Pour les végan·e·s

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Le véga­nisme (lien:y7u5) est un sujet complexe et contro­versé dépas­sant le cadre d’une « veille scien­ti­fique » sur nos choix en matière de nutri­tion et habi­tudes de vie… Sa dimen­sion éthique — que certain·e·s n’hé­sitent pas à quali­fier de « reli­gieuse » — voue à l’échec toute ratio­na­li­sa­tion du débat. Je cède donc volon­tiers la parole à des personnes qui ont connu cette expé­rience, la première avec sa famille pendant trois décen­nies, la seconde en solo moins long­temps, mais avec un regard rendu critique par sa culture scien­ti­fique.

Une végé­ta­lienne pendant 22 ans a traduit et publié sur son blog Le mythe végétarien un article de Denise Minger inti­tulé “For Vegans” (source lien:c56i). La version fran­çaise est ici : lien:qm5j.

Denise Minger aborde le sujet d’un ton bien­veillant, s’adres­sant à des lecteurs/trices qui auraient opté pour le végé­ta­lisme (lien:opzr, l’as­pect nutri­tion­nel du véga­nisme) pour des motifs de respect de la vie animale et de préser­va­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. Elle construit son propos à partir de données scien­ti­fiques, indi­quant ce qu’un·e adepte devrait inclure à son régime pour préser­ver sa santé sur le long terme. Les anglo­phones peuvent aussi lire un entre­tien avec elle en 2010 (lien:0ucl) où elle revient sur son analyse critique de The China Study de T. Colin Campbell (2006 lien:x2ep).

La plupart des points abor­dés ont été docu­men­tés ailleurs sur mon site — voir mes articles Protéines – Glucides ou lipides ? etc. — mais j’in­siste sur le fait que la solu­tion opti­male n’est pas iden­tique pour tous les indi­vi­dus ➡ voir ma page Nutrition, qui écouter ?

Mon expé­rience insa­tis­fai­sante du végé­ta­risme pendant une tren­taine d’an­nées, tour­nant au végé­ta­lisme pendant une courte période (voir l’ar­ticle Chrononutrition - mon expérience) ne prouve en rien que ce régime serait délé­tère en géné­ral.

Sommaire

Les sections de cet article sont assez indé­pen­dantes pour être lues dans un ordre arbi­traire. Un lien au début de chaque sous-titre permet de reve­nir au sommaire.

Biais du survivant

Le cas du végé­ta­lisme est plus diffi­cile à défendre… Certains choix en matière de nutri­tion ou de style de vie convergent statistiquement vers une meilleure longé­vité ou un désastre avant l’heure. Taty Lauwers, elle aussi ancienne végé­ta­rienne et auteure de nombreux ouvrages (lien:3ouv), commente avec vigueur l’ar­ticle de Minger, n’hé­si­tant pas à décla­rer (lien:bqsg) :

Je reviens à mon antienne : en Occident actuel, une personne sur dix est construite pour manger végétarien pur au long cours (eh oui, il faut bien préci­ser « actuel » car nous sommes en voie de dégé­né­ra­tion accé­lé­rée, ce qui est vrai aujourd’­hui ne l’était pas il y a soixante ans) ; une personne sur cent peut tester végane au long cours. Si cent mille Américains sont véganes « de croi­sière », on pour­rait imagi­ner mille personnes souriantes. C’est bien léger : on oublie que 99 000 personnes sont en souf­france !

Les 10% et 1% cités sont des esti­ma­tions « à la louche » pour illus­trer ce biais : chacun se croit légi­time d’éri­ger son cas indi­vi­duel en loi univer­selle. Ce qui est bon pour moi est certai­ne­ment bon pour tous les autres. En cas d’échec, soup­çon­ner la personne de ne pas avoir suivi scru­pu­leu­se­ment les instruc­tions…

Image de progagande associant le régime végane à la santé artérielle
Image de proga­gande asso­ciant le régime végane à une meilleure santé cardio­vas­cu­laire (source : lien:1ouc).
Doublement mani­pu­la­toire : voir les raisons dans mon article Pourquoi dimi­nuer le choles­té­rol ?

Il a suffi de quelques milliers de survi­vants du cancer (ou du sida) pour créer un mouve­ment de défiance envers tout trai­te­ment médi­cal, alors que le taux de rémis­sions spon­ta­nées n’est pas négli­geable même pour des mala­dies aussi graves. De sorte que la guéri­son d’un indi­vidu, ni même d’un petit groupe, ne prouve pas l’ef­fi­ca­cité de la méthode ; de nombreuses variables confon­dantes (lien:7f6i) rendent incer­taines les conclu­sions. Or, celles et ceux qui échoué dans leur suivi de la méthode « alter­na­tive » promue par un de ces survi­vants ne sont plus là pour en témoi­gner… Le biais du survi­vant (lien:ffga) est une variante de ce qu’on désigne par « biais de sélection » — voir la défi­ni­tion précise dans l’ou­vrage Enquêtes médicales et évaluation des médicaments : De l’erreur involontaire à l’art de la fraude.

Même chose pour les amateurs de régimes extrêmes qui s’ex­ta­sient sur une amélio­ra­tion perçue à court terme, simple effet de l’adap­ta­tion de leur orga­nisme à un nouveau modèle nutri­tion­nel. Pour ne pas harce­ler exclu­si­ve­ment les végé­ta­liens, j’in­clus dans ma critique les affi­cio­na­dos de régime « céto­gène carni­vore » (100% de viande) qui semblent n’exis­ter que pour horri­fier les premiers. Sur le long terme, la plupart n’en meurent pas, du moins pas direc­te­ment, si l’on excepte quelques jeunes enfants victimes de parents fana­tiques.

