Ma démarche

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En lisant ces pages, vous cher­chez peut-être un anti­dote à des choix insa­tis­fai­sants en matière de soin du corps, hygiène de vie ou phi­lo­so­phie de l’exis­tence… Au fil du texte, vous ren­con­tre­rez un large éven­tail de liens vers des articles de syn­thèse ou des recom­man­da­tions.

Ce serait tou­te­fois une erreur d’en attendre des recettes à col­lec­tion­ner pour aller mieux. Du style : « Vous dormez mal ? Prenez du magné­sium ! » avec un lien vers un ser­vice de vente en ligne… Ce que pro­posent ad nau­seam de nom­breux sites « de santé ». Or je n’ai rien à vendre !

Je fais partie de ceux qui déplorent l’en­va­his­se­ment d’un dis­cours New Age (lien:sres) hos­tile à la méde­cine scien­ti­fique mais por­teur d’un consu­mé­risme de thé­ra­pies. Cette obses­sion du bien-être est nour­rie par la crainte du vieillis­se­ment et de la mala­die, para­doxa­le­ment asso­ciée chez beau­coup à une hygiène de vie approxi­ma­tive.

Quel que soit votre pro­blème — ou celui de vos proches — une inter­ven­tion ponc­tuelle a de fortes chances de se réduire à son effet pla­cebo (lien:3kr9). Au début, tout va mieux, le remède semble tenir ses pro­messes, et cela peut durer des jours ou des semaines. Puis il perd son effi­ca­cité et on passe à autre chose…

Sommaire

Feuille de route

Il existe, bien entendu, des médi­ca­ments et inter­ven­tions peu effi­caces. J’en dis­tingue trois caté­go­ries en ordre crois­sant d’u­ti­lité. La pre­mière : les arnaques, qui sont légion. La seconde, des pra­tiques qui per­mettent une amé­lio­ra­tion tem­po­raire, par exemple un régime amai­gris­sant (lien:erdv) suivi d’une rechute — l’effet « yo-yo » (lien:92g5). La troi­sième caté­go­rie, et la plus inté­res­sante à mes yeux, est celle d’in­ter­ven­tions qui ne s’a­vèrent effi­caces qu’une fois inté­grées à nos condi­tions d’exis­tence.

En clair, ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier…

Exemples :

  • Consommer "assez" de viande pour couvrir ses besoins en fer héminique (voir lien:n5mf) et en protéines offre peu d'intérêt si l'on néglige d'inclure aux repas suffisamment de vitamine C permettant l'absorption du fer (voir l'étude lien:0mop), ou encore si des facteurs antinutritionnels empêchent l'assimilation des protéines (voir l'étude lien:vmbz).
  • Se dépenser en jogging ou à bicyclette le dimanche matin ne sert pas à grand chose si l'effort est récompensé par des sucreries ou un festin familial… L'entraînement peut d'ailleurs s'avérer dangereux s'il se polarise sur la performance — voir mon article Overdose d’exercice ➜ danger.
  • Modifier son régime alimentaire ne produit pas d'effet durable sur la santé à moins d'intervenir simultanément sur la boisson, l'exercice physique, la restriction calorique, le sommeil, le stress… et j'en oublie certainement.
Health Tools400

Après quelques années de lec­ture et de mise à l’es­sai de mul­tiples recom­man­da­tions, j’en suis venu à consti­tuer une liste mini­male d’a­mé­lio­ra­tions de l’hy­giène de vie, une feuille de route que chacun peut adap­ter à son âge et à sa condi­tion phy­sique :

  1. Nutrition, hydratation, protéines, glucides et lipides, compléments alimentaires etc.
  2. Exercice physique d'endurance
  3. Entraînement fractionné de haute intensité (HIIT)
  4. Gymnastique involontaire
  5. Demi-jeûne fractionné
  6. Sommeil
  7. Position assise et debout etc.

Une ver­sion impri­mable de ce pro­gramme peut être télé­char­gée ici — et collée sur votre frigo : lien:4jlk. 🙂

➡ C’est une syn­thèse per­son­nelle, pas une « exper­tise col­lec­tive ». Les lec­teurs sont invi­tés à com­men­ter, com­plé­ter ou contre­dire ces pro­po­si­tions en pré­ci­sant leurs sources docu­men­taires.

