Cardiovasculaires

Je suis à l’hôpital !

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(27/11/2016) Le titre sur­pren­dra mes proches qui savent que je n’ai pas eu de recours à un trai­te­ment médi­cal depuis plu­sieurs décen­nies, hormis les soins den­taires ! Pourtant, je com­mence la rédac­tion de cet article dans une chambre d’hô­pi­tal, après la pose d’un stentN1 dans une artère coro­naire. On peut tirer quelques leçons du récit de cet évé­ne­ment, bien qu’il ait une valeur pure­ment anec­do­tique…

Au mois d’août, j’ai eu un pre­mier aver­tis­se­ment de ce qui s’est révélé une occlu­sion totale chro­nique d’une artère coro­naireN2 : des four­mille­ments désa­gréables dans les bras (pares­thé­sieN3) à l’oc­ca­sion d’ef­forts pro­lon­gés. Ce signal appa­rais­sait au début de ma pro­me­nade quo­ti­dienne, cor­res­pon­dant à une tren­taine de minutes de marche sur une forte décli­vité. Il ne s’est jamais mani­festé pen­dant la pra­tique d’exer­cices de haute inten­sité (HIIT, voir mon article sur ce sujet) en raison de la briè­veté de l’ef­fort. Dans la marche, il dis­pa­rais­sait lorsque je ralen­tis­sais la cadence en res­pi­rant plus pro­fon­dé­ment.

J’ai aus­si­tôt décidé de consul­ter un car­dio­logue pour un test de résis­tance à l’ef­fortN4, mais ce projet a été retardé par d’autres acti­vi­tés. Je véri­fiais régu­liè­re­ment ma ten­sion arté­rielle ainsi que, pen­dant l’ef­fort, la satu­ra­tion pulsée en oxy­gèneN5 qui res­taient toutes deux dans des marges accep­tables. Mais j’ai trop attendu.

Sommaire

Urgence

Vendredi der­nier, j’ai res­senti les four­mille­ments en début d’ef­fort. Ma pres­sion san­guine sys­to­lique était plus élevée que les jours pré­cé­dents. Après avoir hésité entre contac­ter un car­dio­logue pour un examen immé­diat ou se dépla­cer aux urgences de l’hô­pi­tal le plus proche, nous avons décidé d’ap­pel­ler le SAMUN6. Très vite, nous avons vu arri­ver les pom­piers suivis du SMURN7. Il y avait une bonne dizaine d’in­ter­ve­nants dans la pièce. J’ai été impres­sionné par la coor­di­na­tion des tâches, l’as­su­rance de toute l’é­quipe dans ses gestes tech­niques, et ses expli­ca­tions claires qui anti­ci­paient mes ques­tions.

J’ai songé pen­dant tout le trajet en ambu­lance aux mil­lions de per­sonnes qui ne peuvent pas béné­fi­cier d’un tel accès aux soins. Soit qu’elles vivent dans des pays en guerre, soit dans des régions pau­vre­ment équi­pées ou iso­lées. À l’hô­pi­tal j’ai eu des sueurs froides en essayant d’i­ma­gi­ner l’hor­reur d’un bom­bar­de­ment ou d’un trem­ble­ment de terre.

L’intervention

stent
Angioplastie coro­naire avec pose de stent
Source : N8.
Voir aussi la vidéo : N9.

Le méde­cin qui m’ac­com­pa­gnait dans l’am­bu­lance a pris le temps d’ex­pli­quer ce que j’a­vais besoin de savoir sur cette occlu­sion dépis­tée par l’élec­tro­car­dio­gramme, et l’angio­plas­tie coro­naireN10 qui s’en­sui­vrait en cas de confir­ma­tion. L’intervention a débuté dès mon arri­vée à l’hô­pi­tal. Ici encore, j’ai observé avec admi­ra­tion l’ef­fi­ca­cité de l’é­quipe soi­gnante qui tra­vaillait très cal­me­ment dans une atmo­sphère convi­viale. Je savais que toute erreur ou négli­gence pour­rait avoir de graves consé­quences, mais la situa­tion était par­fai­te­ment maî­tri­sée, fai­sant presque oublier la haute tech­ni­cité du soin.

