Cancer – approche métabolique

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Nous avons vu sur la page pré­cé­dente (Cancer - nouvelles pistes) que l’ex­pé­ri­men­ta­tion ani­male avait permis de mettre en évi­dence des méca­nismes gou­ver­nés par le style de vie (nutri­tion, exer­cice…) qui peuvent contri­buer à ralen­tir, voire stop­per la crois­sance tumo­rale.

Que donnent-ils appli­qués aux humains ? Peut-on extra­po­ler les résul­tats de cette expé­ri­men­ta­tion pour pro­po­ser des soins en com­plé­ment des trai­te­ments conven­tion­nels ?

Nous ver­rons que cette approche méta­bo­lique est en accord avec les don­nées de la science. Elle peut rendre plus effi­cace le trai­te­ment et dimi­nuer ses effets secon­daires — sans pour autant s’y sub­sti­tuer. Elle ouvre aussi des pistes pour la recherche d’une hygiène de vie en pré­ven­tion du cancer et d’autres mala­dies chro­niques.

Sommaire

Jeûne et restriction calorique

Les tra­vaux de l’é­quipe de Valter D. Longo (voir notam­ment Lee C et al., 2012 lien:xfsb) ont montré que le jeûne ne gué­ris­sait pas le cancer mais qu’il retar­dait la crois­sance des tumeurs et aug­men­tait l’ef­fi­ca­cité de la chi­mio­thé­ra­pie. Il s’a­gis­sait au départ de short-term star­va­tion, autre­ment dit de res­tric­tion calo­rique d’une durée n’ex­cé­dant pas 24 heures. Une autre étude (Cheng CW et al., 2014 lien:w5ag) a montré qu’un jeûne pro­longé (3 jours) pour­rait aussi entraî­ner un renou­vel­le­ment de cel­lules souches qui agi­rait contre l’immu­no­sup­pres­sion (lien:fepg) induite par la chi­mio­thé­ra­pie.

Le jeûne entraîne une résis­tance au stress dif­fé­ren­tielle face à la chi­mio­thé­ra­pie.
Source : Lee C, Longo VD (2011 lien:e7vy)

Dans un autre article de la même équipe (Brandhorst S et al., 2013 lien:dlh7), il est confirmé par l’ex­pé­ri­men­ta­tion ani­male qu’une courte res­tric­tion calo­rique pro­tè­ge­rait les cel­lules saines contre les effets de la chi­mio­thé­ra­pie tout en y sen­si­bi­li­sant les cel­lules can­cé­reuses, grâce à la dimi­nu­tion du fac­teur de crois­sance res­sem­blant à l’in­su­line (IGF‑1 lien:odmk). L’IGF‑1 a par ailleurs pour effet de favo­ri­ser la crois­sance des tumeurs en accé­lé­rant leur pro­li­fé­ra­tion et en inhi­bant le « sui­cide » (apop­tose lien:e3yx) des cel­lules endom­ma­gées.

Chez les humains, l’ef­fet sur la gly­cé­mie (lien:iuhf) et l’IGF‑1 (lien:odmk) d’une longue res­tric­tion calo­rique (régime ali­men­taire hypo­ca­lo­rique) n’est véri­fié que si elle est pra­ti­quée en asso­cia­tion avec une res­tric­tion en pro­téines. Lee et Longo (2011 lien:e7vy) sou­lignent qu’une res­tric­tion calo­rique de 20 à 40% pra­ti­quée par des humains sur le long terme (die­tary res­tric­tion) ne pro­duit des effets (sur cer­tains can­cers) qu’a­près plu­sieurs mois ou années, en indui­sant des modi­fi­ca­tions beau­coup plus modestes au niveau du glu­cose et de l’IGF‑1. Elle retarde plutôt qu’elle empêche la crois­sance des tumeurs (Shelton M et al., 2010 lien:gsnc). Elle n’est donc pas une bonne stra­té­gie pré­ven­tive ni cura­tive pour les patients du cancer, car elle entraîne une perte de poids chez des patients qui y sont sen­sibles, ou chez ceux qui autre­ment n’au­raient pas perdu ni pris de poids (Lee C et Longo V, 2011 lien:e7vy).

Les auteurs concluent :

Dans la mesure où le cancer dépend de cer­tains nutri­ments, il existe un grand poten­tiel de com­bi­nai­son d’in­ter­ven­tions ali­men­taires et de chi­mio­thé­ra­pies ou autres trai­te­ments non-toxiques contre le cancer pour l’a­mé­lio­ra­tion du trai­te­ment du cancer. En outre, comme indi­qué dans cette étude, l’ex­plo­ra­tion des cibles de médi­ca­ments basés sur l’IGF‑1 ou des sys­tèmes qui lui sont liés peut mettre en évi­dence des régimes simu­lant le jeûne qui pro­duisent la résis­tance dif­fé­ren­tielle au stress (DSR). Des inter­ven­tions pou­vant four­nir une pro­tec­tion dif­fé­ren­tielle entre cel­lules hôtes et can­cé­reuses dans une gamme de 1000 fois la pro­tec­tion dif­fé­ren­tielle obser­vée dans la cel­lule de levure selon qu’elle manque d’un onco­gène ana­logue ou qu’elle l’ex­prime, pour­raient avoir pour effet un chan­ge­ment de para­digme dans le trai­te­ment du cancer.

La pra­tique du jeûne frac­tionné (res­tric­tion calo­rique tous les 2 ou 3 jours) est recom­man­dée à titre pré­ven­tif du cancer. Son effet en asso­cia­tion avec une chi­mio­thé­ra­pie n’a pas encore été mesuré (Lee C et Longo V, 2011 lien:e7vy). Par contre, le cancer est par­tout men­tionné comme une contre-indication à la pra­tique du jeûne thé­ra­peu­tique (sup­pres­sion de nour­ri­ture solide pen­dant plu­sieurs jours).

Le jeûne frac­tionné, la res­tric­tion calo­rique et les régimes simu­lant le jeûne sont décrits dans mon article Jeûne et restriction calorique.

Diète cétogène

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Diète céto­gène (KD) pro­po­sée par Thomas Seyfried, en
com­pa­rai­son avec un régime « normal » (SD)
Source : lien:vatn

Dans la même ligne de recherche, un pro­to­cole de diète céto­gène (lien:f9wb) pro­posé par Thomas Seyfried a prouvé sa capa­cité (sur un modèle animal) à ralen­tir la pro­gres­sion du cancer, en syner­gie avec les trai­te­ments exis­tants dont il atté­nue les effets secon­daires — voir mon article Diète cétogène, expérience. Il ne s’agit pas uni­que­ment d’un régime mais aussi de res­tric­tion calo­rique. L’expérimentation ani­male uti­li­sant des diètes céto­gènes asso­ciées à la res­tric­tion calo­rique dans le trai­te­ment du cancer est étu­diée par plu­sieurs équipes, par exemple Shelton M et al. (2010 lien:gsnc).

L’anecdote à l’o­ri­gine de cette décou­verte, au début des années 2000, et de l’en­ga­ge­ment de Seyfried en can­cé­ro­lo­gie, mérite d’être rap­por­tée (Christofferson T, 2014 lien:rtjb, p. 170–171) :

Une start-up anglaise avait décou­vert un com­posé unique : une molé­cule qui inhibe la for­ma­tion de cer­tains gan­glio­sides (lien:rev0). La com­pa­gnie a été ravie de la pers­pec­tive que ce médi­ca­ment puisse être uti­lisé pour le trai­te­ment de mala­dies du sto­ckage des lipides, et il a envoyé des échan­tillons pour les tests. Seyfried a obtenu d’un labo­ra­toire dif­fé­rent un échan­tillon du médi­ca­ment et il vou­lait voir com­ment cela pour­rait influer sur le déve­lop­pe­ment du cer­veau. En inhi­bant la pro­duc­tion de gan­glio­side dans des embryons en déve­lop­pe­ment, le médi­ca­ment pour­rait mar­quer la manière dont les gan­glio­sides affectent le déve­lop­pe­ment du cer­veau, ce qui don­ne­rait un aperçu de leur fonc­tion­na­lité. Seyfried et ses étu­diants ont com­mencé à bri­co­ler avec le médi­ca­ment. Ils l’ont admi­nis­tré à des souris avec des tumeurs, plus par curio­sité ludique que pour la recherche scien­ti­fique. À leur grande sur­prise, le médi­ca­ment a semblé ralen­tir la crois­sance des tumeurs en com­pa­rai­son avec les souris témoins.