Je tiens à rap­pe­ler que ces pra­tiques ne peuvent pas se sub­sti­tuer à un trai­te­ment médi­cal, bien qu’elles puissent contri­buer à l’ef­fi­ca­cité du soin ou la conso­li­da­tion d’une gué­ri­son. Seuls des pro­fes­sion­nels de santé peuvent vous guider en pré­sence de patho­lo­gie. Je n’ai aucune com­pé­tence ni voca­tion à donner un avis sur un trai­te­ment.

Les sources

Le site LeBonheurEstPossible.org est la partie visible d’un tra­vail de veille scien­ti­fique qui occupe la majeure partie de mon temps depuis avril 2014. Il fait l’ob­jet de mises à jour quasi quo­ti­diennes. La col­lecte de don­nées touche en prio­rité les publi­ca­tions de bio­mé­de­cine (lien:l0fo) por­teuses de pro­po­si­tions que l’on peut mettre en pra­tique dans sa vie per­son­nelle.

Certain·e·s pour­ront s’é­ton­ner que de nom­breux sujets qui « font le buzz » ne soient pas abor­dés : j’ai choisi de me limi­ter à ceux issus de publi­ca­tions dans la presse scien­ti­fique, ou pour le moins qui font état d’une expé­rience cli­nique digne d’in­té­rêt. Autrement dit, un éven­tail un peu plus large que celui de la méde­cine fondée sur les preuves (lien:oyf0) en pre­nant soin de pré­ci­ser que telle ou telle obser­va­tion n’a pas encore été « vali­dée » (ou ne peut pas l’être) par des études cli­niques.

La page Liens vers d'autres sites permet d’é­lar­gir la recherche dans le web fran­co­phone et anglo­phone. Je ne garan­tis pas la véra­cité des conte­nus de ces sites, mais j’es­saie d’é­car­ter ceux qui sont à voca­tion mani­fes­te­ment com­mer­ciale.

De nom­breuses réfé­rences com­plètent mes articles pour invi­ter les inter­nautes à une lec­ture cri­tique. Je veille tou­te­fois à ce qu’on puisse lire tous les articles « en dia­go­nale », quitte à reve­nir plus tard sur les liens.

Wikipedia

Les termes tech­niques sont expli­ci­tés, chaque fois que pos­sible, par des liens vers l’en­cy­clo­pé­die coopé­ra­tive Wikipedia (lien:2zuk).

Parmi toutes les sources « tout public » dis­po­nibles sur Internet, Wikipedia se veut la plus proche de l’i­déal de neu­tra­lité : Facebook est devenu un réser­voir de dés­in­for­ma­tion virale, Twitter un espace de défou­le­ment et Youtube le ter­rain de jeu des trolls (lien:74bc) et de leurs théo­ries de conspi­ra­tion (Schwartz O, 2019 lien:k4c2)…

De manière para­doxale, la neu­tra­lité (et la per­ti­nence) d’une page de Wikipedia peuvent aug­men­ter lorsque ses édi­teurs appar­tiennent à des camps oppo­sés, c’est le cas par exemple de sujets poli­tiques sen­sibles. En pra­tique, cette neu­tra­lité est assu­rée, non par un renon­ce­ment des « per­dants » à leurs convic­tions, mais par des règles d’é­di­tion qui obligent les édi­teurs à adop­ter un lan­gage res­pec­tueux et « dis­tan­cié » — c’est une ency­clo­pé­die — tout en citant des sources véri­fiables. À propos de l’é­tude de Shi F et al. (2019 lien:xn18), Oscar Schwartz écrit (lien:k4c2) :

Ils ont constaté que lors­qu’une com­mu­nauté d’é­di­tion est pola­ri­sée poli­ti­que­ment, la pro­fon­deur et la pré­ci­sion de l’in­for­ma­tion s’a­mé­liorent consi­dé­ra­ble­ment et inver­se­ment, à mesure que les com­mu­nau­tés de tra­vail deviennent idéo­lo­gi­que­ment homo­gènes, la qua­lité de la page se dété­riore de manière spec­ta­cu­laire.

