Entraînement fractionné de haute intensité - théorie

Publié il y a 1 année - 2


L’entraînement frac­tionné de haute inten­sité (High-Intensity Interval Training, HIIT) est un mode d’entraînement frac­tionné visant un ren­for­ce­ment de la condi­tion phy­sique par de brèves séances (de 15 à 30 minutes) d’exercices en anaé­ro­bie (lien:k83f) (éga­le­ment dits « de car­dio »).

(Définition sur Wikipedia lien:w6ci)

Le HIIT est une des variantes de ce qu’on appelle com­mu­né­ment exer­cice contre résis­tance, incluant l’aspect « haute inten­sité » qui n’est pas expli­cite dans la défi­ni­tion de Wikipedia (voir plus bas). D’autre part, nous ver­rons qu’il peut aussi être exercé en aéro­bie (lien:kpsf). Cette défi­ni­tion est donc trop restrictive.

Toujours selon Wikipedia, le HIIT serait des­tiné aux spor­tifs « de haut niveau ».

Je n’ai pas encore fait la connais­sance de spor­tif de « bas niveau »…  😉

L’article pré­cise tou­te­fois que le HIIT serait utile dans la pré­ven­tion du dia­bète de type 2 (lien:a3u9) auprès des popu­la­tions jeunes. Mais la publi­ca­tion à l’origine de cette pro­po­si­tion (Babraj JA et al., 2009 lien:vcdq) conclut plus lar­ge­ment à une meilleure régu­la­tion du méta­bo­lisme de l’insuline, et pas seule­ment en pré­ven­tion du dia­bète. Les auteurs écrivent :

Ce nou­veau para­digme d’entraînement effi­cace au niveau du temps peut être uti­lisé comme une stra­té­gie pour réduire les fac­teurs de risque méta­bo­liques chez des popu­la­tions séden­taires jeunes ou moyen­ne­ment âgées, qui sans cela ne s’adonneraient pas à de longs entraî­ne­ments aéro­bies.

Nous abor­dons le HIIT dans les ate­liers « Santé auto­nome » (lien:9niq) en asso­cia­tion avec des formes de gym­nas­tique invo­lon­taire — l’éveil des muscles (lien:30n1) et l’éveil des sen­sa­tions (lien:4jnu) — qui rem­placent avan­ta­geu­se­ment les échauf­fe­ments et éti­re­ments du trai­ning clas­sique (voir Le Corps accordé lien:bphq pages 344 et suivantes).

Qui en bénéficie ?

Weights
Source : Gym Clip Art
lien:ueub

Le HIIT peut béné­fi­cier à toute per­sonne qui ne souffre pas d’une patho­lo­gie grave, et pas uni­que­ment celles qui rêvent d’une car­rière olym­pique… Toutefois, les débu­tants qui ne sont pas déja adeptes d’exer­cice d’endurance doivent l’aborder pro­gres­si­ve­ment, car il faut don­ner le temps à l’organisme de retrou­ver la faculté de four­nir des efforts de haute inten­sité en évi­tant une sol­li­ci­ta­tion exces­sive des articulations.

Dans son article sur la sar­co­pé­nie (lien:2fso), Murtaza Ahmed écrit (2015 lien:shhy) :

Nous per­dons en fait à peu près 3 kg de muscle par décen­nie, mais de façon plus supre­nante ce déclin débute à la tren­taine. Malheureusement, cela fait par­tie des dégra­da­tions que la plu­part des gens ignorent, car elles ne pré­sentent pas de symp­tômes, mais les consé­quences d’une absence de pré­ven­tion pré­coce peuvent être dévastatrices.

Il est inté­res­sant de savoir que la rai­son pour laquelle nous n’avons pas de symp­tômes est que pen­dant notre jeu­nesse nous avons bien plus de muscles que néces­saire pour nos tâches quo­ti­diennes. Nous uti­li­sons seule­ment 30% de nos forces pour accom­plir toutes les tâches impor­tantes de la vie cou­rante, comme se lever d’une chaise, grim­per des esca­liers, de sorte que si notre force maxi­male dimi­nue de 5% à chaque tranche d’années, nous n’y prê­tons pas atten­tion puisque nous pou­vons encore accom­plir toutes nos acti­vi­tés habi­tuelles avec facilité.

Ce constat démontre l’intérêt d’une pra­tique rele­vant de la « musculation ».