« Nous avons appelé la com­pa­gnie et leur avons dit qu’il sem­blait que leur médi­ca­ment pour­rait agir sur le cancer — ils étaient ravis », déclare Seyfried. Pour une start-up, un médi­ca­ment actif contre le cancer a plus de poten­tiel que celui qui serait actif contre les mala­dies du sto­ckage des lipides, et la pers­pec­tive de marché est passée de petite à immense. Enthousiasmée par le poten­tiel du médi­ca­ment, la com­pa­gnie a remis à Seyfried un chèque de 200 000 dol­lars pour com­plé­ment d’en­quête. Son labo­ra­toire est mis au tra­vail. Tout de suite, ils ont remar­qué que les souris ayant reçu le médi­ca­ment per­daient du poids. Il a demandé à ses élèves d’a­jus­ter le régime ali­men­taire des souris témoins, de sorte qu’elles perdent autant de poids que les souris ayant reçu le médi­ca­ment. À la sur­prise géné­rale, les tumeurs ont aussi ralenti dans les souris témoins. Le médi­ca­ment avait tout sim­ple­ment pour effet de faire perdre leur appé­tit aux souris, imi­tant en cela la res­tric­tion calo­rique. Seyfried dit : « J’ai dû rap­pe­ler la com­pa­gnie pour leur dire que leur médi­ca­ment ne fonc­tion­nait pas. Bien entendu, ils ont repris leurs billes — pour­quoi finan­cer ce genre de chose si l’on peut obte­nir le même effet en man­geant moins de nour­ri­ture ? »

La diète céto­gène est un régime ali­men­taire à très basse teneur en glu­cides, par exemple 88% de gras, 10% de pro­téines et 2% de glu­cides en termes d’ap­port calo­rique pour le trai­te­ment de l’é­pi­lep­sie — voir mon article Diète cétogène - expérience. On lit sur de nom­breux sites qu’elle contri­bue à priver les cel­lules can­cé­reuses de glu­cose, leur prin­ci­pale source d’éner­gie, mais cette hypo­thèse n’est pas cré­dible : quel que soit le régime ali­men­taire, l’or­ga­nisme main­tient sa gly­cé­mie (lien:iuhf) aussi constante que pos­sible, au besoin par le biais de la néo­glu­co­ge­nèse (lien:aua1). Toutefois, les varia­tions de gly­cé­mie induites par le régime ali­men­taire sont plus éle­vées chez l’hu­main que chez la souris, avec pour consé­quence que la diète céto­gène devrait être plus effi­cace (Seyfried T, 2014 lien:2icq).

Une expli­ca­tion plus accep­table de l’ef­fet de la diète céto­gène est qu’elle oblige les mito­chon­dries (lien:alc0) à fabri­quer de l’éner­gie (sous forme d’ATP lien:6qeo) en méta­bo­li­sant des graisses. Cet état méta­bo­lique est carac­té­risé par la syn­thèse de corps céto­niques (lien:42pq) par le foie et leur uti­li­sa­tion comme source d’éner­gie, à la place du glu­cose, par les prin­ci­paux organes (notam­ment le sys­tème ner­veux cen­tral) (Wikipedia lien:i60z). Autrement dit, c’est le sup­plé­ment de graisses, plus que la res­tric­tion des glu­cides, qui ren­drait effec­tive la diète céto­gène. Le moyen le plus sûr de véri­fier qu’on est dans une zone de contrôle de la mala­die consiste à mesu­rer le rap­port entre les taux san­guins de sucre et de cétones : plus il est faible plus le régime est effi­cace (Seyfried T, 2014 lien:2icq).

Relation entre les taux de glu­cose plas­ma­tique et de cétones et la ges­tion des mala­dies chro­niques. Les valeurs de glu­cose et de cétone se situent dans les limites phy­sio­lo­giques nor­males à jeun chez la souris et sont liées au béné­fice thé­ra­peu­tique de l’é­pi­lep­sie et du cancer du cer­veau. Nous appe­lons cet état la zone de ges­tion de la mala­die. Source : lien:2icq

Par exemple, une per­sonne diag­nos­ti­quée d’un cancer du sein il y a 12 ans, qui pra­tique depuis 2 ans une diète céto­gène sévère (75–80% de lipides, 2% de glu­cides et 13–18% de pro­téines) mesure une gly­cé­mie au lever de 0.70 à 0.75 g/l (soit 3.8 à 5 mmol/l) proche de la borne infé­rieure de la valeur « nor­male » (0.74 – 1.06 g/l). Sa céto­né­mie (lien:b73z) est par contre de 1.2 à 1.5 mmol/l, ce qui est élevé tout en res­tant infé­rieur à 3 mmol/l. Ces don­nées la situent dans la zone de “disease mana­ge­ment” (voir figure ci-contre) qui cor­res­pond à un effet béné­fique de la diète céto­gène. Les méta­stases (rachis, foie, poumon) de cette patiente sont sta­bi­li­sées, sans trai­te­ment conven­tion­nel, et son cancer du sein stade IV n’é­vo­lue plus.

Preuve pré­cli­nique indi­quant l’ef­fet d’une diète céto­gène sur la crois­sance et la pro­gres­sion tumo­rales. Le gra­phique montre le nombre d’é­tudes pré­cli­niques qui ont étudié l’ef­fet d’un KD sur dif­fé­rents types de cancer. Les cou­leurs des barres repré­sentent le résul­tat de chaque étude comme indi­qué dans la clé de cou­leur. Les études sur la diète céto­gène et le cancer ont été recueillies par une recherche docu­men­taire cou­vrant jus­qu’à la fin de 2017. R indique des études avec une diète céto­gène hypo­ca­lo­rique ; T indique l’u­ti­li­sa­tion d’une diète céto­gène comme thé­ra­pie adju­vante à la thé­ra­pie clas­sique. Source : lien:wv5m

L’équipe de Weber, DD et al. (2018 lien:wv5m) a recensé les essais de diète céto­gène en trai­te­ment direct ou com­plé­men­taire, asso­ciée ou non à de la res­tric­tion calo­rique. Les résul­tats (voir figure ci-dessus) montrent une grande varia­bi­lité des effets. La cou­leur verte marque un effet de régres­sion des tumeurs, et le rouge un effet contraire. Les auteurs com­mentent :

Pris ensemble, les résul­tats des études pré­cli­niques, bien que par­fois contra­dic­toires, tendent à sou­te­nir un effet anti-tumoral plutôt qu’un effet pro-tumoral de la diète céto­gène pour la plu­part des can­cers solides. Cependant, même si les effets pro-tumoraux sont rares, ils ne peuvent pas être exclus en soi. Plus impor­tant encore, les preuves pré­cli­niques dis­po­nibles impliquent que la fai­sa­bi­lité d’une diète céto­gène comme trai­te­ment adju­vant du cancer dépend for­te­ment du type de tumeur et de ses alté­ra­tions géné­tiques.

On note sur la figure un effet poten­tiel­le­ment néga­tif de la diète céto­gène sur les can­cers du rein et le méla­nome, mais cette obser­va­tion ne concerne que deux études dans le pre­mier cas et une seule dans le second. D’autre part, il s’a­gis­sait d’ex­pé­ri­men­ta­tion sur des souris. Les varia­tions de gly­cé­mie induites par le régime ali­men­taire étant plus éle­vées chez l’hu­main que chez la souris, la diète céto­gène devrait être plus effi­cace (Seyfried T, 2014 lien:2icq).

Les études pré­cli­niques exa­mi­nées par Weber, DD et al. (2018 lien:wv5m) per­mettent uni­que­ment de conclure à la varia­bi­lité des réponses de divers can­cers à la diète céto­gène — et aux trai­te­ments en géné­ral, conven­tion­nels et méta­bo­liques. À l’ap­pui de cette remarque, Klement, RJ et al. (2020 lien:jnf8) ont col­lecté les études publiées dans PubMed en lan­çant une requête sur les mots-clés keto­ge­nic ET (cancer OU glio­blas­toma), puis les réfé­rences citées dans les articles signi­fi­ca­tifs. Au total, seulement 13 études répon­daient aux cri­tères de sélection (lien:jnf8 pages 3, 7, 8) :

Les douze articles inclus por­taient sur 13 études indi­vi­duelles. Parmi celles-ci, neuf (69%) étaient pros­pec­tives et six (46%) avaient un groupe témoin, mais seulement deux d’entre elles avaient été ran­do­mi­sées. La majo­rité des études por­taient sur les can­cers de mau­vais pro­nos­tic : les gliomes de haut grade et les can­cers pan­créa­tiques et méta­sta­sés. […]

Ce qui est remar­quable, c’est que seulement deux de ces études avaient un pro­to­cole d’é­tude publié a priori. […]

La majo­rité des études souf­fraient de dif­fé­rentes sources de biais : petites tailles d’é­chan­tillon (9 études avaient ≤ 10 patients dans le groupe céto­gène pour une popu­la­tion de patients donnée), absence de groupe témoin ou manque de ran­do­mi­sa­tion don­nant lieu à des biais d’auto-sélection, d’al­lo­ca­tion et de per­for­mance.

Ils concluent : « Les preuves des effets béné­fiques des diètes céto­gènes pen­dant le trai­te­ment du cancer s’ac­cu­mulent, mais davan­tage d’é­tudes de haute qua­lité sont néces­saires pour en éva­luer le grade global. »

Il existe des témoi­gnages de per­sonnes atteintes de can­cers à un stade avancé qui ont réussi à stop­per la pro­gres­sion de tumeurs avec la diète céto­gène. C’est par exemple le cas de Pablo Kelly, atteint à 25 ans d’une tumeur céré­brale inopé­rable — un glio­blas­tome mul­ti­forme (lien:6831) au stade 4 — qu’il a sta­bi­li­sée en deux ans de pra­tique céto­gène. Kelly com­men­tait en 2016 (lien:sb6t) :

C’est du char­la­ta­nisme aux yeux de la méde­cine moderne, mais cela m’aide cer­tai­ne­ment car je suis tou­jours en vie. À ma connais­sance, je suis la seule per­sonne avec ce type de tumeur céré­brale qui, sans thé­ra­pie ni inter­ven­tion chi­rur­gi­cale est encore en vie aujourd’­hui. Les méde­cins m’a­vaient dit que la diète céto­gène ne m’ai­de­rait en aucune façon, j’ai eu cinq scans stables depuis jan­vier 2015 avec régime.

