Pour les végan·e·s

 -  -  40


Le véga­nisme (lien:y7u5) est un sujet com­plexe et contro­ver­sé dépas­sant le cadre d’une « veille scien­ti­fique » sur nos choix en matière de nutri­tion et habi­tudes de vie… Sa dimen­sion éthique — que certain·e·s n’hésitent pas à qua­li­fier de « reli­gieuse » — voue à l’échec toute ratio­na­li­sa­tion du débat. Je cède donc volon­tiers la parole à des per­sonnes qui ont tra­ver­sé cette expé­rience, la pre­mière avec sa famille pen­dant trois décen­nies, la seconde en solo moins long­temps, mais avec un regard ren­du cri­tique par sa culture scien­ti­fique.

J. (végé­ta­lienne pen­dant 25 ans) a tra­duit et publié sur son blog Le mythe végétarien un article de Denise Minger inti­tu­lé “For Vegans” (source lien:c56i). La ver­suin fran­çaise est ici : lien:qm5j.

Denise Minger aborde le sujet sur un ton bien­veillant, s’adressant à des lecteurs/trices qui auraient opté pour le végé­ta­lisme (lien:opzr, l’aspect nutri­tion­nel du véga­nisme) pour des motifs de res­pect de la vie ani­male et de pré­ser­va­tion de l’environnement. Elle construit son pro­pos à par­tir de don­nées scien­ti­fiques, indi­quant tout ce qu’un·e adepte devrait inclure à son régime pour pré­ser­ver sa san­té sur le long terme.

La plu­part des points abor­dés ont été docu­men­tés ailleurs sur mon site — voir mes articles — Protéines – Glucides ou lipides ? etc. — mais j’insiste sur le fait que la solu­tion opti­male n’est pas iden­tique pour tous les indi­vi­dus.
voir ma page Nutrition, qui écouter ? Mon expé­rience insa­tis­fai­sante du végé­ta­risme pen­dant une tren­taine d’années, tour­nant au végé­ta­lisme pen­dant une courte période (voir l’article Chrononutrition - mon expérience) ne prouve en rien que ce régime serait délé­tère en géné­ral.

Le cas du végé­ta­lisme est tou­te­fois plus dif­fi­cile à défendre… Certains choix en matière de nutri­tion ou de style de vie convergent statistiquement vers une meilleure lon­gé­vi­té ou un désastre avant l’heure. Taty Lauwers, elle aus­si ancienne végé­ta­rienne, com­mente avec brio l’article de Minger, n’hésitant pas à décla­rer (lien:bqsg) :

Je reviens à mon antienne : en Occident actuel, une per­sonne sur dix est construite pour man­ger végétarien pur au long cours (eh oui, il faut bien pré­ci­ser « actuel » car nous sommes en voie de dégé­né­ra­tion accé­lé­rée, ce qui est vrai aujourd’hui ne l’était pas il y a soixante ans) ; une per­sonne sur cent peut tes­ter végane au long cours. Si cent mille Américains sont véganes « de croi­sière », on pour­rait ima­gi­ner mille per­sonnes sou­riantes. C’est bien léger : on oublie que 99 000 per­sonnes sont en souf­france !

Car c’est ici que le bât blesse : cha­cun se croit légi­time d’ériger son cas indi­vi­duel en loi uni­ver­selle : « Ce qui est bon pour moi est cer­tai­ne­ment bon pour tous les autres ». En cas d’échec, soup­çon­ner la per­sonne embar­quée dans l’expérience de ne pas avoir fidè­le­ment sui­vi les ins­truc­tions…

Image de progagande associant le régime végane à la santé artérielle
Image de pro­ga­gande asso­ciant le régime végane à une meilleure san­té car­dio­vas­cu­laire (source : lien:1ouc).
Doublement mani­pu­la­toire : voir les rai­sons dans mon article Pourquoi dimi­nuer le cho­les­té­rol ?