Dans un premier temps, l’adop­tion d’un régime hypo­ca­lo­rique et faible en protéines induit un méca­nisme béné­fique d’auto­pha­gie (lien:6q20) : la destruc­tion des cellules endom­ma­gées. Ce proces­sus simi­laire à celui du jeûne — ou de la diète cétogène — peut être repro­duit sans danger de manière cyclique (quoti­dienne) par une nutri­tion restreinte dans le temps — voir mon article Jeûne et restriction calorique. La prolon­ga­tion sur plusieurs jours du régime hypo­ca­lo­rique faible en protéines abou­tit toute­fois à un effon­dre­ment de la masse muscu­laire et osseuse qui s’ap­pa­rente à un auto-cannibalisme des ressources de l’or­ga­nisme. C’est ce qui explique à la fois le bien-être ressenti par les végé­ta­liens fraî­che­ment conver­tis et l’as­pect cada­vé­rique (voir lien:yhbi) de certain·e·s qui n’ont pas compensé la perte muscu­laire par une accu­mu­la­tion de graisse. Soumis au stress, le corps stocke de l’éner­gie par tout moyen à sa dispo­si­tion. Chez beau­coup, l’or­ga­nisme carencé conver­tit en graisse les glucides en excès dans la diète végé­tale, ce qui para­doxa­le­ment se traduit par de l’obé­sité.

Militant avec joue transpercée d'un hameçon
Militant de l’as­so­cia­tion 269 Life France, 30/3/2019 à Strasbourg (AFP)

Les 90 à 99% mention­nés par Taty Lauwers vont plutôt mal, mais s’ils s’avisent de renier leurs croyances ils se voient souvent agres­sés par leurs anciens « corré­li­gion­naires » (lien:6mie). S’ils osent témoi­gner en public, ce rejet peut déra­per en violence verbale ou physique : Lierre Keith, auteure de Le Mythe végétarien (lien:pxp8), s’est déjà fait tabas­ser. De plus, elle se présente comme lesbienne, ce qui n’ar­range pas son cas. 🙁

Fake science

Denise Minger était une surdouée ving­te­naire incon­nue — « Mon blog avait seulement 6 lectrices dont 5 étaient ma mère sur 5 connexions diffé­rentes ! » — deve­nue célèbre, entre adora­tion et détes­ta­tion, le jour où elle a révélé (lien:v2x4), après un examen appro­fondi des données brutes, les inco­hé­rences et erreurs métho­do­lo­giques de la China Study du Dr. T. Colin Campbell (lien:x2ep). Le bouquin de Campbell fait malgré cela office de bible des végé­ta­liens sur de nombreux forums…

Végétarienne elle aussi pendant 20 ans, Zoë Harcombe, docteure en nutrition/santé publique, a publié un article très docu­menté (2019 lien:absk) sur les risques encou­rus par les enfants soumis à un régime végé­ta­lien.

Les fake news fleu­rissent autour du slogan « manger moins de viande », certains décla­rant entre autres qu’un régime 100% végé­tal permet­trait d’évi­ter la plupart des mala­dies méta­bo­liques et des acci­dents cardio­vas­cu­laires. Cette affir­ma­tion est contre­dite par la litté­ra­ture scien­ti­fique, par exemple Vanacore et al. (2018 lien:donl) qui ont comparé trois groupes d’hommes en bonne santé d’à peu près les mêmes âges, poids et indices de masse corpo­relle : végé­ta­liens, végé­ta­riens et omni­vores. L’indice de masse muscu­laire et la masse maigre étaient infé­rieurs dans le groupe végé­ta­lien. D’autre part, les omni­vores étaient moins soumis au stress oxyda­tif et avaient un taux moins élevé d’homo­cys­téine (lien:zby3) — voir mon article Soigner ses artères.

Zeraatkar D et al. (2019 lien:dvvx) ont revu les données statis­tiques des essais rando­mi­sés publiés dans EMBASE, CENTRAL, CINAHL, le Web of Science, ProQuest et MEDLINE jusqu’en 2018 et 2019. Leur méta-analyse basée sur une sélection de 12 essais a conclu que « les régimes restreints en viande rouge peuvent avoir peu ou pas d’ef­fet sur les prin­ci­paux résul­tats cardio­mé­ta­bo­liques et la morta­lité et l’in­ci­dence du cancer. »

Une analyse critique du film docu­men­taire The Game Changers (lien:j2d3) — apolo­gie d’une alimen­ta­tion végé­tale pour les spor­tifs — a été réali­sée par Julien Venesson (lien:g512) :

Le contenu « fake science » de The Game Changers a été “debun­ked” (en anglais) par Food Lies (lien:rls2) et même par une youtu­beuse végane (lien:qfjs)… Je suis toujours déçu par ces vidéos qui prétendent démon­ter le discours mani­pu­la­teur d’autres vidéos. Elles utilisent le même biais de sélection — dési­gné comme cherry-picking (cueillette de cerises) — qui consiste à affi­cher une seule étude pour en contre­dire une seule. De plus, il faut dépen­ser beau­coup de temps et d’éner­gie pour déni­cher et télé­char­ger l’étude entre-aperçue à l’écran car la liste de publi­ca­tions donnée par Food Lies sur ce sujet (lien:pzli) ne mentionne pas tous les titres. On en est donc réduit aux argu­ments d’au­to­rité : les « experts » ! Mais “talking big” ne suffit pas plus à me convaincre que les gesti­cu­la­tions d’un Donal Trump…

