Pour les végan·e·s

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Le véga­nisme (lien:y7u5) est un sujet complexe et contro­versé dépas­sant le cadre d’une « veille scien­ti­fique » sur nos choix en matière de nutri­tion et habi­tudes de vie… Sa dimen­sion éthique — que certain·e·s n’hé­sitent pas à quali­fier de « reli­gieuse » — voue à l’échec toute ratio­na­li­sa­tion du débat. Je cède donc volon­tiers la parole à des personnes qui ont connu cette expé­rience, la première avec sa famille pendant trois décen­nies, la seconde en solo moins long­temps, mais avec un regard rendu critique par sa culture scien­ti­fique.

Une végé­ta­lienne pendant 20 ans a traduit et publié sur son blog Le mythe végétarien un article de Denise Minger inti­tulé “For Vegans” (source lien:c56i). La version fran­çaise est ici : lien:qm5j.

Denise Minger aborde le sujet d’un ton bien­veillant, s’adres­sant à des lecteurs/trices qui auraient opté pour le végé­ta­lisme (lien:opzr, l’as­pect nutri­tionnel du véga­nisme) pour des motifs de respect de la vie animale et de préser­va­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. Elle construit son propos à partir de données scien­ti­fiques, indi­quant tout ce qu’un·e adepte devrait inclure à son régime pour préserver sa santé sur le long terme. Les anglo­phones peuvent aussi lire un entre­tien avec elle en 2010 (lien:0ucl) où elle revient sur son analyse critique de The China Study de T. Colin Campbell (2006 lien:x2ep).

La plupart des points abordés ont été docu­mentés ailleurs sur mon site — voir mes articles — Protéines – Glucides ou lipides ? etc. — mais j’in­siste sur le fait que la solu­tion opti­male n’est pas iden­tique pour tous les indi­vidus ➡ voir ma page Nutrition, qui écouter ?

Mon expé­rience insa­tis­fai­sante du végé­ta­risme pendant une tren­taine d’an­nées, tour­nant au végé­ta­lisme pendant une courte période (voir l’ar­ticle Chrononutrition - mon expérience) ne prouve en rien que ce régime serait délé­tère en général.

Biais du survivant

Le cas du végé­ta­lisme est plus diffi­cile à défendre… Certains choix en matière de nutri­tion ou de style de vie convergent statistiquement vers une meilleure longé­vité ou un désastre avant l’heure. Taty Lauwers, elle aussi ancienne végé­ta­rienne, commente avec vigueur l’ar­ticle de Minger, n’hé­si­tant pas à déclarer (lien:bqsg) :

Je reviens à mon antienne : en Occident actuel, une personne sur dix est construite pour manger végétarien pur au long cours (eh oui, il faut bien préciser « actuel » car nous sommes en voie de dégé­né­ra­tion accé­lérée, ce qui est vrai aujourd’hui ne l’était pas il y a soixante ans) ; une personne sur cent peut tester végane au long cours. Si cent mille Américains sont véganes « de croi­sière », on pour­rait imaginer mille personnes souriantes. C’est bien léger : on oublie que 99 000 personnes sont en souf­france !

Car c’est ici que le bât blesse : chacun se croit légi­time d’ériger son cas indi­vi­duel en loi univer­selle : « Ce qui est bon pour moi est certai­ne­ment bon pour tous les autres ». En cas d’échec, soup­çonner la personne embar­quée dans l’ex­pé­rience de ne pas avoir fidè­le­ment suivi les instruc­tions…

Image de progagande associant le régime végane à la santé artérielle
Image de proga­gande asso­ciant le régime végane à une meilleure santé cardio­vas­cu­laire (source : lien:1ouc).
Doublement mani­pu­la­toire : voir les raisons dans mon article Pourquoi dimi­nuer le choles­térol ?

Il a suffi de quelques milliers de survi­vants du cancer (ou du sida) pour créer un mouve­ment de défiance envers tout trai­te­ment médical, alors que le taux de rémis­sions spon­ta­nées n’est pas négli­geable même pour des mala­dies aussi graves. De sorte que la guérison d’un indi­vidu, ni même d’un petit groupe, ne prouve pas l’ef­fi­ca­cité de la méthode ; de nombreuses variables confon­dantes (lien:7f6i) rendent incer­taines les conclu­sions. Or, celles et ceux qui ont par malchance adhéré au carac­tère mira­cu­leux de la méthode « alter­na­tive » promue par un de ces survi­vants ne sont plus là pour en témoi­gner… Ce biais du survi­vant (lien:ffga) est une variante de ce qu’on désigne par « biais de sélection » — voir la défi­ni­tion rigou­reuse dans l’ou­vrage Enquêtes médicales et évaluation des médicaments : De l’erreur involontaire à l’art de la fraude.

