Cardiovasculaires

Pourquoi diminuer le cholestérol ?

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Le « mau­vais cho­les­té­rol » serait-il la cause prin­ci­pale d’ac­ci­dent car­dio­vas­cu­laire ou vas­cu­laire cérébral ?

L’acci­dent car­dio­vas­cu­laire dont il est ques­tion ici est de ceux déclen­chés par un syn­drome coro­na­rien aiguN1, autre­ment dit l’obs­truc­tion par­tielle ou totale d’ar­tères coro­naires résul­tant de l’ac­cu­mu­la­tion de plaque d’a­thé­ro­sclé­roseN2. Cette obs­truc­tion entraîne un dys­fonc­tion­ne­ment car­diaque et le plus sou­vent une nécrose par­tielle du muscle car­diaque privé d’oxy­gène (infarc­tus du myo­cardeN3). Le patient res­sent une forte fatigue, une vio­lente dou­leur tho­ra­cique et une sen­sa­tion d’é­touf­fe­ment. Seul un trai­te­ment chi­rur­gi­cal en urgence permet d’é­vi­ter la mort : fibri­no­lyseN4, angio­plas­tie coro­naireN5 avec pose de stentsN6 ou pon­tage aorto-coronarienN7.

Il existe des variantes moins aigües de ce syn­drome qui peuvent même passer inaper­çues (sauf examen spé­cia­lisé) mais dont une réplique est poten­tiel­le­ment mor­telle si aucune mesure pré­ven­tive n’a été prise.

L’acci­dent vas­cu­laire céré­bral (AVC, N8) se pré­sente sous deux formes toutes deux gra­vis­simes : hémor­ra­giqueN9 qui résulte de la rup­ture d’un vais­seau dans le cer­veau, ou isché­miqueN10 dans lequel un caillot san­guin ou un frag­ment de plaque d’a­thé­ro­sclé­roseN2 bloque le pas­sage du sang vers le cer­veau — sou­vent au niveau d’une artère caro­tide. C’est seule­ment l’AVC isché­mique (aussi appelé infarc­tus céré­bral) qui s’ap­pa­rente à un acci­dent car­dio­vas­cu­laire, avec des fac­teurs de risque comparables.

Sommaire

Athérosclérose

S’il reste dif­fi­cile en l’état actuel des connais­sances d’é­va­luer le risque d’AVC hémor­ra­gique, on peut déce­ler un risque d’AVC isché­mique ou d’ac­ci­dent car­dio­vas­cu­laire en consta­tant la for­ma­tion de plaque d’a­thé­ro­sclé­roseN2 dans les artères coro­naires (proches du cœur) ou caro­tides (vais­seaux du cou). Cette détec­tion met en œuvre des méthodes d’i­ma­ge­rie plus ou moins inva­sives qui vont de l’écho­gra­phie DopplerN11 sur les vais­seaux du cou à l’angio­gra­phieN12 ou la scin­ti­gra­phieN13 pour les coro­naires. D’autres artères peuvent éga­le­ment être obs­truées, avec pour consé­quence des acci­dents vas­cu­laires péri­phé­riques de moindre gra­vité : bras et jambes. Une détec­tion indi­recte de l’a­thé­ro­sclé­rose peut être faite à l’oc­ca­sion d’un test de résis­tance à l’ef­fortN14 qui révèle l’in­suf­fi­sance d’ap­port d’oxy­gène aux muscles en mouvement.

Avant même ces tests, si l’on res­sent un essouf­fle­ment anor­mal dans un effort habi­tuel, des dou­leurs dans la poi­trine, de la fatigue ou une pares­thé­sieN15 dans les bras, etc., il est vive­ment recom­mandé de consul­ter un cardiologue.

La for­ma­tion de plaque d’a­thé­ro­sclé­rose est direc­te­ment asso­ciée à une aug­men­ta­tion des risques car­dio­vas­cu­laire et d’AVC isché­mique. Cette plaque crée un goulet d’é­tran­gle­ment local qui peut conduire à une inter­rup­tion du flot san­guin si un caillot san­guin (throm­busN16) ou un frag­ment de plaque viennent l’obs­truer. La sta­bi­lité ou la fra­gi­lité de la plaque est cri­tique dans ce processus.

Une vidéo d’an­gio­plas­tieN17 permet de se rendre compte de la com­plexité de la com­po­si­tion de cette plaque qui ne se réduit pas à un amas de susb­tances grais­seuses, contrai­re­ment aux repré­sen­ta­tions affi­chées dans les salles d’at­tente de car­dio­logues… Cette com­po­si­tion est sem­blable à celle des fibromesN18 que l’on classe parmi les tumeurs bénignes.

Source : N19

Des études basées sur des tech­niques d’i­ma­ge­rie récenteN19 s’in­té­ressent au méca­nisme com­plexe d’é­vo­lu­tion de la plaque d’a­thé­ro­sclé­rose, avec pour objec­tif d’é­va­luer le risque asso­cié à sa fra­gi­lité. Une « macro­cal­ci­fi­ca­tion » (de haute den­sité) aug­men­te­rait la sta­bi­lité, à l’in­verse de micro­cal­ci­fi­ca­tions liées à de la vas­cu­la­ri­sa­tion, prin­ci­pa­le­ment entre­te­nues par de l’inflammation.

Le « mauvais cholestérol »

Lorsque, dans la vie cou­rante, on parle de « mesu­rer le cho­les­té­rol », il s’agit en réa­lité de déter­mi­ner le taux san­guin de lipo­pro­téinesN20 por­teuses, entre autres, de cho­les­té­rol. La dis­tinc­tion banale entre « bon » et « mau­vais » cho­les­té­rol est celle, res­pec­ti­ve­ment, entre les lipo­pro­téines de haute den­sité (HDLN21) et les lipo­pro­téines de basse den­sité (LDLN22). Pour un profil lipi­dique plus détaillé, il convien­drait d’a­jou­ter, entre autres, les tri­gly­cé­ridesN23, ainsi que les lipo­pro­téines de très basse den­sité (VLDLN24), lipoprotéines(a)N25 etc. qui n’ap­pa­raissent géné­ra­le­ment pas dans les bilans san­guins mais contri­buent à la for­ma­tion de plaque d’athérosclérose.

Des tra­vaux en expé­ri­men­ta­tion ani­male ont montré que le rythme nyc­thé­mé­ralN26 modi­fiait à la fois le taux san­guin du LDL et l’ex­pres­sion des gènes de ses récep­teurs (Balasubramaniam S et al., 1994A1 ; Bray MS et al., 2011A3). Si un méca­nisme com­pa­rable existe chez les humains, il pour­rait expli­quer cer­tains aléas (et effets) de mesures du bilan lipidique.

L’expression « faire bais­ser le cho­les­té­rol » veut dire réduire le taux san­guin des LDL sans faire bais­ser celui des lipo­pro­téines HDL, ces der­nières étant sup­po­sées pro­tec­trices des artères — notion aban­don­née récem­ment, voir Tricia Ward (2018A30).

