Diabète

Insulinorésistance

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Un des rôles prin­ci­paux de l’insu­lineN1 consiste à contrô­ler le sto­ckage dans nos cel­lules de nutri­ments en cir­cu­la­tion (glu­cose et acides gras), afin de main­te­nir leurs taux san­guins dans une four­chette étroite. On peut par­ler de résis­tance à l’in­su­lineN2 lorsque ce méca­nisme de régu­la­tion semble per­tur­bé par une réponse insuf­fi­sante des cel­lules aux effets de l’in­su­line. Cette résis­tance est asso­ciée à un risque accru de dia­bète de type 2N3, de mala­dies car­dio­vas­cu­lairesN4 et de cer­tains can­cers.

Le méca­nisme de régu­la­tion de la gly­cé­mieN5 est aujourd’­hui abon­dam­ment docu­men­té — voir par exemple un sup­port de coursN6 très lisible en fran­çais, et What Causes Insu­lin Resis­tance ? de Ste­phan Guye­net (2012N7). Après l’ab­sorp­tion d’a­li­ments sucrés, l’hypo­gly­cé­mieN8 consé­cu­tive à la libé­ra­tion d’in­su­line par le pan­créasN9 dimi­nue au cours de la jour­née, car les récep­teurs cel­lu­laires mem­bra­nairesN10 d’in­su­line répondent de moins en moins aux sol­li­ci­ta­tions. De cette manière, les cel­lules reçoivent moins d’éner­gie. Comme le sou­ligne Guye­net (2012N7), un excès chro­nique d’éner­gie dans les mito­chon­driesN11 au cœur des cel­lules aurait un effet toxique, de sorte que cette insu­li­no­ré­sis­tanceN2 est un pro­ces­sus phy­sio­lo­gique d’a­jus­te­ment que l’on peut asso­cier à un méca­nisme de défense anti­oxy­dant (Hoehn KL et al., 2009N12).

La res­tric­tion calo­rique et l’ap­port d’anti­oxy­dantsN13 — direc­te­ment par la nutri­tion ou indi­rec­te­ment par l’entraî­ne­ment de haute inten­si­té — et ont par consé­quent pour effet de limi­ter le besoin phy­sio­lo­gique d’insu­li­no­ré­sis­tanceN2. L’ex­cès d’éner­gie dans les cel­lules se tra­duit par le sto­ckage de méta­bo­lites d’acides grasN14 (acyl-CoAN15, céra­midesN16, dia­cyl­gly­cé­rolN17) dans le cyto­plasmeN18 qui jouent un rôle majeur dans l’in­su­li­no­ré­sis­tance (Guye­net S, 2012N7). Les glu­co­cor­ti­coïdesN19 sont les acteurs de ce pro­ces­sus (Qi D & Rodrigues B, 2007N20).

L’insu­li­no­ré­sis­tanceN2 est donc au départ un pro­ces­sus pro­tec­teur des cel­lules (voir l’ar­ticle Insu­lin Resis­tance is Good ?N21). Elle est aus­si mise en œuvre de façon sai­son­nière chez des ani­maux qui se gavent de baies sucrées pour sto­cker rapi­de­ment de la graisse avant l’hi­ber­na­tion…

Par contre, chez l’hu­main, elle peut deve­nir patho­lo­gique, au fil des ans, si la consom­ma­tion de glu­cides reste exces­sive, le pan­créasN9 deve­nant inca­pable de sécré­ter en quan­ti­té une insu­line qui a per­du son effi­ca­ci­té : c’est la porte ouverte au dia­bète de type 2N3 — voir mon article Dia­bète de type 2.

Édouard Cou­rot pré­cise (2016N22 page 97) :

L’organe dont les rythmes bio­lo­giques ont une impor­tance prépondérante dans la phy­sio­pa­tho­lo­gie du diabète est le pancréas. Son hor­loge cir­ca­dienne [N23] joue en effet un rôle majeur dans la ryth­mi­cité de la sécrétion d’insuline.

Bien que la sécrétion de l’insuline dépende prin­ci­pa­le­ment de l’apport ali­men­taire, elle présente également une sécrétion basale selon un rythme cir­ca­dien. Cette ryth­mi­cité garan­tie par les gènes hor­loges Clock et Bmal1 a été mise en évidence dans les cel­lules béta des îlots de Lan­ge­rhans [N24] et joue un rôle capi­tal dans l’homéostasie [N25] du glu­cose.