Même chose pour les amateurs de régimes extrêmes qui s’ex­ta­sient sur une amélio­ra­tion perçue à court terme, simple effet de l’adap­ta­tion de leur orga­nisme à un nouveau modèle nutri­tionnel. Pour ne pas harceler exclu­si­ve­ment les végé­ta­liens, j’en­globe dans ma critique les affi­cio­nados de régime « céto­gène carni­vore » (100% de viande) qui semblent n’exister que pour provo­quer les premiers. Sur le long terme, la plupart n’en meurent pas, du moins pas direc­te­ment, si l’on excepte quelques jeunes enfants victimes de parents mal informés.

Dans un premier temps, l’adop­tion d’un régime hypo­ca­lo­rique et faible en protéines induit un méca­nisme béné­fique d’auto­phagie (lien:6q20) : la destruc­tion des cellules endom­ma­gées. Ce processus simi­laire à celui du jeûne — ou de la diète cétogène — peut être repro­duit sans danger de manière cyclique (quoti­dienne) par une nutri­tion restreinte dans le temps — voir mon article Jeûne et restriction calorique. La prolon­ga­tion du régime hypo­ca­lo­rique faible en protéines aboutit toute­fois à un effon­dre­ment de la masse muscu­laire et osseuse, ce qui s’ap­pa­rente à un auto-cannibalisme des ressources de l’or­ga­nisme. C’est ce qui explique à la fois le bien-être ressenti par les végé­ta­liens fraî­che­ment convertis et l’as­pect cada­vé­rique (voir lien:yhbi) de certain·e·s qui n’ont pas compensé la perte muscu­laire par une accu­mu­la­tion de graisse : soumis au stress, le corps stocke de l’énergie par tout moyen à sa dispo­si­tion. Chez d’autres, l’or­ga­nisme carencé convertit en graisse les glucides en excès dans la diète végé­tale, ce qui para­doxa­le­ment se traduit par de l’obé­sité.

Militant avec joue transpercée d'un hameçon
Militant de l’as­so­cia­tion 269 Life France, 30/3/2019 à Strasbourg (AFP)

Les 90 à 99% mentionnés par Taty Lauwers vont plutôt mal, mais s’ils s’avisent de renier leurs croyances ils se voient souvent agressés par leurs anciens « corré­li­gion­naires » (lien:6mie). S’ils osent témoi­gner en public, ce rejet peut déraper en violence verbale ou physique : Lierre Keith, auteure de Le Mythe végétarien (lien:pxp8), s’est déjà fait tabasser ; de plus, elle se déclare lesbienne, ce qui ne peut qu’ag­graver son cas. 🙁

Fake science

Denise Minger était une surdouée ving­te­naire inconnue — « Mon blog avait seulement 6 lectrices dont 5 étaient ma mère sur 5 connexions diffé­rentes ! » — devenue célèbre, entre adora­tion et diabo­li­sa­tion, le jour où elle a révélé (lien:v2x4), après un examen appro­fondi des données brutes, les inco­hé­rences et erreurs métho­do­lo­giques de la China Study du Dr. T. Colin Campbell (lien:x2ep). Le bouquin de Campbell fait malgré cela office de bible des végé­ta­liens sur de nombreux forums…

Végétarienne elle aussi pendant 20 ans, Zoë Harcombe, docteure en nutrition/santé publique, a publié un article très docu­menté (2019 lien:absk) sur les risques encourus par les enfants soumis à un régime végé­ta­lien.

Les fake news fleu­rissent autour du slogan « manger moins de viande », certains décla­rant entre autres qu’un régime 100% végétal permet­trait d’éviter la plupart des mala­dies méta­bo­liques et des acci­dents cardio­vas­cu­laires. Cette affir­ma­tion est contre­dite par la litté­ra­ture scien­ti­fique, par exemple Vanacore et al. (2018 lien:donl) qui ont comparé trois groupes d’hommes en bonne santé d’à peu près les mêmes âges, poids et indices de masse corpo­relle : végé­ta­liens, végé­ta­riens et omni­vores. L’indice de masse muscu­laire et la masse maigre étaient infé­rieurs dans le groupe végé­ta­lien. D’autre part, les omni­vores étaient moins soumis au stress oxydatif et avaient un taux moins élevé d’homo­cys­téine (lien:zby3) — voir mon article Soigner ses artères.