Émerveillé aussi par le dis­po­si­tif d’i­ma­ge­rie qui a permis d’i­den­ti­fier les artères fau­tives avant même que j’aie réa­lisé que l’in­jec­tion d’iode dans le cœur avait été réa­li­sée. Une artère bis­sec­trice obs­truée a donc été soi­gnée grâce à la pose d’un stent actifN1. Opération tota­le­ment indo­lore, et récu­pé­ra­tion rapide dans les jours qui ont suivi.

Ce que j’en ai tiré

En publiant ces détails, j’ai conscience du déca­lage entre mon témoi­gnage et celui de per­sonnes ter­ras­sées par un infarc­tus du myo­cardeN11. La dou­leur aurait pu être très intense, aug­men­tée de la panique causée par une sous-oxygénation (que je n’ai pas res­sen­tie). Tout dépend, bien sûr, de la gra­vité et de l’emplacement des obs­truc­tions arté­rielles : le méca­nisme en œuvre dans un infarc­tus rap­pelle celui, encore plus dra­ma­tique, d’un acci­dent vas­cu­laire céré­bralN12.

J’ai eu la chance de béné­fi­cier de soins immé­diats pour une affec­tion à haut risque bien qu’in­do­lore. L’appel du SAMU s’est révélé une meilleure déci­sion que le dépla­ce­ment aux urgences d’un hôpi­tal proche.

Mon cœur est en bonne santé, ce que les exa­mens ont confirmé, bien qu’il ait été sol­li­cité pen­dant quelques heures pour main­te­nir une plus forte pres­sion san­guine. La tro­po­nineN13 était redes­cen­due à 15 ng/l deux jours plus tard. Le rythme car­diaque est resté stable pen­dant la crise et l’in­ter­ven­tion comme l’in­dique le compte-rendu : ten­sion arté­rielle 135/70 mmHg, fré­quence car­diaque 54 bpm à l’ad­mis­sion dans le ser­vice de car­dio­lo­gie. Donc, visi­ble­ment, pas de nécrose du myo­cardeN14, ce qui a été confirmé ulté­rieu­re­ment.

Il sub­sis­tait des sté­noses signi­fi­ca­tives de la pre­mière et deuxième dia­go­nale, de l’ar­tère inter­ven­tri­cu­laire anté­rieure moyenne, et une non-significative de l’ar­tère inter­ven­tri­cu­laire anté­rieure proxi­male. Ce qui explique que mon souffle est resté limité en atten­dant la seconde inter­ven­tion…

Les suites

(16/12/2016) La seconde inter­ven­tion a eu lieu hier dans d’ex­cel­lentes condi­tions, tou­jours avec la même équipe. Pose d’un deuxième stent actif en un point bien cal­culé (artère inter­ven­tri­cu­laire anté­rieure moyenne) qui devrait suf­fire à réta­blir un fonc­tion­ne­ment normal.

(31/01/2017) Extrait d’un échange avec un car­dio­logue qui s’in­quié­tait de mon refus de prendre un béta-bloquant (voir ci-dessous) :

— Mon rythme car­diaque au repos étant infé­rieur à 60 bpm, le béta-bloquant est contre-indiqué.
— Comment pouvez-vous le savoir ?
— C’est sur la fiche de l’ANSMN15.
— Vous savez, ils écrivent n’im­porte quoi !
— Mais c’est aussi pré­cisé sur la notice du médi­ca­ment…
— Monsieur, je vais vous dire une chose : un BON patient doit suivre la pres­crip­tion de son méde­cin et ne JAMAIS lire les notices des médi­ca­ments !