Sachant que 20% du cho­les­té­rol mis en cir­cu­la­tion dans le sang est d’o­ri­gine ali­men­taire et 80% fabri­qué par le foie, sous le contrôle d’un méca­nisme de régu­la­tion, il existe en prin­cipe deux manières de main­te­nir un faible taux de cho­les­té­rol : inter­ve­nir sur le régime ali­men­taire ou/et uti­li­ser des médi­ca­ments agis­sant sur le méca­nisme de régu­la­tion. Les sta­tinesN27 sont les plus répan­dus parmi ces médi­ca­ments, nous en par­lons dans l’ar­ticle Statines et médicaments anticholestérol.

Aperçu historique

Les cher­cheurs ont tenté d’é­ta­blir (ou d’in­fir­mer) un lien de cau­sa­lité entre un taux élevé de « cho­les­té­rol » (ou de lipo­pro­téines de basse den­sité LDL) et la sur­ve­nue d’ac­ci­dents vas­cu­laires asso­ciés à la for­ma­tion de plaque d’a­thé­ro­sclé­roseN2. C’est l’ob­jet d’une contro­verse qui a débuté il y a une cen­taine d’an­nées (tra­vaux d’Alexander Ignatowski en 1908, cités par Tedgi A & Mallat Z, N28) et se pour­suit actuel­le­ment autour de l’é­tude ENHANCEN29.

Un récit détaillé de cette contro­verse est publié dans l’ou­vrage Cholestérol, men­songes et pro­pa­gandes (de Lorgeril M, 2013B3, cha­pitre 1, p. 53–84) dont je m’ins­pire lar­ge­ment ici.
J’ai exprimé ma décep­tion sur le trai­te­ment édi­to­rial des ouvrages de cette col­lec­tion dans mon article Statines et médicaments anticholestérol.

Avant la décou­verte des sta­tines, les cher­cheurs ont étudié l’in­fluence de l’équi­libre nutri­tion­nel sur (1) les taux de cho­les­té­rol sous diverses formes, (2) la sur­ve­nue d’in­farc­tus ou d’ac­ci­dents vas­cu­laires céré­braux, (3) la mor­ta­lité par acci­dent car­dio­vas­cu­laire et (4) la mor­ta­lité glo­bale toutes causes confondues.

L’hypothèse du cho­les­té­rol comme cause prin­ci­pale de l’a­thé­ro­sclé­rose est issue de l’ex­pé­ri­men­ta­tion ani­male sur des lapins (modèle de N. Anitschkov) et ulté­rieu­re­ment des ron­geurs. La per­ti­nence de ce modèle est dou­teuse puisque, par exemple, les patho­lo­gies d’ar­tères coro­naires n’existent pas chez les lapins alors que ces ani­maux peuvent être vic­times de lésions sur l’aorte incon­nues des humains. Les lésions arté­rielles, chez l’a­ni­mal, sont dis­sé­mi­nées alors qu’elles sont loca­li­sées (plaques) chez les humains. Le modèle expé­ri­men­tal construit sur d’autres ani­maux, y com­pris les souris géné­ti­que­ment modi­fiées, s’est révélé un échec pour l’é­tude des mala­dies arté­rielles (de Lorgeril M, 2013B3, p. 57–58).

L’étude épi­dé­mio­lo­gique de FraminghamN30 aux USA dans les années 1950, a tenté d’é­ta­blir un lien de cau­sa­lité entre la consom­ma­tion de graisses qui aug­men­te­raient le cho­les­té­rol et donc le risque d’in­farc­tus, mais la cor­ré­la­tion n’a pas été véri­fiée. Gary Taubes (2007B6) révèle que les cher­cheurs ont déli­bé­ré­ment refusé de publier ce résul­tat qui contre­di­sait leur hypo­thèse ini­tiale. Par la suite, ils ont mis au point une tech­nique de cen­tri­fu­ga­tion per­met­tant d’i­so­ler les lipo­pro­téines HDL et LDL, les pre­mières étant sta­tis­ti­que­ment asso­ciées à un moindre taux d’in­farc­tus. C’est ainsi que s’est impo­sée la théo­rie du « bon » et du « mau­vais » cho­les­té­rol. À la même époque, une étude sem­blable menée sur une popu­la­tion d’o­ri­gine ita­lienne dans la cité de Roseto en Pensylvanie, et publiée en 1964 dans le JAMA, mon­trait que l’as­so­cia­tion entre cho­les­té­rol et mala­die car­dio­vas­cu­laire n’é­tait pas véri­fiée (de Lorgeril M, 2013B3, p. 64–69).

L’étude de Framingham est aujourd’­hui connue pour le calcul d’un index de risque d’ac­ci­dent car­dio­vas­cu­laire à dix ansN31 fonc­tion unique de l’âge, de l’in­dex de masse cor­po­relle, du taba­gisme et des taux de HDL et LDL, sans tenir compte des habi­tudes ali­men­taires ni de la séden­ta­rité, don­nées occul­tées par les auteurs afin de dési­gner le cho­les­té­rol comme seul res­pon­sable de l’athérosclérose.

Dans la pre­mière moitié du 20e siècle, de nom­breux patho­lo­gistes ont observé, aux USA, l’ab­sence de cor­ré­la­tion entre le taux san­guin de cho­les­té­rol et la sévé­rité de l’a­thé­ro­sclé­rose. Cette absence était notam­ment consta­tée lors de l’au­top­sie de patients décé­dés. Le Dr DeBakey, dont les obser­va­tions por­taient sur plus de 15 000 patients, décla­rait en 1987 que les per­sonnes dont le cho­les­té­rol est bas ont autant de risque que les autres d’être vic­times d’a­thé­ro­sclé­rose (op.cit. p. 62).

Cette conclu­sion rejoint celle de l’é­tude de Sachdeva A et al. (2009A27) por­tant sur 137 000 per­sonnes hos­pi­ta­li­sées pour une patho­lo­gie coro­na­rienne : la moitié des patients avaient un taux de cho­les­té­rol LDL infé­rieur à 1.00 g/l et la moyenne était de 1.049 ± 0.398 g/l, autre­ment dit dans la four­chette nor­male… L’étude de Reddy VS et al. (2015A25) obser­vant 115 492 patients hos­pi­ta­li­sés pour un grave infarc­tus du myo­carde a repro­duit sans sur­prise ce résul­tat, avec un taux moyen de LDL égal à 1.04 ± 0.38 g/l. Ses auteurs font état d’un “Lipid Paradox” car les taux les plus faibles de LDL étaient asso­ciés au plus haut risque de mor­ta­lité à l’hô­pi­tal, contrai­re­ment à la croyance commune.

