Longévité

Hunza à perte de vue

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En route avec John Clark (1950)

Carte du Hunza par John Clark (1957)
Carte du Hun­za par John Clark (1957). Source : N22 page 42
L’or­tho­graphe des noms est par­fois dif­fé­rente de celle des cartes récentes.

L’ou­vrage de John Clark, Hun­za – Lost King­dom of the Hima­layas (1957A11 ou ver­sion PDFN22) apporte un témoi­gnage radi­ca­le­ment dif­fé­rent de ceux publiés par ses pré­dé­ces­seurs. J’en recom­mande vive­ment la lec­ture inté­grale en sui­vant les dépla­ce­ments sur la carte inter­ac­tiveN26. Il m’a long­temps cap­ti­vé, tel­le­ment les faits rap­por­tés (avec un redou­table sens de l’hu­mour) me rap­pellent des moments vécus au nord de l’Inde.

➡  Dans ce qui suit, la pagi­na­tion est celle de la ver­sion PDFN22, dif­fé­rente de celle de l’ou­vrage sur papier. Les textes et images sont iden­tiques.

Dès la cin­quième page, Clark aver­tit ses lec­teurs :

Je sou­haite éga­le­ment expri­mer mes regrets aux voya­geurs dont les impres­sions ont été contre­dites par mon expé­rience. Lors de mon pre­mier voyage à tra­vers le pays Hun­za, j’ai acquis presque toutes les idées fausses : les Hun­zas en bonne san­té, la Cour démo­cra­tique, la terre où il n’y a pas de pauvres et le reste — et seul le long séjour en pays Hun­za m’a révé­lé la situa­tion réelle. Je ne prends aucun plai­sir à démys­ti­fier ou à confir­mer une décla­ra­tion, mais il était néces­saire de dire clai­re­ment la véri­té telle que je l’ai vécue.

Les objectifs de Clark

Hunza - John Clark en 1950
John Clark en 1950
Source : A11 page 129

John Clark (1909–1994) était un géo­logue amé­ri­cain invi­té à faire des rele­vés géo­lo­giques dans le tout nou­vel État du Pakis­tan qui comp­tait peu de spé­cia­listes de cette dis­ci­pline. Il pour­sui­vait tou­te­fois d’autres objec­tifs avec l’ap­pro­ba­tion du gou­ver­ne­ment pakis­ta­nais (1957N22 page 9) :

Mon but était d’essayer de mon­trer aux membres d’une com­mu­nau­té asia­tique com­ment ils pour­raient uti­li­ser les res­sources qu’ils pos­sé­daient déjà pour amé­lio­rer leur vie. Plus impor­tant encore, je m’ef­for­ce­rais d’en­sei­gner aux habi­tants du Hun­za que, dans le cadre de leurs propres efforts, s’ils attendent un ave­nir meilleur, ils pour­ront (avec quelques indi­ca­tions au départ) s’é­le­ver aus­si haut qu’ils le sou­haitent, et qu’ils n’ont pas besoin du com­mu­nisme pour y par­ve­nir. Je savais bien sûr qu’un homme seul ne pour­rait pas arrê­ter le com­mu­nisme en Asie, mais je savais aus­si qu’un pro­jet cor­rec­te­ment géré comme le mien pour­rait libé­rer plu­sieurs mil­liers d’A­sia­tiques de sa menace et ser­vir de modèle à des entre­prises de plus grande enver­gure.

À cette époque, la région nou­vel­le­ment libé­rée de l’empreinte colo­niale anglaise était convoi­tée par ses voi­sins immé­diats (URSS et Chine) qui espé­raient la mettre sous tutelle après une conver­sion de la popu­la­tion à leur vision du com­mu­nisme.

L’an­ti­com­mu­nisme affi­ché par John Clark doit être repla­cé dans le contexte de son époque : la Guerre du Viet­nam n’a­vait pas encore eu lieu et celle de Corée a écla­té pen­dant son deuxième voyage. L’A­mé­rique de Roo­se­velt et Tru­man était un acteur prin­ci­pal de la vic­toire contre le nazisme et le fas­cisme. Per­çue comme mes­sa­gère du pro­grès et de la démo­cra­tie, elle était mena­cée dans cette entre­prise par les régimes auto­ri­taires de l’URSS et de la Chine. Les sovié­tiques avaient notam­ment com­men­cé à enva­hir le Gil­git-Bal­tis­tan jus­qu’à une tren­taine de kilo­mètres de Shim­shalN68.