Taty Lauwers revient sur d’autres points dans son article de blog Merci, James Cameron ! (lien:cbx5), révé­lant notam­ment : « Cameron vient d’in­ves­tir 140 millions de dollars dans une entre­prise de protéines végé­tales (lien:m76a). Il a bien manœu­vré pour s’of­frir une pub gigan­tesque et voilà et bon. »

Dépression

Matta J et al. (2018 lien:enad) ont mesuré l’ap­pa­ri­tion de symp­tômes dépres­sifs qui augmentent avec le nombre de groupes d’ali­ments exclus de n’im­porte quel régime alimen­taire. Leur étude couvrait une sélection de 90 380 sujets d’âge moyen dans 21 dépar­te­ments fran­çais : omni­vores, pesco-végétariens, lacto-ovo-végétariens et végé­ta­liens. Leur mesure des symp­tômes était basée sur l’échelle de dépres­sion du Centre of Epidemiologic Studies (CES‑D lien:9yuc) évaluant 20 critères sur un score d’in­ten­sité de 0 à 3.

Les carences en micro­nu­tri­ments sont des facteurs de risque de mala­dies mentales ainsi que, sur le long terme, de mala­dies neuro­dé­gé­né­ra­tives (lien:l7nc). Le risque est forte­ment accru chez les végé­ta­liens en raison de l’ab­sence ou de la faible biodis­po­ni­bi­lité de certains micro­nu­tri­ments dans les végé­taux — voir à ce sujet la traduc­tion d’un article de la psychiatre Georgia Ede (lien:lwe8). Les carences en iode sont redou­tables pour leurs effets sur le déve­lop­pe­ment du fœtus : macro­cé­pha­lie, défi­cit intel­lec­tuel (lien:wky4)… Les isofla­vones (lien:bhx1) conte­nus dans les aliments à base de soja engendrent une hypo­thy­roï­die.

Toxicité d’aliments « naturels »

Un argu­ment souvent avancé en faveur d’une nutri­tion exclu­si­ve­ment végé­tale serait la toxi­cité des produits d’ori­gine animale en contraste avec l’in­no­cuité des aliments végé­taux (issus de l’agri­cul­ture biolo­gique).

Les pratiques d’éle­vage inten­sif de l’in­dus­trie agro-alimentaire sont à l’ori­gine d’in­toxi­ca­tions par la consom­ma­tion de viandes, œufs et produits laitiers. Le risque de propa­ga­tion de virus ou de bacté­ries est réel. L’usage à grande échelle d’an­ti­bio­tiques protec­teurs des épidé­mies contri­bue à la toxi­cité de ces produits et à l’ap­pa­ri­tion de bacté­ries multi­ré­sis­tantes. Les épidé­mies de grippe aviaire, SRAS etc. ont vu le jour dans des élevages indus­triels en Asie. Il faut toute­fois mettre en balance que la plupart des intoxi­ca­tions bacté­riennes graves, parfois mortelles, proviennent de végé­taux, notam­ment de bacté­ries à Gram néga­tif (lien:nhbf) comme par exemple des souches patho­gènes d’Escherichia coli (lien:gqpm).

La plupart des végé­taux produisent par ailleurs des substances toxiques pour se proté­ger des préda­teurs : des lectines (lien:jhgb) dont l’ex­cès peut causer des irri­ta­tions et excès d’ex­cré­tion de la muqueuse intes­ti­nale — à long terme des aller­gies, défi­ciences nutri­tion­nelles ou immu­no­lo­giques — de l’acide phytique (lien:cbk8) qui inhibe l’ab­sorp­tion de certains miné­raux, enfin des oxalates (lien:g8kn) qui contri­buent à la forma­tion de calculs rénaux, d’un syndrome de poro­sité de l’in­tes­tin (lien:dzdm) ou à des douleurs arti­cu­laires (voir page lien:ybsv). Ces substances se trouvent dans les légu­mi­neuses (parti­cu­liè­re­ment le soja), les céréales et les fruits en coque qui sont les prin­ci­pales sources de protéines végé­tales. Le trem­page des céréales, légu­mi­neuses et fruits en coque permet d’éli­mi­ner une partie de ces substances — comp­ter 72 heures de fermen­ta­tion à 42° C pour débar­ras­ser les lentilles de leurs lectines (lien:1nk1).

Les oxalates sont présents dans de nombreux fruits et légumes répu­tés sains dans l’uni­vers « bio » : blettes, épinards, patates douces, graines de sésame, cumin, curcuma, etc. Leur excès induit des dépôts de calcaire qui vont du tartre et des caries dentaires aux problèmes cardio­vas­cu­laires — aryth­mie cardiaque, inflam­ma­tion de l’endo­thé­lium vascu­laire (lien:pgyc) etc. — ou une acidose locale, source de problèmes neuro­lo­giques — signa­lés initia­le­ment par des hoquets. Voir à ce sujet le site de Sally K Norton (lien:afdm) et l’ar­ticle de Lorenz EC et al. (2013 lien:x2ha). Un rapport de Mayo Clinic (2013 lien:mblq) asso­cie direc­te­ment des insuf­fi­sances rénales dues au dépôt de cris­taux d’oxa­late de calcium à la consom­ma­tion exces­sive de jus de fruits et légumes. Cette forma­tion de calculs dans les reins peut être évitée si l’on consomme au même repas des produits laitiers riches en calcium. En effet, contrai­re­ment à la croyance popu­laire, un apport nutri­tion­nel de calcium dimi­nue le risque de forma­tion de calculs tandis qu’une supplé­men­ta­tion en calcium l’aug­mente (lien:10y9 ; lien:7uwv).