Il a suf­fi de quelques mil­liers de sur­vi­vants du can­cer (ou du SIDA) pour créer un mou­ve­ment de défiance envers tout trai­te­ment médi­cal, alors que le taux de rémis­sions spon­ta­nées n’est pas négli­geable même pour des mala­dies les plus graves. De sorte que la gué­ri­son d’un indi­vi­du (ni même d’un petit groupe) ne prouve pas l’efficacité de la méthode ; de nom­breuses variables confon­dantes (lien:7f6i) rendent incer­taines les conclu­sions. Or, celles et ceux qui ont par mal­chance cru au miracle de la méthode « alter­na­tive » pro­mue par un de ces sur­vi­vants ne sont plus là pour en témoi­gner… Ce biais du sur­vi­vant (lien:ffga) est une variante de ce qu’on désigne par « biais de sélection ».

Même chose pour les ama­teurs de régimes extrêmes qui s’extasient sur une amé­lio­ra­tion per­çue à court terme, simple effet de l’adaptation de leur orga­nisme à un nou­veau modèle nutri­tion­nel. Pour ne pas har­ce­ler exclu­si­ve­ment les végé­ta­liens, j’englobe dans ma cri­tique les affi­cio­na­dos de régime « céto­gène car­ni­vore » (100% de viande) qui semblent n’exister que pour pro­vo­quer les pre­miers. Sur le long terme, la plu­part n’en meurent pas, du moins pas direc­te­ment, si l’on excepte quelques jeunes enfants vic­times de parents mal infor­més.

Dans un pre­mier temps, l’adoption d’un régime hypo­ca­lo­rique et faible en pro­téines induit un méca­nisme béné­fique d’auto­pha­gie (lien:6q20) : la des­truc­tion des cel­lules endom­ma­gées. Ce pro­ces­sus simi­laire à celui du jeûne — ou de la diète cétogène — peut être repro­duit sans dan­ger de manière cyclique (quo­ti­dienne) par une nutri­tion res­treinte dans le temps — voir mon article Jeûne et restriction calorique. La pro­lon­ga­tion du régime hypo­ca­lo­rique faible en pro­téines abou­tit tou­te­fois à un effon­dre­ment de la masse mus­cu­laire et osseuse, ce qui s’apparente à un auto‐cannibalisme des res­sources de l’organisme. C’est ce qui explique à la fois le bien‐être res­sen­ti par les végé­ta­liens fraî­che­ment conver­tis et l’aspect cada­vé­rique (voir lien:yhbi) de certain·e·s qui n’ont pas com­pen­sé la perte mus­cu­laire par une accu­mu­la­tion de graisse : sou­mis au stress, le corps stocke de l’énergie par tout moyen à sa dis­po­si­tion.

Militant avec joue transpercée d'un hameçon
Militant de l’association 269 Life France, 30/3/2019 à Strasbourg (AFP)

Les 90 à 99% men­tion­nés par Taty Lauwers vont plu­tôt mal, mais s’ils s’avisent de renier leurs croyances ils se voient sou­vent agres­sés par leurs anciens « cor­ré­li­gion­naires » (lien:6mie). S’ils osent témoi­gner en public, ce rejet peut déra­per en vio­lence ver­bale ou phy­sique : Lierre Keith, auteure de Le Mythe végétarien (lien:pxp8), s’est déjà fait tabas­ser ; de plus, elle se déclare lesbienne, ce qui ne fait qu’aggraver son cas. 🙁

Denise Minger était une sur­douée ving­te­naire incon­nue — « Mon blog avait seulement 6 lec­trices dont 5 étaient ma mère sur 5 connexions dif­fé­rentes !» — deve­nue célèbre, entre ado­ra­tion et dia­bo­li­sa­tion, le jour où elle a sou­li­gné (lien:v2x4), après un exa­men appro­fon­di des don­nées brutes, les inco­hé­rences et erreurs métho­do­lo­giques de la China Study du Dr. T. Colin Campbell (lien:x2ep). Le bou­quin de Campbell fait mal­gré cela office de bible des végé­ta­liens sur de nom­breux forums…

Végétarienne elle aus­si pen­dant 20 ans, Zoë Harcombe, doc­teure en nutrition/santé publique, a publié un article très docu­men­té (2019 lien:absk) sur les risques encou­rus par les enfants sou­mis à un régime végé­ta­lien.