Dans l’avis de l’Agence fran­çaise de sécu­rité sani­taire des ali­ments (lien:98bk) sur l’évaluation des besoins nutri­tion­nels chez les per­sonnes âgées fra­giles ou atteintes de cer­taines patho­lo­gies (9 jan­vier 2009 lien:utdm, page 8) il est précisé :

Chez des per­sonnes âgées vivant à domi­cile ou ins­ti­tu­tion­na­li­sées, défi­nies comme fra­giles, l’exer­cice phy­sique contre résis­tance per­met d’améliorer la force et la fonc­tion mus­cu­laire. […] la prise en charge nutri­tion­nelle per­met d’optimiser l’efficacité d’un pro­gramme d’exercice phy­sique […] Ainsi, l’exercice phy­sique et la prise en charge nutri­tion­nelle ont une action syner­gique et com­plé­men­taire sur le sta­tut nutri­tion­nel et les capa­ci­tés fonc­tion­nelles. L’activité phy­sique, dans la mesure des capa­ci­tés de chaque per­sonne âgée, doit être envi­sa­gée dans le cadre de la prise en charge nutritionnelle.

Le HIIT a été accusé — prin­ci­pa­le­ment par ceux qui vendent des méthodes « clas­siques » — d’endommager les arti­cu­la­tions et de pro­vo­quer des lésions irré­ver­sibles dans les muscles. C’est effec­ti­ve­ment ce qui peut se pro­duire lorsqu’on tra­vaille en for­çage et non en inten­sité, sans res­pec­ter les plages de récu­pé­ra­tion, ou à une cadence pro­vo­quant des sur­charges et des mou­ve­ments indé­si­rables. L’article de Jade Teta (2006 lien:c7nc) explique que, au contraire, l’entraînement de haute inten­sité bien pra­ti­qué pro­duit un effet anti-inflammatoire activé par les myo­kines (lien:mhx7).

Le for­çage est presque inévi­table dans une pra­tique tein­tée de maso­chisme — « souf­frir pour deve­nir belle/beau », se puri­fier — ou encore dans un esprit de com­pé­ti­tion : faire éta­lage de sa force… Les per­sonnes en sur­poids ont aussi ten­dance à croire que plus elles se dépensent plus elles min­ci­ront, ce qui est inexact car la dépense calo­rique atteint un pla­teau pour un même pro­gramme d’entraînement, par une adap­ta­tion du méta­bo­lisme à l’activité phy­sique (Ponzer H et al., 2015 lien:hvxx).

Les per­sonnes âgées, tout par­ti­cu­liè­re­ment, devraient se conten­ter d’exer­cices lents (ou même sta­tiques) au moins jusqu’à ce qu’elles aient retrouvé la toni­cité de leur mus­cu­la­ture et une maî­trise tech­nique des mouvements.

Ce n’est pas de l’exercice d’endurance…

Les spé­cia­listes de l’entraînement spor­tif, comme le méde­cin urgen­tiste et hal­té­ro­phile Doug McGuff (lien:4dy5) (voir vidéo lien:0ynk), affirment que l’entraînement de haute inten­sité est indis­pen­sable en com­plé­ment, si ce n’est en rem­pla­ce­ment, de l’exercice d’endurance bien connu (voir article lien:5g0w). Son point de vue reflète celui de l’American College of Sports Medicine en 2014 (voir PDF lien:9b53), ainsi que des adeptes du CrossFit (lien:8sjt).

L’étude de Gillen GB et al. (2016 lien:v2wu) a com­paré les effets de 3 séances heb­do­ma­daires de 3 minutes de Sprint Interval Training (péda­lage intense à envi­ron 500W incluant deux phases de repos d’une minute) à 3 séances heb­do­ma­daires de péda­lage régu­lier pen­dant 45 mn (envi­ron 110 W) pen­dant 12 semaines. Les effets béné­fiques de ces deux modes d’entraînement étaient com­pa­rables, bien que celui à haute inten­sité ait cor­res­pondu à un volume et un temps 5 fois infé­rieur de dépense énergétique.

Une enquête amé­ri­caine (1997-2014 lien:yz03) sur le suivi d’un guide de bonne pra­tique d’exercice phy­sique (2008 Physical Activity Guidelines for Americans lien:5osc) révèle une adhé­sion plus forte aux pres­crip­tions d’exercice d’endurance qu’à celles d’exer­cice contre résis­tance. Katherine Hobson (2016 lien:b7er) fait obser­ver que cette dif­fé­rence est plus mar­quée chez les femmes que chez les hommes.

Parmi les femmes âgées de 25 à 64 ans, par exemple, 49% recon­nais­saient suivre les recom­man­da­tions de quan­tité d’exercice aéro­bie, tan­dis que seule­ment 18% res­pec­taient les indi­ca­tions pour les deux types d’exercice [aéro­bie et mus­cu­la­tion]. Chez les hommes de la même tranche d’âge, ces pour­cen­tages étaient de 53% et 25%.