Mais Clark n’é­tait pas un por­teur naïf de l’i­déal nord-amé­ri­cain. Sa crainte du com­mu­nisme était moti­vée par une expé­rience de ter­rain. Pen­dant la guerre, en été 1944, il avait été affec­té à la sur­veillance de routes et de voies fer­rées des pro­vinces du Xin­jiangN92 et du Gan­suN121 dans la Chine alors pré­si­dée par Tchang Kaï-chek. Ce der­nier pro­je­tait d’ins­tal­ler au Xin­jiang tous les réfu­giés de la guerre et des inon­da­tions « avec l’aide finan­cière des Amé­ri­cains » (1957N22 page 9). Clark raconte son séjour en Chine et ce qu’il a rete­nu de posi­tif dans les inter­ven­tions des sovié­tiques (1957N22 pages 11–12) :

La par­tie construc­tive du pro­gramme russe était effi­cace et pra­tique, grâce à quatre prin­cipes de fonc­tion­ne­ment bien fon­dés. Pre­miè­re­ment, ils trai­taient direc­te­ment avec les per­sonnes qu’ils sou­hai­taient gagner, jamais par l’in­ter­mé­diaire de leurs par­tis poli­tiques ou de leurs gou­ver­ne­ments. Deuxiè­me­ment, ils ont démar­ré des petites indus­tries dans chaque dis­trict, de sorte que tout le monde est deve­nu un peu mieux loti sans pro­vo­quer de bou­le­ver­se­ments éco­no­miques majeurs. Troi­siè­me­ment, ils ont four­ni à la popu­la­tion une aide médi­cale et une édu­ca­tion gra­tuites. (Tous les autres efforts devaient être auto­suf­fi­sants.) Qua­triè­me­ment, ils ont dis­pen­sé un ensei­gne­ment solide et pra­tique à la masse des enfants des classes et des lycées avant de ten­ter de for­mer des spé­cia­listes for­més à l’u­ni­ver­si­té. L’ob­jec­tif était d’é­le­ver un peu le niveau de vie de cha­cun et de per­mettre à chaque gar­çon et chaque fille de mieux sub­ve­nir à ses besoins. Leur inten­tion n’é­tait pas de résoudre les pro­blèmes fon­da­men­taux de l’A­sie, de déve­lop­per des génies indi­vi­duels ou de construire des œuvres publiques monu­men­tales.

Clark condamne, par contre, les atro­ci­tés com­mises par des lea­ders fana­ti­sés : l’é­li­mi­na­tion d’op­po­sants — plus de 30 000 lea­ders musul­mans et 50 000 chré­tiens ortho­doxes — et le mas­sacre de popu­la­tions pour asseoir leur domi­na­tion (1957N22 page 11) :

Ils avaient tel­le­ment ter­ro­ri­sé les gens que plus tard, dans les petits vil­lages, les enfants s’en­fuyaient dès qu’ils voyaient mon uni­forme et mon casque car ils pen­saient que j’étais russe. […] L’assassinat pla­ni­fié fai­sait sim­ple­ment par­tie du pro­gramme et les popu­la­tions locales devaient l’accepter, de même que les écoles, les routes et les petites loco­mo­tives à vapeur qui fonc­tion­naient si uti­le­ment dans leur ville.

Après la guerre, John Clark a ten­té de reve­nir en Chine, créant dans ce but une fon­da­tion qui a col­lec­té assez d’argent pour cou­vrir une mis­sion d’un an en voya­geant seul. Il a choi­si de s’y rendre à par­tir du Pakis­tan en fran­chis­sant le col de Min­ta­kaN91 à 4709 mètres pour arri­ver à Kach­garN122. Accom­pa­gné de Hai­ba­tul­lah, un Tur­ki (réfu­gié ouz­bek du Tur­kes­tan chi­nois), il a donc remon­té la val­lée de la Hun­za et conti­nué vers le Tur­kes­tan chi­nois, « visi­tant les nomades Khir­giz et évi­tant les Tad­jiks dégé­né­rés » (Clark J, 1957N22 page 13)…

Cepen­dant, nous avons consta­té que le gou­ver­ne­ment chi­nois pour­sui­vait sa poli­tique sui­ci­daire d’op­pres­sion et de meurtre. Natu­rel­le­ment, les res­pon­sables locaux n’accueillaient pas les étran­gers, c’est pour­quoi Hai­ba­tul­lah et moi sommes remon­tés au Pakis­tan par le col de Min­ta­ka.