Ayant étudié plus de 52 000 cas en Norvège (âgés de 20 à 74 ans) sur un suivi de 10 ans, Petursson H et al. (2012A20) ont observé, sur­tout chez les femmes, une asso­cia­tion inverse entre les taux de cho­les­té­rol et la mor­ta­lité glo­bale, aussi bien que celle par acci­dent car­dio­vas­cu­laire. Ils concluent :

Si nos résul­tats sont géné­ra­li­sables, les recom­man­da­tions cli­niques et de santé publique concer­nant les « dan­gers » du cho­les­té­rol devraient être revues. C’est par­ti­cu­liè­re­ment vrai pour les femmes, chez qui un taux modé­ré­ment élevé de cho­les­té­rol (selon le stan­dard actuel) pour­rait être non seule­ment sans danger mais plutôt bénéfique.

De Lorgeril (2015B4, p. 163) conclut :

Ces études sug­gèrent une fois de plus que la rela­tion entre un taux de cho­les­té­rol élevé et une patho­lo­gie des coro­naires est une fal­si­fi­ca­tion de l’his­toire de la méde­cine. De même, la pro­tec­tion appor­tée par les sta­tines pré­sen­tée comme indu­bi­table est aussi une fal­si­fi­ca­tion des méthodes scientifiques.

En 1957, une vaste étude épi­dé­mio­lo­gique a été lancée par Ancel KeysN32 : l’Étude des Sept PaysN33 pour mesu­rer l’in­fluence du régime ali­men­taire sur la santé. Cette étude cou­vrait les popu­la­tions des États-Unis, Finlande, Hollande, Italie, Grèce, Yougoslavie et Japon, recher­chant entre autres des fac­teurs sus­cep­tibles de favo­ri­ser l’in­farc­tus du myo­carde : cho­les­té­rol, tabac, ten­sion arté­rielle et indice de masse cor­po­relle. Les résul­tats ont été publiés quinze ans plus tard et ont donné lieu à vingt ans de suivi. Les habi­tudes ali­men­taires, le tabac et la ten­sion arté­rielle ont bien été iden­ti­fiés comme fac­teurs de risque car­dio­vas­cu­laire. Pour le cho­les­té­rol, les résul­tats font l’ob­jet de cri­tiques — voir Criticism sur la page WikipediaN33. De Lorgeril M (2013B3, p. 70) écrit :

Keys aurait pu tirer des conclu­sions très dif­fé­rentes. Par exemple, ce sont les graisses satu­rées qui indiquent le risque (et pas le cho­les­té­rol) ou bien qu’un ratio graisses saturées/monoinsaturées bas (rap­pe­lant la diète médi­ter­ra­néenne) est pro­tec­teur. Mais il pré­féra rester fidèle à la théo­rie du cho­les­té­rol et concen­trer son mes­sage presque exclu­si­ve­ment sur le cholestérol.

Par ailleurs, les dis­pa­ri­tés entre pays des asso­cia­tions entre cho­les­té­rol et infarc­tus posent le pro­blème de la vali­dité d’une telle asso­cia­tion. Elle n’est pas signi­fi­ca­tive pour les Japonais. L’étude est biai­sée par le choix des pays. Par exemple, en incluant la France, la Suisse ou la Belgique, pays qui avaient un taux moins impor­tant de mala­dies car­dio­vas­cu­laires malgré une plus forte consom­ma­tion de graisses satu­rées et un taux plus élevé de cho­les­té­rol, la démons­tra­tion s’ef­fon­drait. C’est cette dis­pa­rité que des épi­dé­mio­lo­gistes, à la fin des années 1980, ont dési­gné par « le para­doxe fran­çais » (French para­doxN34) mis en évi­dence par Serge RenaudN35. De Lorgeril M (2013B3, p. 73) ajoute :

Une autre erreur de Keys fut de se foca­li­ser sur la mor­ta­lité car­dio­vas­cu­laire au détri­ment des chiffres de la mor­ta­lité totale. Pourtant, ce qui nous inté­resse le plus, ce n’est pas de savoir si en chan­geant d’a­li­men­ta­tion nous pou­vons échap­per à une mala­die car­dio­vas­cu­laire, mais de savoir si nous évi­tons les mala­dies (quelles qu’elles soient) qui dimi­nuent l’es­pé­rance de vie.

L’étude MRFIT (Multiple risk factor inter­ven­tion trialA18) publiée en 1982 a mesuré l’ef­fet de recom­man­da­tions de vie saine sur 12 866 Américains âgés de 35 à 57 ans et sélec­tion­nés comme « haut risque » de par leur taux de cho­les­té­rol très élevé (envi­ron 3 grammes par litre). Un groupe tiré au hasard (SI) a suivi les recom­man­da­tions d’a­mé­lio­rer son ali­men­ta­tion et de cesser de fumer. Les deux groupes d’hommes ont été suivis pen­dant 7 ans. Les auteurs recon­naissent que le taux de mor­ta­lité car­dio­vas­cu­laire avait dimi­nué de manière non signi­fi­ca­tive (de 19.3 à 17.9 ‰) dans le groupe (SI), tandis que le taux de mor­ta­lité totale n’a­vait dimi­nué que de 41.2 à 40.4 ‰ dans ce même groupe. Ils concluent qu’une expli­ca­tion plau­sible, bien que néces­si­tant « une étude plus appro­fon­die », serait que dans le groupe (SI) cer­taines per­sonnes ont réel­le­ment béné­fi­cié de l’ar­rêt du tabac et de la réduc­tion du cho­les­té­rol, tandis que pour d’autres ces mêmes mesures auraient pu avoir un effet adverse au trai­te­ment de l’hy­per­ten­sion arté­rielle… De Lorgeril pré­cise (op.cit. p. 75, 77, 78) :

En fait, les décès étaient même plus nom­breux chez les hommes aux­quels on avait conseillé d’ar­rêté de fumer, de suivre un régime anti­cho­les­té­rol, et de sur­veiller leur pres­sion arté­rielle, comme si l’a­dop­tion d’un régime anti­cho­les­té­rol avait aug­menté leur risque. […] Enfin, quand de jeunes ana­lystes ont voulu véri­fier si la rela­tion obser­vée dans MRFIT entre cho­les­té­rol et décès car­diaque était influen­cée par d’autres fac­teurs, ils eurent la sur­prise de consta­ter que cette asso­cia­tion était sur­tout déce­lable chez les fumeurs et presque absente chez les non-fumeurs. […] Cet aspect est capi­tal car ces fac­teurs d’ac­com­pa­gne­ment sont pro­ba­ble­ment cer­taines des véri­tables causes des décès car­diaques. Je les appelle fac­teurs Z. Ces fac­teurs ne sont pas les seules causes de l’in­farc­tus et des décès car­diaques, certes, mais ils agissent aussi sur le cho­les­té­rol et dès lors laissent croire que c’est lui le coupable.

Le Wall Street Journal titrait, le 6 octobre 1982 : « Infarctus : une hypo­thèse s’é­croule. » (ibid.)

