Les déchets nucléaires débordent des centrales !

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EDF propose de fermer les réac­teurs les plus récents… ou de stopper toute la filière.

C’EST UN DOCUMENT confi­den­tiel et plein de surprises touchant à l’avenir du nucléaire que « Le Canard » a pu consulter. Daté de mai et constitué d’analyses réali­sées par l’Institut de radio­pro­tec­tion et de sûreté nucléaire (IRSN) à partir d’éléments plus anciens émanant d’EDF, il s’attaque au dossier brûlant des combus­tibles radio­ac­tifs. Ceux‐ci commencent leur vie dans les centrales et la terminent sous forme de déchets — des centaines de tonnes — dans les « piscines » des centrales puis dans celles de l’unité de retraite‐ment de la Hague. Dans son rapport, l’IRSN commente et actua­lise une étude — aussi secrète — réalisée par EDF en 2016. L’électricien y dres­sait, pour la période 2015–2025, un tableau exhaustif des flux de matières radio­ac­tives (uranium, pluto­nium) néces­saires à la bonne marche des 58 réac­teurs du parc fran­çais. Et passait en revue les instal­la­tions exis­tantes ou desti­nées à gérer les combus­tibles usés. Surprise : motus sur la loi de tran­si­tion éner­gé­tique, pour­tant adoptée un an plus tôt, qui pré‐voyait, à l’horizon 2025, une baisse de 50 % de la part du nucléaire dans la produc­tion d’électricité ! A aucun moment la ferme­ture de 19 réac­teurs, consé­quence de cette baisse, n’était envi­sagée. L’IRSN ayant souligné cette inco­hé­rence, EDF a prévenu : si ces 19 réac­teurs ferment, « l’arrêt de tous les réac­teurs devient inéluc­table au plus tard cinq ans après l’arrêt de la première tranche ». Fini, le nucléaire !

Dessin Le Canard enchaîné 17/10/2018 p.4
Le Canard Enchaîné, 11/10/2018, p.4

De qui se MOX‐t‐on ?

Pourquoi une conclu­sion aussi radi­cale ? Parce que, précisent les experts d’EDF (et d’Orano — ex‐Areva), les vieilles centrales vouées à la ferme­ture carburent au MOX, un mélange d’uranium et de pluto­nium issu du retrai­te­ment des combus­tibles usés des centrales les plus récentes. Si elles stoppent toute acti­vité, leur nour­ri­ture radio­ac­tive va s’en-tasser dans les piscines jusqu’à satu­ra­tion — d’ici cinq ans. Sans compter que l’établissement de re‐traitement de la Hague ne dispose plus que de 7,4 % de ses capa­cités. Seule solu­tion, selon les élec­tri­ciens : bloquer l’ensemble de la chaîne de produc­tion… EDF propose une alter­na­tive gaguesque : fermer en premier… quelques centrales parmi les plus récentes, sans assé­cher la filière MOX. Cela permet­trait, conclut le « numéro 2 mondial de l’électricité », de retarder le risque de satu­ra­tion (piscines et la Hague) de quelques années. Réponse sèche de l’IRSN : « Ce scénario présente un carac­tère forte­ment théo­rique. » Heureusement, EDF et Orano ont un autre plan pour stocker toujours plus de combus­tible usé : construire (à Belleville‐sur‐Loire, selon « Reporterre ») une nouvelle « piscine d’entreposage centra­lisé » géante d’ici à 2030. Mais, de nouveau, l’IRSN tique : « La capa­cité indus­trielle à réaliser ces projets dans les délais prévus n’est pas défi­ni­ti­ve­ment acquise. » Ces anti­nu­cléaires sont partout !

J. C.

Lu dans Le Canard Enchaîné, 11/10/2018, p.4


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