Auto­ri­sé par le gou­ver­ne­ment pakis­ta­nais à tra­vailler sur place, il s’est ins­tal­lé à Gil­git et a pas­sé les huit mois res­tants à explo­rer les régions de ce dis­trict (N22 page 13) :

J’ai visi­té les Yaghis­ta­nis, les Bal­tis, les Cache­mi­ris, les Dards, les Quor, les Beri­chos et les Bel­tum. De tous, les Hun­zas étaient mani­fes­te­ment le peuple le plus opti­miste. Ils étaient debout, intel­li­gents, propres et déses­pé­ré­ment impa­tients de tra­vailler. Ils étaient éga­le­ment extrê­me­ment peu­plés et appau­vris, et les mon­tagnes qu’ils habi­taient étaient assez mornes pour que tout chan­ge­ment soit vu comme une amé­lio­ra­tion. Je suis pas­sé de Gil­git à Hun­za et j’ai pas­sé les deux der­niers mois à faire la connais­sance de ces gens et de leur pays.

À cette époque, les 25 000 habi­tants du Hun­za vivaient en qua­si autar­cie. John Clark avait ins­tau­ré un rap­port de confiance avec le gou­ver­neur local — le Mir Muham­mad Jamal KhanN6 — ain­si que, par son entre­mise, les fonc­tion­naires pakis­ta­nais pos­tés à Gil­git. En été 1949, il est retour­né aux USA, à court d’argent mais très clair quant à la mis­sion qu’il sou­hai­tait accom­plir.

Après avoir ensei­gné un semestre à l’U­ni­ver­si­té du Michi­gan pour éco­no­mi­ser de quoi repar­tir, il a pas­sé deux mois à pla­ni­fier son nou­veau séjour et acqué­rir le maté­riel néces­saire (Clark J, 1957N22 page 14) :

Avec 21 000 dol­lars cette fois, je devrais y aller seul à nou­veau. Il me fal­lait ache­ter des outils pour une école de sculp­ture sur bois, des vête­ments pour moi-même et mes étu­diants, des médi­ca­ments pour un dis­pen­saire géné­ral, des filets à papillons, des selles, des seringues hypo­der­miques, deux années de papier toi­lette — plus de trois mille articles dif­fé­rents.

À côté des rele­vés géo­lo­giques des­ti­nés à une pos­sible exploi­ta­tion minière, il avait pour pro­jet de tenir un dis­pen­saire médi­cal, dis­tri­buer aux pay­sans des semences de bonne qua­li­té et des four­ni­tures sco­laires aux éco­liers, intro­duire l’ar­ti­sa­nat du bois et ensei­gner la col­lecte de papillons rares. Le tout pour amé­lio­rer les condi­tions de vie des Hun­zas.

L’école de sculpture

Hunza - L'équipe de John Clark en 1950
L’é­quipe de John Clark en 1950. De gauche à droite : Gohor Hayat, She­rin Beg, Rach­met Ali, Burhan Shah, Sulei­man Khan, Nasar Muham­mad, Ghu­lam Rasul, Mul­lah Madut, Nour-ud-Din Shah.
Source : John Clark (1957A11 page 128)

John Clark a eu de la dif­fi­cul­té à recru­ter comme pro­fes­seur un des quatre sculp­teurs qui avaient été for­més par les Anglais. Il était confron­té à une concep­tion pas­sive de l’ap­pren­tis­sage basée sur l’i­mi­ta­tion de ce que fait le maître. Il inter­vient par exemple auprès d’Hayat, un de ses pre­miers élèves (1957N22 page 127) :

« Scie cette planche, Hayat, » ai-je dit en lui ten­dant la scie et le bois. Il a essayé, mais sa coupe était de tra­vers. « Main­te­nant, regarde, » je lui ai dit, et j’ai tra­cé une ligne droite sur la planche avec une équerre. […] « Pour­quoi des­si­nons-nous des lignes droites ? » J’ai deman­dé.

Immé­dia­te­ment ils se sont excla­més : « Parce que tu es notre Sahib et que tu le veux ! » J’ai pour­tant remar­qué que Hayat avait l’air pen­sif et ne disait rien.

J’ai scié une coupe droite le long de la ligne et leur ai mon­tré que deux planches cou­pées droites s’as­sem­blaient bien, alors que des planches cou­pées de tra­vers ne convien­draient pas. Ils ne voyaient pas pour­quoi quel­qu’un devrait se sou­cier de l’as­sem­blage cor­rect ! Ils n’a­vaient jamais rien vu de mesu­ré dans leur vie. Ils n’a­vaient aucune notion du temps, ils n’a­vaient jamais rien vu d’a­jus­té, leurs vête­ments n’é­taient jamais cou­pés pour s’a­dap­ter à une per­sonne en par­ti­cu­lier. Il fau­drait com­men­cer par l’idée de pré­ci­sion. Je m’at­ten­dais à ce que ces gar­çons accom­plissent en un an ou deux le saut d’une culture de l’âge de pierre à la pré­ci­sion moderne. Ce ne serait pas une honte pour eux s’ils n’y réus­sis­saient pas.