Voilà qui peut donner une idée de la manière dont de nom­breux pra­ti­ciens entendent le « consen­te­ment éclairé » qui est un des piliers du Code de la santé publique… Je pas­se­rai sur les nom­breuses contre­vé­ri­tés débi­tées par la majo­rité de ceux que j’ai consul­tés dans ce contexte de soin. Dans ce domaine aussi, les méde­cins appliquent ce qu’ils ont appris vingt ans plus tôt sur les bancs de la faculté, ne lisent pas la presse scien­ti­fique et se satis­font des élé­ments de lan­gage four­nis par les labos phar­ma­ceu­tiques — je les ai enten­dus répé­ter mot à mot les mêmes phrases. Il est scan­da­leux pour le monde uni­ver­si­taire que leurs patients se croient obli­gés de les appe­ler « doc­teur ».

(25/02/2017) J’ai eu par deux fois des écho­gra­phies du cœur qui ont confirmé l’ab­sence de nécrose et un fonc­tion­ne­ment normal. Cette semaine, le test de résis­tance à l’ef­fortN4 a indi­qué une consom­ma­tion maxi­male d’oxy­gène (VO2maxN16) à 107% de celle d’un indi­vidu moyen du même âge. J’ai encore un peu d’es­souf­fle­ment quand je four­nis un effort sans échauf­fe­ment, mais pas de gêne par la suite. Cet essouf­fle­ment ini­tial qui per­siste les mois sui­vants malgré l’en­traî­ne­ment, me fait soup­çon­ner que d’autres stents auraient été néces­saires.

La car­dio­logue du centre de réha­bi­li­ta­tion car­dio­lo­gique a vu rouge quand je lui ai confié que la hausse de mon taux de LDL‑C à 1.55 g/l était « soit sans inté­rêt soit une bonne nou­velle »… et que je refu­sais par consé­quent sa pres­crip­tion de sta­tine. Ce taux est d’ailleurs redes­cendu à 1.39 g/l les mois sui­vants, sans régime ni trai­te­ment. Je lui ai laissé en sou­ve­nir de mon pas­sage une biblio­gra­phie de publi­ca­tions sur le cho­les­té­rol — voir mon article Pourquoi diminuer le cholestérol ?… Un récit de mes visites dans ce centre figure dans l’ar­ticle Réhabilitation cardiologique.

(27/10/2017) Dans le cadre de consul­ta­tions médi­cales en Allemagne, j’ai béné­fi­cié d’un examen san­guin mesu­rant les fac­teurs de risque les plus per­ti­nents selon les études récentes : lipo­pro­téine (a) (voir Van der Valk et al., 2016N17), LDL oxydéN18, homo­cys­téineN19 et fibri­no­gèneN20. Tous les taux mesu­rés sont dans la four­chette favo­rable. La pro­téine C‑réactiveN21 qui avait atteint en sep­tembre le taux inquié­tant de 18 mg/l est redes­cen­due à 0.63 mg/l — voir mon article Protéine C-réactive : panique !

(3/12/2017) Ma capa­cité d’oxy­gé­na­tion a un peu aug­menté ces der­niers mois, tout en res­tant insuf­fi­sante pen­dant le pre­mier quart d’heure d’ex­po­si­tion à un effort en « cardio » (marche rapide etc.). J’ai donc passé une écho­gra­phie de stress qui a ren­forcé la sus­pi­cion que la cir­cu­la­tion dans les artères coro­naires pour­rait être insuf­fi­sante.

Le car­dio­logue a pres­crit, comme je l’es­pé­rais, une nou­velle angio­gra­phie. Par contre, c’est pro­ba­ble­ment la der­nière fois que je consulte un car­dio­logue en France… Celui-ci avoue même ne pas savoir en quoi consiste la co-enzyme Q10N22 alors qu’il pres­crit des sta­tines à tout va !