De Lorgeril (2013B3, p. 81–84) pré­sente enfin l’é­tude INTERHEART (Yusuf, S. et al., 2004A32) dans laquelle les auteurs ont sub­sti­tué à la mesure du cho­les­té­rol celle du rap­port apo­pro­téine BN36 sur apo­pro­téine A1N37, affir­mant que le rap­port B/A1 est un équi­valent du cho­les­té­rol, ce qui est faux parce que l’a­po­pro­téine B est pré­sente dans toutes les lipo­pro­téines (contrai­re­ment au cho­les­té­rol) et notam­ment les lipo­pro­téines riches en tri­gly­cé­rides. Cette apo­pro­téine B cap­ture donc, en plus du risque asso­cié au cho­les­té­rol, le risque asso­cié aux tri­gly­cé­rides qui en est indé­pen­dant, au moins en grande partie (ibid.). D’autre part, les cher­cheurs ne se sont inté­res­sés qu’aux cas d’in­farc­tus non-mortels (envi­ron 50%). De Lorgeril souligne :

L’augmentation des tri­gly­cé­rides est sou­vent asso­ciée à des modes de vie ou des carac­té­ris­tiques phy­sio­lo­giques tels que la séden­ta­rité, le sur­poids ou l’o­bé­sité, la résis­tance à l’in­su­line, ou d’autres syn­dromes méta­bo­liques, cer­taines formes d’hy­per­ten­sion et même le tabac. La plu­part de ces fac­teurs n’ont rien à voir avec le cho­les­té­rol. […] Le même rai­son­ne­ment s’ap­plique à l’a­po­pro­téine A1.

L’étude de Wilkins, JT et al. (2016A31) confirme qu’une aug­men­ta­tion du taux san­guin des apo­li­po­po­téines B N36 serait un mar­queur de risque de sur­ve­nue d’une mala­die car­dio­vas­cu­laire, et ce, de manière indé­pen­dante du niveau du LDL cho­les­té­rol (cité sur WikipediaN36).

Dans la suite du même cha­pitre (op.cit. p. 92–95), De Lorgeril com­mente trois études inter­ven­tion­nelles sur des patients ayant sur­vécu à une pre­mière crise car­diaque : étude d’Oslo (publiée en 1970), de Londres (1968) et de Sydney (1978). On répar­tis­sait les patients en deux groupes par tirage au sort : le groupe expé­ri­men­tal et le groupe témoin. Pour le pre­mier, un régime pauvre en graisses satu­rées (d’o­ri­gine ani­male) et riche en graisses végé­tales non satu­rées (maïs, soja…) était pré­co­nisé, avec un effet très marqué de dimi­nu­tion de cho­les­té­rol (15–20%). Or, dans ces trois études, les résul­tats n’ont pas été à la hau­teur des espé­rances. Dans celle d’Oslo les nombres de décès dans les deux groupes ont été de 101 et 108. Dans l’é­tude de Londres, la mor­ta­lité car­diaque était iden­tique (3.5 et 3.2 décès par an). Dans l’é­tude de Sydney, la mor­ta­lité était plus forte dans le groupe expé­ri­men­tal (3.3 par an) que dans le groupe témoin (2.4), sug­gé­rant que le régime anti­cho­les­té­rol fai­sait dimi­nuer l’es­pé­rance de vie. Il est signi­fi­ca­tif que ces études aient été rare­ment citées !

Dans l’é­tude Los Angeles Diet Trial (Dayton S. et al., 1969A7), des vété­rans de la Seconde Guerre mon­diale ont été répar­tis en un groupe expé­ri­men­tal (424) et un groupe témoin (422) dont les carac­té­ris­tiques ini­tiales étaient iden­tiques selon de nom­breux cri­tères. Le groupe expé­ri­men­tal a été soumis pen­dant 8 ans à un régime pauvre en graisses satu­rées (38.9% des calo­ries en matières grasses, 365 mg par jour de cho­les­té­rol), résul­tant en une baisse moyenne de 12.7% du cho­les­té­rol san­guin et une forte aug­men­ta­tion des acides lino­léïque (oméga‑6N38) et alpha-linoléique (oméga‑3N39). Le groupe témoin a conti­nué à consom­mer le régime stan­dard amé­ri­cain (40.1% des calo­ries en matières grasses, 653 mg par jour de cholestérol).

Dans le groupe expé­ri­men­tal, les morts subites, les infarc­tus du myo­carde et les AVC ont dimi­nué signi­fi­ca­ti­ve­ment, mais la mor­ta­lité totale est restée iden­tique (121 et 126 décès). Par contre, on a constaté plus de can­cers dans le groupe expé­ri­men­tal (57 contre 35) ainsi que plus d’aug­men­ta­tion du poids moyen. D’autre part, l’in­ci­dence sur les acci­dents car­dio­vas­cu­laires était limi­tée aux sujets âgés de moins de 65 ans au début de l’é­tude. Suivre un régime ali­men­taire visant à dimi­nuer le cho­les­té­rol résul­te­rait donc (chez de jeunes per­sonnes) en une dimi­nu­tion des pro­blèmes vas­cu­laires, avec une aug­men­ta­tion des can­cers et de l’o­bé­sité, et sans effet notable sur l’es­pé­rance de vie. Ce détail, enfin, est impor­tant (Dayton, S. et al., 1969A7) : L’analyse de l’é­ten­due d’a­thé­ro­sclé­rose des patients décé­dés n’a pas révélé de dif­fé­rence signi­fi­ca­tive entre les deux groupes. Même remarque pour les taux de lipides et de cal­cium [dans les plaques d’athérosclérose].

Plus récem­ment, une étude obser­va­tion­nelle (Jakobsen MU et al., 2009A13) cou­vrant 344 000 per­sonnes pen­dant six ans sug­gère que le rem­pla­ce­ment de graisses satu­rées par des glu­cides ou des graisses mono-insaturées (huiles végé­tales) aug­men­te­rait le risque de mala­die coro­na­rienne. Ce résul­tat est cor­ro­boré par la réin­ter­pré­ta­tion d’une étude ran­do­mi­sée contrô­léeN40 cou­vrant 9423 par­ti­ci­pants, le Minnesota Coronary Experiment (1968–73) (Ramsden CE et al., 2016A22) :

Le régime à base d’huile végé­tale a fait bais­ser le taux de cho­les­té­rol, mais pas la mor­ta­lité ni les mala­dies car­diaques. En fait, pour les par­ti­ci­pants de plus de 65 ans, des taux de cho­les­té­rol plus faibles ont conduit à des taux de mor­ta­lité plus élevés, et non plus bas (voir article en fran­çaisC1).