Ces obser­va­tions sur le trai­te­ment de l’in­for­ma­tion poli­tique s’ap­pliquent à l’in­for­ma­tion médi­cale, sujette elle aussi aux contro­verses et à la mani­pu­la­tion d’o­pi­nions, sans oublier la fraude scien­ti­fique. Ainsi, les articles en fran­çais sont sou­vent de moindre qua­lité que ceux en anglais parce que leurs admi­nis­tra­teurs ont ten­dance à gommer toute contra­dic­tion pour par­ve­nir à « la vérité ». Selon eux, celle-ci peut émer­ger d’un consen­sus plutôt que d’un échange cri­tique obéis­sant aux règles de bonne pra­tique édi­to­riale sur Wikipedia. Ainsi, faute de dis­cus­sion, cer­taines pages finissent par affi­cher l’opi­nion majo­ri­taire sur un sujet ; mais une opi­nion n’est pas une réa­lité scien­ti­fique (fal­si­fiable)… Selon Justin Knapp, un contri­bu­teur à l’en­cy­clo­pé­die très pro­li­fique, la « bureau­cra­tie robuste » de Wikipedia est indis­pen­sable pour « culti­ver un espace de désac­cords signi­fiants » (lien:k4c2) :

En raison de leur mis­sion par­ta­gée [de créer une ency­clo­pé­die], les rédac­teurs de Wikipedia se situent géné­ra­le­ment à un niveau de sur­plom­be­ment de leur propre sys­tème de valeurs. Et les valeurs [à ce niveau] pré­valent géné­ra­le­ment sur tout désac­cord sur une ques­tion par­ti­cu­lière.

Cette vision idéa­liste n’est pas par­ta­gée par cer­tains spé­cia­listes de Wikipedia, entre autres son co-fondateur Larry Sanger (lien:bax6) qui estime que l’en­cy­clo­pé­die est deve­nue le champ de bataille de groupes œuvrant à la pour­suite d’a­gen­das par­ti­cu­liers. Toute ten­ta­tive d’ins­crire un point de vue dis­si­dent sur une page contrô­lée par ces groupes donne lieu à une révo­ca­tion. Sanger a rejoint un autre projet d’en­cy­clo­pé­die (Everipedia lien:x0zh) uti­li­sant la tech­no­lo­gie blo­ck­chain (lien:jbm7) pour assu­rer dans la trans­pa­rence la prise de déci­sion décen­tra­li­sée de modi­fi­ca­tions à partir de votes de « por­teurs de jetons ».

La bataille fait rage dans le domaine des méde­cines « non conven­tion­nelles » car des moteurs de recherche (comme Google) ou des héber­geurs de conte­nus (comme Pinterest) modi­fient leurs algo­rithmes pour mas­quer des conte­nus qua­li­fiés de « dés­in­for­ma­tion » par des agences d’é­va­lua­tion. Ces agences signalent tout désac­cord avec les infor­ma­tions four­nies par les orga­nismes offi­ciels ou les socié­tés savantes. Leurs détrac­teurs les accusent de com­pli­cité avec les indus­triels de la phar­ma­cie ou de l’agro-alimentaire. Dans le camp opposé, on dénonce des conflits d’in­té­rêt entre des auteurs « déviants » et une indus­trie qui conquiert le marché de « pro­duits natu­rels » ou de « trai­te­ments alter­na­tifs ». Théâtre de nom­breuses confron­ta­tions et contro­verses, la page Wikipédia en fran­çais dédiée à Gilles-Éric Séralini (lien:3cjv) illustre bien ce dilemne et la dif­fi­culté d’en four­nir un compte-rendu dis­tan­cié.

Pour éviter de repro­duire sur ce site les biais induits (à mon insu) sur les sujets sen­sibles, je limite autant que pos­sible les liens aux pages Wikipedia faci­li­tant la com­pré­hen­sion d’un terme médi­cal ou tech­nique.

Autres sources

Quelques sites de lit­té­ra­ture « para­scien­ti­fique » rédi­gés par des méde­cins ou cher­cheurs anglo­phones — Jason Fung (lien:teo0), Denise Minger (lien:rd19), Bill Lagakos (lien:o2om), Stephan Guyenet (lien:xh16), Jane Plain (lien:xlb3) etc. — contiennent des liens vers des sources fiables (jour­naux à comité de lec­ture lien:ipkj) et sont riches en com­men­taires. Ils me servent sou­vent de points d’en­trée vers les publi­ca­tions scien­ti­fiques. Ces auteurs s’af­frontent par­fois dans des contro­verses étayées de réfé­rences pré­cises. Des pro­fes­sion­nels de santé, des coaches spor­tifs et autres « rou­tards de la vie saine » contri­buent aux com­men­taires dont la somme peut dépas­ser la taille de l’ar­ticle.