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Source : CDC
Credit : Meredith Rizzo/NPR

Ce déca­lage est le reflet d’un biais cultu­rel : l’exercice contre résis­tance est asso­cié à une affir­ma­tion de « viri­lité ». Les hommes sont sup­po­sés faire éta­lage de force mus­cu­laire tan­dis que les femmes devraient se satis­faire d’une « mise en forme » (strong men and curly women). Elles sont d’ailleurs plus sou­vent repré­sen­tées en train de faire de la gym tonique, de la danse ou du jog­ging, que de sou­le­ver des haltères…

Quelle pro­por­tion de femmes ont lu cet article jusqu’ici ?  😉

Katherine Hobson rap­pelle dans son article (lien:b7er) que seul l’exer­cice contre résis­tance per­met d’éviter une perte de den­sité miné­rale osseuse (lien:it01) qui conduit à l’ostéo­po­rose (lien:vsas) tant redou­tée chez les femmes. Leur lon­gé­vité supé­rieure à celle des hommes, en moyenne, plaide en faveur d’un entre­tien de la masse mus­cu­laire qui leur per­met de res­ter auto­nome et d’éviter des chutes fatales (voir mon article Vivre bien et long­temps).

Des études comme celle de Tjønna AE et al. (2008 lien:1hkf) sug­gèrent que l’entraînement frac­tionné de haute inten­sité (HIIT) serait plus appro­prié que l’exercice d’endurance pour aug­men­ter la consom­ma­tion maxi­male d’oxygène (VO2max lien:71uu) et réduire les fac­teurs de risque du syn­drome méta­bo­lique (lien:kpej) : obé­sité etc.

Dans notre expé­rience, tou­te­fois, cette aug­men­ta­tion du VO2max ne s’est pro­duite spec­ta­cu­lai­re­ment qu’en pra­ti­quant des exer­cices brefs à grande vitesse (pro­to­cole Tabata, voir mon article Entraînement frac­tionné de haute inten­site - pra­tique).

Cette obser­va­tion rejoint celle des spor­tifs qui déve­loppent leur vitesse maxi­male aéro­bie (VMA lien:c9bo) grâce à des entraî­ne­ments « frac­tion­nés » ou « par inter­valles » incluant une suc­ces­sion d’efforts intenses aux alen­tours de la VMA (95-110 %) et de courts repos (infé­rieurs à la durée de l’effort et cal­cu­lés pour ne per­mettre qu’une récu­pé­ra­tion semi-complète) (page Wikipedia).

La recherche du maxi­mum d’intensité sur une courte durée, qui dif­fé­ren­cie le HIIT d’une mus­cu­la­tion clas­sique, conduit à une meilleure réponse à l’exercice aux plans neu­ro­mus­cu­laire et hor­mo­nal, comme l’ont véri­fié les études de Ahtiainen JP et al. (2003 lien:oyk1) et de Linnamo V et al. (2005 lien:xkko).

McGuff déclare dans un entre­tien (lien:o0uy) :

[…] il ne s’agit pas néces­sai­re­ment de cou­rir pen­dant des heures et des heures. C’est la manière de faire qui compte. Dans la nature, vous ne ver­rez jamais un ani­mal faire du jog­ging… Tout ce que fait l’activité répé­ti­tive, c’est réduire la plas­ti­cité de votre sys­tème phy­sio­lo­gique — en lui ôtant cette capa­cité de gérer des niveaux d’effort très variés en peu de temps. Vous dimi­nuez en fait votre plas­ti­cité et la faculté de vous adap­ter au stress phy­sique en général.

Un plai­doyer vigou­reux pour la pra­tique de l’entraînement de haute inten­sité est exposé dans la pre­mière par­tie de l’ouvrage The Slow Burn Fitness Revolution (2003). J’en ai tra­duit des extraits dans l’article The Slow Burn Fitness Revolution. Pour les anglo­phones, une vidéo de Skyler Tanner (2013 lien:cl58) expose remar­qua­ble­ment les carac­té­ris­tiques et avan­tages de l’exer­cice contre résis­tance, qui s’appliquent entiè­re­ment au HIIT.

Avant de pré­ci­ser ce que le HIIT peut nous appor­ter, il convient de cla­ri­fier les termes inten­sité et frac­tionné.

