Choline

Publié il y a 3 semaines -


Ce qui suit est extrait d’un article (2018 lien:3qvc) de Lucy Mailing, étu­diante en thèse à l’University de l’Illinois et “staff research asso­ciate” du Kresser Institute. Ses recherches en labo­ra­toire portent sur les effets du régime ali­men­taire et de l’exercice sur le micro­biote intes­ti­nal (lien:6ve6) et leur inci­dence sur la san­té de l’intestin et de la peau (lien:h6gk).

En résu­mé, 9 Américains sur 10 n’ont pas assez de cho­line (lien:ic4l), une carence qui peut être par­ti­cu­liè­re­ment nocive pen­dant la gros­sesse. Certaines bac­té­ries intes­ti­nales, et plus géné­ra­le­ment une dys­biose intes­ti­nale (lien:fb59), contri­buent à dimi­nuer l’absorption cor­recte de la cho­line.

La cho­line rem­plit de nom­breuses fonc­tions impor­tantes dans le corps. C’est un com­po­sant essen­tiel des phos­pho­li­pides qui com­posent la struc­ture des mem­branes cel­lu­laires. La cho­line est éga­le­ment un pré­cur­seur de l’acétylcholine, un neu­ro­trans­met­teur qui joue un rôle dans la mémoire, les rythmes cir­ca­diens et le contrôle mus­cu­laire, ain­si que de la sphin­go­myé­line qui se trouve dans la gaine grais­seuse entou­rant les fibres ner­veuses et amé­liore la conduc­tion des impul­sions élec­triques. Le trans­port des graisses et du cho­les­té­rol à par­tir du foie néces­site éga­le­ment de la cho­line et une carence peut conduire à une stéa­tose hépa­tique non alcoo­lique [lien:a5en].

La cho­line est éga­le­ment une source impor­tante de groupes méthyle. L’ajout de groupes méthyle à la struc­ture de l’ADN peut acti­ver ou désac­ti­ver des gènes sans modi­fier la séquence d’ADN sous‐jacente, un pro­ces­sus connu sous le nom d’épigénétique (lien:2d27]. L’épigénétique joue un rôle impor­tant dans la san­té tout au long de la vie, mais sur­tout pen­dant la crois­sance et le déve­lop­pe­ment, car les cel­lules souches fœtales se divisent et se dif­fé­ren­cient en organes dotés de toutes sortes de fonc­tions cel­lu­laires com­plexes. Des chan­ge­ments dans la méthy­la­tion de l’ADN ont été asso­ciés au can­cer, au vieillis­se­ment, aux troubles cog­ni­tifs, à l’athérosclérose et à l’auto-immunité.

[…]

In ute­ro, le sta­tut de la cho­line a éga­le­ment des impli­ca­tions sur le déve­lop­pe­ment struc­tu­rel de l’hippocampe, la prin­ci­pale région du cer­veau res­pon­sable de l’apprentissage et de la mémoire. Un mau­vais sta­tut de cho­line mater­nelle peut éga­le­ment aug­men­ter le risque d’anomalies du tube neu­ral et nuire au déve­lop­pe­ment du cœur.

Why choline
Source : Terry Talks Nutrition

Les besoins quo­ti­diens en cho­line seraient de l’ordre de 500 mg par jour pour un adulte (plus de détails dans l’article lien:3qvc) et peuvent être le plus sim­ple­ment satis­faits par la consom­ma­tion de foie de veau (356 mg pour 85g), d’œuf entier (147 mg par uni­té) ou de viande de bœuf (117 mg pour 85g). D’autres sources moins abon­dantes sont dis­po­nibles, comme les fro­mages au lait cru, les graines de tour­ne­sol ou de citrouille et les amandes (60 mg par tasse) ain­si que des légumes comme le chou‐fleur et le broc­co­li (65 mg par tasse). La connais­sance de ces sources évite, chez un indi­vi­du en bonne san­té, tout recours à une sup­plé­men­ta­tion.

Lucy Mailing aborde ensuite la ques­tion du rôle des bac­té­ries intes­ti­nales dans l’assimilation de la cho­line. Les besoins quo­ti­diens que les nutri­tion­nistes ont quan­ti­fiés sont remis en ques­tion par la varia­bi­li­té de la popu­la­tion bac­té­rienne intes­ti­nale (le micro­biote lien:6ve6).