L’i­dée de « pré­ci­sion » me rap­pelle la même décon­ve­nue lorsque j’a­vais com­man­dé à des arti­sans d’Old Del­hi du mobi­lier pour mon ate­lier d’élec­tro­nique en 1981 : ils n’u­ti­li­saient aucun ins­tru­ment de mesure gra­dué.

Clark vou­lait ins­tau­rer de l’in­te­rac­ti­vi­té dans l’é­quipe que for­me­raient le pro­fes­seur et ses élèves afin d’in­ci­ter ces der­niers à pen­ser par eux-mêmes. Après avoir enga­gé un nou­veau pro­fes­seur qui com­pre­nait sa péda­go­gie, il y est par­ve­nu au-delà de toute attente. Ce suc­cès n’a pas man­qué de pro­vo­quer des ten­sions avec le Mir, hos­tile à l’ap­pa­ri­tion de tout esprit cri­tique dans une popu­la­tion qui fai­sait preuve d’une obéis­sance aveugle. Le manque d’i­ni­tia­tive de ses sujets était reflé­té par ce triste constat (Clark J, 1957N22 page 211) :

Les habi­tants du Hun­za souffrent de mai­sons froides depuis deux mille ans, car c’est le des­tin que les hivers soient froids et aucun d’eux n’a été assez insa­tis­fait pour inven­ter la che­mi­née ou une porte qui s’a­dapte à son cadre.

Le seul type de véhicule à roue au Hunza : une brouette
Le seul type de véhi­cule à roue au Hun­za : une brouette uti­li­sée exclu­si­ve­ment pour apla­nir les champs.
Source : Lori­mer EO (1939A3 page 288)

Voi­ci un autre exemple de dia­logue avec les étu­diants, le jour où étaient débal­lés des outils et des maté­riaux ache­tés en ville. Clark leur pré­sente des roues métal­liques (N22 pages 125–126) :

Burhan a pris une roue noire, l’a tour­née sur le côté et l’a faite tour­ner len­te­ment.
— « Cela ne sert à rien » dit-il, « la jante et cette chose au milieu l’empêchent de res­ter à plat. Elle ne mou­drait pas le blé, même en jouant ! »
— « Tourne-la sur le côté et pousse-la ! » ai-je sug­gé­ré. Il l’a fait, et natu­rel­le­ment la roue a rou­lé.
— « Holà ! Elle bouge toute seule ! » il s’est excla­mé. Il a essayé de nou­veau et, en un ins­tant, tous les nou­veaux gar­çons fai­saient rou­ler des roues tan­dis que Hayat et Beg les regar­daient avec un amu­se­ment sophis­ti­qué. Je leur ai mon­tré com­ment mettre deux roues sur un essieu, ce qui était encore plus effi­cace.
— « Sahib », m’a deman­dé Burhan, « as-tu créé toi-même ces choses que tu appelles roues ? » Je l’ai assu­ré que la roue avait été inven­tée un peu avant mon époque.

Bar­ba­ra Mons affir­mait que le seul ins­tru­ment à roue au Hun­za, en 1956, était une brouette (1958A15 page 131). Elle aurait dû men­tion­ner la jeep du Mir…

Charpoy
Char­poy

John Tobe, qui a lu Clark et ren­con­tré le Mir Muham­mad Jamal Khan en 1959, s’est ran­gé à l’a­vis du prince que le pro­jet d’é­cole de sculp­ture de Clark était « un non-sens » en rai­son de la rare­té du bois au Hun­za (Tobe JH, 1960A16 pages 369–370). Il admet pour­tant que les ouvriers ini­tiés au tour­nage du bois par Clark, dix ans plus tôt, « n’au­raient rien à apprendre de nou­veau de nos ébé­nistes » (A16 page 252) :

Le tour­neur sur bois fabrique éga­le­ment des char­poy [lits en bois], des coffres, des coffres à bijoux, des bols et des chaises et je crois qu’il est capable de fabri­quer tout ce qui peut être fabri­qué en bois.