Les effets délé­tères des oxalates sont accen­tués par un abus de vita­mine C, de vita­mine D ou une carence en vita­mine B6. Un apport correct de vita­mine K2 sous sa forme active MK‑7 (nattō) aide à les neutra­li­ser — voir mon article Compléments alimentaires.

La surcon­som­ma­tion de fibres irrite la paroi intes­ti­nale, ce qui peut être à l’ori­gine de consti­pa­tion (que l’on croyait soigner), syndrome de l’in­tes­tin irri­table (lien:xjaa), patho­lo­gie hémor­roï­daire (lien:5sum), diver­ti­cu­lose (lien:r46k), mala­die de Crohn (lien:ajb0) et même cancer du colon. Lire à ce sujet Fiber Menace de Konstantin Monastyrsky (lien:x9xj), exces­sif dans son inter­pré­ta­tion d’en­quêtes nutri­tion­nelles mais clair sur les dysfonc­tion­ne­ments attri­bués à un excès de consom­ma­tion de fibres.

Quant aux sali­cy­lates (lien:1xih), des anti-inflammatoires qu’on trouve dans des aliments répu­tés sains (fruits, miel, graines germées, noix, thés, agrumes, tomates etc.), ils pour­raient aussi agir en bloqueurs du méta­bo­lisme chez des personnes que la géné­tique prédis­pose à une sensi­bi­lité au sali­cy­late (lien:2gm9) ou s’ils sont consom­més en trop grandes quan­ti­tés. Fatigue chro­nique, troubles diges­tifs et sautes d’hu­meur font partie des marqueurs de cette indis­po­si­tion. La ques­tion déli­cate de la prédis­po­si­tion aux into­lé­rances alimen­taires a été trai­tée dans Canaris de la moder­nité de Taty Lauwers (lien:ey2r) et discu­tée sur son blog (lien:q1y7).

Bien entendu, les végé­taux culti­vés et consom­més dans des condi­tions accep­tables sont avant tout des nour­ri­tures saines. Les oxalates, par exemple, contri­buent à la chéla­tion (lien:zkvk) de métaux lourds. C’est leur absorp­tion en excès, induite par la consom­ma­tion inadé­quate de certains végé­taux, qui met l’or­ga­nisme en danger, et leurs effets indé­si­rables peuvent être effa­cés par l’as­so­cia­tion d’autres éléments comme le calcium issu de produits laitiers.

De manière géné­rale, l’évic­tion de certains aliments, qu’ils soient d’ori­gine animale ou végé­tale, n’est pas garante d’une meilleure santé. La mode du « sans gluten », « sans produits laitiers » ou « sans viande » profite surtout à l’in­dus­trie des produits de rempla­ce­ment. Leur suppres­sion ne devrait être envi­sa­gée qu’en situa­tion avérée d’al­ler­gie ou d’hyper-réactivité. Les exemples ci-dessus montrent que l’évic­tion radi­cale des aliments toxiques, même de source végé­tale, équi­vau­drait à se priver tota­le­ment de nour­ri­ture !

Carences

Une carence en vita­mine B12 (lien:a48n) a été obser­vée chez des ovo-lacto-végétariens, comme l’a montré l’étude pros­pec­tive CARDIVEG desti­née à mesu­rer l’ef­fet de ce régime sur le risque cardio­vas­cu­laire (2019 lien:960f). Le taux de B12 circu­lant dans le sang, après 3 mois de ce régime, avait dimi­nué signi­fi­ca­ti­ve­ment, avec une plus forte préva­lence instan­ta­née (lien:ae9g) chez les sujets jeunes, en surpoids, non-fumeurs et en hyper­cho­les­té­ro­lé­mie. Dans une autre étude (lien:dqjb), chez 22% de femmes enceintes ovo-lacto-végétariennes depuis plus de 3 ans, les taux de vita­mine B12 dimi­nuaient en même temps qu’aug­men­taient ceux d’homo­cys­téine (tYcy lien:zby3) contre 10% de celles qui consom­maient peu de viande et 3% du groupe témoin. Contrairement à une croyance répan­due, la spiru­line (lien:2by0) ne contient pas de vita­mine B12, mais une molé­cule ressem­blante qui inhibe l’ab­sorp­tion de B12 et peut donc accen­tuer la carence chez des végé­ta­liens.

Les conclu­sions de certaines études obser­va­tion­nelles (lien:r79b) qui avaient servi (et servent encore) à promou­voir le choix de nutri­ments d’ori­gine végé­tale en rempla­ce­ment de ceux d’ori­gine animale sont contre­dites par des essais contrô­lés rando­mi­sés (RCT lien:axd7) en double aveugle mesu­rant un lien causal entre cette consom­ma­tion et le risque de mala­dies. Par exemple, les RCT évaluant l’im­pact sur la morta­lité et le risque de cancer de la consom­ma­tion de béta-carotène (lien:ni96) — succé­dané végé­tal de la vita­mine A — ont montré que ce risque était augmenté (2010 lien:so26, 2012 lien:60q9) alors que les études obser­va­tion­nelles avaient conclu à un risque dimi­nué de 31%. De même, un RCT couvrant 355 333 sujets sur 427 sites a montré qu’une supplé­men­ta­tion en vita­mine E (présente dans les huiles végé­tales) avait augmenté de 17% le risque de cancer de la pros­tate (lien:9omf) alors qu’on espé­rait qu’elle ait un effet protec­teur.