Un entraînement de haute intensité

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Source : Anatomy Human Body lien:c16k

Notre masse mus­cu­laire est un mélange de 3 types de fibres (lien:gxx0) :

  • Les fibres « lentes » (rouges, type I, slow twitch) qui sont les plus uti­li­sées en exer­cice d’endurance : marche, cyclisme, nata­tion… Elles per­mettent de main­te­nir une contrac­tion très long­temps et sont peu sou­mises à la fatigue. Elles puisent leur éner­gie en uti­li­sant l’oxygène dans le sang (condi­tions aéro­bies lien:kpsf), ce qui per­met leur ali­men­ta­tion régu­lière en adé­no­sine tri­phos­phate (ATP lien:6qeo).
  • Les fibres « rapides » (roses, types IIa et IIab, fast-twitch) qui peuvent se contrac­ter envi­ron 5 fois plus vite que les fibres lentes, mais résistent aussi à la fatigue, étant ali­men­tées par leurs capil­laires. On dis­tingue les IIa (rapides à endu­rance moyenne) et les IIab (rapides à faible endu­rance). Ces fibres puisent leur éner­gie dans une dégra­da­tion du glu­cose (glu­co­lyse) en condi­tions anaé­ro­bies (lien:hfjl) qui pro­duit du lac­tate (lien:qqzu).
  • Les fibres « ultra­ra­pides » (blanches, type IIx, super-fast twitch) qui peuvent se contrac­ter envi­ron 10 fois plus vite que les lentes et sont des­ti­nées aux efforts excep­tion­nels, volon­taires et de courte durée : sou­le­ver une lourde charge, faire un sprint etc. Elles sont blanches car elles ne pos­sèdent pas de capil­laires et doivent donc consom­mer direc­te­ment (en condi­tions anaé­ro­bies lien:hfjl) l’énergie sto­ckée dans les muscles sous la forme de phos­pho­créa­tine (lien:226q) et d’ATP (lien:6qeo) (sys­tème des phos­pha­gènes, ATP-PC lien:bavh).

L’entraînement de haute inten­sité est celui qui fait inter­ve­nir les fibres blanches, par consé­quent dans des efforts intenses de courte durée. Cette forme d’exercice est au départ anaé­ro­bie (lien:hfjl), avec une ven­ti­la­tion modé­rée ou inexis­tante puisque la sol­li­ci­ta­tion est brève, alors que l’exercice d’endurance est tou­jours aéro­bie (lien:kpsf), uti­li­sant une grande quan­tité d’oxygène. Toutefois, si l’exercice inten­sif est de plus longue durée (jusqu’à 4 minutes), avec de courtes inter­rup­tions (une dizaine de secondes) ne per­met­tant qu’une récu­pé­ra­tion par­tielle — par exemple selon le pro­to­cole Tabata — le sujet peut finir par res­pi­rer inten­sé­ment et aug­men­ter ainsi sa consom­ma­tion maxi­male d’oxygène (VO2max lien:71uu). Il me paraît donc essen­tiel de ne pas res­treindre l’entraînement frac­tionné de haute inten­sité à la pra­tique d’exercices en anaé­ro­bie (lien:hfjl), comme le sug­gère la page Wikipedia (lien:w6ci). La confu­sion entre ces deux notions (inten­sité et anaé­ro­bie) exclut les exer­cices inten­sifs de moyenne durée. Or ces der­niers, moins cen­trés sur la mus­cu­la­tion, ont une inci­dence sur la santé mito­chon­driale (lien:alc0) plus impor­tante que de simples exer­cices de résis­tance, comme le montre l’étude de Robinson M et al. (lien:pu89).

Une option inté­res­sante pour atteindre la haute inten­sité sans mettre en dan­ger ses arti­cu­la­tions consite à exé­cu­ter les mou­ve­ments en extrême len­teur (voir pré­sen­ta­tion et démons­tra­tion en vidéo lien:0cco) ou même en « sta­tique » (comme des pos­tures). Dans ce cas, tous les types de fibres mus­cu­laires sont mobi­li­sés. À l’inverse, les mou­ve­ments peuvent être très rapides (un sprint à la course ou à vélo, une marche éner­gique…) mais cette manière de faire néces­site un entraî­ne­ment pro­gres­sif avec suivi médi­cal ; elle est donc moins adap­tée aux per­sonnes âgées et cer­tai­ne­ment à celles qui souffrent d’insuffisance car­diaque.

La dif­fé­rence entre cet entraî­ne­ment et une pra­tique négli­geant la qua­lité de l’exercice est expli­quée sur la vidéo : Lifting Weights Does Not Help You Build Muscle and Lose Fat (Darin Steen lien:bvwh).

Un entraînement fractionné

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Explication vidéo en anglais : lien:kygr

Les fibres blanches ne sup­portent que des efforts de courte durée, par exemple une à deux minutes selon les muscles sol­li­ci­tés et le niveau d’entraînement. Pour un débu­tant ou une per­sonne âgée, cet effort peut même se limi­ter à quelques secondes. L’important est de par­ve­nir à un « pic » au-delà duquel l’effort devien­drait dou­lou­reux — le muscle flan­che­rait de lui-même — ce qui peut induire un rythme car­diaque accé­léré quand les mou­ve­ments sont rapides (exer­cice « car­dio »). Pour ces rai­sons, on le désigne comme peek fit­ness exer­cize.

