Analyses

Protéine C‑réactive : panique !

• Bookmarks: 124 • Comments: 639637


L’interprétation du taux sanguin de protéine C‑réactive (CRP dans le monde anglo­phone) est expo­sée sur de nombreux sites, à commen­cer par WikipediaN1. Elle peut plon­ger dans l’an­goisse un lecteur confronté à un taux élevé. J’en témoigne ici…

Dans mes bilans sanguins de ces dernières années, le taux de protéine C‑réactive était d’en­vi­ron 2 mg/l, autre­ment dit « normal » selon les indi­ca­tions du labo­ra­toire : valeur de réfé­rence < 5 mg/l. Mon inquié­tude est née (en septembre 2017) d’une analyse qui indi­quait 18 mg/l. Dans le même bilan, la vitesse de sédi­men­ta­tion sanguine était montée à 11 mm, contre 4 un an plus tôt.

Le taux de CRP est un marqueur d’in­flam­ma­tion ou d’in­va­sion micro­bienne. L’inflammation, quelle qu’en soit la cause, me préoc­cupe car elle est asso­ciée au risque d’ac­ci­dent cardio­vas­cu­laire. Un endo­thé­lium vascu­laireN2 enflammé accé­lère la forma­tion de plaque d’athé­ro­sclé­roseN3 dont j’ai déjà fait les frais — voir mon article Je suis à l'hôpital !. Par ailleurs, un endo­thé­lium dysfonc­tion­nel ne produit pas assez de monoxyde d’azoteN4 pour dila­ter la paroi muscu­laire des artères et adap­ter le flux sanguin à l’ef­fort. Ce dernier point pouvait expli­quer que ma résis­tance lors d’un entraî­ne­ment n’avait pas augmenté sensi­ble­ment après une première angioplastie.

Sommaire

Panique à bord…

Mon méde­cin géné­ra­liste était déso­rien­tée en l’ab­sence de symp­tôme permet­tant d’orien­ter la recherche d’une cause : ni fièvre, ni douleur, ni fatigue. Les autres para­mètres du bilan sanguin étaient favo­rables. Elle a accepté de suivre toutes les pistes, y compris celle d’un cancer en phase silen­cieuse. Bien entendu, il était raison­nable (et rassu­rant) d’ex­plo­rer en premier celle de mala­dies bénignes.

La lecture de la page C‑reactive proteinN5 en anglais m’a permis de mieux cerner les inter­pré­ta­tions possibles :

Le taux normal dans le sérum d’un humain en bonne santé est entre 5 et 10mg/l, il augmente avec l’âge. Des taux plus élevés se rencontrent chez les femmes enceintes ou en présence d’in­flam­ma­tions légères ou d’in­fec­tions virales (10–40mg/l), d’in­flam­ma­tion moyenne ou bacté­rienne (40–200mg/l), d’in­flam­ma­tions bacté­riennes sévères et brûlures (> 200mg/l).

Le taux de 18 ng/l pouvait donc signa­ler une inflam­ma­tion sans gravité, sauf qu’elle pouvait masquer une augmen­ta­tion du risque cardio­vas­cu­laire. Toutefois, l’ab­sence de symp­tôme restait inquié­tante, signa­lant un « mal invisible ».

Les pages et articles consul­tés mentionnent les causes inflam­ma­toires ou infec­tieuses — à l’ex­cep­tion des femmes enceintes — mais passent sous silence la produc­tion de protéine C‑réactive consé­cu­tive à un entraî­ne­ment de haute inten­sité. Cet effet a été docu­menté en méde­cine du sport — cf. une revue des publi­ca­tionsN6. Dans mon article Entraînement fractionné de haute intensité - pratique, j’ai indi­qué qu’un temps de récu­pé­ra­tion d’en­vi­ron 48 heures était néces­saire pour la recons­truc­tion de la masse muscu­laire après une séance solli­ci­tant les fibres muscu­laires « ultra­ra­pides ». Pendant cette récu­pé­ra­tion, le foie fabrique de la protéine C‑réactive pour maîtri­ser l’in­flam­ma­tion asso­ciée à ce processus.