De telles études ne suffisent pas à déci­der d’un mode de nutri­tion idéal. Elles montrent seulement qu’il faut faire preuve de discer­ne­ment — et d’un certain scep­ti­cisme — face aux « preuves » qui circulent dans les médias à l’ap­pui du « tout végé­tal ». Chris Kresser a formulé en détail les condi­tions d’exer­cice de ce scep­ti­cisme (lien:497n ; lien:akyn).

Parsons et al. (2009 lien:xi6y) ont étudié les effets d’un régime végé­ta­lien macro­bio­tique sur une centaine d’en­fants hollan­dais de 9 à 15 ans et observé qu’il avait induit une réduc­tion signi­fi­ca­tive de densité miné­rale osseuse (lien:it01), jusqu’à 8% pour la colonne verté­brale. Les cher­cheurs suggèrent que cette réduc­tion ne résulte pas unique­ment de carences en calcium et vita­mine D. Les quan­ti­tés de fibres et de protéines devant aussi être prises en consi­dé­ra­tion : « Des apports élevés en fibres alimen­taires pour­raient avoir un effet néga­tif sur le méta­bo­lisme osseux, en inter­fé­rant avec l’ab­sorp­tion du calcium, en provo­quant une réduc­tion des taux plas­ma­tiques et en augmen­tant l’ex­cré­tion des hormones stéroïdes sexuelles. » Il faudrait aussi sans doute prendre en compte une carence en vita­mine K2 qui empêche le calcium de se fixer sur les os (voir vidéo lien:020p).

Flexitarisme ?

Drapeau végane

Je vois aujourd’­hui beau­coup de végé­ta­riens — mais surtout des végé­ta­liens (lien:opzr) ou véganes (lien:y7u5) — affi­cher leur diffé­rence sur un ton mora­li­sa­teur. Une consom­ma­tion modé­rée de fromage et de viande (voir le calcul de nos besoins en protéines) est compa­tible avec une critique de l’éle­vage indus­triel dans ses aspects sani­taires, éthiques et écono­miques, ainsi que la dénon­cia­tion d’actes cruels commis dans les abat­toirs. Désigner le « carnisme » comme un problème de « santé publique » est une stra­té­gie qui profite à un nouveau pan de l’in­dus­trie agroa­li­men­taire (voir article lien:ek1t). On peut lire à ce sujet la critique par Diana Rodgers du rapport de la commis­sion EAT-Lancet prônant un régime « flexi­ta­rien » (voir lien:e2q3 et sa traduc­tion lien:n5bq) ainsi que celle, plus détaillée, du site OptimisingNutrition (lien:p05k). En mars 2019, l’OMS a retiré tout finan­ce­ment à EAT-Lancet après que son repré­sen­tant en Italie Gian Lorenzo Cornado ait signalé son absence de base scien­ti­fique ainsi que ses dispo­si­tions condui­sant à la perte de millions d’emplois liés à l’éle­vage au béné­fice de la produc­tion indus­trielle de “unheal­thy foods” (lien:bz21).

J’ai assisté à des expo­sés alam­bi­qués sur la manière de diver­si­fier les ressources végé­tales pour béné­fi­cier de tous les nutri­ments et acides aminés essen­tiels. Voir par exemple la confé­rence de Massimo Nespolo : Nutrition et santé, mythes et propa­gandes (17/5/2014 lien:ch8h). Son argu­men­taire brillant est sans inté­rêt pratique car la théo­rie de la combi­nai­son de protéines a depuis long­temps été réfu­tée (voir Wikipedia lien:kp3b). Du reste, en 37 ans, je n’ai pas rencon­tré un seul végétarien/végétalien qui se pliait à de telles pres­crip­tions, bien que la plupart — moi en premier — n’aient eu de cesse de clamer leur impor­tance.

En Inde

Dr Malhotra et sa mère

Les asso­cia­tions tradi­tion­nelles céréale-légumineuse (riz/soja, blé/pois chiche, maïs/lentille etc.) sont rare­ment respec­tées par les céréa­liens, y compris en Inde urbaine où j’ai vécu 14 ans ! Elles le sont par contre en Inde rurale hors des périodes de pénu­rie.

Le cardio­logue indien Aseem Malhotra (voir inter­view lien:1a96) a témoi­gné sur le décès préma­turé de sa mère — méde­cin géné­ra­liste — qu’il attri­bue à son adhé­sion stricte au végé­ta­risme par convic­tion reli­gieuse asso­cié à une surcon­som­ma­tion d’ali­ments trans­for­més riches en glucides, graisses de mauvaise qualité et pauvres en protéines (lien:gkxs). Au delà de cette obser­va­tion tragique bien qu’a­nec­do­tique, il signale que l’Inde avait été clas­sée comme le pays du monde le plus atteint par « l’épi­dé­mie » de diabète de type 2 (lien:a3u9).

Les statis­tiques en 2017 (lien:8rtp) ne confirment pas ce clas­se­ment : l’Égypte, le Soudan, l’Arabie saou­dite, la Lybie, la Turquie, le Mexique et les USA figurent en tête, mais l’in­ci­dence du diabète en Inde est plus du double de celle en France.