Dans la lit­té­ra­ture sur l’entraînement spor­tif, le terme « car­dio » désigne plus sou­vent l’exercice d’endurance qui pro­voque à coup sûr une accé­lé­ra­tion du rythme car­diaque. Nous voyons ici que l’exercice de haute inten­sité peut aussi « mon­ter en car­dio » (et deve­nir aéro­bie) sous cer­taines conditions.

Il faut être pru­dent de ne pas ten­ter de fran­chir la limite. Il est même pru­dent de mesu­rer son rythme car­diaque afin de fixer une zone de sécu­rité — pas plus de 90% du rythme maxi­mum, sauf dans le pro­to­cole Tabata.

Une for­mule simple pour cal­cu­ler le rythme car­diaque maxi­mum est (pour un homme) 220 - votre âge. Par exemple, à 60 ans le rythme maxi­mum d’un homme serait 220 - 60 = 160 bat­te­ments par minute. Pour une femme, on ajoute 6 bpm au résul­tat. Une autre for­mule pro­po­sée par Gellish RL et al. (2007 lien:bmeb) est : 207 - (âge x 0.7) ce qui donne 165 bpm pour un homme ou une femme de 60 ans.

Pour déclen­cher la pro­duc­tion d’hormone de crois­sance, la mon­tée en inten­sité doit entraî­ner une aug­men­ta­tion du rythme car­diaque ainsi qu’un échauf­fe­ment cor­res­pon­dant à une aug­men­ta­tion de tem­pé­ra­ture cor­po­relle d’environ 0.6° C (Vigas M et al., 2000 lien:hid2). Bien se cou­vrir est une bonne habi­tude — éven­tuel­le­ment jusqu’au point de déclen­che­ment de la suda­tion, selon Campbell (2006, p. 45).

Le frac­tion­ne­ment est inévi­table puisque tout effort intense doit alter­ner avec des phases de récu­pé­ra­tion. Celles-ci sont rela­ti­ve­ment longues, par exemple une minute et demie après une minute d’effort. Leur durée cor­res­pond au temps néces­saire pour détendre entiè­re­ment les muscles et retrou­ver le rythme car­diaque du repos. On com­prend donc que, par exemple, pra­ti­quer un sprint à pleine vitesse au terme d’une course d’endurance n’est béné­fique que si sa durée est brève… Certains jog­gers, mara­tho­niens ou cyclistes ama­teurs fran­chissent la limite sans s’en rendre compte, en recher­chant une sen­sa­tion d’euphorie au-delà de signaux dou­lou­reux : perte d’orientation, dou­leurs dans la poi­trine, crampes etc. (voir cette page lien:86qi et l’article hyper­ven­ti­la­tion lien:mohz sur Wikipedia anglais). Dans une pra­tique bien maî­tri­sée, tou­te­fois, comme le signale un com­men­ta­teur, la cap­nie [lien:e16p pres­sion par­tielle de CO2] est assez bien main­te­nue pen­dant les efforts intenses vue l’énorme pro­duc­tion de CO2 par les muscles à ce moment-là. Le méca­nisme de régu­la­tion du flux san­guin vers le cer­veau est exposé par Querido JS & Sheel AW (2007 lien:8mm3).

Le manque d’oxygène pro­vo­qué par l’exercice inten­sif dans sa phase anaé­ro­bie est un des fac­teurs déclen­cheurs de la pro­duc­tion de l’hormone de crois­sance HGH (voir ci-dessous).

Un deuxième aspect du frac­tion­ne­ment réside dans la pério­di­cité des séances. En rai­son de son inten­sité, la durée d’une séance excède rare­ment quinze à trente minutes. Mais le temps de récu­pé­ra­tion entre deux séances est de 48 heures mini­mum. Il aug­mente avec l’âge et avec l’inten­sité des exer­cices. On alterne donc les séances, ce qui abou­tit à un total de moins de deux heures par semaine. La pra­tique du HIIT est donc plus « effi­cace » en termes de temps que celle de l’exercice aéro­bie d’endurance, mais sur­tout elle vise des amé­lio­ra­tions qui ne sont pas ciblées par lui. Les deux pra­tiques sont com­plé­men­taires.