Plusieurs études ont mesuré que la lon­gé­vité de per­sonnes âgées serait supé­rieure chez celles qui ont un faible taux de LDL‑C. Dans cette popu­la­tion, le cho­les­té­rol (global aussi bien que LDL) serait pro­tec­teur contre les infec­tions et l’a­thé­ro­sclé­rose (Ravnskov U, 2003A23 ; Ravnskov U et al., 2016A24) :

Un LDL‑C élevé est inver­se­ment asso­cié à la mor­ta­lité chez la plu­part des per­sonnes de plus de 60 ans. Cette consta­ta­tion est incom­pa­tible avec l’hy­po­thèse du cho­les­té­rol (c.-à‑d. que le cho­les­té­rol, en par­ti­cu­lier le LDL‑C, est intrin­sè­que­ment athé­ro­gène). Étant donné que les per­sonnes âgées avec un LDL‑C élevé vivent aussi long­temps ou plus long­temps que celles avec un LDL‑C faible, notre ana­lyse four­nit des rai­sons de remettre en ques­tion la vali­dité de l’hy­po­thèse du cholestérol.

Il est utile de rap­pe­ler que les études cli­niques sur les médi­ca­ments anti­cho­les­té­rol ne sont conduites que sur une popu­la­tion de 59 ± 10 ans en moyenne.

À l’in­verse de ces résul­tats, il est utile de citer l’ar­ticle de Wang DD et al. (2016, N41) du dépar­te­ment de nutri­tion de Harvard T. H. Chan School of Public Health dirigé par Frank HuN42. Cet article qui conclut à un avan­tage, en termes de mor­ta­lité toutes causes, de rem­pla­cer les graisses satu­rées (et trans) par des huiles insa­tu­rées (végé­tales) a été épin­glé sur PubPeer comme enta­ché d’er­reursN43. Ceci, à la fois pour le trai­te­ment des don­nées (conclu­sions en contra­dic­tion avec les don­nées) et parce qu’il repose entiè­re­ment sur des col­lectes de don­nées « basées sur la mémoire » — voir mon article Faut-il jeter les enquêtes nutritionnelles ? Edward Archer sou­ligneN43 : Par exemple, les régimes appa­rais­sant dans des études épi­dé­mio­lo­giques comme Nurses’ Health Study ne per­met­traient pas la survie s’ils étaient consom­més quo­ti­dien­ne­ment. Un autre com­men­ta­teur signale les liens d’in­té­rêt entre Frank Hu et la California Walnut CommissionN44 qui fait la pro­mo­tion des pro­duc­teurs de noix en Californie.

Une étude rétros­pec­tive récente (Potluri R et al., 2017A21) basée sur le suivi pen­dant 14 ans d’un mil­lion de femmes d’âge moyen 66 ans au nord-ouest de l’Angleterre, a com­paré un groupe de patientes avec cho­les­té­rol élevé avec celui à faible cho­les­té­rol. L’étude sta­tis­tique a montré que, dans le groupe à haut cho­les­té­rol, l’in­ci­dence de cancer du sein avait été 0.6 fois celle de celui à faible cho­les­té­rol. Le groupe diag­nos­ti­qué à haut cho­les­té­rol au départ avait aussi une mor­ta­lité plus faible que celui à bas cho­les­té­rol (13.8% contre 23.7%) (Paddock C, 2017A19).

Selon Rahul Potluri et al. (2017A21) :

Un modèle de régres­sion logis­tique tenant compte du temps entre la pre­mière pré­sen­ta­tion et le déve­lop­pe­ment du cancer du sein a montré que la pré­sence d’hy­per­li­pi­dé­mie amé­lio­rait le résul­tat du cancer du sein de 1,64 fois (95% C.I. 1,50–1,79).

Potluri et col­lègues ont visi­ble­ment été per­tur­bés par ce résul­tat qui va à l’en­contre de ce qu’ils espé­raient… Ils n’hé­sitent donc pas avan­cer une hypo­thèse hasardeuse :

Si un diag­nos­tic de taux de cho­les­té­rol élevé entraîne une baisse des taux de cancer du sein, cela doit être relié à quelque chose d’in­hé­rent dans la condi­tion des patientes affec­tées, ou plus pro­ba­ble­ment, à un trai­te­ment par des médi­ca­ments lar­ge­ment uti­li­sés pour dimi­nuer le cho­les­té­rol, comme les statines.

Une étude sué­doise (Heir T et al., 2016A12) cor­res­pon­dant au suivi de 2000 hommes sur 40 années met aussi en évi­dence une asso­cia­tion inverse entre le niveau de cho­les­té­rol total et le risque de cancer de la prostate :

Pour le cancer de la pros­tate au stade avancé et géné­ral, l’in­ci­dence était deux fois plus élevée dans le quar­tile infé­rieur de cho­les­té­rol [1.04 – 2.23 g/l] com­paré au quar­tile le plus élevé [2.89 – 5.94 g/l]. Ces asso­cia­tions sont demeu­rées signi­fi­ca­tives après ajus­te­ment pour l’âge, le taba­gisme, la condi­tion phy­sique, l’IMC et la pres­sion arté­rielle systolique.

La revue sys­té­ma­tique de Chowdhury R et al. (2014A5) sur les asso­cia­tions du risque coro­naire avec la consom­ma­tion de graisses satu­rées conclut :

Les preuves actuelles ne sou­tiennent pas clai­re­ment les direc­tives de méde­cine car­dio­vas­cu­laire encou­ra­geant une consom­ma­tion élevée d’a­cides gras poly­in­sa­tu­rés et une faible consom­ma­tion de graisses satu­rées totales.

La pro­blé­ma­tique du cho­les­té­rol a été bien expo­sée, sans jargon inutile, par Renaud Roussel dans son article Le cho­les­té­rol… C’est la vie !N45. Une liste clas­si­fiée de publi­ca­tions démon­trant l’i­nu­ti­lité de faire bais­ser le cho­les­té­rol a été publiée par Pascal Raton (2017C2).

On peut enfin appré­cier le tra­vail du blo­gueur Ricardo Carvalho pour son inter­pré­ta­tion gra­phique des don­nées de sta­tis­tiques de mor­ta­lité de l’OMS en 2002N46 asso­ciées, dans 164 pays, aux taux de cho­les­té­rol four­nis en 2005 par la British Heart Foundation, ce qui abou­tit sans sur­prise à des courbes en UN47 :

Taus de cholestérol et mortalité
Source : N47

Le gra­phique montre que la valeur opti­male du taux de cho­les­té­rol pour mini­mi­ser la mor­ta­lité toutes causes confon­dues serait dans la four­chette 200–240 mg/dl alors qu’en France, par exemple, il est recom­mandé de le main­te­nir à moins de 200 mg/dl.

Il est inté­res­sant de noter que la France et le Japon affichent les meilleurs résul­tats en termes de mor­ta­lité par mala­die car­dio­vas­cu­laire (courbe poin­tillée en rouge) et toutes causes confon­dues (courbe solide en bleu) avec des taux de cho­les­té­rol res­pec­tifs de 210 et 202 mg/dl, autre­ment dit au-dessus du « seuil de dan­ge­ro­sité » en France.