Le projet agricole

Hunza - L'oasis de Pasu à l'ombre du Karun Pir
L’oa­sis de Pasu à l’ombre du Karun Pir. Source : John Clark (1957A11 page 128)

John Clark avait appor­té des USA un stock de graines de plantes dont il esti­mait que la culture pour­rait amé­lio­rer le quo­ti­dien des Hun­zas. On juge­rait cette ini­tia­tive hasar­deuse aujourd’­hui, l’ef­fet du dépla­ce­ment d’es­pèces végé­tales étant impré­vi­sible, mais ce risque n’é­tait pas per­çu au siècle der­nier. Il dis­po­sait de nom­breux légumes incon­nus des Hun­zas ain­si que des plantes à usage médi­ci­nal ou agri­cole. Il a entre autres ten­té de pro­mou­voir une uti­li­sa­tion plus inten­sive de la luzerne (Clark J, 1957N22 page 82) :

Si je pou­vais leur apprendre à plan­ter de la luzerne sur les deux ou trois cents acres [80 à 120 ha] en employant un homme dont le seul devoir serait de s’oc­cu­per du champ com­mu­nau­taire, tout le monde à Khai­bar serait plus riche. Ils devraient éga­le­ment apprendre à lais­ser le foin sécher debout sans le cou­per afin que leurs trou­peaux puissent y paître tout l’hi­ver. Il n’y avait pas assez de neige ici pour cou­vrir la luzerne et Khai­bar pou­vait dou­bler ses trou­peaux avec autant de nour­ri­ture pour l’hiver.

Cela pren­drait tou­te­fois du temps, et mon per­son­nel et moi-même devrions pro­ba­ble­ment en démon­trer la fai­sa­bi­li­té sur une par­celle échan­tillon avant que la popu­la­tion locale ne l’es­saie. Si seule­ment je pou­vais res­ter à Khai­bar assez long­temps pour le faire !

Plus tard, je devais apprendre une véri­table objec­tion. Toutes les terres non culti­vées au Hun­za sont la pro­prié­té per­son­nelle du Mir. Il doit don­ner son consen­te­ment avant qu’on puisse creu­ser un nou­veau fos­sé ou de créer de nou­velles terres. S’il estime qu’un mor­ceau de ter­rain est par­ti­cu­liè­re­ment fer­tile, il le conserve natu­rel­le­ment pour lui-même.

Pour cette der­nière rai­son, John Clark avait pris soin de confier les nou­velles semences à un culti­va­teur rési­dant à Gil­git, hors de la vue immé­diate et de l’au­to­ri­té du Prince.

Hunza - Sentier le long d'un canal d'irrigation
Sen­tier le long du canal d’ir­ri­ga­tion (dála) bor­dé du mur de sou­tè­ne­ment d’une ter­rasse.
Source : Lori­mer EO (1939A3 page 128)

Le recul des gla­ciers dans le Kara­ko­ram était déjà visible en 1950. On peut le véri­fier en sui­vant les dépla­ce­ments de Clark sur la carte inter­ac­tiveN26. Par exemple, page 82 il évoque le fran­chis­se­ment dif­fi­cile du gla­cier de Ghul­kin alors que celui-ci n’at­teint plus le fond de la val­lée sur la carte (voir N123 en mode satel­lite). On pou­vait le voir aus­si pour la tra­ver­sée dif­fi­cile du gla­cier Batu­ra près de Pas­suN124, en 1949, par Jean et Franc Shor (1955A12 page 277).

Le réchauf­fe­ment entraîne déjà, à cette époque, un recul des lieux de pâtu­rage (Clark J, 1957A16 pages 164–165) :

Le plus grave dans toute cette affaire est qu’il n’y a pas de pâtu­rage hiver­nal ; les hauts pâtu­rages d’é­té sont gra­ve­ment sur­ex­ploi­tés ; et la quan­ti­té de fumier pro­duite à l’heure actuelle n’est pas adé­quate. De plus, le cli­mat se fait de plus en plus sec et chaud, de sorte que les pâtu­rages d’été se dété­riorent avec une rapi­di­té crois­sante. Les fins des val­lées de mon­tagne sont en forme de cuvette, avec le fond des cuvettes à envi­ron 12 000 pieds [4000 m]. Les pâtu­rages les plus éten­dus se trouvent bien enten­du dans ces fonds et ce sont les pâtu­rages déjà les plus gra­ve­ment endom­ma­gés. D’i­ci vingt ans, les meilleures condi­tions cli­ma­tiques pour les pâtu­rages seront entre 13 000 et 14 000 pieds [4300 à 4600 m], mais à cette alti­tude les parois rocheuses sont presque ver­ti­cales et l’herbe ne peut pas pous­ser.