L’Inde est surtout frap­pée par une vague d’obé­sité récente (lien:5u1t) très visible dans les classes aisées, bien que masquée chez les plus dému­nis qui souffrent d’obésité sarco­pé­nique (lien:nvdf) dans laquelle l’ac­cu­mu­la­tion de graisse est conco­mi­tante d’une fonte muscu­laire qui fait que la personne peut paraître mince et « bien-portante ».

Il faudrait en finir avec le mythe de l’Inde « aux trois quarts végé­ta­rienne » entre­tenu par les extré­mistes natio­na­listes reli­gieux. Lors du recen­se­ment de 2014 (lien:8c05, PDF tableau 5.1) 71% des Indiens de plus de 15 ans, toutes caté­go­ries sociales confon­dues, étaient non-végétariens. Cette propor­tion était sensi­ble­ment iden­tique (tableau 5.3) entre hommes et femmes pour chaque groupe d’âge, et selon l’ha­bi­tat urbain ou rural. La répar­ti­tion des végé­ta­riens — qui consomment des laitages et le plus souvent des œufs — appa­raît (en vert) sur une carte dres­sée à partir du tableau 5.2 :

Map of India indicating proportions of vegetarians in 2014
Source : lien:8acy

Cochons

Un argu­ment souvent posé en faveur du végé­ta­lisme est la compa­rai­son entre les humains et les primates non-humains, ces derniers étant présen­tés comme leurs cousins les plus proches… Le discours déli­rant de la « papesse du crudi­vo­risme » Irène Grosjean est construit sur cette affir­ma­tion (lien:q25i). En réalité, la morpho­lo­gie compa­rée des systèmes diges­tifs révèle des diffé­rences signi­fi­ca­tives qu’on peut résu­mer à un intes­tin grêle, chez les humains, nette­ment plus déve­loppé que le côlon (lien:joqw ; lien:jaep).

Comparaison des appa­reils diges­tifs de primates. Source : lien:pw9y

Cette parti­cu­la­rité classe sans équi­voque les humains dans la caté­go­rie des animaux se nour­ris­sant préfé­ren­tiel­le­ment de protéines et graisses d’ori­gine animale. Sachant que l’hu­main est bien plus proche du porc que des autres primates au niveau des « tripes », se nour­rir « au natu­rel » pour­rait se résu­mer à « manger comme un cochon » ! 🙂

Environnement

Le végé­ta­lisme peut-il sauver la planète ? Peut-il restau­rer la biodi­ver­sité ? L’élevage est-il majo­ri­tai­re­ment respon­sable de l’émis­sion de gaz à effet de serre ? Il y a quelques années j’au­rais répondu « oui » à toutes ces ques­tions. Puis j’ai étudié quelques sources scien­ti­fiques. Une ving­taine d’ar­ticles sont en liens sur ma page Comment transformer nos déserts en prairies.

Les argu­ments les plus fréquem­ment avan­cés en faveur d’un aban­don de l’éle­vage d’ani­maux « pour sauver la planète » sont ceux de la consom­ma­tion d’eau et de la produc­tion de méthane (gaz à effet de serre) par les rumi­nants, ainsi que du gaspillage des ressources végé­tales. Les graphiques ci-dessous en démontrent l’inep­tie. Ils ont été publiés par le collec­tif Sacred Cow (lien:dvvx) qui milite pour la mise en œuvre de pratiques d’agri­cul­ture régé­né­ra­tive (lien:15dd) en élevage : plani­fi­ca­tion du pâtu­rage etc. C’est donc une source secon­daire, mais chaque graphique est construit à partir de données scien­ti­fiques réfé­ren­cées en légende, dont je four­nis les liens directs.

Source : lien:awzn

Répartition de l’eau utili­sée pour la produc­tion de viande de bœuf aux USA, en mode indus­triel et en mode pâtu­rage. L’eau « verte » est celle qui provient de la pluie, l’eau « bleue » est celle four­nie par les éleveurs, et l’eau « grise » celle utili­sée pour le nettoyage. Source des données : Rotz CA et al. (2019 lien:swli) Environmental foot­prints of beef cattle produc­tion in the United States. Agricultural Systems, 169 : 1–13.

Selon cette source, on utilise seulement 2350 litres d’eau « bleue » pour produire 1 kilo de viande de bœuf — moins que pour produire 1 kilo d’avo­cats, de noix ou de sucre. L’étude de Asem-Hiablie S et al. (2019 lien:7og8) utili­sant la méthode d’ana­lyse d’ef­fi­ca­cité écolo­gique de BASF (lien:9jex), arrive aussi, globa­le­ment pour les USA, à 2558 litres d’eau potable par kilo de viande de bœuf désos­sée consom­mable.

Les données de l’INRA, basées sur l’éle­vage bovin fran­çais (prin­ci­pa­le­ment en pâtu­rage) sont nette­ment plus favo­rables : 500 litres d’eau bleue pour 1 kilo de viande de bœuf (lien:59n5), évalua­tion qui peut se réduire de 20 à 50 litres/kilo en tenant compte du stress hydrique géné­ra­lisé (lien:4sfm).

Source : lien:awzn

Répartition de la produc­tion de gaz à effet de serre dans les acti­vi­tés humaines (USA) montrant que la part de l’éle­vage — et des bovins en parti­cu­lier — est bien plus faible que l’af­firment de nombreux mili­tants. Source : United States Environmental Protection Agency (EPA lien:uizf).

