:45et), le cher­cheur en psycho­logie cogni­tive Nicolas Gauvrit utilise le terme « système 3 » pour dési­gner l’in­hi­bi­tion cogni­tive, préci­sant que ce système peut être mis en action par trois émotions : le doute, le regret et la curio­sité.

Le défi de l’actualisation des pratiques médicales

Depuis une quin­zaine d’an­nées à l’écoute d’usager·e·s du système de santé fran­çais, je suis convaincu que les pratiques médi­cales ont besoin d’évo­luer pour mériter la quali­fi­ca­tion de « méde­cine scien­ti­fique ». Les profes­sion­nels de santé que je croise (et parfois consulte) ne disposent ni du temps ni des compé­tences pour mettre à jour leurs connais­sances en lisant des publi­ca­tions scien­ti­fiques. La plupart se contentent de ce qu’ils ont appris sur les bancs de la faculté. Imaginez un gara­giste qui ne connaî­trait que les véhi­cules du début de sa carrière !

Ce qui passe aujourd’hui pour de la « forma­tion continue » se réduit à la trans­mis­sion d’éléments de langage de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique. On peut en mesurer l’im­pact sur chaque médecin en consul­tant la base de données publique Transparence-Santé (lien:5wge).

Le lobbying des indus­triels s’étend aux « experts » de « sociétés savantes » — guille­mets néces­saires — qui parti­cipent à la rédac­tion de recom­man­da­tions de pratique clinique ou de notes d’in­for­ma­tion publiées par la Haute Autorité de Santé (HAS). Un article de la revue indé­pen­dante Prescrire (janvier 2018, page 71) suggère qu’en­viron 80% de ces docu­ments ne sont pas en accord avec les données actuelles de la science, suppo­sées être le réfé­ren­tiel du code de déon­to­logie médi­cale (lien:3ohi). Or les mêmes méde­cins sont léga­le­ment contraints de suivre les recom­man­da­tions de pratique clinique !

La périnatalité

Ce site ne cite que très rare­ment la recherche médi­cale dans le domaine de la péri­na­ta­lité : gros­sesse, accou­che­ment, soins aux nouveau-nés et jeunes enfants. C’est un choix déli­béré car je suis concep­teur et admi­nis­tra­teur, depuis 2004, d’une grande base de données coopé­ra­tive, acces­sible au public et aux profes­sion­nels, qui traite ces sujets en détail : la base de données biblio­gra­phiques de l’AFAR.

Positionnement éthique

Ma critique vise prin­ci­pa­le­ment les pres­crip­tions suppo­sées prévenir des mala­dies ou des acci­dents avec la seule aide de médi­ca­ments, sans consi­dé­ra­tion des facteurs de risque modi­fiables — en résumé, l’hy­giène de vie. Je suis ferme­ment convaincu de l’ef­fi­ca­cité de la méde­cine moderne dans les situa­tions d’ur­gence et pour les opéra­tions chirur­gi­cales quand celles-ci ne peuvent pas être évitées.

Sur le plan éthique, bien qu’o­bligé de citer les études basées sur l’ex­pé­ri­men­ta­tion animale, et conscient de la diffi­culté — parfois l’im­pos­si­bi­lité — d’en extra­poler les résul­tats aux humains, je souhai­te­rais chaque fois que possible son rempla­ce­ment par des procé­dures qui n’in­duisent pas de souf­frances inutiles : modé­li­sa­tion infor­ma­tique, cultures in vitro etc. Voir le dossier Les méthodes « alter­na­tives » à la recherche animale (lien:g1xj).

Vous avez la parole !

J’invite les lectrices et lecteurs à faire preuve de sens critique : consulter les sources et m’in­former de toute inco­hé­rence dans leur inter­pré­ta­tion. Enfin, signaler d’autres sources, surtout lors­qu’elles paraissent contre­dire mon propos.

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