Même si les agri­cul­teurs de la région du Hun­za se dirigent pro­gres­si­ve­ment vers les hautes val­lées du pays Wakhi situé au nord de Ghul­mit, la popu­la­tion de la prin­ci­pale oasis est en aug­men­ta­tion constante. Les oasis infé­rieures de Khi­ze­ra­bad, Hasa­na­bad et Hini sont en train de se des­sé­cher et le haut pays ne peut pas sup­por­ter une popu­la­tion nom­breuse. Avec la dété­rio­ra­tion des pâtu­rages et la dimi­nu­tion de l’approvisionnement en eau, le Hun­za se dirige vers des jours sombres.

Les habi­tants n’ont pas d’autre solu­tion que le recours à la magie pour conju­rer la séche­resse (Clark J, 1957A16 page 167) :

Les habi­tants de Hini montent ici chaque année avant la plan­ta­tion et sacri­fient un mou­ton à la source pour assu­rer un débit suf­fi­sant. On a des indi­ca­tions que le flux a énor­mé­ment fluc­tué dans le pas­sé et qu’il a connu une dimi­nu­tion pro­gres­sive de pro­duc­tion annuelle.

« Dis-moi », deman­dai-je à Qadir Shah, « tes prières et tes sacri­fices sont-ils tou­jours exau­cés ? »
— « Oh non, » répon­dit-il gaie­ment, « par­fois pres­qu’au­cune eau ne vient. »
— « Alors tu fais quoi ? »
— « Tout d’a­bord, nous sacri­fions un autre mou­ton. Ensuite, nous essayons de trou­ver qui dans le vil­lage a fait quelque chose qui déplaît à Dieu, afin que nous puis­sions le punir cor­rec­te­ment et que Dieu per­met à l’eau de reve­nir ! »

Je me demande com­bien de petits cou­pables ont reçu des sanc­tions dérai­son­nables en réponse aux aléas de la nappe phréa­tique. Ni le sacri­fice ni la science ne pour­raient aug­men­ter le flux de ce prin­temps. L’ap­pro­vi­sion­ne­ment en eau de Hini s’é­pui­sait len­te­ment et la com­mu­nau­té de plus de quatre cents familles devait émi­grer et dis­pa­raître avec elle.

Médecin malgré lui

Clark par­lait cou­ram­ment l’our­douN125 et avait acquis des com­pé­tences médi­cales (Clark J, 1957A16 pages 57–58) :

Ma propre for­ma­tion com­pre­nait un Minor [qua­li­fi­ca­tion de base] en ana­to­mie, une année d’é­tudes en secou­risme et san­té publique ain­si que des infor­ma­tions très pra­tiques four­nies par des méde­cins de l’hô­pi­tal Billings à Chi­ca­go, John Hop­kins à Bal­ti­more et le Conseil médi­cal d’Uni­ted Mis­sion. En tant que géo­logue de ter­rain, j’a­vais vingt ans d’ex­pé­rience en secou­risme. […] Mais sur­tout, je dis­po­sais des mer­veilleux médi­ca­ments modernes : sul­fa­mides, péni­cil­line, palu­drine, ata­brine [qui­na­crine], acide undé­cy­lé­nique [un fon­gi­cide à usage externe] et autres.

L’ac­ti­vi­té médi­cale de John Clark a débu­té dès son arri­vée dans cette deuxième mis­sion en 1950. Il fai­sait escale dans le vil­lage de Nomal, à vingt kilo­mètres de Gil­git en che­min vers Karimabad/Baltit (1957N22 page 34) :

Lorsque je suis sor­ti sous le porche, un groupe d’hommes et de gar­çons vêtus de vête­ments gris et mar­ron en lam­beaux s’est levé res­pec­tueu­se­ment de la pelouse. Ensuite, mon tra­vail a vrai­ment com­men­cé. À celui qui souf­frait de palu­disme, j’ai don­né de l’a­ta­brine ; à un homme atteint de dys­en­te­rie bacil­laire, de la sul­fa­gua­ni­dine ; il y en avait un qui souf­frait d’as­ca­ri­diose — pas de sou­per ni de petit-déjeu­ner, et il devait reve­nir à moi pour un ver­mi­fuge le matin ; et puis j’ai vu le gar­çon avec des taches blanches. Je l’ai conduit à l’in­té­rieur et l’ai fait se désha­biller, ce qu’il a fait avec beau­coup de gêne, car à sa pudeur nor­male musul­mane s’est ajou­tée l’hor­reur de sa défi­gu­ra­tion. Un seul coup d’œil suf­fi­sait : une leu­co­der­mie par­fai­te­ment inof­fen­sive mais presque incu­rable. Je lui ai appris com­ment mélan­ger une solu­tion faible de per­man­ga­nate de potas­sium avec laquelle laver les taches, puis je lui ai don­né des com­pri­més de vita­mines, du sul­fate fer­reux, des sels biliaires et de l’a­ta­brine pour sup­pri­mer son palu­disme et amé­lio­rer son état géné­ral. Alors ils sont venus, qua­torze en tout, jus­qu’à ce que le der­nier soit trai­té. Je savais que si toute l’oa­sis avait su que je venais, il y en aurait eu plus d’une cen­taine.