➡ Cette remarque s’applique d’ailleurs pro­ba­ble­ment à la majo­ri­té des nutri­ments, mais l’étude de Lucy Mailing sur la cho­line illustre la com­plexi­té des méca­nismes en jeu.

La colo­ni­sa­tion bac­té­rienne de l’intestin grêle (SIBOlien:k4ir ou lien:zezh en fran­çais) impacte sérieu­se­ment la bio­dis­po­ni­bi­li­té de la cho­line. Une muta­tion d’Escherichia coli (lien:gqpm) entre en com­pé­ti­tion avec les hôtes de la cho­line et entraînent sa carence même si l’apport nutri­tion­nel est nor­mal. (Le SIBO est par ailleurs cause de carences en fer et vita­mine B12.) Pour lut­ter contre une défi­cience en cho­line il est donc pri­mor­dial de soi­gner le syn­drome de sur­charge bac­té­rienne dans l’intestin (SIBO).

Le TMAO

[…] Le méta­bo­lisme bac­té­rien de la cho­line entraîne éga­le­ment des taux sériques éle­vés de TMAO (N‐oxyde de tri­mé­thy­la­mine lien:aufg). Le TMAO a reçu beau­coup d’attention pour ses asso­cia­tions avec les mala­dies car­dio­vas­cu­laires [lien:q5vc]. Les bac­té­ries conver­tissent la cho­line en TMA, qui est ensuite oxy­dée dans le foie en TMAO.

[…]

Une faible concen­tra­tion en cho­line sérique a ten­dance à être asso­ciée à un TMAO éle­vé, et inver­se­ment. Si le TMAO était prin­ci­pa­le­ment pro­duit à par­tir d’un « excé­dent » de cho­line dans le côlon, nous ne ver­rions pro­ba­ble­ment pas cette rela­tion. Cela sug­gère que les per­sonnes avec un TMAO éle­vé ont très pro­ba­ble­ment une forme de SIBO [syn­drome de sur­charge bac­té­rienne dans l’intestin], ce qui explique mieux le lien qui existe entre le SIBO et les mala­dies car­dio­vas­cu­laires. En effet, une étude de 2017 a confir­mé que le TMA n’est absor­bé que dans l’intestin grêle. De plus, une dose aiguë de rifaxi­min, l’antibiotique non résor­bable le plus cou­ram­ment uti­li­sé pour trai­ter le SIBO, peut réduire les taux sériques de TMAO [lien:7yn1] !

La bétaïne

Un des rôles phy­sio­lo­giques les plus impor­tants de la cho­line est la pro­duc­tion de groupes méthyle. Or ce pro­ces­sus néces­site la conver­sion préa­lable de la cho­line en bétaïne (lien:feky).

La bétaïne ne peut pas satis­faire com­plè­te­ment les besoins en cho­line, car la cho­line a plu­sieurs fonc­tions en plus de la méthy­la­tion, mais elle peut aider à pré­ve­nir cer­taines des consé­quences épi­gé­né­tiques de la carence en cho­line.

Bien que la bétaïne puisse éga­le­ment être consom­mée par les microbes (et conduire à la pro­duc­tion de TMAO), elle est prin­ci­pa­le­ment absor­bée haut dans l’intestin grêle proxi­mal (supé­rieur), tan­dis que la cho­line est absor­bée plus bas, prin­ci­pa­le­ment dans l’intestin grêle dis­tal (infé­rieur) (…). Étant don­né que le SIBO est plus com­mun dans l’intestin grêle dis­tal, cela signi­fie que, théo­ri­que­ment, la bétaïne peut avoir une meilleure chance d’être absor­bée que la cho­line. Bien sûr, tout cela n’est que spé­cu­la­tion et j’espère voir davan­tage d’études dans ce domaine.

La consom­ma­tion d’aliments riches en bétaïne (bet­te­raves, épi­nards, patate douce prin­ci­pa­le­ment) pour­rait donc aider à com­pen­ser une carence en cho­line. L’auteure recom­mande par ailleurs un com­plé­ment ali­men­taire (betaine HCI, lien:vccp) qui peut aider ceux qui souffrent de sur­charge bac­té­rienne dans l’intestin.


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