Les effets du HIIT

HGH_kidsImage6Les tra­vaux scien­ti­fiques montrent que l’organisme est par­ti­cu­liè­re­ment actif pen­dant les périodes de récu­pé­ra­tion : sécré­tion de l’hor­mone de crois­sance humaine (Human Growth Hormone, HGH lien:v2fc) qui a au moins trois effets : la syn­thèse des pro­téines (néces­saires à la crois­sance mus­cu­laire), la mobi­li­sa­tion des réserves lipi­diques, et une inhi­bi­tion de l’oxydation des glu­cides dans les tis­sus. Ces effets per­durent à l’âge adulte bien que la taille du sujet n’augmente plus.

L’hormone HGH est une clé de la santé, de la force et de la lon­gé­vité. Un défi­cit en hor­mone de crois­sance entraîne une dimi­nu­tion de la masse maigre, une aug­men­ta­tion de la masse grasse, un arrêt de la crois­sance des car­ti­lages et des os, une ten­dance dépres­sive, et une dimi­nu­tion de la résis­tance à l’effort et au froid (Wikipedia lien:kom5). Elle joue un rôle aussi impor­tant que la vita­mine D dans le méta­bo­lisme humain. Ces deux sub­stances peuvent être consi­dé­rées comme essen­tielles pour ralen­tir le vieillis­se­ment.

human_growth_hormone_chart
Déclin du taux jour­na­lier de pro­duc­tion
d’hormone de crois­sance humaine.
Source : lien:pk9w

La pro­duc­tion de HGH dimi­nue dra­ma­ti­que­ment avec l’âge (voir graphe ci-contre), mais il a été mesuré qu’une séance de 20 minutes d’exercice de haute inten­sité pou­vait l’augmenter de plus de 7 fois (voir l’article lien:g1te et la trans­crip­tion d’un entre­tien avec Phil Campbell lien:h1fw).

Il faut savoir, à ce pro­pos, que l’administration de soma­tro­pine (rhGH, recom­bi­nant human growth hor­mone lien:4d9k) pour com­pen­ser le déclin de sa pro­duc­tion natu­relle est à évi­ter pour deux rai­sons : (1) elle pour­rait dimi­nuer la pro­tec­tion contre les can­cers (voir article lien:2k4d), (2) elle bloque la pro­duc­tion de l’hormone HGH natu­relle, de sorte que la déchéance est encore plus rapide une fois qu’on inter­rompt le traitement.

HGH-IGF1
Sous l’effet de l’exercice, l’hormone de
crois­sance (HGH) pro­duit de l’IGF-1
direc­te­ment dans les muscles (mIGF-1),
mais aussi dans le foie sous forme
cir­cu­lante (cIGF-1). Cette deuxième forme
exerce un effet régu­la­teur de la HGH en
agis­sant sur la glande pitui­taire.
Source : lien:ot3s.

On lit sur cer­tains sites que l’hormone de crois­sance favo­ri­se­rait la crois­sance des cel­lules can­cé­reuses. En réa­lité, c’est le fac­teur de crois­sance res­sem­blant à l’insuline (IGF-1 lien:odmk) qui en est res­pon­sable. L’hormone de crois­sance (HGH) pro­duit de l’IGF-1 (par l’intermédiaire du foie), mais elle pro­duit en même temps des récep­teurs de l’IGF-1 qui inhibent son effet sur les cel­lules can­cé­reuses. La rela­tion entre HGH et IGF-1 est décrite avec des détails sur la crois­sance mus­cu­laire dans l’article Regulation of muscle mass by growth hor­mone and IGF-I (Velloso CP, 2008 lien:ot3s).

À inverse de ce qui avait été dit au sujet de l’hormone de crois­sance HGH, l’étude de Dethlefsen C et al. (2017 lien:82p0) a per­mis d’envisager un modèle expli­ca­tif de l’effet pro­tec­teur de l’exercice inten­sif contre le can­cer du sein.

Compenser la dimi­nu­tion de pro­duc­tion de HGH liée au vieillis­se­ment est l’objectif affi­ché du pro­gramme pro­posé par Phil Campbell dans son ouvrage Ready, Set, GO ! (lien:9385). L’auteur y pré­sente de manière sys­té­ma­tique (et acces­sible) plu­sieurs solu­tions de trai­ning adap­tées aux per­sonnes de plus de 50 ans, avec une gamme d’exercices bien docu­men­tés et caté­go­ri­sés selon les bien­faits que l’on peut en reti­rer. J’en recom­mande vive­ment la lec­ture aux anglo­phones. (Attention d’acheter l’édition 2006, et non 2003.)

Chez les sujets souf­frant d’un engrais­se­ment du foie causé par d’autres fac­teurs que l’alcool (non-alcoholic fatty liver disease, NAFLD lien:ffhl), l’entraînement frac­tionné de haute inten­sité faci­lite le désen­gor­ge­ment du foie, indui­sant une perte de poids et l’amélioration d’indices comme le risque de car­dio­pa­thie (Hallsworth K et al., 2015 lien:qqnb).