Il se trouve que je m’étais présenté au labo­ra­toire pour la prise de sang immé­dia­te­ment après une séance mati­nale d’exer­cice inten­sif, sans avoir pris de déjeu­ner confor­mé­ment aux instruc­tions. J’ai donc cru avoir décelé la cause de cette augmen­ta­tion de la CRP. Pour en avoir le cœur net, j’ai demandé une nouvelle analyse une semaine plus tard, veillant cette fois à m’abs­te­nir d’exer­cice pendant les deux jours qui la précédaient.

Hélas, le taux de CRP était iden­tique à celui de la semaine précé­dente. La vitesse de sédi­men­ta­tion était même passée de 11 à 20 mm… Retour à la case départ !

Parmi les causes mineures d’in­fec­tion figurent les abcès dentaires. J’ai consulté un dentiste pour en avoir le cœur net. Il n’a rien décelé immé­dia­te­ment mais a pres­crit une radio­gra­phie pano­ra­mique de la mâchoire. Une semaine plus tard, celle-ci a révélé une carie profonde qui ne causait aucun désa­gré­ment sauf une très légère douleur le soir après expo­si­tion au froid.

La carie a été soignée. Une semaine plus tard, j’ai consulté un méde­cin en Allemagne qui a refait une analyse de sang. Le taux de CRP était redes­cendu à 2.14 mg/l, autre­ment dit en dessous du seuil de 5 mg/l. Quatre semaines plus tard, ayant suivi son trai­te­ment de méde­cine ortho­mo­lé­cu­laireN7, le taux était descendu à 0.65 mg/l, proche du 0.4 mg/l qu’il m’avait indi­qué comme cible.

➡ En Allemagne, la notion de « méde­cine ortho­mo­lé­cu­laire » n’est pas réduite à la ridi­cule contro­verse sur l’inef­fi­ca­cité d’une supplé­men­ta­tion en vita­mine C !

La protéine C‑réactive est un marqueur de santé cardiovasculaire

Les déci­males de « 0.65 » indiquent une mesure ultra­sen­sible de la CRP qui four­nit d’autres infor­ma­tions. En l’ab­sence d’autres causes d’in­fec­tion ou d’in­flam­ma­tion, le taux de protéine C‑réactiveN1 peut servir de marqueur de risque cardio­vas­cu­laire. Certains auteurs suggèrent qu’un taux supé­rieur à 1 à 3 mg/l contri­bue­rait à la forma­tion de plaque d’athé­ro­sclé­roseN3 et d’autres que l’in­flam­ma­tion de l’endo­thé­liumN2 entra­ve­rait la forma­tion de monoxyde d’azoteN4. Les deux ne sont pas incompatibles.

Le prati­cien que j’ai consulté à Wiesbaden accorde beau­coup d’im­por­tance à l’in­flam­ma­tion, dans mon cas, ayant véri­fié que d’autres marqueurs comme les taux de choles­té­rol LDL oxydé (45.2 ng/ml, voir N8), d’homo­cys­téine (N9, 7.9 µmol/l) et de lipoprotéine(a) (N10, 17.8 nmol/l) étaient satis­fai­sants. Il estime que la cible de CRP à atteindre serait 0.5 mg/l.

➡ Enfin un méde­cin qui ne se contente pas de mesu­rer le « choles­té­rol LDL » et de pres­crire des statines ! Il n’empêche que le dernier cardio­logue consulté (le 9/12/2017) tenait à me pres­crire du Crestor® « un petit peu de temps en temps pour soigner l’in­flam­ma­tion » ! Voir mon article Je suis à l'hôpital !