Ray MedinaN48 signale la ligne en vert poin­tillé qui montre que le taux de cho­les­té­rol est inver­se­ment cor­rélé avec la mor­ta­lité par mala­die infec­tieuse ou para­si­taire — ce qui est logique puis­qu’il est un des ingré­dients du sys­tème immu­ni­taire (voir mon article Soigner ses artères).

Malgré ce constat, des études comme celle de Johansson, I et al. (2012A14) por­tant sur 140 000 obser­va­tions en 25 ans de la popu­la­tion sué­doise, affirment (sur la base de seules cor­ré­la­tions issues de ques­tion­naires nutri­tion­nels) que l’aug­men­ta­tion des taux de cho­les­té­rol dans la période 2004–2009 — attri­buée à la popu­la­ri­sa­tion des régimes low carb/high fat — serait un fac­teur de risque car­dio­vas­cu­laire. Mais ils en tirent un rai­son­ne­ment est d’une naï­veté déconcertante :

[…] la baisse pro­met­teuse de la mor­ta­lité par mala­die car­dio­vas­cu­laire au cours des 20 der­nières années a été attri­buée prin­ci­pa­le­ment à des dimi­nu­tions salu­taires du cho­les­té­rol san­guin, des tri­gly­cé­rides, du taba­gisme et de l’hy­per­ten­sion. La dimi­nu­tion du cho­les­té­rol seul explique 39% de la réduc­tion de la mor­ta­lité. Ainsi, la ten­dance à la hausse obser­vée depuis 2004 et l’augmentation mar­quée du cho­les­té­rol après 2007 sont une source de pro­fonde pré­oc­cu­pa­tion pour la pré­ven­tion pri­maire et secon­daire des mala­dies coronariennes.

Vers un abandon du modèle « plomberie » ?

Selon Michel de Lorgeril (page de WikipediaN49) :

La réa­lité médi­cale montre que la phrase « le cho­les­té­rol bouche les artères » est un résumé, gros­sier et faux, de la com­plexité phy­sio­lo­gique. Une plaque d’a­thé­ro­sclé­rose n’est pas consti­tuée uni­que­ment de cho­les­té­rol. Celui-ci occupe un volume entre allant 0% à 20% de la plaque. Le cho­les­té­rol, pré­sent dans le sang au sein des trans­por­teurs (VLDLN24, LDLN22, Lp(a)N25, HDLN21…), sera agglo­méré dans la plaque d’a­thé­ro­sclé­rose si le trans­por­teur est abîmé (oxydé et/ou gly­co­syléN50). Mais les acci­dents vas­cu­laires semblent plutôt liés à une inflam­ma­tion répé­tée de l’épi­thé­liumN51 des vais­seaux san­guins, inflam­ma­tion que l’a­li­men­ta­tion, les glu­cides, l’o­bé­sité, le stress et la pol­lu­tion induisent fortement.

Sylvain Duval com­mente (2013A10) :

Cela signi­fie que le régime ali­men­taire peut être une bonne mesure hygiéno-diététique, si la cible n’est pas de viser une baisse du cho­les­té­rol. La clef de la réus­site des régimes se trouve ailleurs que dans la théo­rie du cholestérol.

Rothberg, MB (2013A26) prône l’a­ban­don du modèle sim­pliste décri­vant la mala­die car­dio­vas­cu­laire comme le simple effet d’un rétré­cis­se­ment des artères : un « pro­blème de plom­be­rie » qui serait résolu par une revas­cu­la­ri­sa­tion N52 :

Nous savons que les inter­ac­tions entre la graisse dié­té­tique, le cho­les­té­rol sérique et l’endo­thé­lium arté­rielN53 sont com­plexes et dyna­miques. Bien que les sté­nosesN54 de haut niveau puissent pro­vo­quer une angineN55 chro­nique, la plu­part des évé­ne­ments car­diaques se pro­duisent lors de lésions appa­rues légères lors de l’angio­gra­phieN12 pré­cé­dente. Ces plaques contiennent un noyau riche en lipides recou­vert d’un bou­chon fibro­mique mince. Les cel­lules inflam­ma­toires (par ex. les macro­phagesN56 et les mas­to­cytesN57) dans la plaque peuvent être acti­vées par des microbes, des autoan­ti­gènesN58 ou des molé­cules inflam­ma­toires (modèle de la plaque acti­vée). Les cel­lules acti­vées sécrètent des cyto­kinesN59 et des pro­téasesN60 qui affai­blissent le capu­chon fibreux, ce qui l’en­traîne à s’é­ro­der ou à se rompre. Le sous-endo­thé­liumN53 nou­vel­le­ment exposé et les fac­teurs pro­coa­gu­lants pré­ci­pitent l’a­gré­ga­tion pla­quet­taire et la for­ma­tion locale de throm­busN16, entraî­nant par­fois un infarc­tus. Avant la rup­ture, ces plaques ne limitent pas sou­vent l’é­cou­le­ment et peuvent être invi­sibles à l’angio­gra­phieN12 et aux tests de stressN14. Elles ne sont donc pas sus­cep­tibles d’in­ter­ven­tion coro­na­rienne percutanée.

Van der Valk et al. (2016A29) ont iden­ti­fié un méca­nisme par lequel les lipoprotéines(a)N25 induisent la migra­tion de mono­cytesN61 dans la paroi arté­rielle, pro­vo­quant une réponse inflam­ma­toire par l’in­ter­mé­diaire de leur contenu en phos­pho­li­pidesN62 oxydés. L’inflammation contri­bue à la for­ma­tion de plaque et à sa fra­gi­li­sa­tion. Ils confirment ainsi que le taux de lipoprotéines(a) est un fac­teur de risque car­dio­vas­cu­laire net­te­ment plus impor­tant que celui du LDL.

Chriss KresserA16 explique par ailleurs qu’un meilleur pré­dic­teur de mala­die car­dio­vas­cu­laire ne serait pas le taux de cho­les­té­rol dans les lipo­pro­téines de faible den­sité (en abrégé, LDL‑C) mais plutôt le nombre de par­ti­cules LDL (LDL‑P) :

Les lipo­pro­téines [N20] sont comme des auto­mo­biles qui portent le cho­les­té­rol et les graisses autour de votre corps, et le cho­les­té­rol et les graisses sont comme des pas­sa­gers dans ces auto­mo­biles. Les scien­ti­fiques ont l’ha­bi­tude de croire que le nombre de pas­sa­gers dans l’au­to­mo­bile (c’est-à-dire la concen­tra­tion de cho­les­té­rol dans la par­ti­cule de LDL) est le fac­teur déter­mi­nant dans le déve­lop­pe­ment de mala­dies car­diaques. Des études plus récentes, cepen­dant, sug­gèrent que c’est le nombre d’au­to­mo­biles sur la route (c’est-à-dire les par­ti­cules de LDL) qui comptent le plus.