Extrait de notre conver­sa­tion — il savait que j’é­tais docu­men­ta­liste :

— Votre taux de HDL est un peu trop élevé. Toutes les études scien­ti­fiques ont montré qu’il fau­drait le rame­ner à moins de 1 g/l.
— Ah ? Puisque toutes les études le disent, montrez-moi une seule étude qui l’ait prouvé !
— …
— Parce que ce seuil de 1 g/l relève d’une déci­sion de consen­sus. Aucune étude ne le jus­ti­fie [Ravnskov, U et al., 2018N23]. Du reste, il a été réduit à 0.7 g/l avec pour seul résul­tat de faire vendre des sta­tines !
— Monsieur, je suis votre méde­cin, vous êtes mon patient… Si vous mettez en doute ce que je dis… Je n’ai pas le temps de lire les publi­ca­tions scien­ti­fiques. Pour que je vous soigne, il faut qu’il y ait une rela­tion de confiance entre nous.
Je n’ai pas pris le temps d’é­vo­quer le contrat de soin ni de rap­pe­ler que, selon l’ar­rêt Mercier (1936), les soins médi­caux doivent être conformes aux don­nées acquises de la science. J’étais tenté de dire que je ne le consul­tais pas pour être soigné, uni­que­ment pour son diag­nos­tic, mais cela aurait pu mettre fin à notre échange. Je lui ai donc répondu :
— Je vous fais plei­ne­ment confiance chaque fois que vos propos sont en accord avec les don­nées acquises de la science.

(9/12/2017) Nouvelle angio­gra­phie suivie, comme je l’es­pé­rais, de la pose de 2 stents sup­plé­men­taires. Ceux qui ont été posés l’an der­nier fonc­tionnent bien. Le méde­cin, averti par mon dos­sier que je refuse de prendre des sta­tines, annonce fiè­re­ment avoir « vu mon cho­les­té­rol » ! J’ironise sur les pro­grès spec­ta­cu­laires de son maté­riel d’i­ma­ge­rie… lui fai­sant recon­naître qu’il n’a fait que consta­ter l’exis­tence de sté­noses en éva­luant les rétré­cis­se­ments des artères coro­naires, et que la plaque d’a­thé­ro­sclé­roseN24 contient d’autres maté­riaux que le cho­les­té­rol. Notamment de la fibrine et du cal­cium décelé en sep­tembre lors d’une écho­gra­phie des vais­seaux des membres infé­rieurs. Une longue période de carence en vita­mine K2 pour­rait y avoir contri­bué. Il déclare, pour clore le débat, que « mon pro­blème n’est pas le cho­les­té­rol » mais s’ar­range quand même pour me pres­crire du Crestor® « à prendre un tout petit peu de temps en temps » (sic) pour « soi­gner l’in­flam­ma­tion » (resic).

(31/12/2017) Depuis la troi­sième angio­plas­tie j’ai récu­péré une pleine capa­cité res­pi­ra­toire : aucun essouf­fle­ment en début d’ef­fort. Je conti­nue le trai­te­ment de méde­cine ortho­mo­lé­cu­laireN25 qui m’a été pres­crit en Allemagne.

(20/08/2018) J’ai inté­gré à mon entraî­ne­ment un dosage adé­quat d’exer­cice d’en­du­rance suite à la lec­ture des ouvrages du Dr. Philip Maffetone (2010N26 ; 2015N27) indi­quant com­ment aug­men­ter à tout âge la consom­ma­tion maxi­male d’oxygène (VO2maxN16). La pro­gres­sion est mesu­rable au quo­ti­dien via le fonc­tion­ne­ment aréo­bie maxi­mum (MAF) — voir mon article Exercice d'endurance.