Des mili­tants végé­ta­liens n’hé­sitent pas à utiliser les données nutri­tion­nelles de la popu­la­tion des îles Okinawa au Japon sous occu­pa­tion améri­caine (1949) pour propager la croyance que les nombreux cente­naires de cette région suivent un régime tradi­tionnel stric­te­ment végé­ta­lien — voir mon article Okinawa, îles de rêve(s).

Dépression

Matta J et al. (2018 lien:enad) ont mesuré l’ap­pa­ri­tion de symp­tômes dépres­sifs qui augmentent avec le nombre de groupes d’ali­ments exclus de n’im­porte quel régime alimen­taire. Leur étude couvrait une sélection de 90 380 sujets d’âge moyen dans 21 dépar­te­ments fran­çais : omni­vores, pesco-végétariens, lacto-ovo-végétariens et végé­ta­liens. Leur mesure des symp­tômes était basée sur l’échelle de dépres­sion du Centre of Epidemiologic Studies (CES‑D lien:9yuc) évaluant 20 critères sur un score d’in­ten­sité de 0 à 3.

Les carences en micro­nu­tri­ments sont des facteurs de risque de mala­dies mentales ainsi que, sur le long terme, de mala­dies neuro­dé­gé­né­ra­tives (lien:l7nc). Le risque est forte­ment accru chez les végé­ta­liens en raison de l’ab­sence ou de la faible biodis­po­ni­bi­lité de certains micro­nu­tri­ments dans les végé­taux — voir à ce sujet un article de la psychiatre Georgia Ede (lien:lwe8). Les carences en iode sont redou­tables pour leurs effets sur le déve­lop­pe­ment du fœtus : macro­cé­phalie, déficit intel­lec­tuel (lien:wky4)… Les isofla­vones (lien:bhx1) contenus dans les aliments à base de soja engendrent une hypo­thy­roïdie.

Toxicité

Un argu­ment souvent avancé en faveur d’une nutri­tion exclu­si­ve­ment végé­tale serait la toxi­cité des produits d’ori­gine animale en contraste avec l’in­no­cuité des aliments végé­taux (en agri­cul­ture biolo­gique).

Les pratiques d’éle­vage intensif de l’in­dus­trie agro-alimentaire sont à l’ori­gine d’in­toxi­ca­tions par la consom­ma­tion de viandes, œufs et produits laitiers. Le risque de propa­ga­tion de virus ou de bacté­ries est réel. L’usage à grande échelle d’an­ti­bio­tiques protec­teurs des épidé­mies contribue à la toxi­cité des produits et à l’ap­pa­ri­tion de bacté­ries multi­ré­sis­tantes. Les épidé­mies de grippe aviaire, SRAS etc. ont vu le jour dans des élevages indus­triels en Asie.

Il faut toute­fois mettre en balance que la plupart des intoxi­ca­tions bacté­riennes graves, parfois mortelles, proviennent de végé­taux, notam­ment de bacté­ries à Gram négatif (lien:nhbf) comme par exemple des souches patho­gènes d’Escherichia coli (lien:gqpm). On peut les éviter, mais la plupart des végé­taux produisent aussi des substances toxiques pour se protéger des préda­teurs : des lectines (lien:jhgb) dont l’excès peut causer des irri­ta­tions et excès d’ex­cré­tion de la muqueuse intes­ti­nale — à long terme des aller­gies, défi­ciences nutri­tion­nelles ou immu­no­lo­giques — de l’acide phytique (lien:cbk8) qui inhibe l’ab­sorp­tion de certains miné­raux, enfin des oxalates (lien:g8kn) qui contri­buent à la forma­tion de calculs rénaux, d’un syndrome de poro­sité de l’in­testin (lien:dzdm) ou à des douleurs arti­cu­laires (voir page lien:ybsv). Ces substances se trouvent dans les légu­mi­neuses (parti­cu­liè­re­ment le soja), les céréales et les fruits en coque qui sont les prin­ci­pales sources de protéines végé­tales.