Les fake news fleu­rissent autour du slo­gan « man­ger moins de viande », cer­tains décla­rant entre autres qu’un régime 100% végé­tal per­met­trait d’éviter la plu­part des mala­dies méta­bo­liques et des acci­dents car­dio­vas­cu­laires. Cette affir­ma­tion est contre­dite par la lit­té­ra­ture scien­ti­fique, par exemple Vanacore et al. (2018 lien:donl) qui ont com­pa­ré trois groupes d’hommes en bonne san­té d’à peu près les mêmes âges, poids et indices de masse cor­po­relle : végé­ta­liens, végé­ta­riens et omni­vores. L’indice de masse mus­cu­laire et la masse maigre étaient infé­rieurs dans le groupe végé­ta­lien. D’autre part, les omni­vores étaient moins sou­mis au stress oxy­da­tif et avaient un taux moins éle­vé d’homo­cys­téine (lien:zby3) — voir mon article Soigner ses artères.

Les carences en micro­nu­tri­ments sont des fac­teurs de risque de mala­dies men­tales et, sur le long terme, de mala­dies neu­ro­dé­gé­né­ra­tives (lien:l7nc). Ce risque est for­te­ment accru chez les végé­ta­liens en rai­son de l’absence ou de la faible bio­dis­po­ni­bi­li­té de ces sub­stances dans les végé­taux — voir à ce sujet un article de la psy­chiatre Georgia Ede (lien:lwe8). Les carences en iode sont redou­tables pour leurs effets sur le déve­lop­pe­ment du fœtus : macro­cé­pha­lie, iso­fla­vones (lien:bhx1) conte­nus dans les ali­ments à base de soja qui engendrent une hypo­thy­roï­die, défi­cit intel­lec­tuel (lien:wky4)…

Une carence en vita­mine B12 (lien:a48n) a aus­si été obser­vée chez des ovo‐lacto‐végétariens, comme l’a mon­tré l’étude pros­pec­tive CARDIVEG des­ti­née à mesu­rer l’effet de ce régime sur le risque car­dio­vas­cu­laire (2019 lien:960f). Le taux de B12 cir­cu­lant dans le sang, après 3 mois de ce régime, avait dimi­nué signi­fi­ca­ti­ve­ment, avec une pré­va­lence chez les sujets jeunes, en sur­poids, non‐fumeurs et en hyper­cho­les­té­ro­lé­mie. Dans une autre étude (lien:dqjb), chez 22% de femmes enceintes ovo‐lacto‐végétariennes depuis plus de 3 ans, les taux de vita­mine B12 dimi­nuaient en même temps qu’augmentaient ceux d’homo­cys­téine (tYcy lien:zby3) contre 10% de celles qui consom­maient peu de viande et 3% du groupe témoin.

Les conclu­sions de cer­taines études obser­va­tion­nelles (lien:r79b) qui avaient ser­vi (et servent encore) à pro­mou­voir le choix de nutri­ments d’origine végé­tale en rem­pla­ce­ment de ceux d’origine ani­male sont contre­dites par des essais contrô­lés ran­do­mi­sés (RCT lien:axd7) en double aveugle mesu­rant un lien cau­sal entre cette consom­ma­tion et le risque de mala­dies. Par exemple, les RCT éva­luant l’impact sur la mor­ta­li­té et le risque de can­cer de la consom­ma­tion de béta‐carotène (lien:ni96) — suc­cé­da­né végé­tal de la vita­mine A — ont mon­tré que ce risque était aug­men­té (2010 lien:so26, 2012 lien:60q9) alors que les études obser­va­tion­nelles avaient conclu à un risque dimi­nué de 31%. De même, un RCT cou­vrant 355 333 sujets sur 427 sites a mon­tré qu’une sup­plé­men­ta­tion en vita­mine E (pré­sente dans les huiles végé­tales) avait aug­men­té de 17% le risque de can­cer de la pros­tate (lien:9omf) alors qu’on sup­po­sait jusqu’ici qu’elle aurait un effet pro­tec­teur. De telles études ne suf­fisent pas à déci­der d’un mode de nutri­tion idéal. Elles montrent seulement qu’il faut faire preuve de dis­cer­ne­ment — et d’un cer­tain scep­ti­cisme — face aux « preuves » qui cir­culent dans les médias à l’appui du « tout végé­tal ». Chris Kresser a for­mu­lé en détail les condi­tions d’exercice de ce scep­ti­cisme (lien:497n, lien:akyn).