Rien à signa­ler par la suite…

Quelques réserves

Je ne suis pas convaincu de la per­ti­nence des trai­te­ments médi­ca­men­teux qui m’ont été donnés à titre « pré­ven­tif » pour éviter une réci­dive. Comme j’ai eu l’oc­ca­sion de le consta­ter en obs­té­trique (dans les asso­cia­tions d’u­sa­gers), les pro­fes­sion­nels de santé sont plus atten­tifs au risque juri­dique qu’au risque médi­cal : un patient pour­rait avoir gain de cause pour un défaut de pres­crip­tion, alors qu’un abus de pres­crip­tion ou d’in­ter­ven­tion ne sera pas sanc­tionné même s’il a pu induire des effets indé­si­rables — preuve tou­jours dif­fi­cile à éta­blir.

Ma prin­ci­pale réserve concerne la pres­crip­tion sys­té­ma­tique de sta­tines sans consen­te­ment éclairé du patient dès sa pre­mière hos­pi­ta­li­sa­tion. Ce sujet a long­temps fait l’ob­jet de contro­verses dans le milieu de la recherche. Bien que le débat soit clos pour les cher­cheurs indé­pen­dants, la croyance reste domi­nante — voir mon article Pourquoi diminuer le cholestérol ? — que les acci­dents vas­cu­laires auraient pour cause prin­ci­pale un taux élevé de « mau­vais cho­les­té­rol » — les lipo­pro­téines de basse den­sitéN28 et les tri­gly­cé­ridesN29. Or, dans mon cas, à la pre­mière hos­pi­ta­li­sa­tion les LDL‑C étaient à 1.13 g/l (< 1.6) et les HDL à 0.42 g/l (> 0.4) pour un taux de tri­gly­cé­rides de 0.79 g/l (< 1.5). Malgré cela, j’ai décou­vert une sta­tine « à titre pré­ven­tif » dans mon cock­tail de médi­ca­ments ! Plus grave, de l’ator­vas­ta­tineN30 qui n’a pas d’in­di­ca­tion vali­dée en pré­ven­tion secon­daire (HAS 2010N31, p. 5) et pré­sente le plus haut risque d’in­duc­tion d’un dia­bète de type 2N32 comme l’ont signalé, entre autres, Cederberg H et al. (2015N33).

Il est vrai qu’à ma sortie l’a­tor­vas­ta­tine a été rem­pla­cée par de la pra­vas­ta­tineN34 qui mini­mise ce risque, mais cette pres­crip­tion, si elle avait été jus­ti­fiée, aurait dû être com­plé­tée par celle d’ubi­qui­nolN35 pour éviter une chute dra­ma­tique du taux de coen­zyme Q10N22 qui affecte la santé car­diaqueN36 — voir mon article Compléments alimentaires. Quand j’ai demandé un dosage de coen­zyme Q10 dans mon bilan san­guin, la car­dio­logue a tenté de m’en dis­sua­der avec cet argu­ment impa­rable : « Ce n’est pas rem­boursé ! »

L’insistance de tous les car­dio­logues sur la pres­crip­tion de sta­tines m’a incité à entre­prendre une recherche docu­men­taire, pen­dant plu­sieurs mois, avec pour résul­tat l’ar­ticle Statines et médicaments anticholestérol.

Dans un entre­tien sur Arte (2017N37), Dominique Dupagne explique qu’en pré­ven­tion secon­daire (après un acci­dent car­dio­vas­cu­laire) il confir­me­rait la pres­crip­tion de sta­tines, mais sans mesu­rer le cho­les­té­rol puisque leur effet pro­tec­teur n’a rien à voir avec la baisse du taux de LDL — leur effet prin­ci­pal. C’est ce qu’on appelle un effet pléio­trope du médi­ca­ment. Le posi­tion­ne­ment de Dupagne concorde avec celui de l’American Heart Association : « […] il n’y a aucune preuve pour sou­te­nir qu’une valeur de cible est la meilleure » (2013N38).