Aux der­nières nou­velles (lettre à Thomas Seyfried en 2017) la tumeur était deve­nue opé­rable et Kelly a subi l’o­pé­ra­tion avec succès.

Bien entendu, ces exemples sont « anec­do­tiques ». Rien ne prouve aujourd’­hui que la diète céto­gène à elle seule peut faire régres­ser n’im­porte quel cancer chez un humain. Elle peut par contre amé­lio­rer les résul­tats d’un trai­te­ment conven­tion­nel et en limi­ter les effets indé­si­rables.

Un trai­te­ment méta­bo­lique du cancer basé sur la diète céto­gène (lien:f9wb) et de faibles doses de chi­mio­thé­ra­pie est pro­posé dans la cli­nique du Dr. Abdul Kadir Slocum (lien:yz9c) en Turquie, mais rien de convain­cant n’a été publié à ma connais­sance. En France, des spé­cia­listes de nutri­tion ont com­mencé à guider des patients can­cé­reux sur la voie d’un régime céto­gène en com­plé­ment du trai­te­ment conven­tion­nel (exemple : lien:zdok). Les meilleures réponses seraient celles de tumeurs céré­brales et pan­créa­tiques. J’y reviens plus bas à propos du trai­te­ment méta­bo­lique du Dr. Schwartz.

Thomas Seyfried est accusé de char­la­ta­nisme sur les sites « quack couac » qui font com­merce de la dénon­cia­tion de pré­ten­dues fraudes scien­ti­fiques à partir d’une lec­ture approxi­ma­tive des publi­ca­tions. Une cri­tique nuan­cée, repre­nant les points posi­tifs des tra­vaux de Seyfried tout en regret­tant la pré­ma­tu­rité de ses conclu­sions, a été publiée sur le site Science-Based Medicine (Gorski D, 2014 lien:bvmt) avec des com­men­taires inté­res­sants.

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Source : lien:vatn

N’ayant pas pu me pro­cu­rer son livre (Seyfried, 2012), je cède la parole à Michael O’Neill (2013a) pour un résumé com­pré­hen­sible de sa pro­po­si­tion d’une diète céto­gène pen­dant le trai­te­ment du cancer :

Je déteste uti­li­ser le terme « gué­ri­son », donc je ne le ferai pas. Il y a beau­coup trop de gens qui font la pro­mo­tion de [régimes à] faible teneur en glu­cides comme pana­cée pour tout ce qui vous indis­pose, et je vou­drais dis­sua­der qui­conque que cela va guérir le cancer lui-même. Il s’agit d’un outil qui devrait être uti­lisé dans le contexte plus géné­ral du trai­te­ment.

Seyfried est clair à ce sujet : « … nous ne pen­sons pas que [la diète céto­gène (lien:f9wb) res­treinte] uti­li­sée comme une thé­ra­pie sin­gu­lière, per­met­tra la réso­lu­tion com­plète de la mala­die pour la plu­part des patients. » (p. 364) En fait, il dit de sa recherche sur des souris que « la [diète céto­gène] n’a­vait aucune effi­ca­cité thé­ra­peu­tique contre la crois­sance tumo­rale lors­qu’elle était consom­mée […] sans res­tric­tion de quan­ti­tés. » (p. 295)

L’expression clé étant « sans res­tric­tion », Seyfried est confiant, par contre, qu’une diète céto­gène (lien:f9wb) avec res­tric­tion calo­rique trou­ve­rait sa place dans le trai­te­ment du cancer. Son pro­to­cole est décrit en plu­sieurs phases :

Phase 1 : ini­tia­tion – Les patients entre­prennent une diète céto­gène et font régu­liè­re­ment mesu­rer les taux de gly­cé­mie (lien:iuhf) et de cétones (lien:ydcj) pour véri­fier qu’ils sont dans des inter­valles thé­ra­peu­tiques. « Des taux de gly­cé­mie com­pris entre 3,0 et 3,5 mM (55 à 65 mg/dl) et de β‑hydroxybutyrate [lien:s3af] com­pris entre 4 et 7 mm devraient être effi­caces pour réduire la crois­sance tumo­rale chez la plu­part des patients. » (p. 356)

Par ailleurs, la diète céto­gène (lien:f9wb) à laquelle il fait réfé­rence n’est peut-être pas celle que vous uti­li­sez. Il s’agit d’un régime res­treint en éner­gie, celui où la consom­ma­tion calo­rique totale est régie par les effets que les choix ali­men­taires et l’ap­port éner­gé­tique ont sur les lec­tures de taux san­guins de cétones (lien:ydcj) et de gly­cé­mie (lien:iuhf). En d’autres termes, il n’y a pas une limite calo­rique spé­ci­fi­que­ment, uni­ver­sel­le­ment appli­cable pour tout le monde. Au lieu de cela, mesu­rer et ajus­ter si néces­saire.

balance-angiogenique
Vascularisation tumo­rale et balance angio­gé­nique
Source : lien:lwiz

Phase 2 : chi­rur­gie – Après avoir passé un cer­tain temps (plu­sieurs semaines) au main­tien des inter­valles de cétones (lien:ydcj) et de glu­cose recom­man­dés en phase 1, « la réduc­tion de l’ap­port éner­gé­tique et la [diète céto­gène] per­met­tront de réduire la vas­cu­la­ri­sa­tion tumo­rale [lien:0qtb] et l’in­flam­ma­tion, et vont déli­mi­ter plus clai­re­ment les tissus tumo­raux des tissus nor­maux de leur envi­ron­ne­ment. » (p. 363) C’est le moment oppor­tun pour l’ex­ci­sion de la tumeur.

Seyfried recon­naît que tous les patients ne peuvent pas attendre plu­sieurs semaines que le régime céto­gène réduise l’in­flam­ma­tion et la vas­cu­la­ri­sa­tion. À l’in­verse, « l’ur­gence de résé­quer des tumeurs malignes dès que pos­sible après le diag­nos­tic peut ne pas être dans le meilleur inté­rêt de tous les patients, et pour­rait en fait exa­cer­ber la pro­gres­sion de la mala­die en indui­sant de l’in­flam­ma­tion dans le micro-environnement. » (p. 363) Il est clair que la déci­sion d’o­pé­rer dépen­dra des détails et l’état de la mala­die au moment du diag­nos­tic.

Phase 3 : entre­tien« L’objectif de la stra­té­gie d’en­tre­tien est d’aug­men­ter la pro­ba­bi­lité de survie pen­dant au moins 36 mois chez les patients atteints de cancer méta­sta­tique avancé. » (p. 364) Cette phase de trai­te­ment est conçue pour pro­lon­ger la vie en main­te­nant une pres­sion méta­bo­lique sur les cel­lules can­cé­reuses.

Seyfried pré­co­nise de conti­nuer à suivre une diète céto­gène (lien:f9wb) limi­tée en éner­gie, de suivre en continu les niveaux de glu­cose et de cétones (lien:ydcj) dans le sérum, et sug­gère l’u­ti­li­sa­tion d’un trai­te­ment médi­ca­men­teux ciblant le glu­cose et la glu­ta­mine (lien:rk8y), du 2‑DG (30–40 mg/kg chaque jour) et du phé­nyl­bu­ty­rate [de sodium ?] (15 g/jour ). Le 2‑DG (2‑déoxyglucose) est une molé­cule qui res­semble à celle du glu­cose mais ne peut pas être plus méta­bo­li­sée, de sorte qu’elle bloque le méca­nisme de fer­men­ta­tion. Le phé­nyl­bu­ty­rate permet de dimi­nuer les niveaux de glu­ta­mine en cir­cu­la­tion. Le glu­cose et la glu­ta­mine sont les deux prin­ci­pales sources d’éner­gie du méta­bo­lisme des cel­lules can­cé­reuses (p. 364).

Un mot d’a­ver­tis­se­ment : il est impé­ra­tif que le dosage et le suivi se fassent en consul­ta­tion avec un méde­cin. Ce n’est pas du domaine du do-it-yourself car un mau­vais dosage de médi­ca­ments peut avoir des effets toxiques.

Au-delà de l’effet Warburg

Une page du site de Chris Kresser (lien:ai5z) sug­gère pru­dem­ment que la diète céto­gène pour­rait être une bonne stra­té­gie pour amé­lio­rer — sans pour autant le rem­pla­cer — le trai­te­ment conven­tion­nel d’un cancer. KL Bonsteel, un des com­men­ta­teurs, écrit :

C’est une sim­pli­fi­ca­tion exces­sive de dire que les cel­lules can­cé­reuses uti­lisent en per­ma­nence la fer­men­ta­tion anaé­ro­bie. Les tumeurs ont des zones hypoxiques et des zones nor­moxiques (aéro­bies), avec une rela­tion sym­bio­tique entre les deux. Les cel­lules can­cé­reuses hypoxiques tirent leur éner­gie de la fer­men­ta­tion du glu­cose et sécrètent du lac­tate. Les cel­lules can­cé­reuses nor­moxiques pré­fèrent atti­rer le lac­tate comme com­bus­tible pour le cycle TCA, épar­gnant le glu­cose aux cel­lules hypoxiques. Les cel­lules can­cé­reuses peuvent passer assez rapi­de­ment d’un état hypoxique à un état nor­moxique et peuvent oscil­ler entre les deux. [NCBI, “Tumor cell meta­bo­lism : an inte­gral view”, Romero-Garcia S et al., 2011 lien:7jq0]

Les cel­lules can­cé­reuses nor­moxiques ont éga­le­ment la capa­cité d’u­ti­li­ser les cétones comme car­bu­rant pour le cycle du TCA, en par­ti­cu­lier le 3‑hydroxy-butyrate, dans ce que l’on a appelé « l’ef­fet inverse de Warburg ». La capa­cité des cel­lules can­cé­reuses à uti­li­ser les cétones comme car­bu­rant peut expli­quer pour­quoi les dia­bé­tiques pré­sentent un risque accru de cancer (par exemple la cétose dia­bé­tique). [NCBI, “Ketones and lac­tate ‘fuel’ tumor growth and metas­ta­sis”, Bonuccelli G et al., 2010 lien:i51y]

Selon Eidelman E et al. (2017 lien:vap5), les cel­lules can­cé­reuses de la pros­tate uti­lisent des lipides comme car­bu­rant, plutôt que du glu­cose, et échappent donc aussi à l’ef­fet Warburg. Un autre com­men­ta­teur de cette même page (Richard Feinman) explique que les cel­lules tumo­rales aug­mentent la sen­si­bi­lité de leurs récep­teurs de glu­cose. Selon lui, l’ef­fet posi­tif de la diète céto­gène rési­de­rait plutôt dans la régu­la­tion de l’in­su­line.