Les oxalates sont aussi présents dans de nombreux fruits et légumes réputés sains dans l’uni­vers « bio » : blettes, épinards, patates douces, graines de sésame, cumin, curcuma, etc. Leur excès induit des dépôts de calcaire qui vont du tartre et des caries dentaires aux problèmes cardio­vas­cu­laires — arythmie cardiaque, inflam­ma­tion de l’endo­thé­lium vascu­laire (lien:pgyc) etc. — ou une acidose locale, source de problèmes neuro­lo­giques — signalés initia­le­ment par des hoquets. Voir à ce sujet le site de Sally K Norton (lien:afdm). Ces effets délé­tères sont accen­tués par un abus de vita­mine C, de vita­mine D ou une carence en vita­mine B6. Un apport correct de vita­mine K2 sa forme active MK‑7 (nattō) aide à les neutra­liser — voir mon article Compléments alimentaires.

Bien entendu, tous ces végé­taux cultivés dans des condi­tions accep­tables sont avant tout des nour­ri­tures saines : les oxalates, par exemple, contri­buent à la chéla­tion (lien:zkvk) de métaux lourds. C’est leur absorp­tion en excès, induite par une diète exclu­si­ve­ment végé­tale et la consom­ma­tion exces­sive de certains végé­taux, qui peut mettre l’or­ga­nisme en danger.

Carences

Une carence en vita­mine B12 (lien:a48n) a été observée chez des ovo-lacto-végétariens, comme l’a montré l’étude pros­pec­tive CARDIVEG destinée à mesurer l’effet de ce régime sur le risque cardio­vas­cu­laire (2019 lien:960f). Le taux de B12 circu­lant dans le sang, après 3 mois de ce régime, avait diminué signi­fi­ca­ti­ve­ment, avec une plus forte préva­lence instan­tanée (lien:ae9g) chez les sujets jeunes, en surpoids, non-fumeurs et en hyper­cho­les­té­ro­lémie. Dans une autre étude (lien:dqjb), chez 22% de femmes enceintes ovo-lacto-végétariennes depuis plus de 3 ans, les taux de vita­mine B12 dimi­nuaient en même temps qu’aug­men­taient ceux d’homo­cys­téine (tYcy lien:zby3) contre 10% de celles qui consom­maient peu de viande et 3% du groupe témoin.

Les conclu­sions de certaines études obser­va­tion­nelles (lien:r79b) qui avaient servi (et servent encore) à promou­voir le choix de nutri­ments d’ori­gine végé­tale en rempla­ce­ment de ceux d’ori­gine animale sont contre­dites par des essais contrôlés rando­misés (RCT lien:axd7) en double aveugle mesu­rant un lien causal entre cette consom­ma­tion et le risque de mala­dies. Par exemple, les RCT évaluant l’im­pact sur la morta­lité et le risque de cancer de la consom­ma­tion de béta-carotène (lien:ni96) — succé­dané végétal de la vita­mine A — ont montré que ce risque était augmenté (2010 lien:so26, 2012 lien:60q9) alors que les études obser­va­tion­nelles avaient conclu à un risque diminué de 31%. De même, un RCT couvrant 355 333 sujets sur 427 sites a montré qu’une supplé­men­ta­tion en vita­mine E (présente dans les huiles végé­tales) avait augmenté de 17% le risque de cancer de la pros­tate (lien:9omf) alors qu’on suppo­sait jusqu’ici qu’elle aurait un effet protec­teur.

De telles études ne suffisent pas à décider d’un mode de nutri­tion idéal. Elles montrent seulement qu’il faut faire preuve de discer­ne­ment — et d’un certain scep­ti­cisme — face aux « preuves » qui circulent dans les médias à l’appui du « tout végétal ». Chris Kresser a formulé en détail les condi­tions d’exer­cice de ce scep­ti­cisme (lien:497n, lien:akyn).

Parsons et al. (2009 lien:xi6y) ont étudié les effets d’un régime végé­ta­lien macro­bio­tique sur une centaine d’en­fants hollan­dais de 9 à 15 ans, et observé qu’il avait induit une réduc­tion signi­fi­ca­tive de densité miné­rale osseuse (lien:it01), jusqu’à 8% pour la colonne verté­brale. Les cher­cheurs suggèrent que cette réduc­tion ne résulte pas unique­ment de carences en calcium et vita­mine D. Les quan­tités de fibres et de protéines devant aussi être prises en consi­dé­ra­tion : « Des apports élevés en fibres alimen­taires pour­raient avoir un effet négatif sur le méta­bo­lisme osseux, en inter­fé­rant avec l’ab­sorp­tion du calcium, en provo­quant une réduc­tion des taux plas­ma­tiques et en augmen­tant l’ex­cré­tion des hormones stéroïdes sexuelles. » Il faudrait aussi sans doute prendre en compte une carence en vita­mine K2 qui empêche le calcium de se fixer sur les os (voir vidéo lien:020p).