Une dérégulation de cette ryth­mi­cité, notam­ment par des prises ali­men­taires à des heures aléatoires et variables, est un fac­teur favo­ri­sant une insulinorésistanceN2 et donc d’un poten­tiel diabète de type 2.

Pour Jason Fung (2016N26), les effets attri­bués à l’insu­li­no­ré­sis­tanceN2 ne sont pas un pro­blème de récep­teur mem­bra­naireN10 de l’in­su­line sou­dain deve­nu inadap­té, mais de sur­charge des cel­lules en glu­cose. Son argu­men­taire est résu­mé dans mon article Dia­bète de type 2.

La résis­tance à l’in­su­line n’est pas une mau­vaise chose, c’est un méca­nisme de pro­tec­tion. De quoi nous pro­tège-t-elle ? Le nom même vous le dit : l’insu­li­no­ré­sis­tanceN2 se déve­loppe pour résis­ter à l’in­su­line. Le pro­blème est trop d’in­su­line.

Pen­dant ce temps, le foie est occu­pé à essayer de pom­per autant de graisse que pos­sible. Il pompe des tri­gly­cé­ridesN27 comme si sa vie en dépen­dait, ce qui est le cas. Donc les niveaux de tri­gly­cé­rides dans le sang montent (signe clas­sique du syn­drome méta­bo­liqueN28). L’or­ga­nisme essaie de sou­la­ger le foie engor­gé de gras en l’ex­por­tant. Donc les muscles engraissent.

Le pan­créasN9 reçoit éga­le­ment une par­tie de la graisse et vous obte­nez un pan­créas gras. Comme le pan­créas devient dis­ten­du avec la graisse, il pro­duit moins d’in­su­line. Pour­quoi ? Parce qu’il essaie de pro­té­ger le corps contre les effets de trop d’in­su­line ! Le corps sait très bien que le pro­blème est trop d’in­su­line. Donc, le déve­lop­pe­ment du pan­créas engrais­sé nous pro­tège en arrê­tant la pro­duc­tion.

Le foie engrais­sé créant une résis­tance à l’in­su­line et le pan­créas engrais­sé, pro­vo­quant l’a­bais­se­ment des taux d’in­su­line, abou­tissent à la même chose. Aug­men­ta­tion du glu­cose dans le sang, mais pro­tec­tion des organes contre cette insu­line exces­sive. Cette gly­cé­mie éle­vée pro­voque les symp­tômes du dia­bèteN3 — une soif exces­sive, une mic­tion exces­sive et la perte de poids. Le glu­cose san­guin éle­vé dépasse le seuil rénal du glu­cose.

Les reins réab­sorbent nor­ma­le­ment tout le glu­cose qui passe à tra­vers. Cepen­dant, lorsque le taux de glu­cose est supé­rieur à envi­ron 10 mmol/l [1.8 g/l], le rein ne peut pas réab­sor­ber tout. Le glu­cose est excré­té dans l’u­rine empor­tant avec elle beau­coup d’eau. On perd du poids sous forme de grandes quan­ti­tés de glu­cose uri­nées hors du corps. Est-ce mau­vais ? Non c’est bon !

Le pro­blème sous-jacent est pré­ci­sé­ment trop de glu­cose et trop d’in­su­line. Le corps lui-même s’est pro­té­gé en se débar­ras­sant de tout le glu­cose sup­plé­men­taire. Le glu­cose san­guin réduit l’in­su­line et crée aus­si une perte de poids. Ce sont tous des méca­nismes de pro­tec­tion pris par le corps pour se pro­té­ger contre l’in­su­line exces­sive.

Jason Fung conclut :

Avec cette nou­velle com­pré­hen­sion, nous pou­vons voir que l’o­bé­si­té, la résis­tance à l’in­su­line, des tri­gly­cé­ridesN27 éle­vés et un dys­fonc­tion­ne­ment des cel­lules bêtaN29 sont tous les méca­nismes de pro­tec­tion contre le même pro­blème : l’hyper­in­su­li­nismeN30.

[…]

L’é­tude EMPA-REG (2015N31) a été publiée l’an der­nier. En uti­li­sant un de ces nou­veaux médi­ca­ments on réduit le risque de décès de 38 % et le risque de mor­ta­li­té car­dio­vas­cu­laire de 32 %. Ces avan­tages étaient exac­te­ment ce que nous cher­chions. Parce que ce médi­ca­ment agit à la racine du pro­blème. Il y a trop de glu­cose et trop d’in­su­line. Cela per­met de réduire le glu­cose et l’in­su­line dimi­nue. Bien sûr, si nous ne trai­tions pas du tout le dia­bète de type 2N3, nous aurions pro­ba­ble­ment le même avan­tage.