Cordier-Bussat, M. et al. (2018 lien:pl29) décrivent en détail l’étonnante flexi­bi­lité des cel­lules can­cé­reuses qui alternent entre un méta­bo­lisme gly­co­ly­tique aéro­bie (appelé effet Warburg) et un méta­bo­lisme oxy­da­tif en fonc­tion de leurs condi­tions de déve­lop­pe­ment et expliquent :

Par un étrange tour du destin, l’effet Warburg est passé de sa relé­ga­tion dans l’oubli à une pré­sence ubi­qui­taire, deve­nant le para­digme incon­tour­nable des articles et des revues trai­tant du méta­bo­lisme tumo­ral. Cependant, cette foca­li­sa­tion sur la gly­co­lyse aéro­bie a eu pour consé­quence d’occulter un fait soli­de­ment établi : les cel­lules can­cé­reuses res­pirent ! L’analyse rigou­reuse des carac­té­ris­tiques bio­éner­gé­tiques d’une tren­taine de lignées tumo­rales a en effet permis d’établir que seule 20 % de la quan­tité totale d’ATP est pro­duite par gly­co­lyse, le reste l’étant en grande partie par l’activité OXPHOS mito­chon­driale. Argument sup­plé­men­taire, les molé­cules agis­sant comme des inhi­bi­teurs de la chaîne res­pi­ra­toire, dont la met­for­mine, un médi­ca­ment uti­lisé dans le trai­te­ment du dia­bète, exercent des effets cyto­sta­tiques sur un grand nombre de types tumo­raux.

[…]

Il est désor­mais clair que les cel­lules malignes ajustent avec une grande flexi­bi­lité leurs besoins en bio­masse à leur vitesse de crois­sance, et qu’elles s’accommodent des contraintes de leur microen­vi­ron­ne­ment en acti­vant un réper­toire de pro­grammes méta­bo­liques qui n’est pas limité au mode Warburg. Elles sont en effet capables de coopé­rer entre elles, en échan­geant en continu des sub­strats éner­gé­tiques, en par­ti­cu­lier le lac­tate et l’alanine. Une tumeur peut être ainsi assi­mi­lée à un éco­sys­tème méta­bo­lique qui s’est déve­loppé en s’adaptant à la pres­sion de sélection exer­cée par les méca­nismes de défense de la cel­lule trans­for­mée et de l’organisme (gènes sup­pres­seurs de tumeur, sénes­cence répli­ca­tive, immu­no­sur­veillance, etc.).

Source : lien:g8ib

On peut com­prendre, avec ce qui pré­cède, que la théo­rie la plus en vogue selon laquelle la diète céto­gène aurait pour effet prin­ci­pal de priver les cel­lules can­cé­reuses du glu­cose, leur prin­ci­pal car­bu­rant, n’est pas cré­dible. D’autres stra­té­gies sont à l’é­tude pour mettre à profit le fait que ces cel­lules ne se nour­rissent pas exac­te­ment comme les cel­lules saines. L’ouvrage de Jane Mclelland, How to Starve Cancer… without star­ving your­self (2018 lien:g8ib) offre une pano­plie large de stra­té­gies à partir d’une expé­rience per­son­nelle de gué­ri­son. L’ouvrage contient de nom­breuses réfé­rences scien­ti­fiques.

L’étude de Corbet C et al. (2016 lien:q0g6) confirme que les cel­lules can­cé­reuses, dans un milieu for­te­ment acide, uti­lisent d’autres stra­té­gies pour fabri­quer de l’éner­gie. Estelle B. com­mente (2016 lien:a5qd) :

Par ailleurs, les résul­tats indiquent une pro­fonde repro­gram­ma­tion du méta­bo­lisme des acides gras dans les cel­lules can­cé­reuses lorsque le milieu devient acide. Les cel­lules can­cé­reuses sont en effet capables à la fois d’utiliser les acides gras pour pro­duire de l’énergie néces­saire à leur crois­sance, mais aussi de former des lipides à partir de glu­ta­mine pour leur pro­li­fé­ra­tion. Les lipides sont essen­tiels pour la struc­ture et la fonc­tion des mem­branes cel­lu­laires.

[…]

Il est bien sûr impos­sible de priver tota­le­ment les cel­lules can­cé­reuses d’apports lipi­diques, car les tissus sains ont besoin de ces res­sources. Mais les cher­cheurs sug­gèrent de blo­quer l’utilisation des lipides par les cel­lules can­cé­reuses, en conce­vant des sub­stances capables d’interférer avec le méta­bo­lisme lipi­dique par­ti­cu­lier des cel­lules can­cé­reuses.

Sur le trai­te­ment du cancer par la met­for­mine (lien:1ljv), voir par exemple Foretz M & Violet B (2014 lien:g8ib).

Confrontés au cancer du sein triple néga­tif (CSTN), qui résiste à la plu­part des trai­te­ments, des cher­cheurs ont décou­vert (Tang, X et al., 2016) que les cel­lules can­cé­reuses avaient besoin de cys­tine (lien:bdd7) pour se répandre dans le corps, et deve­naient ensuite dépen­dantes à ce nutri­ment. Par consé­quent, une voie thé­ra­peu­tique pour­rait consis­ter à priver de cys­tine les cel­lules can­cé­reuses.

Cétones

Richard Veech a eu pour direc­teur de thèse Hans Krebs, élève et bio­graphe d’Otto Warburg. Un de ses articles (Veech RL, 2004) don­nait un aperçu des bien­faits thé­ra­peu­tiques de la pro­duc­tion de corps céto­niques (lien:42pq). Il citait entre autres une étude de Mukherjee P et al. (2002) :

Dans un rap­port sur­pre­nant sur des souris chez qui on avait déclen­ché un astro­cy­tome (lien:f48i) [tumeur infil­trante des hémi­sphères céré­braux], un régime céto­gène asso­cié à la res­tric­tion calo­rique a entraîné une dimi­nu­tion de 80% de la masse tumo­rale et une dimi­nu­tion de la vas­cu­la­ri­sa­tion de la tumeur signa­lant une inhi­bi­tion de l’angio­ge­nèse (lien:gvbs).

Une sup­plé­men­ta­tion en cétones (lien:ydcj) — ou en pré­cur­seurs de cétones, comme le butane‑1,3‑diol (BD lien:54lc) — permet une dimi­nu­tion de la survie des cel­lules can­cé­reuses et pro­longe la durée de vie de sujets atteints de can­cers méta­sta­sés. Cet effet a été confirmé par des tra­vaux récents en expé­ri­men­ta­tion ani­male (Poff AM et al., 2014) : « Les corps céto­niques pos­sèdent de nom­breuses carac­té­ris­tiques qui peuvent nuire à la survie de cel­lules can­cé­reuses et leur pro­li­fé­ra­tion. »

Une dis­cus­sion détaillée de l’in­té­rêt et des limites de la sup­plé­men­ta­tion de cétones est pro­po­sée sur une vidéo (D’Agostino D, 2016).

Oxygénation hyperbare

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Appareil res­pi­ra­toire en
cir­cuit fermé (SEFA).
Licence CC-SA par Anthony Appleyard

Ce trai­te­ment a été décou­vert par Dominic D’Agostino, pro­fes­seur assis­tant au Collège de méde­cine, Université du sud de la Floride. En 2007, l’Office de recherche navale l’a­vait chargé d’é­tu­dier les crises pro­vo­quées par la toxi­cité de l’oxy­gène chez les plon­geurs qui uti­lisent un appa­reil res­pi­ra­toire en cir­cuit fermé. Dans ce cadre, il obser­vait au micro­scope élec­tro­nique les effets de l’oxy­gène à forte pres­sion sur divers types de cel­lules. Ayant remar­qué que cer­taines cel­lules ne ces­saient de bouillon­ner puis d’ex­plo­ser, il décou­vrit qu’il s’a­gis­sait de cel­lules can­cé­reuses d’un patient atteint de glio­blas­tome mul­ti­forme (lien:6831).