Le HIIT per­met de sto­cker des réserves de glu­cose sous forme de gly­co­gène (réserve éner­gé­tique lien:necd) dans les tis­sus mus­cu­laires, au lieu de les trans­for­mer en tri­gly­cé­rides (lien:1edl) sto­ckés dans les cel­lules adi­peuses. Ce qui signi­fie concrè­te­ment une perte de graisse au pro­fit de la masse mus­cu­laire.

halteresUne étude récente (Gillen JB et al., 2012 lien:zsd5) a mon­tré qu’une seule séance d’entraînement de haute inten­sité amé­lio­rait le taux de sucre dans le sang pen­dant 24 heures chez des per­sonnes souf­frant de dia­bète de type 2 (lien:a3u9). Pour les mêmes dia­bé­tiques, une heure par semaine d’entraînement frac­tionné de haute inten­sité se révèle effi­cace dès la deuxième semaine (voir page de Helen Kollias lien:60og).

L’étude de Dunstan DW et al. (2002 lien:tgej) révèle que l’entraînement de haute inten­sité per­met un meilleur contrôle de la gly­cé­mie chez des per­sonnes âgées diabétiques.

Ils écrivent :

D’autres effets béné­fiques comme l’augmentation de la force mus­cu­laire et l’augmentation de la masse maigre dési­gnent l’entraînement de haute inten­sité comme une com­po­sante pra­ti­cable et effi­cace dans la prise en charge de patients âgés atteints de dia­bète de type 2.

L’article de Jaureguizar KV et al. (2016 lien:hw4z) démontre le même avan­tage de l’entraînement de haute inten­sité pour les per­sonnes souf­frant de car­dio­pa­thies. Celui de Wisløff Ulrik et al. (2007 lien:abw1) avait éta­bli cet avan­tage pour ce qui concerne les patients âgés. Dunstan DW et al. (2005 lien:88uf) ont constaté que le contrôle de la gly­cé­mie n’était pas main­tenu une fois que le patient s’entraîne à son domi­cile, en rai­son d’une dimi­nu­tion de la régu­la­rité et de l’intensité de l’exercice.

Une méta-analyse de 2015 com­pa­rant le HIIT à de l’exercice en continu à inten­sité modé­rée (MICT) chez les per­sonnes atteintes de coro­na­ro­pa­thie a révélé que le HIIT entraî­nait une amé­lio­ra­tion plus impor­tante du VO2max (lien:71uu), mais que le MICT entraî­nait une réduc­tion plus impor­tante du poids cor­po­rel et de la fré­quence car­diaque (lien:fkpz).

Les effets spé­ci­fiques sur l’anxiété de l’entraînement de haute inten­sité chez des sujets sains, ou souf­frant d’une patho­lo­gie phy­sique ou men­tale, ont été démon­trés dans plu­sieurs études (voir la méta-analyse de Gordon R et al., 2017 lien:hnzy).

Au béné­fice des per­sonnes obèses, on com­mence à savoir que cette pra­tique contri­bue­rait à dimi­nuer la résis­tance à la lep­tine (lien:sb4e) (voir article lien:ur5p), une hor­mone sécré­tée par les cel­lules adi­peuses pour infor­mer le cer­veau que l’organisme est par­venu à satiété. L’expérimentation ani­male (Fernandes MFA et al., 2015 lien:t2be) sug­gère par ailleurs que la baisse de niveau de lep­tine aug­men­te­rait le besoin d’exercice, ce qui pour­rait enclen­cher un cycle ver­tueux (voir page lien:inkq).

Une amé­lio­ra­tion de la nutri­tion est indis­pen­sable à la régu­la­tion du poids, asso­ciée à des phases régu­lières de res­tric­tion calo­rique (voir mon article Jeûne et res­tric­tion calo­rique). Il faut en effet édu­quer l’organisme à pui­ser son éner­gie dans les graisses (libé­rées par l’exercice) plu­tôt que dans les glu­cides four­nis en quan­tité exces­sive par une ali­men­ta­tion dés­équi­li­brée (et du gri­gno­tage). Les graisses inuti­li­sées retournent en effet dans les tis­sus adi­peux (lien:03ir).

Ni trop ni trop peu : le principe Goldilocks

Un conte de fées anglais du 19e siècle raconte l’histoire d’une jeune fille nom­mée Goldilocks décou­vrant la mai­son fores­tière d’une famille d’ours. Elle avait constaté que le por­ridge du bébé ours était « ni trop chaud, ni trop froid » et que son lit était « ni trop dur ni trop mou ».