On attri­bue aux sta­tines un effet anti-inflammatoire, invo­quant une expli­ca­tion du méca­nisme de l’a­thé­ro­sclé­rose qui n’a rien à voir avec le cho­les­té­rol (voir Miller DW, 2015N39, p. 55). C’est ce qui m’a été pro­posé fin 2017 par le méde­cin qui connais­sait mon oppo­si­tion aux sta­tines : « Dans votre cas, le pro­blème n’est pas le cho­les­té­rol mais l’in­flam­ma­tion. Je vous pres­cris donc du Crestor® [rosu­vas­ta­tineN40] pour son effet anti-inflammatoire. » J’ai failli m’é­tran­gler car la rosu­vas­ta­tine n’a pas reçu d’au­to­ri­sa­tion de mise sur le marché (AMM) en pré­ven­tion secon­daire (N31 page 5) ! Une amé­lio­ra­tion de l’hy­giène de vie, asso­ciée si néces­saire à d’autres trai­te­ments sans les effets indé­si­rables des sta­tines, exerce bien plus effi­ca­ce­ment un effet anti-inflammatoire — voir mon article Soigner ses artères.

En réa­lité, pres­crire une sta­tine en pré­ven­tion secon­daire mini­mise le risque juri­diqueN41 pour un car­dio­logue ou un méde­cin géné­ra­liste, à défaut de dimi­nuer le risque médi­cal. En effet, les études (en expé­ri­men­ta­tion ani­male) qui mettent en exergue des effets mar­gi­naux de pro­tec­tion des sta­tines ont omis d’en mesu­rer l’in­ci­dence sur l’es­pé­rance de vie des patients, ce qui était le résul­tat attendu en matière de pro­tec­tion. Il fau­drait aussi rap­pe­ler à cer­tains pra­ti­ciens que, selon l’ar­ticle 39 du Code de déon­to­lo­gie médi­caleN42, « les méde­cins ne peuvent pro­po­ser aux malades ou à leur entou­rage comme salu­taire ou sans danger un remède ou un pro­cédé illu­soire ou insuf­fi­sam­ment éprouvé ».

L’utilisation à large échelle d’un médi­ca­ment détourné de son uti­li­sa­tion ini­tiale pour ses seuls effets pléio­tropes a dra­ma­ti­que­ment montré ses limites dans l’affaire du MediatorN43. On peut s’at­tendre, au niveau d’u­ti­li­sa­tion des sta­tines qui touche plus de 10% des Français, à un scan­dale sani­taire d’une ampleur bien plus consi­dé­rable.

Autre réserve concer­nant la pres­crip­tion sys­té­ma­tique d’un bêta-bloquant (BisoprololN44) (voir ci-dessus, 31 jan­vier) avec un rythme car­diaque au repos infé­rieur à 60 bpm — contre-indication selon la fiche de l’ANSMN15. Mon rythme au repos est proche de 52 bpm. Il y a aucun avan­tage, en termes d’es­pé­rance de vie, à pres­crire des bêta-bloquants en l’ab­sence d’in­suf­fi­sance car­diaque (Dondo B et al., 2017N45).

Enfin, un inhi­bi­teur de la pompe à pro­tons (IPPN46) sup­posé pro­té­ger contre une hémor­ra­gie diges­tive par­fois induite par la consom­ma­tion d’as­pi­rine fai­sait aussi partie de la pres­crip­tion. La moindre pré­cau­tion serait de véri­fier en pre­mier l’exis­tence de cette gêne, car ces médi­ca­ments ont d’im­por­tants effets secon­daires (Xie Y et al., 2017N47). Le Journal International de Médecine a écrit à ce sujet (Les IPP, moins inno­cents qu’il n’y paraît, N48) :

Les résul­tats de cette étude, mon­trant une aug­men­ta­tion du risque de décès chez les uti­li­sa­teurs et par­ti­cu­liè­re­ment ceux sans patho­lo­gie gastro-intestinale et trai­tés au long cours, devraient encou­ra­ger la phar­ma­co­vi­gi­lance et inci­ter les pra­ti­ciens à rééva­luer chaque pres­crip­tion en fonc­tion de l’indication.