D’Agostino avait déjà fait l’ex­pé­rience de la diète céto­gène (lien:f9wb) comme dis­po­si­tif pour limi­ter les crises et autres effets liés à la toxi­cité de l’oxy­gène chez les plon­geurs. Il savait que cette diète pro­té­geait les neu­rones de diverses agres­sions. Ses obser­va­tions l’ont conduit à l’ar­ticle Cancer as a Metabolic Disease (lien:ybt1) de Thomas Seyfried et Laura Shelton (2010), puis à col­la­bo­rer avec leur équipe pour étu­dier les effets com­bi­nés de la diète céto­gène et de l’oxy­gé­no­thé­ra­pie hyper­bare (HBO2T lien:yiri). Les résul­tats en expé­ri­men­ta­tion ani­male qu’ils ont publiés conjoin­te­ment (Poff AM et al., 2013) ont été extrê­me­ment encou­ra­geants :

La diète céto­gène seule dimi­nue signi­fi­ca­ti­ve­ment la gly­cé­mie (lien:iuhf), ralen­tit la crois­sance de la tumeur et aug­mente la durée de survie moyenne de 56,7% chez les souris atteintes d’un cancer méta­sta­tique sys­té­mique. Bien que la HBO2T seule n’ait pas d’in­fluence sur la pro­gres­sion du cancer, la com­bi­nai­son diète céto­gène plus HBO2T a entraîné une dimi­nu­tion signi­fi­ca­tive de la gly­cé­mie, du taux de crois­sance de la tumeur, et une aug­men­ta­tion de 77,9% de la durée moyenne de survie par rap­port au groupe de contrôle.

L’intérêt de la com­bi­nai­son diète céto­gène (lien:f9wb) + oxy­gé­no­thé­ra­pie hyper­bare (lien:yiri) est de pou­voir être uti­li­sée en com­plé­ment ou en pro­lon­ge­ment d’un autre trai­te­ment, en raison de son absence de toxi­cité.

Dans une étude récente (Poff AM et al., 2015), l’é­quipe de D’Agostino a étudié plus en détail — tou­jours en expé­ri­men­ta­tion ani­male — l’é­vo­lu­tion de la mala­die sous l’ef­fet com­biné de ces inter­ven­tions, aux­quelles a été ajou­tée une sup­plé­men­ta­tion en cétones (lien:ydcj).

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Courbes de survie Kaplan-Meier des groupes rece­vant la diète céto­gène (KD), la sup­plé­men­ta­tion en cétone (KE), l’oxy­gé­na­tion hyper­bare (HBOT) et leurs com­bi­nai­sons.
Source : Poff AM et al. (2015 lien:z7lm)

L’oxygénothérapie fait aujourd’­hui partie de l’offre de soins de méde­cins qui visent une amé­lio­ra­tion du méta­bo­lisme cel­lu­laire en com­plé­ment du trai­te­ment du cancer (Meyer A, 2007 lien:kfrb).

Argent colloïdal

Les vertus thé­ra­peu­tiques — prin­ci­pa­le­ment anti­bac­té­riennes — de l’argent col­loï­dal (nano-argent sous la forme de nano­par­ti­cules en solu­tion liquide lien:43x7) sont fré­quem­ment affi­chées sur des sites de méde­cines « alter­na­tives ». Il a été uti­lisé jusque dans les années 1940 — jus­qu’à l’ar­ri­vée des anti­bio­tiques — pour soi­gner des infec­tions bac­té­riennes. Les auto­ri­tés sani­taires comme la FDA aux USA et la Therapeutic Goods Administration (TGA) en Australie en ont inter­dit le mar­ke­ting faute de preuves scien­ti­fiques de son effi­ca­cité comme « remède uni­ver­sel », et en raison du danger d’in­toxi­ca­tion par absorp­tion d’argent (argy­risme lien:95l5). Il fait tou­te­fois l’ob­jet d’é­tudes en can­cé­ro­lo­gie : Franco-Molina MA et col­lègues (2010 lien:wnop) ont mesuré son effi­ca­cité pour l’é­li­mi­na­tion (par apop­tose lien:e3yx) de cel­lules can­cé­reuses en culture (cancer du sein). Voir aussi Aziz N et al. (2019 lien:m61i). Cette piste reste donc ouverte en com­plé­ment d’autres trai­te­ments.

Exercice

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Source : lien:gvsq

Nous avons vu ci-dessus (« Recadrage des prio­ri­tés ») que l’exercice de haute intensité (lien:w6ci) pour­rait contri­buer à limi­ter la pro­li­fé­ra­tion des cel­lules can­cé­reuses grâce à la pro­duc­tion d’agents oxy­dants (ROS lien:jdt9), qui est un des acti­va­teurs de l’apop­tose (lien:e3yx) des cel­lules endom­ma­gées. Plusieurs études ont montré les effets béné­fiques de l’exer­cice en com­plé­ment du trai­te­ment des can­cers sans que les méca­nismes mis en œuvre aient été clai­re­ment expli­ci­tés (Betof AS et al., 2013).

Une expé­rience menée par Pedersen L et al. (2016) a mesuré un des effets béné­fiques de l’exer­cice sur la réduc­tion des tumeurs.

Yvette Brazier (MNT lien:ue83) com­mente :

Les cher­cheurs ont la preuve que les lym­pho­cytes NK (lien:4vmf Natural Killers, cel­lules tueuses natu­relles) peuvent infil­trer, contrô­ler et régu­ler la taille des tumeurs. Mais le pro­ces­sus impli­qué et l’ef­fet de l’exer­cice res­taient à élu­ci­der. À pré­sent, ils disent qu’un tra­vail de haute inten­sité pour­rait pro­duire un pic d’a­dré­na­line aidant les lym­pho­cytes NK à se dépla­cer en direc­tion des tumeurs du poumon, du foie ou de la peau.

L’auteur prin­ci­pal Pernille Hojman, de l’Université de Copenhague au Danemark, et ses col­lègues ont injecté de l’a­dré­na­line à des souris pour simu­ler l’ac­crois­se­ment de cette hor­mone pen­dant l’exer­cice. Quand ils ont fait cela, ils ont observé que les lym­pho­cytes NK entraient dans la cir­cu­la­tion san­guine. Si une tumeur était pré­sente, les lym­pho­cytes NK la repé­raient et s’y fixaient.

Ensuite, ils ont uti­lisé des souris sans lym­pho­cytes NK pour prou­ver le lien entre l’ap­pa­ri­tion des NK sur le site de la tumeur et la réduc­tion du cancer. En l’ab­sence de lym­pho­cytes NK, même si les souris fai­saient de l’exer­cice en ayant toute la gamme des autres cel­lules immu­ni­taires, le cancer crois­sait nor­ma­le­ment. Quand ils blo­quaient la four­ni­ture d’a­dré­na­line, la course dans la cage tour­nante per­dait aussi son effet des­truc­teur du cancer.

Le lien entre la mobi­li­sa­tion des lym­pho­cytes NK dépen­dant de l’a­dré­na­line et l’in­fil­tra­tion tumo­rale a été iden­ti­fié comme étant la molé­cule de signa­li­sa­tion immu­ni­taire, l’IL‑6 [Interleukine 6 lien:xhkp]. On sait que le tissu mus­cu­laire libère de l’IL‑6 pen­dant l’exer­cice.

Ce qui a sur­pris les cher­cheurs est que l’a­dré­na­line appelle spé­ci­fi­que­ment des lym­pho­cytes NK sen­sibles à l’IL‑6, et que les molé­cules d’IL‑6 aident à guider les cel­lules immu­ni­taires vers les tumeurs.

Les effets béné­fiques de l’exer­cice ont été véri­fiés par de nom­breuses études sur les humains : pré­ven­tion (Batty D, 2000, Gonçalves AK et al., 2014, Nechuta SJ et al., 2015), plus longue survie après diag­nos­tic (Holmes MD et al., 2005, Gerritsen J et Vincent A, 2015), dimi­nu­tion de la tumeur du sein et amé­lio­ra­tion de la chi­mio­thé­ra­pie grâce à l’oxy­gé­na­tion des cel­lules par l’ef­fet aéro­bie (lien:kpsf) (Betof AS et al., 2015), etc.

En insé­rant une courte séance d’exercice de haute intensité (lien:w6ci) avant la rup­ture d’un jeûne de plus de 14 heures, on peut pro­vo­quer autant d’auto­pha­gie (lien:6q20) que pen­dant un jeûne de plu­sieurs jours sans affai­blir l’or­ga­nisme. Cette auto­pha­gie assure un recy­clage des pro­téines et des orga­nites non fonc­tion­nels. Ce pro­ces­sus permet par ailleurs de pro­duire plus d’AMPK (lien:t3ka) et de NAD+ (lien:7kg0) tout en inhi­bant le mTOR (cible de la rapa­my­cine chez les mam­mi­fères lien:o3dy). Consommer des pro­téines après l’exer­cice à jeun réac­tive le mTOR, arrê­tant ainsi l’au­to­pha­gie et démar­rant le pro­ces­sus de recons­truc­tion (Liu GY & Sabatini DM, 2020 lien:ivb2). Ces deux pro­ces­sus doivent être acti­vés de manière cyclique pour opti­mi­ser la santé.

Traitement métabolique

Il est encou­ra­geant de savoir que la recherche sur le cancer a ten­dance a réha­bi­li­ter la théo­rie d’une mala­die causée (ou du moins favo­ri­sée) par un désordre méta­bo­lique. Si cette théo­rie se confirme, elle rem­pla­cera — mais seulement en partie — la « rou­lette russe » des muta­tions, dont on ne pou­vait qu’es­pé­rer dimi­nuer la pro­ba­bi­lité en rédui­sant l’ex­po­si­tion aux agents car­ci­no­gènes.