Essentiellement, ils étaient « juste à point ». Telle est la nature de l’homéo­sta­sie (lien:uo0w) dans nos sys­tèmes d’organes : le stress dans une direc­tion ou une autre peut dépla­cer le cur­seur vers la mala­die ou une mau­vaise adap­ta­tion, entraî­nant une rup­ture de l’homéostasie. C’est dans ce contexte que l’envi­ron­ne­ment redox (lien:qckb) d’une cel­lule est main­tenu dans une « zone Goldilocks » où la pro­duc­tion de déri­vés réac­tifs de l’oxygène (ROS lien:jdt9) est suf­fi­sam­ment com­pen­sée par la capacité/qualité des sys­tèmes de contrôle anti­oxy­dants, et l’environnement opti­mal pour l’homéo­sta­sie (lien:uo0w). Toutefois, confronté à un stress oxy­dant (lien:5gjv) per­sis­tant et non com­pensé, l’environnement redox peut bas­cu­ler à l’extérieur de la zone Goldilocks, condui­sant à la mort cel­lu­laire (lien:a8q6), à l’inflam­ma­tion (lien:4to6) et la maladie.

Alleman RJ et al., 2014 : The “Goldilocks Zone” from a redox pers­pec­tive — Adaptive vs. dele­te­rious res­ponses to oxi­da­tive stress in stria­ted muscle (lien:62ko)

Ces auteurs ont mis en évi­dence les influences oppo­sées de la pro­duc­tion de déri­vés réac­tifs de l’oxygène (ROS ou « radi­caux libres » lien:jdt9) sur la santé mus­cu­laire (par l’effet de l’exercice) ou à l’inverse sur la mala­die (par l’effet d’une mau­vaise ali­men­ta­tion) : car­dio­myo­pa­thies (lien:g5ct), isché­mie (lien:f42s), syn­drome méta­bo­lique (lien:kpej) etc. Cette pro­duc­tion s’effectue prin­ci­pa­le­ment dans les mito­chon­dries (lien:alc0).

oxidative-stress-adaptation
Adaptation de l’environnement redox des muscles striés en réponse à la
pro­duc­tion de déri­vés réac­tifs de l’oxygène (ROS) par la pra­tique d’exercice
phy­sique frac­tionné (ondu­la­tion verte) ver­sus la consom­ma­tion exces­sive de
nour­ri­ture (en rouge) qui conduit à un stress oxy­dant patho­lo­gique.
Source : lien:62ko

Les ROS pro­duits par l’entraînement frac­tionné de haute inten­sité sont béné­fiques tant que celui-ci est alterné avec des phases de repos per­met­tant aux anti­oxy­dants de réta­blir l’équilibre redox (ligne ondu­lée verte sur la figure). Ils ren­forcent le méta­bo­lisme des mito­chon­dries (lien:alc0), leur capa­cité aéro­bie (lien:kpsf) et anti­oxy­dante (lien:tw5h), amé­liorent la vas­cu­la­ri­sa­tion (lien:3tla) et la sen­si­bi­lité à l’insuline (lien:pubj). Cette réponse adap­ta­tive est un exemple de ce que l’on désigne par hor­mèse (lien:81fq) : la réponse de sti­mu­la­tion des défenses bio­lo­giques, géné­ra­le­ment favo­rable, à des expo­si­tions de faibles doses de toxines ou d’autres agents géné­ra­teurs de stress. Par contre, une consom­ma­tion exces­sive de nour­ri­ture pro­duit aussi des ROS dans les mito­chon­dries (lien:alc0), mais cette fois avec des effets délé­tères qui com­prennent l’inflam­ma­tion (lien:4to6) et le recru­te­ment de cel­lules immu­ni­taires (macro­phages lien:60vw etc.), l’activation de gènes pro­fi­bro­tiques, une hyper­tro­phie car­diaque, une aug­men­ta­tion de la mort cel­lu­laire (lien:a8q6) et une aggra­va­tion de la résis­tance à l’insuline (lien:dlmy) (ligne rouge sur la figure).

Le sur­en­traî­ne­ment — une pra­tique inten­sive sans phases de récu­pé­ra­tion — induit aussi un stress oxy­dant (lien:5gjv) patho­lo­gique. Il est donc impor­tant de déter­mi­ner, pour chaque indi­vidu, le dosage de l’exercice en termes d’inten­sité et de pério­di­cité. Ce dosage évo­lue avec l’âge, ce qui explique que des spor­tifs de haut niveau peuvent s’exposer à de graves dif­fi­cul­tés s’ils n’adaptent pas leur pra­tique aux chan­ge­ments induits par le vieillissement.


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