Un article expo­sant le danger d’une pres­crip­tion au long cours d’IPP a été publié par Dr. Vincent Reliquet (2018N49). Entre autres, un suivi de 73000 patients de plus de 75 ans a mesuré que le risque de démence était aug­menté de 44% après 4 mois de trai­te­ment par IPP.

La prévention

On peut épi­lo­guer sur les causes de mala­die coro­na­rienneN50. Sauf l’o­bé­sité qui a été mon lot pen­dant plu­sieurs décen­nies, aucun des fac­teurs de risque conven­tion­nels n’est véri­fié dans mon cas : taba­gisme, hyper­ten­sion arté­rielleN51, dia­bète de type2N32, dys­li­pi­dé­mie. Le fac­teur ins­crit dans mon dos­sier était « l’hé­ré­dité » mais cette expli­ca­tion « par défaut » m’a fait sou­rire… L’exposition à une atmo­sphère riche en par­ti­cules fines pen­dant douze années dans une ville très pol­luée (New Delhi) a pu contri­buer à l’inflam­ma­tion sys­té­mique chro­niqueN52.

Je paie sur­tout le prix de trois décen­nies de quasi-sédentarité et de nutri­tion sans dis­cer­ne­ment, dans une mou­vance végé­ta­rienne (quasi végé­ta­lienne) entraî­nant une consom­ma­tion exces­sive de glu­cides et une carence en vita­mine K2 qui a pu contri­buer à une cal­ci­fi­ca­tion des artères. Pour ce qui concerne l’hyper­ten­sionN51, mes para­mètres étaient dans le vert selon les recom­man­da­tions de l’American Medical AssociationN53. Par contre, au niveau vas­cu­laire, la plaque d’athé­ro­sclé­roseN24 ne se résorbe pas par magie au bout de quelques années de vie saine. Soit les artères sont encore assez souples pour se dila­ter et com­pen­ser la sté­nose, soit la cir­cu­la­tion devient défi­ciente et les ennuis com­mencent. Enfin, j’ai men­tionné dans l’ar­ticle Entraînement fractionné de haute intensité – pratique que la pra­tique de sprint selon le pro­to­cole Tabata aurait pu contri­buer à déta­cher des frag­ments de plaque d’a­thé­ro­sclé­rose.

J’insiste une nou­velle fois sur l’im­por­tance d’un suivi car­dio­lo­gique régu­lier pour la pra­tique spor­tive lors­qu’on a dépassé un « cer­tain âge » — à chacun de déci­der lequel. Il faut signa­ler au car­dio­logue qu’on pra­tique « du sport » pour qu’il mette en œuvre une pro­cé­dure adap­tée aux condi­tions de cette pra­tique en signa­lant la zone dan­ge­reuse. Déterminer, par exemple, le rythme car­diaque qu’on peut viser en toute sécu­rité dans les exer­cices de « cardio » — voir les recom­man­da­tions de Phil Maffetone mon article Exercice d'endurance.

Il reste à espé­rer un trans­fert de com­pé­tences d’une méde­cine du sport qui s’in­té­resse aux per­for­mances d’ath­lètes, natu­rel­le­ment moins expo­sés aux patho­lo­gies, vers une méde­cine pré­ven­tive qui amé­lio­rera la lon­gé­vité dans une popu­la­tion vieillis­sante peu inci­tée à l’exer­cice et mal infor­mée sur la nutri­tion. Comme l’é­crit Michel de Lorgeril dans Prévenir l’in­farc­tus et l’ac­ci­dent vas­cu­laire céré­bral (2011N54) :

Les car­dio­logues sont rare­ment très dis­po­nibles. Quand ils sont aux urgences en train de débou­cher des artères — ce ser­vice est géné­ra­le­ment offert 24 heures sur 24 — ils ne sont pas en train d’é­tu­dier la nutri­tion pré­ven­tive. On ne peut pas deman­der à des méde­cins astreints à une car­dio­lo­gie de l’ur­gence, sou­vent acro­ba­tique, d’être aussi des adeptes de la méde­cine anti­stress ou de la diète médi­ter­ra­néenne. Ils peuvent sym­pa­thi­ser avec ces concepts, ils ne peuvent en être des bons pra­ti­quants.