Cet opti­misme doit tou­te­fois être tem­péré par la connais­sance qu’une frac­tion non négli­geable de can­cers sont déclen­chés par une attaque virale (Raoult 2015 lien:nqkd ; 2011 lien:zkig) — typi­que­ment celui du col de l’u­té­rus lié au papil­lo­ma­vi­rus (lien:m44t). Il semble, par contre, que la décou­verte de causes liées au méta­bo­lisme mito­chon­drial (Wallace DC, 2012 lien:1ids) puisse béné­fi­cier à la pré­ven­tion et au soin de mala­dies dégé­né­ra­tives ou liées au vieillis­se­ment — voir la vidéo de Wallace DC (2014 lien:i8pq). C’est aussi une bonne nou­velle.

Le trai­te­ment méta­bo­lique du cancer, que nous avons évoqué en rela­tion aux tra­vaux récents de Seyfried, Longo, D’Agostino et autres en expé­ri­men­ta­tion ani­male, reste une approche mar­gi­nale malgré un nombre appré­ciable de publi­ca­tions scien­ti­fiques sur ce sujet (exemple da Viga Moreira J et al., 2019 lien:9zgb). En France, selon l’Institut natio­nal du cancer (INC lien:keuy), la chi­rur­gie, la radio­thé­ra­pie et la chi­mio­thé­ra­pie consti­tuent aujourd’­hui les grandes caté­go­ries de trai­te­ment des can­cers. Près de 370 000 patients sont trai­tés chaque année par chi­rur­gie, envi­ron 270 000 par chi­mio­thé­ra­pie et 170 000 par radio­thé­ra­pie (source lien:b816). Par consé­quent, il est ins­pi­rant de lire des témoi­gnages diver­gents, malgré leur carac­tère anec­do­tique, sur­tout en pro­ve­nance de méde­cins (exemple : Dr. Philippe Gentit lien:545d).

Les lec­teurs fran­co­phones sont inter­pel­lés par les tra­vaux du can­cé­ro­logue Laurent Schwartz (2012 lien:q9tg ; 2014 lien:elyk ; 2016 lien:k7tb) dont le trai­te­ment — com­plé­men­taire des trai­te­ments conven­tion­nels — consiste à amé­lio­rer le ren­de­ment éner­gé­tique de l’ac­ti­vité mito­chon­driale (Da Veiga Moreira J et al., 2019 lien:9zgb).

Fort d’une longue expé­rience sur un modèle animal, il uti­lise à cet effet une com­bi­nai­son d’acide lipoïque (lien:2mwj) et d’hydroxy­ci­trate (lien:g1k0) sou­vent com­plé­tée par de la met­for­mine (lien:1ljv).

Résultats cli­niques de trai­te­ments au dioxyde de chlore (Schwartz 2018 lien:cjze)

D’autres médi­ca­ments sont à l’es­sai, entre autres le dioxyde de chlore (lien:580t) qui s’est révélé un sub­sti­tut effi­cace de la chi­mio­thé­ra­pie sur des can­cers agres­sifs là où la chi­mio­thé­ra­pie n’a­gis­sait plus. Voir une vidéo de Schwartz annon­çant ce résul­tat et décri­vant l’ap­pli­ca­tion très simple du trai­te­ment dans une confé­rence en mars 2018 : lien:cjze.

Une expé­ri­men­ta­tion avec le bleu de méthy­lène (lien:94kg) moins désa­gréable que le dioxyde de chlore a montré son effi­ca­cité en expé­ri­men­ta­tion ani­male (Yang Shao-Hua et al., 2017 lien:9m85 ; voir lien:mbvn résumé en fran­çais) : « … de plus en plus de preuves démontrent que l’amélioration de la phos­pho­ry­la­tion oxy­da­tive mito­chon­driale par trans­fert alter­na­tif d’électrons mito­chon­driaux peut offrir une action pro­tec­trice contre les mala­dies neu­ro­dé­gé­né­ra­tives et empê­cher la pro­li­fé­ra­tion des can­cers. » La dose (sous pres­crip­tion médi­cale) serait d’en­vi­ron 75 mg quatre fois par jour. Il appa­raît aussi que le can­na­bi­diol (lien:rh62) aurait un mode d’ac­tion proche du bleu de méthy­lène en dimi­nuant la cap­ta­tion de glu­cose et en relan­çant l’ac­ti­vité mito­chon­driale (lien:qfr8 cité par Schwartz). On pourra peut-être envi­sa­ger le 6‑diazo-5-oxo-L-norleucine (DON lien:c7cf) qui a donné de bons résul­tats sur des glio­blas­tomes en expé­ri­men­ta­tion ani­male (Mukherjee P et al., 2019 lien:1fm5). Des patients de Laurent Schwartz font aussi des essais avec l’arté­mi­si­nine (lien:2xgi),

Parmi les mala­dies neu­ro­dé­gé­né­ra­tives ciblées par le trai­te­ment méta­bo­lique, on peut citer la sclé­rose laté­rale amyo­tro­phique (Maladie de Charcot, lien:ats8), la mala­die de Parkinson (lien:o1rh) et la mala­die d’Alzheimer (lien:mvpj). Pour la mala­die de Charcot (amyo­tro­phic late­ral scle­ro­sis ou Lou Gehrig’s disease en anglais) les tra­vaux sur un modèle animal ont montré l’in­té­rêt d’un régime riche en graisses, par­ti­cu­liè­re­ment en cho­les­té­rol, pour pré­ve­nir la mala­die ou ralen­tir son évo­lu­tion (Paganoni S & Wills A‑M, 2013 lien:9urz). Chez les humains, une étude pros­pec­tive sur 891 920 sujets (lien:l4y3) a mesuré que la mor­ta­lité par cette mala­die avait été moindre chez des sujets qui consom­maient le plus de poulet et de frites, et plus forte chez ceux qui consom­maient du riz ou de l’a­voine com­plète ! Ce résul­tat prêche en faveur d’un régime riche en graisses (de bonne qua­lité) et pauvre en glu­cides, éven­tuel­le­ment jus­qu’à une diète céto­gène (lien:f9wb).

Laurent Schwartz pré­co­nise l’in­clu­sion au trai­te­ment méta­bo­lique de la diète céto­gène, sans pour autant en faire une méthode miracle. Une patiente can­cé­reuse avait vu son état se dégra­der malgré un trai­te­ment méta­bo­lique de base (acide lipoïque et hydroxy­ci­trate) asso­cié à une diète céto­gène, mais sa rémis­sion a été rapide après avoir com­plété le trai­te­ment par du dioxyde de chlore.

Certains com­men­ta­teurs de l’ou­vrage grand public de Schwartz (2016 lien:k7tb) sont allés jus­qu’à l’ac­cu­ser d’être un (impos­teur ?) « radio­thé­ra­peute et non can­cé­ro­logue »… Il est pour­tant facile de véri­fier dans PubMed (lien:c1th) que ce méde­cin, long­temps cher­cheur à l’École poly­tech­nique, est le co-auteur de plus de 30 publi­ca­tions scien­ti­fiques, dont au moins une (Schwartz et al., 2017 lien:g52a) en col­la­bo­ra­tion avec TN Seyfried, expert comme nous l’a­vons vu du trai­te­ment méta­bo­lique du cancer en expé­ri­men­ta­tion ani­male. Les détails de son ouvrage sont en plein accord avec les infor­ma­tions que j’a­vais col­lec­tées sur le sujet. J’en recom­mande donc vive­ment la lec­ture pour la clarté de l’ex­posé, tout en sou­li­gnant les mises en garde de l’au­teur : (1) le trai­te­ment méta­bo­lique n’est pas un sub­sti­tut mais un simple com­plé­ment des trai­te­ments conven­tion­nels, (2) à ce jour il n’a guéri aucun cancer mais seulement pro­longé la survie de patients humains en phase ter­mi­nale, (3) des essais cli­niques en phase III seront néces­saires pour prou­ver l’ef­fi­ca­cité du trai­te­ment.

Pour un patient direc­te­ment concerné, le mieux consiste à lire atten­ti­ve­ment ce livre et le prêter à son méde­cin trai­tant pour qu’il/elle puisse pres­crire et sur­veiller le trai­te­ment méta­bo­lique en com­plé­ment d’un trai­te­ment conven­tion­nel, sans négli­ger un essai du dioxyde de chlore ou du bleu de méthy­lène. Des per­sonnes béné­fi­ciant d’un trai­te­ment méta­bo­lique du cancer sont regrou­pées en asso­cia­tion (Association Cancer et Métabolisme lien:wuvj) et peuvent faci­li­ter la recherche de méde­cins recon­nais­sant ce pro­to­cole. Le Dr. Schwartz inter­vient aussi sur le forum Guérir du cancer (lien:325s).

Un entre­tien télé­visé (émis­sion Tambour bat­tant pré­sen­tée par Antoine Spire et Marie-Christine Weiner, 2017 lien:y2z0) pré­sente l’ap­proche méta­bo­lique en paral­lèle avec d’autres avan­cées récentes en immu­no­thé­ra­pie et en can­cé­ro­lo­gie de l’en­fant. Laurent Schwartz inter­vient dans les trois pre­mières par­ties. Comme le montre ce débat mené sur un ton cor­dial, il n’y a pas de contra­dic­tion ni concur­rence entre les approches. C’est pour­quoi je trouve regret­table que de nom­breux sites qui se pré­sentent comme porte-paroles de la com­mu­nauté scien­ti­fique ne men­tionnent pas les avan­cées de la théo­rie méta­bo­lique. Par cette omis­sion (ou cen­sure), leurs auteurs ne font que nour­rir les soup­çons de « sou­mis­sion à Big Pharma » véhi­cu­lés par des sites ven­deurs de méthodes « natu­relles » ou « non-conventionnelles » (voir cri­tique lien:tpsy).

