Vive la bagnole, hips, autonome !

Publié il y a 3 semaines -


PAR CENTAINES, les badauds se pressent autour. « Qu’elle est belle !» On dirait la voi­ture de Batman. La Renault EZ‐Ultimo est la star du mon­dial de la bagnole. Elle est auto­nome. Elle n’a même pas de volant. Elle se conduit toute seule. Un badaud se marre : « Tu peux ren­trer chez toi com­plè­te­ment bour­ré !» Du coup, on com­prend tout. Pourquoi avoir une voi­ture auto­nome et connec­tée de par­tout qui vous trim­balle comme un colis ? Pour pou­voir ren­trer chez soi bour­ré. Normal que la France veuille mon­trer l’exemple au monde entier !

Dès 2020, a déci­dé Macron, nos routes accueille­ront les pre­mières voi­tures auto­nomes (« Les Echos » 14/5). Or qui dit « voi­ture auto­nome » dit voi­ture élec­trique. Et, la voi­ture élec­trique, les médias ne cessent de nous le seri­ner, nous allons tous y pas­ser. La preuve, c’est que, ces jours‐ci, EDF s’offre de pleines pages de pub pour cla­mer son ambi­tion d’en deve­nir le « four­nis­seur offi­ciel ». D’ici cinq ans, notre géant natio­nal aura ins­tal­lé sur le ter­ri­toire quelque 75 000 bornes de recharge, de quoi ali­men­ter cinq fois plus de bagnoles élec­triques qu’il n’y en a aujourd’hui.

Avec seulement 1,2 % du parc auto­mo­bile, la voi­ture élec­trique ne séduit guère le popu­lo. Alors qu’elle est é‐co‐lo‐gique ! Elle ne dégage pas un gramme de CO2 ! Aucune par­ti­cule fine ! Certes, les grin­cheux vous diront qu’avant même d’avoir par­cou­ru son pre­mier kilo­mètre une voi­ture élec­trique a déjà déga­gé une mon­tagne de CO2, vu que la fabri­ca­tion de sa bat­te­rie (qui pèse dans les 600 kilos) néces­site en moyenne 400 kilos de nickel, mais aus­si 15 kilos de cobalt, 5 kilos de lithium et quan­ti­té d’autres métaux rares dont l’extraction, le raf­fi­nage, la trans­for­ma­tion et l’acheminement sont affreu­se­ment voraces en eau et en éner­gie (1).

Même Carlos Tavares, le patron de PSA, a rechi­gné à prendre le tour­nant élec­trique que, dit‐il, « les auto­ri­tés [leur] ordonnent » de prendre : « Je ne vou­drais pas que, dans trente ans, on découvre quelque chose qui n’est pas aus­si beau que ça en a l’air, sur le recy­clage des bat­te­ries, l’utilisation des matières rares de la pla­nète, les émis­sions élec­tro­ma­gné­tiques de la bat­te­rie en situa­tion de re‐charge » (« Le Parisien », 24/9/17). Alors, pour­quoi cet embal­le­ment ? A cause du nucléaire. Pour rechar­ger 1 mil­lion de voi­tures, il faut, estime‐t‐on, faire tour­ner un ou deux réac­teurs nucléaires. On com­prend l’enthousiasme d’EDF.

Pour main­te­nir coûte que coûte son parc au niveau actuel, EDF cherche à « faire aug­men­ter le plus rapi­de­ment pos­sible la consom­ma­tion fran­çaise d’électricité, stag­nante depuis plu­sieurs années, de telle sorte que la part du nucléaire redes­cende “natu­rel­le­ment” à 50 % du total vers 2030, ren­dant inutile toute fer­me­ture de cen­trale », ana­lysent l’ingénieur Benjamin Dessus et le phy­si­cien nucléaire Bernard Laponche dans une tri­bune inti­tu­lée « Non, le nucléaire ne sau­ve­ra pas le cli­mat !» (« Alternatives éco­no­miques », 3/10).

C’est la voi­ture élec­trique qui va sau­ver le nucléaire…

Jean‐Luc Porquet

(1) « La guerre des métaux rares », par Guillaume Pitron, LLL, 300 p., 20 €.

Lu dans Le Canard enchaî­né — mer­cre­di 17 octobre 2018 — p.5


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