Parsons et al. (2009 lien:xi6y) ont étu­dié les effets d’un régime végé­ta­lien « macro­bio­tique » sur une cen­taine d’enfants hol­lan­dais de 9 à 15 ans, et obser­vé qu’il avait induit une réduc­tion signi­fi­ca­tive de den­si­té miné­rale osseuse (lien:it01), jusqu’à 8% pour la colonne ver­té­brale. Les cher­cheurs sug­gèrent que cette réduc­tion ne résulte pas uni­que­ment de carences en cal­cium et vita­mine D. Les quan­ti­tés de fibres et de pro­téines devant aus­si être prises en consi­dé­ra­tion : « Des apports éle­vés en fibres ali­men­taires pour­raient avoir un effet néga­tif sur le méta­bo­lisme osseux, en inter­fé­rant avec l’absorption du cal­cium, en pro­vo­quant une réduc­tion des taux plas­ma­tiques et en aug­men­tant l’excrétion des hor­mones sté­roïdes sexuelles. » Il fau­drait aus­si pendre en compte une carence pos­sible en vita­mine K2 qui empêche le cal­cium de se fixer sur les os (voir vidéo lien:020p).

Drapeau végane

Je vois aujourd’hui beau­coup de végé­ta­riens — mais plu­tôt des végé­ta­liens (lien:opzr) ou véganes (lien:y7u5) — affi­cher leur dif­fé­rence sur un ton mora­li­sa­teur. Une consom­ma­tion modé­rée de fro­mage et de viande (voir le calcul de nos besoins en protéines) est com­pa­tible avec une cri­tique de l’élevage indus­triel dans ses aspects sani­taires, éthiques et éco­no­miques, ain­si que la dénon­cia­tion d’atrocités com­mises dans les abat­toirs. Désigner le « car­nisme » comme un pro­blème de « san­té publique » est une stra­té­gie de lob­by qui pro­fite à un nou­veau pan de l’industrie agroa­li­men­taire (voir article lien:ek1t). On peut lire à ce sujet la cri­tique par Diana Rodgers du rap­port de la com­mis­sion EAT Lancet prô­nant un régime « flexi­ta­rien » (voir lien:e2q3 et sa tra­duc­tion lien:n5bq) ain­si que celle, plus détaillée, du site OptimisingNutrition (lien:p05k). En mars 2019, l’OMS a reti­ré tout finan­ce­ment à EAT‐Lancet après que son repré­sen­tant en Italie Gian Lorenzo Cornado ait signa­lé son absence de base scien­ti­fique ain­si que ses dis­po­si­tions condui­sant à la perte de mil­lions d’emplois liés à l’élevage et la pro­mo­tion de la pro­duc­tion indus­trielle de “unheal­thy foods” (lien:bz21).

J’ai assis­té à des expo­sés alam­bi­qués sur la manière de diver­si­fier les res­sources végé­tales pour béné­fi­cier de tous les nutri­ments et acides ami­nés essen­tiels. Voir par exemple la confé­rence de Massimo Nespolo : Nutrition et san­té, mythes et pro­pa­gandes (17/5/2014 lien:ch8h). Son argu­men­taire brillant est sans inté­rêt pra­tique car la théo­rie de la com­bi­nai­son de pro­téines a depuis long­temps été réfu­tée (voir Wikipedia lien:kp3b). Du reste, en 37 ans, je n’ai pas ren­con­tré un seul végétarien/végétalien qui se pliait à de telles pres­crip­tions, bien que la plu­part — moi en pre­mier — n’aient de cesse de cla­mer leur impor­tance.