L’entretien entre Joël de Rosnay (lien:h4fo) et Laurent Schwartz (lien:wiq5) dans le cadre du forum Changer d’ère – À la conquête des secrets du vivant (2 avril 2019 lien:gt77) pré­sente clai­re­ment l’ap­proche méta­bo­lique de la pré­ven­tion et du trai­te­ment du cancer :

L’ouvrage d’Annie Brandt (2016 lien:3g5c), une Américaine qui a sur­vécu à un cancer du sein méta­stasé diag­nos­ti­qué en 2001, contient des pro­po­si­tions dans la ligne d’une théo­rie méta­bo­lique du cancer, asso­ciées à l’u­ti­li­sa­tion de chi­mio­thé­ra­pies ciblées (Insulin poten­tia­tion the­rapy lien:0773). Brandt est cofon­da­trice de la Best Answer for Cancer Foundation (BAFC lien:v9ue) qui regroupe des onco­logues pra­ti­ciens de méde­cine inté­gra­tive (lien:ig9q) et leurs patients.

Source : lien:lpx6

Nasha Winters & Jess Higgins Kelley (2017 lien:lpx6) donnent des indi­ca­tions pour éva­luer la capa­cité de réponse de patients au trai­te­ment méta­bo­lique du cancer — et par exten­sion un pro­nos­tic d’ef­fi­ca­cité des trai­te­ments conven­tion­nels. Leur éva­lua­tion est une mesure de la « santé mito­chon­driale » et peut être conduite à partir d’un bilan san­guin. En voici un aperçu sim­pli­fié :

  1. Le rap­port des gra­nu­lo­cytes neu­tro­philes (lien:xw59) sur les lym­pho­cytes devrait être proche de 2/1 ;
  2. Le taux de lac­tate déshy­dro­gé­nase (LDH lien:2n1s), l’en­zyme pro­dui­sant le lac­tate, ne devrait pas dépas­ser 263 U/l (voir article lien:pl29);
  3. La vitesse de sédi­men­ta­tion (lien:ea6c) (pre­mière heure) devrait être infé­rieure à 10 mm ;
  4. Le taux de pro­téine C‑réactive (lien:o3qe) (mesure ultra­sen­sible) devrait être infé­rieur à 1 mg/l.

Si toutes ces condi­tions sont réa­li­sées chez un sujet can­cé­reux, l’é­vo­lu­tion de sa mala­die a de fortes chances d’être favo­rable après le trai­te­ment. Les auteures recom­mandent entre autres la diète céto­gène qui per­met­trait selon elles d’aug­men­ter l’ef­fi­ca­cité des trai­te­ments conven­tion­nels et de limi­ter leurs effets secon­daires. Leur ouvrage mérite d’être lu en exer­çant son esprit cri­tique : véri­fi­ca­tion des sources.

Précaution

Les approches qu’on peut clas­ser dans la caté­go­rie « trai­te­ment méta­bo­lique du cancer » ont en commun une sim­pli­cité d’ex­pli­ca­tion qui contri­bue à leur popu­la­rité. Le public pri­vi­lé­gie les expli­ca­tions faciles à com­prendre, mais est-ce un indice de leur vali­dité ? Les pro­mo­teurs de ces théo­ries, malgré leur bagage scien­ti­fique, ne se laissent-ils pas entraî­ner par une vague média­tique qui les rend popu­laires dans cer­tains milieux « alter­na­tifs » ?

Je reste per­plexe, au vu des titres et des conte­nus de livres qu’ils adressent aux non-initiés, ainsi que de leur proxi­mité avec des boni­men­teurs de pseudo-sciences (lien:wwss). C’est dans le domaine du trai­te­ment du cancer qu’on ren­contre le plus sou­vent les « experts Youtube » que j’ai ciblés dans l’ar­ticle Ma démarche.

La prévention

L’obésité est un fac­teur de risque commun à tous les can­cers, comme l’a montré une étude pros­pec­tive menée pen­dant 16 ans (1982–1998) sur plus de 900 000 adultes amé­ri­cains (Calle EE et al., 2003 lien:30kn) dont 57 000 sont décé­dés de cancer. En moyenne, le risque de mourir d’un cancer n’est pas aug­menté signi­fi­ca­ti­ve­ment (sauf si l’on exclut les fumeurs) dans la caté­go­rie « sur­poids » — indice de masse cor­po­relle de 25 à 30 kg/m2 — mais au-delà dans la caté­go­rie « obé­sité » et jus­qu’à 52% pour « l’o­bé­sité mor­bide » (≥ 40 kg/m2). Ces risques sont vrai­sem­bla­ble­ment sous-estimés du fait que les per­sonnes atteintes de cancer ont ten­dance à perdre du poids. Les auteurs ont conclu qu’en moyenne (aux USA) l’o­bé­sité contri­bue­rait de 14% au cancer chez les hommes et de 20% chez les femmes. Cette contri­bu­tion est bien plus mar­quée pour cer­tains can­cers — un risque mul­ti­plié par 2.12 pour le cancer du sein chez des femmes mor­bi­de­ment obèses — alors qu’elle est moins mar­quée pour les can­cers du poumon, du col de l’u­té­rus ou de la pros­tate.

Une étude rétros­pec­tive basée sur le suivi pen­dant 14 ans d’un mil­lion de femmes d’âge moyen 66 ans au nord-ouest de l’Angleterre, a com­paré un groupe de patientes avec cho­les­té­rol élevé avec celui à faible cho­les­té­rol. L’étude sta­tis­tique a montré que, dans le groupe à haut cho­les­té­rol, l’in­ci­dence de cancer du sein avait été 0.6 fois celle de celui à faible cho­les­té­rol. Le groupe diag­nos­ti­qué à haut cho­les­té­rol au départ avait aussi une mor­ta­lité plus faible que celui à bas cho­les­té­rol (13.8% contre 23.7%) (Paddock C, 2017 lien:i8kv). Voir mon article : Pourquoi diminuer le cholestérol ?

Une étude sué­doise (Heir T et al., 2016 lien:lj25) cor­res­pon­dant au suivi de 2000 hommes sur 40 années met aussi en évi­dence une asso­cia­tion inverse entre le niveau de cho­les­té­rol total et le risque de cancer de la pros­tate.

pistolet chargé de cigarettes

L’association entre consom­ma­tion de tabac et risque de cancer du poumon a été prou­vée par de nom­breuses études épi­dé­mio­lo­giques (Jones NL, 2008 lien:djzz), mais les méca­nismes bio­chi­miques de cette asso­cia­tion res­tent mécon­nus. Aucune étude n’a prouvé que la nico­tine serait can­cé­ri­gène. La toxi­cité des pro­duits en contact avec les cel­lules pul­mo­naires est plus cou­ram­ment admise comme expli­ca­tion. Toutefois, fumer est une pra­tique à risque pour des can­cers autres que celui du poumon. C’est ici que l’ap­proche méta­bo­lique ouvre une piste : des tra­vaux en expé­ri­men­ta­tion ani­male ont montré que l’in­ha­la­tion d’une grande quan­tité de CO2 — 200 fois plus dans la fumée de ciga­rette que dans l’air ambiant — indui­rait un méca­nisme inflam­ma­toire qui fait chuter le ren­de­ment éner­gé­tique des cel­lules. En fil­trant le CO2 dans la fumée de ciga­rette, l’in­ci­dence de cancer dimi­nuait consi­dé­ra­ble­ment (Schwartz L et al., 2010 lien:f0f1). Cet empoi­son­ne­ment de la mito­chon­drie (lien:alc0) serait res­pon­sable, au moins par­tiel­le­ment, de la toxi­cité du tabac.

Nogueira ML et al. (2015 lien:ac82) sou­lignent que l’in­flam­ma­tion est un risque majeur de plu­sieurs mala­dies méta­bo­liques telles que le cancer et la mala­die d’Alzheimer. Ces auteurs ont aussi énoncé une équi­va­lence entre inflam­ma­tion et aug­men­ta­tion de pres­sion. L’accumulation de stress méca­nique joue un rôle clé dans le déve­lop­pe­ment de mala­dies liées au vieillis­se­ment, telles que la car­dio­myo­pa­thie, l’a­thé­ro­sclé­rose et l’ar­throse, mais la pres­sion peut éga­le­ment être un fac­teur clé de la can­cé­ro­ge­nèse (2015 lien:ac82). Selon l’é­quipe de Schwartz (2018 lien:jkwm), l’ensemble des mala­dies pour­raient se lire par un chan­ge­ment de pres­sion ou de ren­de­ment élec­tro­ma­gné­tique.

Une fois que le cancer est diag­nos­ti­qué, les études montrent que le trai­te­ment médi­cal devien­drait plus effi­cace — et mieux toléré — par l’a­dop­tion de pra­tiques ana­logues à celles qui contri­buent à sa pré­ven­tion. S’il est vrai qu’une diète céto­gène (lien:f9wb) avec restriction calorique est plus contrai­gnante qu’un régime faible en glu­cides (paléo lien:8wxz, chrono-nutrition etc.), d’autres pra­tiques sont à la portée de chacun, comme celle de l’exercice de haute intensité (lien:w6ci).