La nutri­tion joue un rôle mani­feste dans l’inflam­ma­tion systé­mique chro­niqueN11 bien que les effets des aliments varient selon les indi­vi­dus, leurs micro­biotesN12 et la synchro­ni­sa­tion de leurs horloges internes — voir mon article Nutrition, qui écouter ? Toutes les pistes méritent d’être exami­nées, y compris l’exa­men critique des effets préten­du­ment anti-inflammatoires des végé­taux — voir l’ar­ticle Tout sur le régime carnivore.

Pour conclure…

Cet épisode m’a appris deux points insuf­fi­sam­ment docu­men­tés au sujet de la protéine C‑réactive :

  1. Penser aux abcès dentaires dans la recherche de causes d’in­fec­tion. Ne pas hési­ter à faire une radio pano­ra­mique de la denti­tion pour obte­nir un diag­nos­tic précis, sachant que des caries profondes, même insen­sibles, peuvent entraî­ner de fortes perturbations.
  2. Mesurer le taux de CRP ultra­sen­sible, s’il est infé­rieur à 5 mg/l, afin d’éva­luer le risque cardio­vas­cu­laire (surtout après un premier inci­dent) en complé­ment d’autres para­mètres prédic­tifs de rechute.

Le taux de CRP n’est qu’un marqueur d’in­flam­ma­tion parmi beau­coup d’autres. D’autres tests, plus compli­qués et plus coûteux, sont néces­saires pour détec­ter les causes d’inflammation.

L’inflammation est en soi un facteur de risque commun de nombreuses mala­dies chro­niques ; je n’ai présenté ici que le risque cardio­vas­cu­laire asso­cié à mon histoire person­nelle. Les lecteurs anglo­phones peuvent consul­ter un rapport de l’Université de HarvardN13 pour en saisir les méca­nismes et mettre en place des stra­té­gies protec­trices effi­caces — à peu de choses près, celles présen­tées dans les divers chapitres de ce site.

Compléments de lecture

  • Protéine C réac­tive : c’est quoi et pour­quoi augmente‑t elle ? Site « Santé pratique »N14

▷ Liens

🔵 Notes pour la version papier :
- Les iden­ti­fiants de liens permettent d’atteindre faci­le­ment les pages web auxquelles ils font réfé­rence.
- Pour visi­ter « 0bim », entrer dans un navi­ga­teur l’adresse « https://​leti​.lt/0bim ».
- On peut aussi consul­ter le serveur de liens https://​leti​.lt/​l​i​ens et la liste des pages cibles https://​leti​.lt/​l​i​ste.

  • N1 · c9jw · Protéine C réac­tive – CRP – Wikipedia
  • N2 · pgyc · Endothélium – Wikipedia
  • N3 · mnd6 · Athérome ou athé­ro­sclé­rose – Wikipedia
  • N4 · pcyq · Monoxyde d’azote – Wikipedia
  • N5 · o3qe · C‑reactive protein – Wikipedia
  • N6 · cp3o · The Effects of Physical Activity on Serum C‑Reactive Protein and Inflammatory Markers : A Systematic Review
  • N7 · t7ns · Médecine ortho­mo­lé­cu­laire – Wikipedia
  • N8 · ksx1 · Les LDL oxydés permet­traient d’identifier les sujets âgés à haut risque cardiovasculaire
  • N9 · zby3 · Homocystéine – Wikipedia
  • N10 · xxly · Lipoprotéine(a) – Wikipedia
  • N11 · kqvd · L’inflammation systé­mique chro­nique (inflam­ma­ging)
  • N12 · mbec · Description du microbiote
  • N13 · q3cu · Inflammation and Chronic Disease – Harvard Health Publishing
  • N14 · x7if · Protéine C réac­tive : c’est quoi et pour­quoi augmente‑t elle ?

Article créé le 11/11/2017 - modifié le 17/05/2021 à 14h29

124 recommended
6 commentaires
39637 visites
bookmark icon

6 thoughts on “Protéine C‑réactive : panique !

    Écrire un commentaire...

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

    Oldest
    Newest
    Most Upvoted