Dr Malhotra et sa mère

Même les com­bi­nai­sons tra­di­tion­nelles céréale‐légumineuse (riz/soja, blé/pois chiche, maïs/lentille etc.) sont rare­ment res­pec­tées par les céréa­liens, y com­pris en Inde urbaine où j’ai vécu 14 ans ! Elles le sont par contre en Inde rurale hors des périodes de pénu­rie.

Le car­dio­logue indien Aseem Malhotra (voir inter­view lien:1a96) a témoi­gné sur le décès pré­ma­tu­ré de sa mère — méde­cin géné­ra­liste — qu’il attri­bue à son adhé­sion stricte au végé­ta­risme par convic­tion reli­gieuse asso­cié à une sur­con­som­ma­tion d’aliments trans­for­més riches en glu­cides, graisses de mau­vaise qua­li­té et pauvres en pro­téines (lien:gkxs). Au delà de cette obser­va­tion tra­gique mais anec­do­tique, il signale que l’Inde avait été clas­sée comme le pays du monde le plus atteint par « l’épidémie » de dia­bète de type 2 (lien:a3u9).

Les sta­tis­tiques en 2017 (lien:8rtp) ne confirment pas ce clas­se­ment : l’Égypte, le Soudan, l’Arabie saou­dite, la Lybie, la Turquie, le Mexique et les USA figurent en tête, mais l’incidence du dia­bète en Inde est plus du double de celle en France.

L’Inde est sur­tout frap­pée par une vague d’obésité récente (lien:5u1t) très visible dans les classes aisées bien que mas­quée chez les plus dému­nis qui souffrent d’obé­si­té sar­co­pé­nique (lien:nvdf) dans laquelle l’accumulation de graisse est conco­mi­tante d’une fonte mus­cu­laire qui fait que la per­sonne peut paraître mince et « bien‐portante ».

Il fau­drait en finir avec le mythe de l’Inde « aux trois quarts végé­ta­rienne » entre­te­nu par les extré­mistes natio­na­listes reli­gieux au pou­voir. Lors du recen­se­ment de 2014 (lien:8c05, PDF tableau 5.1) 71% des Indiens de plus de 15 ans, toutes caté­go­ries sociales confon­dues, étaient non‐végétariens. Cette pro­por­tion était sen­si­ble­ment iden­tique (tableau 5.3) entre hommes et femmes pour chaque groupe d’âge, et selon l’habitat urbain ou rural. La répar­ti­tion des végé­ta­riens — qui consomment des lai­tages et le plus sou­vent des œufs — appa­raît (en vert) sur une carte dres­sée à par­tir du tableau 5.2 :

Map of India indicating proportions of vegetarians in 2014
Source : lien:8acy

Un argu­ment sou­vent posé en faveur du végé­ta­lisme est la com­pa­rai­son entre les humains et les pri­mates non‐humains, ces der­niers étant pré­sen­tés comme leurs cou­sins les plus proches… Le dis­cours déli­rant de la « papesse du cru­di­vo­risme » Irène Grosjean est entiè­re­ment construit sur cette affir­ma­tion (lien:q25i). En réa­li­té, la mor­pho­lo­gie com­pa­rée des sys­tèmes diges­tifs révèle des dif­fé­rences signi­fi­ca­tives qu’on peut résu­mer à un intes­tin grêle, chez les humains, net­te­ment plus déve­lop­pé que le côlon (lien:joqw ; lien:jaep).

Comparaison des appa­reils diges­tifs de pri­mates. Source : lien:pw9y

Cette par­ti­cu­la­ri­té classe sans équi­voque les humains dans la caté­go­rie des ani­maux se nour­ris­sant pré­fé­ren­tiel­le­ment de pro­téines et graisses d’origine ani­male. Sachant que l’humain est bien plus proche du porc que des autres pri­mates au niveau des « tripes », se nour­rir « au natu­rel » pour­rait se résu­mer à « man­ger comme un cochon » ! 🙂