Quid des méthodes « alternatives ? »

Ayant long­temps navi­gué à proxi­mité des méde­cines « alter­na­tives », j’ai connu (direc­te­ment ou indi­rec­te­ment) des per­sonnes diag­nos­ti­quées can­cé­reuses qui s’en étaient « sor­ties » sans avoir recours à un trai­te­ment clas­sique — chi­rur­gie, chimio, rayons… Les unes ont modi­fié radi­ca­le­ment leurs condi­tions d’exis­tence, d’autres ont fait appel à des thé­ra­pies qua­li­fiées de char­la­ta­nisme par la méde­cine ortho­doxe. Bien sou­vent, ces deux démarches étaient com­bi­nées. Toutefois, celles qui n’ont pas béné­fi­cié des pro­messes d’une thé­ra­pie « natu­relle » ne sont plus là pour en témoi­gner, pas plus d’ailleurs que celles pour les­quels le trai­te­ment conven­tion­nel s’est révélé inef­fi­cace. C’est un exemple typique de biais du sur­vi­vant (lien:ffga).

Il faut signa­ler d’in­nom­brables cam­pagnes frau­du­leuses sur Internet fai­sant la pro­mo­tion de méthodes « natu­relles » pré­sen­tées comme plus effi­caces que les trai­te­ments médi­caux. Ainsi, par exemple, la blo­gueuse Belle Gibson (lien:8g6x) qui avait fait for­tune en recueillant des dona­tions et en ven­dant des articles sur une méthode sup­po­sée avoir guéri chez elle un cancer du cer­veau en phase ter­mi­nale, a fini par avouer qu’elle n’a­vait jamais eu de cancer ! (lien:fyb6)

Vue la diver­sité des approches de trai­te­ment méta­bo­lique, il devient moins ico­no­claste d’é­vo­quer des pra­tiques en marge de la méde­cine scien­ti­fique. Toutefois, je ne suis pas habi­lité à dres­ser un inven­taire des méthodes « alter­na­tives », ceci pour plu­sieurs rai­sons :

  1. Elles sont docu­men­tées sur de nom­breux sites web et dans les ouvrages de natu­ro­pa­thie (Brandt A, 2016 lien:3g5c).
  2. Leurs auteurs condi­tionnent sou­vent leur réus­site à l’aban­don de toute inter­ven­tion médi­cale conven­tion­nelle. Cette posi­tion est éthi­que­ment inac­cep­table car elle « prend le patient en otage » dans son espoir de survie. L’étude rétros­pec­tive de Skyler B et al. (2017 lien:nya0) sur la survie de patients atteints de can­cers non-métastasés (tous curables) du sein, du poumon, de la pros­tate ou colo­rec­tal, ayant fait le choix d’une méde­cine alter­na­tive en rem­pla­ce­ment du trai­te­ment conven­tion­nel, a montré que ces der­niers affi­chaient en moyenne 2.5 fois plus de décès pen­dant la période d’ob­ser­va­tion que ceux qui avaient suivi le trai­te­ment.
  3. Chaque récit n’a qu’une valeur anec­do­tique : il ne s’agit pas de groupes de per­sonnes sou­mises à un pro­to­cole expé­ri­men­tal — études ran­do­mi­sées contrô­lées (lien:lcub) — per­met­tant de mesu­rer statistiquement l’ef­fi­ca­cité d’une méthode.
  4. Seules les his­toires à succès (suc­cess sto­ries) sont publiées. Dans le cas de mala­dies graves, les patients ayant connu l’é­chec d’une ten­ta­tive ne sont sou­vent plus en mesure de témoi­gner. Il y a une quin­zaine d’an­nées, j’ai entendu parler d’une femme qui aurait « guéri » son cancer de l’u­té­rus en sui­vant la thé­ra­pie de R.G. Hamer (lien:fxwx) et publié un livre rela­tant son expé­rience « preuves à l’ap­pui ». Un an ou deux plus tard, elle a rechuté. Cette fois, elle s’est fait soi­gner par chi­mio­thé­ra­pie, sans pour autant publier un deuxième livre qui aurait cor­rigé le triom­pha­lisme du pré­cé­dent…
  5. Il existe des cas de rémis­sion spon­ta­née (voire de gué­ri­son) chez des per­sonnes qui adoptent, par exemple, un régime ali­men­taire (sou­vent avec res­tric­tion calo­rique), d’autres qui changent de régime, et d’autres enfin qui renoncent à tout régime et tout trai­te­ment. Ce ne sont encore que des infor­ma­tions anec­do­tiques malgré les espoirs que ces témoi­gnages peuvent sus­ci­ter. (Consulter les liens sur cette page Wikipedia : lien:xa2w.)

S’il est légi­time de s’in­ter­ro­ger sur l’ef­fi­ca­cité d’un pro­to­cole de trai­te­ment, c’est au seul patient qu’il incombe d’exer­cer son choix dans un dia­logue avec les spé­cia­listes, quitte à en consul­ter plu­sieurs pour com­pa­rer leurs pro­po­si­tions. La théo­rie méta­bo­lique du cancer tend à mon­trer qu’il n’y aurait pas d’in­com­pa­ti­bi­lité entre un trai­te­ment médi­cal cor­rec­te­ment ciblé et des pra­tiques de méde­cine com­plé­men­taire visant à res­tau­rer la santé du méta­bo­lisme cel­lu­laire.

Soins par les plantes

La phy­to­thé­ra­pie sur la base de pro­to­coles scien­ti­fiques occupe une place mar­gi­nale dans la palette de trai­te­ments com­plé­men­taires des trai­te­ments conven­tion­nels, malgré des résul­tats encou­ra­geants, voir par exemple l’é­tude de Trogrlić I et al. (2018 lien:2aqq) sur le trai­te­ment du glio­blas­tome mul­ti­forme (lien:6831).

Si les plantes peuvent aug­men­ter l’ef­fi­ca­cité des soins, cer­taines peuvent aussi inter­fé­rer dan­ge­reu­se­ment avec les trai­te­ments conven­tion­nels. C’est le cas — entre autres — du soja (non fer­menté) et de la sauge (lien:065r) pour les can­cers hormono-dépendants (lien:o6sa), du petit houx (lien:q7ft) qui contient des fla­vo­noïdes (lien:z94f), du méli­lot (lien:wf3i) qui est anti-coagulant, du mil­le­per­tuis (lien:hze3) et du thé vert qui peuvent inter­fé­rer avec la chi­mio­thé­ra­pie, de la vigne rouge (lien:7gz9) et du ginko biloba (lien:ildw) pour leurs effets hémor­ra­giques, enfin du pomélo (lien:u8of) qui entrave l’ac­tion de cer­tains médi­ca­ments.

L’arté­mi­si­nine (lien:2xgi), une molé­cule extraite de l’ar­moise annuelle (lien:hhr4) depuis long­temps connue en Chine et répu­tée pour son effet anti-paludéen, fait l’ob­jet d’es­sais (en com­bi­nai­son avec du fer) pour le trai­te­ment de cer­tains can­cers, dont ceux du poumon et du sein (Lai H et al., 2005 lien:r26t ; Nakase I et al., 2008 lien:0xvy). L’addition de fer est tou­te­fois remise en ques­tion.

De nom­breux tra­vaux frau­du­leux ont fait l’ob­jet de publi­ca­tions — pour cer­taines, rétrac­tées suite à des signa­le­ments — dans les jour­naux scien­ti­fiques à fort impact. C’est le cas notam­ment de ceux du pro­fes­seur Yogeshwer Shukla, expert en can­cé­ro­lo­gie, pro­téo­mique (lien:61bq) et nano­tech­no­lo­gie, qui affirme pou­voir guérir des can­cers à l’aide de nano­par­ti­cules trem­pées dans des extraits végé­taux (ananas, ail, gre­nade, thé, mangue, cur­cuma, raisin…) selon la méde­cine ayur­vé­dique (lien:3ncf). Les méca­nismes des fal­si­fi­ca­tions d’i­mages sont détaillés sur le site de For Better Science qui signale les liens entre ce cher­cheur et d’autres noms célèbres pour leurs rétrac­tions d’ar­ticles : Bharat Aggarwal, Sahdeo Prasad (lien:rgeq)… Tous ces cher­cheurs opèrent sous la ban­nière de l’Ayurveda (lien:3ncf) agitée par le chau­vi­nisme exa­cerbé de l’Inde d’au­jourd’­hui, por­tant ombrage aux tra­vaux sur les plantes médi­ci­nales menés dans de res­pec­tables ins­ti­tu­tions comme le CSIR-Indian Institute of Chemical Biology (lien:64mw) à Kolkata.

Une fois recon­nus comme impos­teurs, les auteurs conti­nuent à publier dans des jour­naux « pré­da­teurs » qui font l’im­passe sur l’é­thique scien­ti­fique. Sans sur­prise, toutes leurs publi­ca­tions (y com­pris celles qui ont fait l’ob­jet de rétrac­ta­tions) sont citées par les mar­chands de remèdes « natu­rels » comme autant de preuves scien­ti­fiques de leur effi­ca­cité…

(Suite sur la page Cancer - conclusion et références)

Le contenu de cet article ne se sub­sti­tue pas aux recom­man­da­tions des pro­fes­sion­nels de santé consul­tés par les lec­teurs.

Article créé le 20/11/2018 – modi­fié le 8/02/2020


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