Par contre, de nom­breux sites de « santé natu­relle », en fran­çais ou en anglais, n’existent que pour sou­te­nir la vente de pro­duits mira­cu­leux avec sou­vent des annonces de « condi­tions excep­tion­nelles », selon un modèle bien rôdé aux USA — voir mon article “Health coaching” : business models en roue libre…

Un des plus fré­quen­tés dans le monde anglo­phone est celui du Dr. J. Mercola. Il m’ar­rive d’y faire réfé­rence sur des sujets cor­rec­te­ment docu­men­tés, mais trop de pages de son site sont enta­chées d’er­reurs, que ce soit par un biais de sélection des sources ou le détour­ne­ment de don­nées sta­tis­tiques. Quand je signale ces erreurs dans un com­men­taire, les « dis­ciples » ser­viles essaient dans un pre­mier temps de me contre­dire, puis notre échange est effacé lors­qu’ils sont à court d’ar­gu­ments. D’autre part, j’ai déjà reçu du spam publi­ci­taire dont l’a­na­lyse révé­lait que Mercola avait cédé mon adresse à des socié­tés tierces… Et pour finir, depuis qu’il s’es­time vic­time d’une cen­sure exer­cée par Google, J. Mercola fait la pro­mo­tion d’un de ses anciens employés « lan­ceur d’a­lertes », proche de l’extrême-droite raciste et anti­sé­mite, qui pré­sente Donal Trump comme une autre vic­time de mani­pu­la­tions des requêtes et de la tra­duc­tion auto­ma­tique…

Parmi les sources fran­co­phones les plus inté­res­santes, quelques émis­sions de radio que l’on peut écou­ter en pod­cast. J’ai été (ou suis) abonné aux sui­vantes — cer­taines ayant achevé leur dif­fu­sion en été 2016 :

  • La Conversation scientifique lien:670d (Étienne Klein, France Culture) — ma préférée !
  • La Méthode scientifique lien:qlz1 (Nicolas Martin, France Culture)
  • Les Cours du Collège de France lien:30ql (France Culture)
  • Matières à penser lien:ynxw (France Culture)
  • Science publique lien:hcf9 (Michel Alberganti, France Culture)
  • La Tête au carré lien:4kuy (Mathieu Vidard, France Inter)
  • Sur les épaules de Darwin lien:og5o (Jean-Claude Ameisen, France Inter)

Les sites de ces émis­sions contiennent des liens vers les sources docu­men­taires et les ouvrages cités.

Vigilance et esprit critique

confusion

La lec­ture d’une page en ligne me prend par­fois plu­sieurs jours pour consul­ter les sources et suivre les com­men­taires qui ren­voient à d’autres sites ou à des articles de syn­thèse.

➡ Différence avec les sites fran­co­phones sou­vent com­men­tés de manière super­fi­cielle, quand ils ne sont pas colo­ni­sés par des trolls…

Je consulte fré­quem­ment les avis contraires sur des sites comme skep​dic​.com (lien:do6h), ratio​nal​wiki​.org (lien:w0pj), scien​ce​ba​sed​me​di​cine​.org (lien:m20g), ou en tapant un mot clé avec ‘debun­ked’, ‘qua­ckery’ ou ‘hoax’ comme requête d’un moteur de recherche.

Ici aussi avec pru­dence, car un scep­ti­cisme de façade semble être le fonds de com­merce de cer­tains auteurs. Les uns font preuve d’un confor­misme naïf drapé dans une rhé­to­rique de « socio­lo­gie pour les nuls » (exemple typique d’un site ano­nyme : lien:stvd), d’autres n’existent que pour leur seule acti­vité de quack­bus­ting (chasse aux char­la­tans).

Ultime pré­cau­tion : pour tout ouvrage pro­posé sur une pla­te­forme de vente en ligne, je consulte en pre­mier les avis les plus défa­vo­rables — par exemple une seule étoile chez Amazon​.com.

Illustration des dis­pa­ri­tés entre « résumé », « intro­duc­tion » et « résul­tats » d’une publi­ca­tion scien­ti­fique

En remon­tant à la source de l’in­for­ma­tion, par exemple le texte inté­gral d’un article de jour­nal scien­ti­fique, on peut en cor­ri­ger une des­crip­tion incom­plète, voire erro­née, qui était celle d’au­teurs insuf­fi­sam­ment atten­tifs à la rédac­tion de leur résumé. Ces contre­sens sont repro­duits à l’i­den­tique sur une mul­ti­tude de sites. Plus grave pour nous, les cita­tions sont sou­vent tra­duites en fran­çais sans aucune men­tion des sources ! 🙁

La dif­fé­rence entre le contenu d’un article et les conclu­sions appa­rais­sant dans son résumé ou son titre incite le lec­teur peu averti à accor­der de l’im­por­tance à un résul­tat non signi­fi­ca­tif. Les auteurs ont réa­lisé un “spin” pour trom­per leur vigi­lance. En 2019, des spins ont été déce­lés dans plus de la moitié de 116 articles publiés en psy­chia­trie (lien:6kfo).