[…] De plus en plus de méde­cins et car­dio­logues ont com­pris l’im­por­tance de la pré­ven­tion. Malheureusement, ils en ont sou­vent une vision médi­ca­men­teuse, influen­cée par l’in­dus­trie pha­ra­ma­ceu­tique.

Note d’ambiance

Les réseaux sociaux et les blogs sont satu­rés de témoi­gnages néga­tifs sur les soins dans les hôpi­taux. J’en ai lu et par­tagé des cen­taines dans les asso­cia­tions d’u­sa­gers de la péri­na­ta­lité. La plu­part des échanges dénoncent des dys­fonc­tion­ne­ments du sys­tème de santé, des erreurs médi­cales ou des man­que­ments à la déon­to­lo­gie de plus en plus poin­tés du doigt comme autant de « vio­lences ». C’est pour­quoi j’es­time utile la publi­ca­tion d’un récit qui témoigne qu’un per­son­nel qua­li­fié peut faire du tra­vail effi­cace s’il est bien outillé et dans son domaine de com­pé­tence.

Dans les situa­tions d’ur­gence ces qua­li­tés sont indu­bi­ta­ble­ment mises en exergue : l’ac­tua­lité télé­vi­sée dif­fuse chaque jour des images de la prise en charge exem­plaire de vic­times de cala­mi­tés natu­relles ou d’at­ten­tats. Par contre, dans le quo­ti­dien ordi­naire, les défauts du sys­tème res­sur­gissent. Il faut faire avec… Le plus gênant, à ce que j’ai vu, est l’ab­sence d’in­for­ma­tion des patients sur les médi­ca­ments qui leur sont admi­nis­trés. On en obtient la liste sous la dictée, mais il faut la deman­der et aller véri­fier soi-même les infor­ma­tions sur des contre-indications. La pra­tique du consen­te­ment éclairé tel que décrit en France dans le Code de la Santé PubliqueN55 impli­que­rait — hors situa­tion d’ur­gence — un débat entre patient et méde­cin sur la balance bénéfice-risqueN56 de tout trai­te­ment.

Dans le ser­vice où j’ai été soigné, les méde­cins ont fait preuve d’at­ten­tion et de capa­cité à com­mu­ni­quer, cer­tains pre­nant même par­fois l’i­ni­tia­tive d’ex­po­ser et expli­quer leurs obser­va­tions. C’est à leurs patients qu’il appar­tient d’en­cou­ra­ger cette ouver­ture d’es­prit.

▷ Liens

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- On peut aussi consul­ter le ser­veur de liens https://​leti​.lt/​l​i​ens et la liste des pages cibles https://​leti​.lt/​l​i​ste.

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  • N2 · xrt5 · Occlusion totale chro­nique d’une artère coro­naire – Wikipedia
  • N3 · v2hy · Paresthésie – Wikipedia
  • N4 · se8i · Épreuve d’ef­fort – Wikipedia
  • N5 · 1wh5 · Désaturation en oxy­gène – Wikipedia
  • N6 · zf2y · Service d’aide médi­cale urgente – Wikipedia
  • N7 · 3soi · Service mobile d’ur­gence et de réani­ma­tion – Wikipedia
  • N8 · df2s · What Is Percutaneous Coronary Intervention ?
  • N9 · ns68 · Vidéo “Coronaires : retrou­vez la lumière”
  • N10 · 55c4 · Angioplastie coro­naire – Wikipedia
  • N11 · 5m77 · Infarctus du myo­carde – Wikipedia
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  • N56 · km36 · Balance bénéfice-risque – Wikipedia

Article créé le 27/11/2016 - modifié le 18/06/2020 à 07h16

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