Le végé­ta­lisme peut-il sauver la planète ? Peut-il restaurer la biodi­ver­sité ? L’élevage est-il majo­ri­tai­re­ment respon­sable de l’émis­sion de gaz à effet de serre ? Il y a quelques années j’au­rais répondu « oui » à toutes ces ques­tions. Puis j’ai étudié quelques sources scien­ti­fiques. Une ving­taine d’ar­ticles sont en liens sur ma page Comment transformer nos déserts en prairies.

Flexitarisme ?

Drapeau végane

Je vois aujourd’hui beau­coup de végé­ta­riens — mais surtout des végé­ta­liens (lien:opzr) ou véganes (lien:y7u5) — affi­cher leur diffé­rence sur un ton mora­li­sa­teur. Une consom­ma­tion modérée de fromage et de viande (voir le calcul de nos besoins en protéines) est compa­tible avec une critique de l’éle­vage indus­triel dans ses aspects sani­taires, éthiques et écono­miques, ainsi que la dénon­cia­tion d’actes cruels commis dans les abat­toirs. Désigner le « carnisme » comme un problème de « santé publique » est une stra­tégie qui profite à un nouveau pan de l’in­dus­trie agroa­li­men­taire (voir article lien:ek1t). On peut lire à ce sujet la critique par Diana Rodgers du rapport de la commis­sion EAT-Lancet prônant un régime « flexi­ta­rien » (voir lien:e2q3 et sa traduc­tion lien:n5bq) ainsi que celle, plus détaillée, du site OptimisingNutrition (lien:p05k). En mars 2019, l’OMS a retiré tout finan­ce­ment à EAT-Lancet après que son repré­sen­tant en Italie Gian Lorenzo Cornado ait signalé son absence de base scien­ti­fique ainsi que ses dispo­si­tions condui­sant à la perte de millions d’emplois liés à l’éle­vage au béné­fice de la produc­tion indus­trielle de “unhealthy foods” (lien:bz21).

J’ai assisté à des exposés alam­bi­qués sur la manière de diver­si­fier les ressources végé­tales pour béné­fi­cier de tous les nutri­ments et acides aminés essen­tiels. Voir par exemple la confé­rence de Massimo Nespolo : Nutrition et santé, mythes et propa­gandes (17/5/2014 lien:ch8h). Son argu­men­taire brillant est sans intérêt pratique car la théorie de la combi­naison de protéines a depuis long­temps été réfutée (voir Wikipedia lien:kp3b). Du reste, en 37 ans, je n’ai pas rencontré un seul végétarien/végétalien qui se pliait à de telles pres­crip­tions, bien que la plupart — moi en premier — n’aient eu de cesse de clamer leur impor­tance.

En Inde

Dr Malhotra et sa mère

Les asso­cia­tions tradi­tion­nelles céréale-légumineuse (riz/soja, blé/pois chiche, maïs/lentille etc.) sont rare­ment respec­tées par les céréa­liens, y compris en Inde urbaine où j’ai vécu 14 ans ! Elles le sont par contre en Inde rurale hors des périodes de pénurie.

Le cardio­logue indien Aseem Malhotra (voir inter­view lien:1a96) a témoigné sur le décès préma­turé de sa mère — médecin géné­ra­liste — qu’il attribue à son adhé­sion stricte au végé­ta­risme par convic­tion reli­gieuse associé à une surcon­som­ma­tion d’ali­ments trans­formés riches en glucides, graisses de mauvaise qualité et pauvres en protéines (lien:gkxs). Au delà de cette obser­va­tion tragique bien qu’a­nec­do­tique, il signale que l’Inde avait été classée comme le pays du monde le plus atteint par « l’épi­démie » de diabète de type 2 (lien:a3u9).

Les statis­tiques en 2017 (lien:8rtp) ne confirment pas ce clas­se­ment : l’Égypte, le Soudan, l’Arabie saou­dite, la Lybie, la Turquie, le Mexique et les USA figurent en tête, mais l’in­ci­dence du diabète en Inde est plus du double de celle en France.