De l’erreur involontaire à la fraude

Certaines études scien­ti­fiques font l’ob­jet de rétrac­ta­tions suite à la décou­verte d’in­co­hé­rences, voire de fraudes (lien:h5y8) qui avaient échappé aux relec­teurs. Un édi­to­rial du rédac­teur en chef du pres­ti­gieux jour­nal The Lancet affir­mait en 2015 que près de la moitié des études bio­mé­di­cales seraient fausses (lien:eie9). Il s’agit sur­tout de biais métho­do­lo­giques qu’Alexis Clapin a décrits dans son excellent ouvrage Enquêtes médi­cales & éva­lua­tion des médi­ca­ments : de l’er­reur invo­lon­taire à l’art de la fraude (lien:oi79).

Le signa­le­ment de fraudes est devenu mon­naie cou­rante car initié de manière trans­pa­rente par les acteurs de la recherche avec l’ins­tal­la­tion du site PubPeer (lien:xtm3). Ce site col­la­bo­ra­tif permet aux scien­ti­fiques de faire la dis­tinc­tion entre des fake news et de véri­tables alertes (lien:uazv). Il est bien entendu cri­ti­qué par celles/ceux qui se per­çoivent comme « vic­times » poten­tielles de ce qui est (incor­rec­te­ment) dési­gné comme de la « déla­tion ». Un lec­teur com­mente (lien:49ve) :

Et pour­quoi les cher­cheurs auraient-ils peur de se faire « épin­gler » sur des sites tels que ‘PubPeer’ ou ‘For better science’ lorsque le tra­vail a été fait en toute bonne foi et selon les règles déon­to­lo­giques ? Bien entendu l’erreur peut se glis­ser, dans les publi­ca­tions scien­ti­fiques comme ailleurs, malgré les filtres impo­sés par les revues spé­cia­li­sées. Mais une erreur, tout comme une mau­vaise inter­pré­ta­tion de don­nées, cela ce cor­rige !

Certains lan­ceurs d’a­lertes inter­viennent ouver­te­ment, comme Prof. Vicky Vance dans la très média­ti­sée « affaire Voinnet » tandis que la plu­part se pro­tègent par l’a­no­ny­mat afin d’é­vi­ter toute réper­cus­sion sur leur car­rière, sachant que leurs orga­nismes de tutelle ont ten­dance à impo­ser une loi du silence (lien:319e)…

Je ne sais s’il vaut mieux rire ou pleu­rer en écou­tant de brillants expo­sés sur l’é­thique scien­ti­fique par des ora­teurs qui paraissent vivre dans un monde où n’exis­te­raient ni fraude scien­ti­fique ni conflits d’in­té­rêt !

Un exposé com­pré­hen­sible sur les méthodes de mani­pu­la­tion de don­nées a été publié par Milton Packer — voir la ver­sion fran­çaise dans mon article Comment détecter une manipulation de données ?

Le pro­ces­sus de rétrac­ta­tion de publi­ca­tions est docu­menté entre autres par Retraction Watch (lien:rd6i). Voir par exemple, dans le domaine qui nous inté­resse, une série d’ar­ticles (lien:bw6m) sur les bien­faits sup­po­sés de la cur­cu­mine (lien:0iql) qui avaient été cités plu­sieurs mil­liers de fois, ou encore la rétrac­ta­tion de publi­ca­tions aux don­nées mani­pu­lées sur les risques des vac­cins (lien:y2jf)… Retraction Watch est à son tour la cible de cri­tiques (exemple lien:idnq) sur son manque de trans­pa­rence, de pos­sibles conflits d’in­té­rêt et l’ab­sence de res­pon­sa­bi­lité (accoun­ta­bi­lity) envers la com­mu­nauté scien­ti­fique dont il est sup­posé signa­ler les dérives.