Les 4.7 % de gaz à effet de serre issus de la culture de végé­taux comprennent du protoxyde d’azote N20 (lien:6hea) 298 fois plus polluant que le CO2, effet notable de la culture du riz sous inon­da­tions inter­mit­tentes (lien:sijz). Selon Kritee K et al. (2018 lien:xysb) :

La rizi­cul­ture four­nit des moyens de subsis­tance à envi­ron 145 millions de ménages qui utilisent 11% des terres arables, un tiers de l’eau d’ir­ri­ga­tion et au moins un septième des engrais dans le monde. Elle contri­bue à l’émis­sion de CH4 et de N20. […]

Aucun des prin­ci­paux pays produc­teurs de riz, y compris les deux prin­ci­paux produc­teurs, la Chine et l’Inde, ne déclare offi­ciel­le­ment le N20 du riz ni les facteurs d’émis­sion connexes dans ses inven­taires natio­naux de gaz à effet de serre soumis aux Nations Unies. […]

Partant de la convic­tion que la réduc­tion au mini­mum du CH4 de la rizi­cul­ture est toujours béné­fique pour le climat, les poli­tiques d’at­té­nua­tion actuelles favo­risent une utili­sa­tion accrue des inon­da­tions inter­mit­tentes. Cependant, les résul­tats de cinq rizières inon­dées par inter­mit­tence dans trois régions agro-écologiques de l’Inde indiquent que les émis­sions de N20 par hectare peuvent être trois fois plus élevées (33 kg de N20/ha/saison) que le maxi­mum précé­dem­ment signalé. Les corré­la­tions entre les émis­sions de N20 et les para­mètres de gestion suggèrent que les émis­sions de N20 de riz à travers le sous-continent indien pour­raient être 30–45 fois plus élevées en utili­sa­tion inten­sive des inon­da­tions inter­mit­tentes que sous l’inon­da­tion conti­nue.

Source : lien:awzn

La suppres­sion de la viande ferait plus de mal que de bien aux USA : réduc­tion de seulement 2.6 % des émis­sions de gaz à effet de serre au prix d’une augmen­ta­tion de la surcon­som­ma­tion calo­rique (de 145 % à 230 %) et de celle de glucides, avec une réduc­tion des apports en nutri­ments essen­tiels. Source : White RR et Hall MB (2017 lien:2tej). Nutritional and Greenhouse Gaz Impacts of Removing Animals from US Agriculture. PNAS, National Academy of Sciences, 114, 48 : E10301-E10308.

Source : lien:awzn

Ce graphique illustre que 86 % de la nour­ri­ture du bétail provient de matières orga­niques que les humains ne peuvent pas consom­mer, dont la moitié (46 %) de l’herbe et de feuilles. Source : Mottet A et al. (2017 lien:tq2i). Livestock : On our plates or eating at our table ? A new analy­sis of the feed/food debate. Global Food Security, 14 : 1–8.

Dans un article sur Les Échos (2020 lien:rawj), Gilbert Lienard pointe les consé­quences désas­treuses pour les prai­ries d’un déclin de l’éle­vage si jamais l’ali­men­ta­tion sans viande venait à décol­ler.

Gabriella Tamas propose le terme « régé­né­ta­rien » pour dési­gner une démarche incluant le soin de soi et la protec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment dans le respect de la diver­sité des choix person­nels (lien:hi57) :

Et si nous pouvions manger ce qui nous convient et ce qui nous nour­rit en paix les uns à côté des autres, tout en vivant selon nos propres valeurs ? […] Car OUI, c’est possible. Et ceci sans jeter la pierre sur un tel qui mange ceci ou cela, sans casser les vitrines des bouchers ni juger ses amis pour leurs choix alimen­taires qui ne sont pas les nôtres. […]

L’agriculture régé­né­ra­trice offre une alter­na­tive viable pour réunir le meilleur de nos expé­riences agri­coles anciennes et les nouvelles tech­no­lo­gies. Elle permet de culti­ver nos aliments d’une manière qui régé­nère notre planète et elle favo­rise un écosys­tème diver­si­fié, pros­père et rési­lient.

Militantisme

Les croyances et le discours perfor­ma­tif (lien:emq7 souvent copié-collé) ont remplacé le savoir empi­rique comme on peut le consta­ter sur les réseaux sociaux — voir mon article Cerises, brocoli, protéines, propagande. Il suffit de postu­ler que renon­cer à tous les aliments d’ori­gine animale n’in­duit pas de carences nutri­tion­nelles pour le rame­ner à un choix éthique (à la portée de tout le monde) dans une pers­pec­tive de « déve­lop­pe­ment durable ». L’effet placebo (lien:3kr9) donne raison aux nouveaux adeptes, du moins sur le court terme. Les effets (parfois irré­ver­sibles) de leurs carences alimen­taires peuvent se mani­fes­ter après plusieurs décen­nies. Plus grave, impo­ser un régime priva­tif à des personnes en situa­tion de dépen­dance ou de subor­di­na­tion (enfants, parents âgés…) n’est autre qu’une forme de maltrai­tance (lien:9n2i) ; voir par exemple l’état de santé de bébés nour­ris aux légumes ou jus de fruits après leur sevrage dans des familles végé­ta­riennes (lien:61zr).

Le végé­ta­lisme (lien:opzr), rappelons-le, est l’as­pect nutri­tion­nel du véga­nisme qui s’ins­crit pour beau­coup dans une mouvance de contes­ta­tion anima­liste radi­cale (lien:jg6l) visant à la prohi­bi­tion de l’éle­vage, de la chasse et de la pêche, ainsi que la « libé­ra­tion » des « animaux de compa­gnie ». Certains mili­tants de collec­tifs et asso­cia­tions porteurs de cette idéo­lo­gie choi­sissent de plus en plus un mode opéra­toire provo­ca­teur, allant jusqu’à la destruc­tion de lieux d’éle­vage ou au saccage de bouche­ries et pois­son­ne­ries. Des moyens finan­ciers impor­tants sont mobi­li­sés pour faire passer leurs messages dans les médias (lien:vu8u).