L’Inde est surtout frappée par une vague d’obé­sité récente (lien:5u1t) très visible dans les classes aisées, bien que masquée chez les plus démunis qui souffrent d’obésité sarco­pé­nique (lien:nvdf) dans laquelle l’ac­cu­mu­la­tion de graisse est conco­mi­tante d’une fonte muscu­laire qui fait que la personne peut paraître mince et « bien-portante ».

Il faudrait en finir avec le mythe de l’Inde « aux trois quarts végé­ta­rienne » entre­tenu par les extré­mistes natio­na­listes reli­gieux. Lors du recen­se­ment de 2014 (lien:8c05, PDF tableau 5.1) 71% des Indiens de plus de 15 ans, toutes caté­go­ries sociales confon­dues, étaient non-végétariens. Cette propor­tion était sensi­ble­ment iden­tique (tableau 5.3) entre hommes et femmes pour chaque groupe d’âge, et selon l’ha­bitat urbain ou rural. La répar­ti­tion des végé­ta­riens — qui consomment des laitages et le plus souvent des œufs — appa­raît (en vert) sur une carte dressée à partir du tableau 5.2 :

Map of India indicating proportions of vegetarians in 2014
Source : lien:8acy

Cochons

Un argu­ment souvent posé en faveur du végé­ta­lisme est la compa­raison entre les humains et les primates non-humains, ces derniers étant présentés comme leurs cousins les plus proches… Le discours déli­rant de la « papesse du crudi­vo­risme » Irène Grosjean est construit sur cette affir­ma­tion (lien:q25i). En réalité, la morpho­logie comparée des systèmes diges­tifs révèle des diffé­rences signi­fi­ca­tives qu’on peut résumer à un intestin grêle, chez les humains, nette­ment plus déve­loppé que le côlon (lien:joqw ; lien:jaep).

Comparaison des appa­reils diges­tifs de primates. Source : lien:pw9y

Cette parti­cu­la­rité classe sans équi­voque les humains dans la caté­gorie des animaux se nour­ris­sant préfé­ren­tiel­le­ment de protéines et graisses d’ori­gine animale. Sachant que l’hu­main est bien plus proche du porc que des autres primates au niveau des « tripes », se nourrir « au naturel » pour­rait se résumer à « manger comme un cochon » ! 🙂

Militantisme

Les croyances et le discours perfor­matif (lien:emq7 souvent copié-collé) ont remplacé le savoir empi­rique comme on peut le constater sur les réseaux sociaux — voir mon article Cerises, brocoli, protéines, propagande. Il suffit de postuler que renoncer à tous les aliments d’ori­gine animale n’in­duit pas de carences nutri­tion­nelles pour le ramener à un choix éthique (à la portée de tout le monde) dans une pers­pec­tive de « déve­lop­pe­ment durable ». L’effet placebo (lien:3kr9) donne raison aux nouveaux adeptes, du moins sur le court terme. Les effets (parfois irré­ver­sibles) de leurs carences alimen­taires peuvent se mani­fester après plusieurs décen­nies. Plus grave, imposer un régime privatif à des personnes en situa­tion de dépen­dance ou de subor­di­na­tion (enfants, parents âgés…) n’est autre qu’une forme de maltrai­tance (lien:9n2i) ; voir par exemple l’état de santé de bébés nourris aux légumes ou jus de fruits après leur sevrage dans des familles végé­ta­riennes (lien:61zr).

Répartition de la produc­tion de gaz à effet de serre dans les acti­vités humaines (USA) montrant que la part de l’éle­vage est bien plus faible que l’af­firment certains mili­tants. Source : lien:uizf (EPA)

Le végé­ta­lisme (lien:opzr), rappelons-le, est l’as­pect nutri­tionnel du véga­nisme qui s’ins­crit pour beau­coup dans une mouvance de contes­ta­tion anima­liste radi­cale (lien:jg6l) visant à la prohi­bi­tion de l’éle­vage, de la chasse et de la pêche, ainsi que la « libé­ra­tion » des « animaux de compa­gnie ». Certains mili­tants de collec­tifs et asso­cia­tions porteurs de cette idéo­logie choi­sissent de plus en plus un mode opéra­toire provo­ca­teur, allant jusqu’à la destruc­tion de lieux d’éle­vage ou au saccage de bouche­ries et pois­son­ne­ries. Des moyens finan­ciers impor­tants sont mobi­lisés pour faire passer leurs messages dans les médias (lien:vu8u).