L’augmentation expo­nen­tielle du volume de publi­ca­tions en bio­mé­de­cine, notam­ment dans des jour­naux scien­ti­fiques en quête de noto­riété, se tra­duit par un « trop-plein » qui incite les cher­cheurs à pri­vi­lé­gier le fac­teur d’im­pact (lien:ht7z) devant la qua­lité scien­ti­fique de leurs pro­duc­tions. Il devient hasar­deux de navi­guer dans un flot d’in­for­ma­tions entre­tenu par la mul­ti­pli­ca­tion des cita­tions. Faute d’ac­cès aux don­nées brutes et de répli­ca­tion des résul­tats, la popu­la­rité d’une théo­rie nou­velle n’est pas un indice fiable de sa per­ti­nence. Lire à ce sujet Overflow in science and its impli­ca­tions for trust (Siebert S et al., 2015 lien:jfkr).

La pres­sion exer­cée sur les cher­cheurs et leurs équipes par les déci­deurs char­gés de répar­tir une manne finan­cière tou­jours plus réduite (dans le sec­teur public) est à l’o­ri­gine d’une pra­tique en rup­ture avec l’é­thique scien­ti­fique : la publi­ca­tion dans des jour­naux « pré­da­teurs » qui acceptent contre paie­ment à peu près n’im­porte quel article sans pré­ju­ger de sa valeur scien­ti­fique — voir la Beall’s list (lien:z9iu). Certains jour­naux affichent même dans leur « comité scien­ti­fique » les noms de pro­fes­seurs célèbres qui n’ont jamais été sol­li­ci­tés pour en faire partie… Ils sont asso­ciés à des groupes sans loca­li­sa­tion véri­fiable qui décernent — moyen­nant rému­né­ra­tion — des « prix scien­ti­fiques » aux cher­cheurs en demande de visi­bi­lité, ou orga­nisent des pre­da­tory confe­rences sur des bateaux de luxe (lien:kzz2).

David William Hedding signale par exemple, en 2019, que les Sud-Africains publient cinq fois plus que les nord-Américains et les Brésiliens dans cette presse de médiocre qua­lité, résul­tat du fait que chaque publi­ca­tion rap­porte à l’é­quipe scien­ti­fique une prime d’en­vi­ron 7000 dol­lars US (lien:r63l).

Sur le site For Better Science, Smut Clyde décrit en détail les pra­tiques frau­du­leuses d’au­teurs ou édi­teurs de jour­naux pré­da­teurs s’ef­for­çant d’ac­cré­di­ter des thèses mar­gi­nales sur les liens entre vac­ci­na­tion et mala­dies auto-immunes, la toxi­cité des adju­vants, de nou­veaux trai­te­ments « bio-médicaux » de l’au­tisme etc. Ces publi­ca­tions sont par la suite citées en réfé­rence par des groupes de pres­sion (lien:y2do) ou des mili­tants en panne d’es­prit cri­tique…

Un exposé très clair sur les dérives de pra­tiques scien­ti­fiques a été publié par Jérémy Anso (2019 lien:6gtc).

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Credit : Ricardo Martinez. Source : lien:2fq4

Un scep­ti­cisme construc­tif (‘vigi­lan­tism’) est donc attendu dans le monde scien­ti­fique et celui plus vaste de la presse de vul­ga­ri­sa­tion, avec des effets posi­tifs et par­fois néga­tifs (Teixeira da Silva JA, 2016 lien:1op6). Cette vigi­lance serait le seul rem­part contre des mou­ve­ments anti-science qui, selon cer­tains, mettent en péril la démo­cra­tie dans les pays indus­tria­li­sés. Réflexion qui trouve un écho inquié­tant dans l’ac­tua­lité par­ti­sane. Otto SL (2012 lien:2fq4) cite :

La pla­te­forme du Parti Républicain au Texas condamne « l’en­sei­gne­ment de tech­niques de pensée cri­tique et pro­grammes du même ordre … qui ont pour objec­tif de défier les croyances éta­blies des étu­diants et de sabo­ter l’au­to­rité paren­tale ».

La com­pi­la­tion et l’a­na­lyse d’in­for­ma­tions ne se réduit donc pas à l’empilage d’o­pi­nions choi­sies en ren­for­ce­ment d’i­dées pré­con­çues. Elle néces­site un niveau mini­mum de com­pré­hen­sion des sujets trai­tés.

« Experts » Youtube

Les réseaux sociaux et les blogs ont permis la nais­sance une nou­velle caté­go­rie de scien­ti­fiques que je désigne comme « experts Youtube ». Il s’agit de cher­cheurs qui ont un pédi­grée attesté par leurs publi­ca­tions dans des jour­naux scien­ti­fiques à comité de lec­ture. Certains occupent même un poste de res­pon­sa­bi­lité dans un orga­nisme de recherche publique. Mais ils se rendent visibles dans les médias grand public ou dans des ouvrages de vul­ga­ri­sa­tion en abor­dant des sujets qui n’ont de scien­ti­fique que l’ap­pa­rence.