Hunza - Le fort de Baltit près de Karimabad
Le fort de Bal­tit près de Kari­ma­bad. Source : Fazal Karim She­razN23

John Clark a par la suite éta­bli son « camp de base » et un dis­pen­saire médi­cal dans le fort de Bal­tit, une ancienne habi­ta­tion de la famille prin­cière. À cette époque, aucun méde­cin ne rési­dait dans la val­lée de la Hun­za. En 1949, Jean Shor avait écrit — avec une pointe d’i­ro­nie (Shor JB, 1955A12 page 283) :

Le Mir décide et col­lecte les droits de pas­sage des cara­vanes, uti­li­sant l’argent pour ache­ter les médi­ca­ments de base. Il n’y a pas de méde­cin chez les Hun­zas — mis à part de temps en temps un pra­ti­cien de méde­cine étran­ger qui leur rend visite pour s’é­mer­veiller de leur absence phé­no­mé­nale de mala­dies.

Clark a pris soin de décli­ner l’offre hos­pi­ta­lière du Mir Muham­mad Jamal Khan pour tra­vailler en toute indé­pen­dance (Clark J, 1957N22 page 44) mais il lui a fal­lu déployer beau­coup d’éner­gie et de diplo­ma­tie pour dis­si­per la méfiance et les mal­en­ten­dus qui met­taient en dan­ger son pro­jet.

Le len­de­main de son arri­vée, les patients ont com­men­cé à affluer au dis­pen­saire et leur nombre n’a ces­sé de croître, lui ins­pi­rant cette réflexion (1957N22 page 57) :

Le tra­vail médi­cal répon­dait à un besoin gran­de­ment res­sen­ti, mais il ne ser­vait pas mon objec­tif fon­da­men­tal d’ai­der le peuple Hun­za à s’ai­der lui-même. Je devais trou­ver le temps de mener une étude géo­lo­gique, de créer des jar­dins expé­ri­men­taux et d’organiser une école de sculp­ture sur bois. La plu­part du temps, je devais gagner la confiance des gens pour qu’ils puissent dis­cu­ter de choses avec moi de leur plein gré. Com­ment faire cela face aux besoins per­son­nels angois­sants des malades était le pro­blème. Si seule­ment il y avait un doc­teur pour me sou­la­ger du far­deau du dis­pen­saire !

[…]

Le chi­rur­gien de la [Gil­git] Agen­cy, le Dr Muj­rad Din, situé à Gil­git, à 18 km de dis­tance, était le méde­cin le plus proche. Autre­fois, le chi­rur­gien de l’a­gence bri­tan­nique cou­vrait toute la région à che­val une fois par an. Le Dr Din avait déjà fait une tour­née jus­qu’à Bal­tit et depuis lors, il avait lais­sé le Hun­za com­plè­te­ment seul.

Ceci confirme que les contacts avec la popu­la­tion rurale de McCar­ri­son — chi­rur­gien de l’a­gence bri­tan­nique — étaient res­tés très limi­tés.

Au cours de ses deux voyages, John Clark a trai­té 5684 patients (1957N22 page 58) :

Aucun patient n’est jamais mort ou n’a empi­ré à cause de mon trai­te­ment. Cer­tains sont décé­dés mal­gré le trai­te­ment et d’autres parce qu’ils auraient eu besoin d’un trai­te­ment bien au-delà de mes capa­ci­tés. La plu­part des gens qui sont venus chez moi ont été aidés ou gué­ris par les choses simples que je pou­vais faire pour eux. Cinq ou six seraient pro­ba­ble­ment décé­dés si aucun trai­te­ment n’a­vait été dis­po­nible.

Il ne faut pas oublier qu’en 1950 la pano­plie d’an­ti­bio­tiques était encore très réduite. Clark ne dis­po­sait pas de strep­to­my­cineN126, pre­mier trai­te­ment effi­cace (mais d’u­ti­li­sa­tion ris­quée) contre la tuber­cu­lose décou­vert par Albert Schatz en 1943 et vali­dé cli­ni­que­ment en 1946. Il n’est donc pas cho­quant qu’il ait annon­cé au conjoint d’une femme malade de tuber­cu­lose que « sa femme aurait rejoint le para­dis d’Al­lah d’i­ci un mois » (1957N22 page 62).