Les croyances et le dis­cours per­for­ma­tif (lien:emq7 sou­vent copié‐collé) ont rem­pla­cé le savoir empi­rique comme on peut le consta­ter sur les réseaux sociaux — voir mon article Cerises, brocoli, protéines, propagande. Il suf­fit de pos­tu­ler que renon­cer à tous les ali­ments d’origine ani­male n’induit pas de carences nutri­tion­nelles pour le rame­ner à un choix éthique (à la por­tée de tout le monde) dans une pers­pec­tive de « déve­lop­pe­ment durable ». L’effet pla­ce­bo (lien:3kr9) donne rai­son aux nou­veaux adeptes, du moins sur le court terme. Les effets (par­fois irré­ver­sibles) de leurs carences ali­men­taires peuvent se mani­fes­ter après plu­sieurs décen­nies. Plus grave, impo­ser un régime pri­va­tif à des per­sonnes en situa­tion de dépen­dance ou de subor­di­na­tion (enfants, parents âgés…) n’est autre qu’une forme de mal­trai­tance (lien:9n2i) ; voir par exemple l’état de san­té de bébés nour­ris aux légumes ou jus de fruits après leur sevrage dans des familles végé­ta­riennes (lien:61zr).

Ces der­nières années, plu­sieurs blo­gueuses et Youtubeuses véganes ont recon­nu avoir aban­don­né leur régime pour des rai­sons de san­té sans pour autant renon­cer à la pro­mo­tion de leurs idées (et de leur image per­son­nelle) — voir lien:afgn. On peut écou­ter par exemple le témoi­gnage de la blo­gueuse natu­ro­pathe Mély de Chaudron Pastel : « Pourquoi mon ali­men­ta­tion n’est plus végéta*ienne » :

Les anglo­phones peuvent aus­si prendre connais­sance du dis­cours de fana­tiques véganes qui postent leurs vidéos sur Internet. Voir par exemple cette com­pi­la­tion de décla­ra­tions déli­rantes (lien:yhbi) ou encore le long récit (lien:7ozt) de la des­cente aux enfers d’une jeune femme et son com­pa­gnon refu­sant pen­dant cinq ans d’admettre que le déclin de leur san­té était cau­sé par des carences nutri­tion­nelles.
Ce der­nier témoi­gnage est com­men­té par le blo­gueur Frank Tufano sur un ton que je trouve inuti­le­ment agres­sif même si ses argu­ments sont véri­fiables.

Une série de trois articles bien docu­men­tés (lien:6j10 ; lien:2g5s ; lien:zvn6) montre que l’Association Américaine de Diététique (AND) a été infil­trée par des membres de l’Église adven­tiste du Septième Jour (lien:l1m6) cher­chant à pro­mou­voir leurs convic­tions sur le végé­ta­risme. Ce lob­byisme reli­gieux est signi­fi­ca­tif sachant qu’ils détiennent, depuis la fin des années 1940, plu­sieurs socié­tés spé­cia­li­sées dans la fabri­ca­tion de sub­sti­tuts de viande.

À pro­pos du végé­ta­risme — net­te­ment moins res­tric­tif que le végé­ta­lisme, mais la confu­sion entre les deux est fré­quente (lien:kytp) — Taty Lauwers sou­ligne une évo­lu­tion délé­tère de cette pra­tique, cau­sée selon elle par une dégra­da­tion de la qua­li­té des pro­duits et l’avènement d’une « ali­men­ta­tion saine » indus­trielle. Dans un aper­çu intro­duc­tif (lien:s8ls) de son ouvrage en cours d’édition Végétarisme et bon sens, elle cite le Dr. André Passebecq — dont je lisais pieu­se­ment le jour­nal à la belle époque : « Jusqu’à l’introduction du lait de soja, les végé­ta­riens étaient des modèles de san­té ». L’actualité scien­ti­fique lui donne rai­son, avec un soup­çon gran­dis­sant de lien entre l’utilisation de pré­pa­ra­tions infan­tiles indus­trielles à base de soja à des­ti­na­tion des nour­ris­sons et la sur­ve­nue de signes autis­tiques (lien:c9pz).

Le Triomphe de la Mort, tableau de Pieter Brueghel l'Ancien
Le Triomphe de la Mort, de Pieter Brueghel l’Ancien (Wikimedia Commons)

40 recommandation(s)
comments icon Commenté 0 fois
0 commentaires
1138 visites
bookmark icon

Écrire un commentaire...

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.