On voit ainsi d’an­ciens prix Nobel s’é­ga­rer dans des pseu­dos­ciences (lien:wwss), un syn­drome para­doxal dési­gné comme « mala­die du Nobel » (lien:8ign). Une tren­taine de cas patho­lo­giques ont été signa­lés par leurs pairs, mais dans leur sillage gra­vitent de nom­breux experts Youtube qui occupent l’es­pace média­tique avec des théo­ries fan­tai­sistes emprun­tant le voca­bu­laire scien­ti­fique — la phy­sique quan­tique se prête par­ti­cu­liè­re­ment bien à ce type d’en­fu­mage ! Il est dif­fi­cile, en vision­nant leurs vidéos, de dis­tin­guer ceux qui croient ce qu’ils racontent de ceux qui se jouent de la cré­du­lité de leur audi­toire. Quoi qu’il en soit, cette expo­si­tion leur offre une bien plus grande popu­la­rité sur Facebook ou Twitter que les articles sérieux soumis « dans la vraie vie » à des revues scien­ti­fiques dont le lec­teur moyen ne com­pren­drait même pas les titres.

De manière inex­pli­quée, ces « experts Youtube » sont très rare­ment des femmes…

Le doute, le regret et la curiosité

Dans son exposé Les pseu­dos­ciences ont-elles gagné sur Internet ? (lien:5ani), Acermendax expose les biais inhé­rents aux méca­nismes cog­ni­tifs que nous met­tons en œuvre dans un souci de ratio­na­li­sa­tion :

En résumé, nous com­men­çons par croire, et ensuite nous cher­chons des rai­sons de jus­ti­fier nos croyances. Pour le cher­cheur en psy­cho­lo­gie Daniel Kahnemann, cela s’explique par l’existence de deux « sys­tèmes » dans notre cer­veau [lien:worh]. Le sys­tème 1 est rapide, tou­jours à l’affût, il saute sur toutes les ano­ma­lies ou tous les sché­mas qui offrent de quoi construire une nar­ra­tion. Le sys­tème 2 est plus lent, coû­teux, il ana­lyse, il rai­sonne.

Mais le sys­tème 2 est-il lui-même objec­tif ? Peut-on le com­pa­rer à un scien­ti­fique ration­nel qui évalue pru­dem­ment la vrai­sem­blance des pro­po­si­tions ? En réa­lité, il est sou­vent au ser­vice du sys­tème 1 comme un avocat au ser­vice de son client [lien:0lif] : il cherche à vali­der les conclu­sions, à donner de la cohé­rence à ses cog­ni­tions. Il est un arti­san beso­gneux du biais de confir­ma­tion, et un humain peut être très intel­li­gent, pos­sé­der un sys­tème 2 extra­or­di­nai­re­ment effi­cace et malgré tout per­sis­ter dans des croyances fausses, car son intel­li­gence lui four­nit de grandes quan­ti­tés d’arguments don­nant un sem­blant de vali­dité à sa vision du monde. Bon gré mal gré, nous confon­dons « vrai » et « faci­le­ment jus­ti­fiable à l’aide d’arguments qui me viennent à l’esprit ».

[…]

Le remède aux croyances fausses tient dans le bon usage d’un outil simple : l’inhi­bi­tion cog­ni­tive. Il s’agit tout sim­ple­ment d’un « frein mental ». Il permet de prendre le temps de ques­tion­ner une idée, une infé­rence, une opi­nion, avant de l’incorporer à notre vision du monde. Pour aller vers plus de ratio­na­lité, nous devons avoir un recours conscient et métho­dique à ce frein, un outil d’autant plus vital que votre bolide est puis­sant : les per­sonnes très intel­li­gentes, si elles ne savent pas frei­ner, peuvent finir par croire des choses com­plexes, baroques, com­plè­te­ment fausses, voire dan­ge­reuses non pas malgré mais en raison même de leur intel­li­gence.