Cette propa­gande anti­spé­ciste (lien:4ihc) exerce une influence crois­sante sur le public. Bien que le végé­ta­risme et le végé­ta­lisme restent forte­ment mino­ri­taires en France, un grand nombre de personnes se recon­naissent dans le flexi­ta­risme (lien:rurt), obéis­sant à l’in­jonc­tion de « manger moins de viande » sans avoir sérieu­se­ment réflé­chi aux raisons de leur choix ni à ses impli­ca­tions en termes d’équi­libre nutri­tion­nel… À partir d’un certain seuil — évalué à 10% selon certains cher­cheurs (lien:vu8u page 35) — une croyance mino­ri­taire peut être perçue comme majo­ri­taire et rapi­de­ment le deve­nir. Gérald Bronner et Étienne Klein écrivent à ce sujet dans La percep­tion des risques (lien:zs46 page 22) :

Ceux qui règnent sur ce marché sont ceux qui ont le plus de temps à occu­per l’« espace » de parole, c’est-à-dire ceux qui sont les plus motivés. Or, sur toute une série de sujets, les plus motivés sont les plus engagés, voire les plus « croyants ». Pour cette raison, ils parviennent à instau­rer, sur les forums ou dans le clas­se­ment Google, une sorte d’illusion de majo­rité qui peut affec­ter le juge­ment de nos conci­toyens les plus indécis ou bien qui n’ont pas le temps de défaire des argu­ments qui sont, par ailleurs, en appa­rence convain­cants.

Ces dernières années, plusieurs blogueuses et Youtubeuses véganes ont reconnu avoir aban­donné leur régime pour des raisons de santé sans pour autant renon­cer à promou­voir leurs idées (et leur image person­nelle) — voir lien:afgn. On peut écou­ter par exemple le témoi­gnage de la blogueuse natu­ro­pathe Mély de Chaudron Pastel : « Pourquoi mon alimen­ta­tion n’est plus végéta*ienne » :

Les anglo­phones peuvent aussi prendre connais­sance du discours de fana­tiques végan·e·s qui postent leurs vidéos sur Internet. Voir par exemple cette compi­la­tion de propos déli­rants (lien:yhbi) ou encore le long récit (lien:7ozt) de la descente aux enfers d’une jeune femme et son compa­gnon ayant refusé d’ad­mettre, pendant cinq ans, que le déclin de leur santé était causé par des carences nutri­tion­nelles.
Ce dernier témoi­gnage est commenté par le blogueur Frank Tufano sur un ton que je trouve inuti­le­ment agres­sif même si ses argu­ments sont véri­fiables.

Une série de trois articles bien docu­men­tés (lien:6j10 ; lien:2g5s ; lien:zvn6) montre que l’Association Américaine de Diététique (AND) a été infil­trée par des membres de l’Église adven­tiste du Septième Jour (lien:l1m6) cher­chant à promou­voir leurs convic­tions sur le végé­ta­risme. Ce lobbyisme reli­gieux est signi­fi­ca­tif sachant qu’ils détiennent, depuis la fin des années 1940, plusieurs socié­tés spécia­li­sées dans la fabri­ca­tion de substi­tuts de viande. Je montre dans un autre article (Hunza à perte de vue) comment des adven­tistes dans la ligne du sinistre John Harvey Kellogg (lien:zjip) ont façonné le mythe de la longé­vité stupé­fiante des Hunzas, au milieu du 20e siècle.

Des mili­tants végé­ta­liens n’ont pas hésité à utili­ser les données nutri­tion­nelles de la popu­la­tion des îles Okinawa au Japon sous occu­pa­tion améri­caine (1949) pour propa­ger la croyance que les nombreux cente­naires de cette région suivaient un régime tradi­tion­nel stric­te­ment végé­ta­lien — voir mon article Okinawa, îles de rêve(s).

En d’autres temps…

À propos du végé­ta­risme — nette­ment moins restric­tif que le végé­ta­lisme, mais la confu­sion entre les deux est fréquente (lien:kytp) — Taty Lauwers souligne une évolu­tion délé­tère de cette pratique, causée selon elle par une dégra­da­tion de la qualité des produits et l’avè­ne­ment d’une alimen­ta­tion « saine » indus­trielle. Dans un aperçu intro­duc­tif (lien:s8ls) de son ouvrage en cours d’édi­tion Végétarisme et bon sens, elle cite le Dr. André Passebecq — dont je lisais pieu­se­ment le jour­nal à la belle époque : « Jusqu’à l’in­tro­duc­tion du lait de soja, les végé­ta­riens étaient des modèles de santé ». L’actualité scien­ti­fique lui donne raison, avec un soup­çon gran­dis­sant de lien entre l’uti­li­sa­tion de prépa­ra­tions infan­tiles à base de soja à desti­na­tion des nour­ris­sons et la surve­nue de signes autis­tiques (lien:c9pz).

Le Triomphe de la Mort, tableau de Pieter Brueghel l'Ancien
Le Triomphe de la Mort, de Pieter Brueghel l’Ancien (Wikimedia Commons)

Article créé le 27/07/2018 – modi­fié le 15/01/2020


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