Cette propa­gande anti­spé­ciste (lien:4ihc) exerce une influence crois­sante sur le public. Bien que le végé­ta­risme et le végé­ta­lisme restent forte­ment mino­ri­taires en France, un grand nombre de personnes se recon­naissent dans le flexi­ta­risme (lien:rurt), obéis­sant à l’in­jonc­tion de « manger moins de viande » sans avoir sérieu­se­ment réfléchi aux raisons de leur choix ni à ses impli­ca­tions en termes d’équi­libre nutri­tionnel… À partir d’un certain seuil — évalué à 10% selon certains cher­cheurs (lien:vu8u page 35) — une croyance mino­ri­taire peut être perçue comme majo­ri­taire et rapi­de­ment le devenir. Gérald Bronner et Étienne Klein écrivent à ce sujet dans La percep­tion des risques (lien:zs46 page 22) :

Ceux qui règnent sur ce marché sont ceux qui ont le plus de temps à occuper l’« espace » de parole, c’est-à-dire ceux qui sont les plus motivés. Or, sur toute une série de sujets, les plus motivés sont les plus engagés, voire les plus « croyants ». Pour cette raison, ils parviennent à instaurer, sur les forums ou dans le clas­se­ment Google, une sorte d’illusion de majo­rité qui peut affecter le juge­ment de nos conci­toyens les plus indécis ou bien qui n’ont pas le temps de défaire des argu­ments qui sont, par ailleurs, en appa­rence convain­cants.

Ces dernières années, plusieurs blogueuses et Youtubeuses véganes ont reconnu avoir aban­donné leur régime pour des raisons de santé sans pour autant renoncer à promou­voir leurs idées (et leur image person­nelle) — voir lien:afgn. On peut écouter par exemple le témoi­gnage de la blogueuse natu­ro­pathe Mély de Chaudron Pastel : « Pourquoi mon alimen­ta­tion n’est plus végéta*ienne » :

Les anglo­phones peuvent aussi prendre connais­sance du discours de fana­tiques véganes qui postent leurs vidéos sur Internet. Voir par exemple cette compi­la­tion de décla­ra­tions déli­rantes (lien:yhbi) ou encore le long récit (lien:7ozt) de la descente aux enfers d’une jeune femme et son compa­gnon refu­sant pendant cinq ans d’ad­mettre que le déclin de leur santé était causé par des carences nutri­tion­nelles.
Ce dernier témoi­gnage est commenté par le blogueur Frank Tufano sur un ton que je trouve inuti­le­ment agressif même si ses argu­ments sont véri­fiables.

Une série de trois articles bien docu­mentés (lien:6j10 ; lien:2g5s ; lien:zvn6) montre que l’Association Américaine de Diététique (AND) a été infil­trée par des membres de l’Église adven­tiste du Septième Jour (lien:l1m6) cher­chant à promou­voir leurs convic­tions sur le végé­ta­risme. Ce lobbyisme reli­gieux est signi­fi­catif sachant qu’ils détiennent, depuis la fin des années 1940, plusieurs sociétés spécia­li­sées dans la fabri­ca­tion de substi­tuts de viande.

En d’autres temps…

À propos du végé­ta­risme — nette­ment moins restrictif que le végé­ta­lisme, mais la confu­sion entre les deux est fréquente (lien:kytp) — Taty Lauwers souligne une évolu­tion délé­tère de cette pratique, causée selon elle par une dégra­da­tion de la qualité des produits et l’avè­ne­ment d’une alimen­ta­tion « saine » indus­trielle. Dans un aperçu intro­ductif (lien:s8ls) de son ouvrage en cours d’édi­tion Végétarisme et bon sens, elle cite le Dr. André Passebecq — dont je lisais pieu­se­ment le journal à la belle époque : « Jusqu’à l’in­tro­duc­tion du lait de soja, les végé­ta­riens étaient des modèles de santé ». L’actualité scien­ti­fique lui donne raison, avec un soupçon gran­dis­sant de lien entre l’uti­li­sa­tion de prépa­ra­tions infan­tiles à base de soja à desti­na­tion des nour­ris­sons et la survenue de signes autis­tiques (lien:c9pz).

Le Triomphe de la Mort, tableau de Pieter Brueghel l'Ancien
Le Triomphe de la Mort, de Pieter Brueghel l’Ancien (Wikimedia Commons)

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