Il y a deux pro­blèmes prin­ci­paux dans le syn­drome méta­bo­liqueN28 : la glu­co­toxi­ci­téN32 et la toxi­ci­té de l’in­su­line. Il ne sert à rien de trai­ter la toxi­ci­té accrue de l’in­su­line pour réduire la glu­co­toxi­ci­té. Or c’est ce que nous fai­sons lorsque nous trai­tons les gens avec de l’in­su­line ou des sul­pho­nyu­réesN33. Au lieu de cela, il est logique de réduire à la fois la glu­co­toxi­ci­té et la toxi­ci­té de l’in­su­line. Des médi­ca­ments tels que les inhi­bi­teurs de SGLT2N34 font cela, mais l’a­li­men­ta­tion est évi­dem­ment la meilleure façon : régimes faibles en glu­cides et jeûne inter­mit­tent.

Obe­si­ty is pro­tec­tive ? (Jason Fung, 2016N35)

Une étude de Roy Tay­lor (2015N36) sug­gère que cette inca­pa­ci­té du pan­créasN9 serait asso­ciée à la pré­sence de graisse dans les cel­lules bêtaN29 des îlots de Lan­ge­rhansN24, de sorte que le dia­bète de type 2N3 pour­rait être soi­gné, non pas en essayant de res­tau­rer la réponse à l’in­su­line des récep­teurs cel­lu­laires mem­bra­nairesN10 mais par une abla­tion chi­rur­gi­cale de (pas plus d’un gramme) de cet excès de graisse pan­créa­tique. Il reste tou­te­fois à prou­ver que ce retour au méta­bo­lisme nor­mal du pan­créas s’ins­cri­rait sur le long terme, ce qui revient à dire que le dia­bète de type 2 serait (du moins dans sa phase ini­tiale) un syn­drome méta­bo­liqueN28 réver­sible. Voir plus d’ex­pli­ca­tions dans l’ar­ticle Type 2 Dia­betes : Etio­lo­gy and rever­si­bi­li­ty (Tay­lor R, 2013N37).

Une idée com­mu­né­ment répan­due est que, si l’on consomme des glu­cides, la gly­cé­mie aug­men­te­ra moins s’ils sont accom­pa­gnés de graisse. Ain­si, la tar­tine beur­rée serait moins « dia­bé­ti­sante » qu’une simple tranche de pain. C’est exact au niveau de la gly­cé­mie mais pas à celui de l’in­su­line, qui en défi­ni­tive contri­bue le plus à l’in­su­li­no­ré­sis­tance, et donc au dia­bète et à l’o­bé­si­té. Dans The Arrow #148, Michael Eades cite deux études anciennes — W Creutz­feldt (1979N38) et G Col­lier et al. (1984N39) — qui expliquent ce méca­nisme hor­mo­nal :

Ces études montrent que la com­bi­nai­son des graisses et des glu­cides ali­men­taires a un effet addi­tif consi­dé­rable sur l’in­su­line. Les graisses ali­men­taires en elles-mêmes n’in­fluencent pas beau­coup le taux d’in­su­line. Elles l’aug­mentent légè­re­ment, mais pas suf­fi­sam­ment pour s’en inquié­ter.

Comme vous pou­vez l’i­ma­gi­ner, les glu­cides ali­men­taires font grim­per le taux d’in­su­line en flèche assez rapi­de­ment.

Mais si vous ingé­rez la com­bi­nai­son, l’in­su­line monte en flèche. C’est bien plus que la simple com­bi­nai­son des hausses pro­vo­quées par les glu­cides ou les graisses pris sépa­ré­ment. Le tout est vrai­ment plus grand que la somme des par­ties.