Source : lien:3mkb

Dans une émis­sion La Méthode scien­ti­fique (16/5/2019 lien:45et), le cher­cheur en psy­cho­lo­gie Olivier Houdé uti­lise le terme « sys­tème 3 » pour dési­gner l’in­hi­bi­tion cog­ni­tive, pré­ci­sant que ce sys­tème peut être actionné par trois émo­tions : le doute, le regret et la curio­sité. Je recom­mande vive­ment, à ce sujet, la lec­ture de l’ou­vrage L’intelligence humaine n’est pas un algo­rithme (Houdé O, 2019 lien:3mkb).

Le défi de l’actualisation des pratiques médicales

Depuis une quin­zaine d’an­nées à l’é­coute d’usager·e·s du sys­tème de santé fran­çais, je suis convaincu que les pra­tiques médi­cales ont besoin d’é­vo­luer pour méri­ter la qua­li­fi­ca­tion de « méde­cine scien­ti­fique ». Les pro­fes­sion­nels de santé que je croise (et par­fois consulte) ne dis­posent ni du temps ni des com­pé­tences pour mettre à jour leurs connais­sances en lisant des publi­ca­tions scien­ti­fiques. La plu­part se contentent de ce qu’ils ont appris sur les bancs de la faculté. Imaginez un gara­giste qui ne connaî­trait que les véhi­cules du début de sa car­rière !

Ce qui passe aujourd’­hui pour de la « for­ma­tion conti­nue » se réduit à la trans­mis­sion d’élé­ments de lan­gage de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique. On peut en mesu­rer l’im­pact sur chaque méde­cin en consul­tant la base de don­nées publique Transparence-Santé (lien:5wge).

Le lob­bying des indus­triels s’é­tend aux « experts » de « socié­tés savantes » — guille­mets néces­saires — qui par­ti­cipent à la rédac­tion de recom­man­da­tions de pra­tique cli­nique ou de notes d’in­for­ma­tion publiées par la Haute Autorité de Santé (HAS). Un article de la revue indé­pen­dante Prescrire (jan­vier 2018, page 71) sug­gère qu’en­vi­ron 80% de ces docu­ments ne sont pas en accord avec les don­nées actuelles de la science, sup­po­sées servir de réfé­ren­tiel du code de déon­to­lo­gie médi­cale (lien:3ohi). Or les méde­cins sont léga­le­ment contraints de suivre les recom­man­da­tions de pra­tique cli­nique !

La périnatalité

Ce site n’a­borde que très rare­ment le sujet de la recherche médi­cale dans le domaine de la péri­na­ta­lité : gros­sesse, accou­che­ment, soins aux nouveau-nés et jeunes enfants.

C’est un choix déli­béré car je suis concep­teur et admi­nis­tra­teur, depuis 2004, d’une grande base de don­nées coopé­ra­tive, acces­sible au public et aux pro­fes­sion­nels, qui traite ces sujets en détail : la base de don­nées biblio­gra­phiques de l’AFAR.

Positionnement éthique

Ma cri­tique vise prin­ci­pa­le­ment les pres­crip­tions sup­po­sées pré­ve­nir des mala­dies ou des acci­dents avec la seule aide de médi­ca­ments, sans consi­dé­ra­tion des fac­teurs de risque modi­fiables — en résumé, l’hy­giène de vie. Je suis fer­me­ment convaincu de l’ef­fi­ca­cité de la méde­cine moderne dans les situa­tions d’ur­gence et pour les opé­ra­tions chi­rur­gi­cales quand celles-ci ne peuvent pas être évi­tées.

Sur le plan éthique, bien qu’o­bligé de citer les études basées sur l’ex­pé­ri­men­ta­tion ani­male, et conscient de la dif­fi­culté — par­fois l’im­pos­si­bi­lité — d’en extra­po­ler les résul­tats aux humains, je sou­hai­te­rais chaque fois que pos­sible son rem­pla­ce­ment par des pro­cé­dures qui n’in­duisent pas de souf­frances inutiles : modé­li­sa­tion infor­ma­tique, cultures in vitro etc. Voir le dos­sier Les méthodes « alter­na­tives » à la recherche ani­male (lien:g1xj).

Vous avez la parole !

J’invite les lec­trices et lec­teurs à faire preuve de sens cri­tique : consul­ter les sources et m’in­for­mer de toute inco­hé­rence dans leur inter­pré­ta­tion. Enfin, signa­ler d’autres sources, sur­tout lors­qu’elles paraissent contre­dire mon propos.

Utiliser les com­men­taires au bas des articles sur le site pour les mes­sages publics, ou le formulaire de contact pour les mes­sages privés.

Article créé le 21/08/2015 – modi­fié le 15/03/2020

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5 thoughts on “Ma démarche

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