Les artères coro­naires sont essen­tiel­le­ment des tubes creux, et l’en­do­thé­lium (dou­blure) de l’ar­tère est très mince, l’é­pais­seur d’une seule cel­lule. Le sang, qui trans­porte des lipo­pro­téines comme le LDL, est en contact constant avec la dou­blure endo­thé­liale. Alors, pour­quoi la par­ti­cule LDL quitte-t-elle le sang pour péné­trer dans l’endo­thé­liumN53 et entrer dans la paroi de l’ar­tère ? La réponse est que c’est un phé­no­mène de gra­dient. En reve­nant à notre ana­lo­gie, plus il y a d’au­to­mo­biles sur la route, plus il est pro­bable que cer­taines d’entre elles vont « s’é­cra­ser » dans la fra­gi­lité de l’ar­tère. Ce n’est pas le nombre de pas­sa­gers (cho­les­té­rol) que les auto­mo­biles trans­portent qui est le fac­teur déter­mi­nant, mais le nombre d’au­to­mo­biles sur l’autoroute.

Davidson MH et al. (2011A6). ont véri­fié que les patients ayant un cho­les­té­rol LDL élevé (LDL‑C) et un faible nombre de par­ti­cules LDL (LDL‑P) ne pré­sen­taient pas un risque élevé de mala­die car­diaque. Au contraire, ils courent un moindre risque que les patients à faible taux de LDL‑C et à taux élevé de LDL‑P. Cette remise en cause du LDL‑C comme pré­dic­teur d’ac­ci­dents car­dio­vas­cu­laires est clai­re­ment expo­sée sur la fiche LDL de Wikipedia en anglaisN63 — alors que la fiche fran­co­phone l’i­gnore entièrement :

La concen­tra­tion des par­ti­cules de LDL [LDL‑P] et, dans une moindre mesure, leur taille, a une cor­ré­la­tion plus forte et cohé­rente avec le résul­tat cli­nique indi­vi­duel que la quan­tité de cho­les­té­rol dans les par­ti­cules de LDL, même si l’es­ti­ma­tion du LDL‑C est approxi­ma­ti­ve­ment correcte.

Kresser iden­ti­fie par ailleurs cinq causes d’un taux élevé de LDL‑P : l’insulinorésistance N64, le syn­drome méta­bo­liqueN65, un mau­vais fonc­tion­ne­ment de la thy­roïde, des infec­tions bac­té­riennes ou virales, le syn­drome de poro­sité du colonN66 ou une ano­ma­lie génétique.

Enfin, le taux de LDL oxydé (oxLDL) serait un pré­dic­teur d’a­thé­ro­sclé­rose chez les per­sonnes âgéesN67, voir Li D & Mehta JL (2005N68).

Donc ne pas faire de régime ?

Il ne fau­drait pas conclure hâti­ve­ment qu’au­cun régime ali­men­taire n’est sus­cep­tible de dimi­nuer le risque car­dio­vas­cu­laire. Certains régimes ont une inci­dence béné­fique mesu­rable, mais ce que démontrent les tra­vaux cités est que cette inci­dence n’est pas la consé­quence d’une dimi­nu­tion du taux de cho­les­té­rol.

Une des publi­ca­tions les plus sou­vent citées sur la réduc­tion du risque car­dio­vas­cu­laire asso­ciée à une meilleure hygiène ali­men­taire est l’Étude de Lyon (de Lorgeril M et al., 1999A8) qui consis­tait à suivre, sur une durée moyenne de 46 mois, des patients déjà vic­times d’un acci­dent car­dio­vas­cu­laire, à qui l’on avait pres­crit des mesures de pré­ven­tion secon­daire pour éviter une réci­dive. Cette étude a montré les effets salu­taires d’une diète médi­ter­ra­néenneN69 en com­pa­rai­son avec les habi­tudes ali­men­taires anté­rieures de ces sujets.

D’autres tra­vaux ont confirmé qu’une partie signi­fi­ca­tive de l’ef­fet pro­tec­teur d’un tel régime était un ratio oméga‑3/oméga‑6 plus élevé. En effet, la for­ma­tion de plaque d’a­thé­ro­sclé­roseN2 est for­te­ment condi­tion­née par un méca­nisme d’in­flam­ma­tion de l’épi­thé­liumN51 des artères, indé­pen­dam­ment de la pré­sence de lipo­pro­téinesN20, sous l’ef­fet de contraintes méca­niques (Hallow KM et al., 2009A11). Or les oméga‑6 aug­mentent cette inflam­ma­tion alors que les oméga‑3 la réduisent.

Alors que les Français consomment plus de graisses satu­rées que les habi­tants d’autres pays, leur taux de mala­dies coro­na­riennes est moins élevé (French para­doxN34). Par exemple, au Royaume-Uni on consomme envi­ron 13.5% des calo­ries sous forme de graisses satu­rées, contre 15.5% en France, alors que le taux de décès par mala­dies de cœur est seule­ment de 22 pour 100 000 en France contre 63 pour 100 000 au Royaume-Uni.

L’American Heart Association recom­mande de limi­ter la consom­ma­tion de graisses satu­rées à moins de 7% du total des calo­ries. Or la Lituanie, avec son taux moyen de 7.7%, est un des pays à plus forte mor­ta­lité car­diaque : 122 pour 100 000 — cité par J. MercolaN70.

Le French para­dox a trouvé une expli­ca­tion dans de nom­breuses études éta­blis­sant que la consom­ma­tion de graisses satu­rées n’est pas un fac­teur de risque de dia­bète de type 2N71 ni de mala­dies car­dio­vas­cu­laires. Voir par exemple la méta-analyse publiée en 2015 par De Souza, RJ et al.A9 dans le British Medical Journal. Les graisses hydro­gé­nées (acides gras transN72) — mar­ga­rines et autres pré­pa­ra­tions indus­trielles — sont les prin­ci­pales res­pon­sables de ces pathologies.

La méta-analyse de Siri-Tarino PW et al., 2010A28 conclut à l’ab­sence de preuve d’un lien entre la consom­ma­tion de graisses satu­rées et une mala­die coro­na­rienne, y com­pris les acci­dents car­dio­vas­cu­laires. Blekkenhorst LC et al. (2015A2) résument :

Bien qu’il y ait une forte asso­cia­tion posi­tive entre l’ap­port en acides gras satu­rés et le cho­les­té­rol LDL, le cho­les­té­rol LDL n’é­tait pas asso­cié à la mor­ta­lité par mala­die car­dio­vas­cu­laire dans cette cohorte.

Ce qui ne les empêche pas d’a­jou­ter : « Néanmoins, ces don­nées sou­tiennent les conseils dié­té­tiques pour réduire l’ap­port en acides gras saturés. »

Une étude obser­va­tion­nelle (Jakobsen MU et al., 2009A13) cou­vrant 344 000 per­sonnes pen­dant six ans sug­gère même que le rem­pla­ce­ment de graisses satu­rées par des glu­cides ou des graisses mono-insaturées (huiles végé­tales) aug­men­te­rait le risque de mala­die coronarienne.