Pra­ti­que­ment tous les ali­ments trans­for­més que vous pou­vez ima­gi­ner contiennent cette com­bi­nai­son concen­trée de graisses et de glu­cides. C’est l’une des rai­sons pour les­quelles les ali­ments trans­for­més sont si mau­vais. Ils font grim­per le taux d’in­su­line jus­qu’à la lune. […]

Le GIP (gas­tric inhi­bi­to­ry poly­pep­tideN40) est une sorte d’hor­mone libé­rée dans la par­tie supé­rieure de l’in­tes­tin grêle par des cel­lules appe­lées « cel­lules K » ; ces cel­lules K libèrent le GIP en réponse à l’ar­ri­vée d’a­li­ments dans l’in­tes­tin grêle. Le GIP alerte le pan­créas pour qu’il libère de l’in­su­line et du glu­ca­gon avant l’ab­sorp­tion du sucre dans le sang. Cette libé­ra­tion accrue d’in­su­line est appe­lée effet incré­tine. Le GIP et le GLP‑1 (glu­ca­gon-like peptide‑1N41) sont des incré­tinesN42.[…]

Le degré de trans­for­ma­tion d’un ali­ment don­né est l’un des prin­ci­paux moteurs de la pro­duc­tion de GIP et de l’aug­men­ta­tion de l’ef­fet incré­tine.

Suite de cette dis­cus­sion dans The Arrow #150 :

Ce que je trouve inté­res­sant, c’est que le fait de mâcher la pomme intacte la rédui­rait en quelque sorte à une sauce, ou à une purée, dans la bouche. Il en va de même pour les hari­cots men­tion­nés ci-des­sus. On pour­rait donc pen­ser que la pomme et la purée, ou les hari­cots intacts par rap­port aux hari­cots trans­for­més, don­ne­raient la même réponse insu­li­nique, mais ce n’est pas le cas. Cela a‑t-il quelque chose à voir avec le fait que la salive envoie un signal au GIP ? Je n’en sais rien. Mais il se passe quelque chose.

Les études ont mon­tré par ailleurs que l’ef­fet incré­tine était plus mar­qué chez les per­sonnes âgées et celles en sur­poids. Les recettes « sucré-salé » devraient donc être réser­vées aux jeunes gens qui ne souffrent pas de pré­dia­bète (indice HOMAN43) ni d’o­bé­si­té.

Dimi­nuer le taux de fer en évi­tant des ali­ments riches en fer est aus­si un moyen de limi­ter l’insu­li­no­ré­sis­tanceN2 (Hua NW et al., 2001N44).

D’autres expli­ca­tions de l’in­su­li­no­ré­sis­tance ont été pro­po­sées : Bar­ba­ra E. Cor­key (2011N45) sug­gère que des niveaux exces­sifs d’in­su­line cau­sés par l’en­vi­ron­ne­ment (pes­ti­cides et engrais, addi­tifs ali­men­taires etc.) super­po­sés à un ter­rain géné­tique défa­vo­rable ou un hyper­in­su­li­nismeN30 basique auraient pour effets l’insu­li­no­ré­sis­tanceN2, l’o­bé­si­té et le dia­bète de type 2N3. Selon le modèle qu’elle étu­die, la sur­pro­duc­tion d’in­su­line liée à une réponse exces­sive des cel­lules bêtaN29 des îlots de Lan­ge­rhansN24 (dans le pan­créas) serait la cause de l’in­su­li­no­ré­sis­tance, et non l’in­verse. Cette sur­pro­duc­tion pour­rait d’ailleurs se pro­duire à un niveau assez faible pour ne pas entraî­ner d’hypo­gly­cé­mieN8.

Asso­ciée au pro­gramme euro­péen Meta­ge­no­mics of the Human Intes­ti­nal TractN46, l’é­quipe de Peder­sen HK et al. (2016N47) a mon­tré que 4 espèces bac­té­riennes du micro­biote intes­ti­nal auraient une forte influence sur l’insu­li­no­ré­sis­tanceN2 de sujets humains. Il s’en­suit qu’un ré-équi­li­brage de ce micro­biote contri­bue­rait à cor­ri­ger ce défaut, comme le sug­gère déjà l’ex­pé­ri­men­ta­tion ani­male (voir page en fran­çaisN48).

L’o­bé­si­té et l’insu­li­no­ré­sis­tanceN2 vont sou­vent de pair (mais pas tou­jours) sans qu’on puisse démon­trer que l’une est la cause de l’autre… Selon Bill Laga­kos (voir pageN49) elles pour­raient avoir des causes com­munes, envi­ron­ne­men­tales comme sug­gé­ré par Cor­keyN45, mais aus­si un dys­fonc­tion­ne­ment du rythme cir­ca­dienN50, ce qui nous ren­voie à la chro­no­bio­lo­gie de la nutri­tion — voir mon article Chro­no­nu­tri­tion – biblio­gra­phie et notam­ment l’é­tude de Bo S et al. (2015N51).

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Article créé le 9/07/2016 – modi­fié le 19/02/2026 à 14h27 • 8 873 visites

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