Des équipes en lien d’in­té­rêt avec l’in­dus­trie des sta­tines s’ef­forcent de res­sus­ci­ter la croyance en une rela­tion cau­sale entre consom­ma­tion d’a­li­ments riches en cho­les­té­rol et mala­dies car­dio­vas­cu­laires. C’est le cas de Zhong, VW et al. (2019A33) décla­rant, à partir d’une méta-analyse de 6 études obser­va­tion­nelles, que la consom­ma­tion d’œufs serait asso­ciée en rela­tion « dose-dépendante » à un risque accru de mala­die car­dio­vas­cu­laire… Leur méta-analyse ne rem­plit pas les cri­tères de HillN73 per­met­tant d’in­fé­rer une cau­sa­lité à partir d’une simple cor­ré­la­tion. D’autre part, les per­sonnes rap­por­tant le plus faible apport en cho­les­té­rol ali­men­taire avaient éga­le­ment un apport éner­gé­tique signi­fi­ca­ti­ve­ment plus faible : un tiers seule­ment de l’ap­port éner­gé­tique de celles dont l’ap­port en cho­les­té­rol était le plus élevé. Zoë Harcombe sug­gère (2019N74) : « Peut-être que les gens ne man­geaient pas plus d’œufs ou de cho­les­té­rol ali­men­taire – ils étaient juste plus hon­nêtes au sujet de leur consom­ma­tion de nour­ri­ture, ou mieux à même s’en sou­ve­nir ! » Ce biais est carac­té­ris­tique de la col­lecte de don­nées « basées sur la mémoire » décrite dans mon article Faut‐il jeter les enquêtes nutritionnelles ? D’autres biais ont été sou­li­gnés, comme par exemple le fait que les don­nées nutri­tion­nelles ont été col­lec­tées une fois pour toutes au début de la période de 17 ans d’ob­ser­va­tion — comme si les habi­tudes ali­men­taires étaient res­tées iden­tiques. Enfin, il ne s’a­gis­sait pas seule­ment d’œufs mais d’a­li­ments conte­nant des œufs, ce qui inclut, chez des consom­ma­teurs nord-américains, de nom­breux pro­duits trans­for­més : crèmes gla­cées, gâteaux etc.

Les biais de col­lecte de don­nées dans les études obser­va­tion­nelles peuvent aussi affec­ter la plu­part des études citées sur cette page. Leurs conclu­sions doivent donc être lues avec un esprit cri­tique et confron­tées à celles d’autres travaux.

La consom­ma­tion de pro­duits lai­tiers (lait, fro­mage, yaourt) a été asso­ciée à une réduc­tion de la mor­ta­lité et du risque car­dio­vas­cu­laire dans l’é­tude de cohorte mul­ti­cen­trique PURE pen­dant 9 ans sur 18 pays de 5 conti­nents (2017N75) :

Un apport plus élevé de pro­duits lai­tiers totaux (> 2 por­tions par jour com­paré à l’ab­sence de prise) était asso­cié à un risque moindre de résul­tat com­po­site (HR 0,84, IC à 95%: 0,75 à 0,94 ; p = 0,0004), mor­ta­lité totale (0,83, 0,72–0,96 ; p = 0,0052), mor­ta­lité non car­dio­vas­cu­laire (0,86, 0,72 à 1,02 ; p = 0,046), mor­ta­lité car­dio­vas­cu­laire (0,77, 0,58–1,01 ; p = 0,029), mala­dies car­dio­vas­cu­laires majeures (0,78, 0,67–0,90 ; p = 0,0001) et AVC (0,66, 0,53–0,82 ; p = 0,0003).

Pour ce qui concerne le risque de mala­die coro­na­rienne, la méta-analyse de Mozaffarian D et al. (2011A17) classe en détail les influences de divers ali­ments. Une des­crip­tion claire du régime médi­ter­ra­néen popu­la­risé par l’Étude de Lyon est pré­sen­tée dans l’ou­vrage Prévenir l’in­farc­tus et l’ac­ci­dent vas­cu­laire céré­bral (de Lorgeril M, 2011B2).

De nom­breux liens vers des articles scien­ti­fiques et com­men­taires (en anglais) au sujet du cho­les­té­rol et des trai­te­ments qui lui sont asso­ciés se trouvent sur une page du site The International Network of Cholesterol SkepticsC4.

Il n’est pas anodin de signa­ler que la pré­co­ni­sa­tion de rem­pla­cer les graisses satu­rées d’o­ri­gine ani­male par des huiles végé­tales insa­tu­rées figure encore dans les recom­man­da­tions de santé publique de nom­breux pays, dont la France. La Suède a été le pre­mier pays à effec­tuer un revi­re­ment total en 2013C3… En 2015C5, le Gouvernement des USA a décidé de reti­rer sa mise en garde contre le cho­les­té­rol ali­men­taire, qui était en vigueur depuis près de 40 ans. (Voir les Dietary Guidelines for Americans 2015–2020, B5.)

Parmi les expli­ca­tions plau­sibles de la per­sis­tence de recom­man­da­tions inadé­quates, le compte-rendu de Kearns CE et al. (2016A15) révèle que la Sugar Research FoundationN76 a mani­pulé les cher­cheurs pour qu’ils dis­si­mulent le lien causal entre la consom­ma­tion de sucre et les mala­dies car­dio­vas­cu­laires. Le cho­les­té­rol a été dési­gné comme ennemi numéro 1 de la santé car­dio­vas­cu­laire à une époque où les indus­tries du tabac et de la pro­duc­tion sucrière pre­naient un essor excep­tion­nel aux USA.

Quid des médicaments ?

J’entends sou­vent dire que s’il est admis que « faire du régime » ne convient pas à tout le monde, par contre il est depuis long­temps affirmé que le contrôle médi­ca­men­taux des taux de cho­les­té­rol dimi­nue­rait signi­fi­ca­ti­ve­ment les risques d’ac­ci­dent car­dio­vas­cu­laire et d’AVC isché­mique. C’est le sujet de mon article Statines et médicaments anticholestérol.

Indubitablement, les sta­tines et autres médi­ca­ments, comme cer­tains régimes « anti-cholestérol », font bais­ser le taux de lipo­pro­téines LDL, mais nous avons vu que l’exis­tence d’un lien de cau­sa­lité entre une baisse du cho­les­té­rol et une dimi­nu­tion du risque car­dio­vas­cu­laire avait été remise en cause. Mon article montre aussi que les effets indé­si­rables de ces médi­ca­ments ont été déli­bé­ré­ment igno­rés ou sous-évalués.

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Article créé le 30/01/2017 - modifié le 3/05/2020 à 00h05

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