Son acti­vi­té n’a ces­sé d’aug­men­ter, limi­tée seule­ment par sa dis­po­ni­bi­li­té sur d’autres pro­jets, notam­ment les tra­vaux de pros­pec­tion géo­lo­gique qu’il devait mener à bien pour jus­ti­fier l’au­to­ri­sa­tion de séjour qui lui avait été accor­dée par le gou­ver­ne­ment pakis­ta­nais. En 1951 il écrit (N22 page 86) :

Les infec­tions à la dys­en­te­rie, au palu­disme et au sta­phy­lo­coque avaient aug­men­té tout l’été, chaque nou­veau patient deve­nant un foyer d’infection. Main­te­nant, je trai­tais qua­rante à cin­quante patients par jour. Le palu­disme et le sta­phy­lo­coque ont magni­fi­que­ment été vain­cus par les nou­veaux médi­ca­ments, mais la dys­en­te­rie était résis­tante. Aucun de ces patients n’est décé­dé. Ils n’ont pas réus­si à s’a­mé­lio­rer pen­dant les trois pre­miers jours, mais ont ensuite pro­gres­sé len­te­ment.

La pres­sion du tra­vail médi­cal, pour lequel il ne pou­vait comp­ter sur aucun rem­pla­çant, mal­gré le zèle de ses jeunes assis­tants, s’a­jou­tait à celle des autres pro­jets qu’il menait de front.

Le travail du géologue

Cristaux de grenat
Cris­taux de gre­nat
Source : N127

Clark était offi­ciel­le­ment enga­gé pour de la pros­pec­tion géo­lo­gique dans les val­lées du Gil­git-Bal­tis­tanN2 : loca­li­ser des filons de maté­riaux inté­res­sants et éva­luer le coût de leur exploi­ta­tion. Il a repé­ré en pre­mier des gise­ments de mica et de quartz, à l’é­poque très recher­chés pour l’in­dus­trie élec­tro­nique, ain­si que du gre­nat pour la fabri­ca­tion d’a­bra­sifs.

Afin d’as­su­rer la conti­nua­tion des tra­vaux après son séjour, il a deman­dé aux auto­ri­tés pakis­ta­naises de nom­mer un géo­logue pour l’ac­com­pa­gner dans ses pros­pec­tions. Un homme d’une ving­taine d’an­nées lui a été envoyé. C’é­tait un étu­diant de faible niveau de for­ma­tion et sans expé­rience de ter­rain, sou­cieux avant tout de dis­si­mu­ler son incom­pé­tence. Les rap­ports ont été ten­dus, bien que Clark ait essayé par tous les moyens de lui faire gagner confiance et de l’as­su­rer de l’u­ti­li­té de leur coopé­ra­tion. Cet insuc­cès l’a conduit à une réflexion plus géné­rale, en com­pa­rai­son avec Puri, un autre jeune homme intel­li­gent et coopé­ra­tif (1957N22 pages 136–137) :

En mar­chant, je pen­sai à Qadir [nom d’emprunt de l’é­tu­diant] et au dilemme du « jeune intel­lec­tuel » asia­tique. Le pro­blème est pire en Inde, et par­ti­cu­liè­re­ment au Ben­gale, mais il est suf­fi­sam­ment grave, même au Pend­jab. Pour chaque Puri bien équi­li­bré, il y a deux ou trois Qadirs. Ce n’est pas sim­ple­ment une ques­tion de jeu­nesse ou d’un sys­tème édu­ca­tif impo­sé par l’é­tran­ger. Je pense plu­tôt que c’est le signe d’un effort déter­mi­né pour défendre et main­te­nir leur propre culture tout en fai­sant face à la néces­si­té abso­lue d’es­sayer d’ab­sor­ber la phi­lo­so­phie occi­den­tale. Ils ont démon­tré qu’il est aus­si impos­sible de gref­fer la tech­no­lo­gie occi­den­tale sur une culture orien­tale que de fabri­quer un pom­mier en y gref­fant des poires mûres.

Qadir avait mémo­ri­sé bon nombre de tech­niques géo­lo­giques et, dans une mesure limi­tée, s’ap­puyait sur l’Ouest. Il avait com­plè­te­ment échoué à apprendre l’objectivité et la déter­mi­na­tion de soi de l’Occident, qui rendent l’application de ces tech­niques uti­li­sables, et ne pour­rait donc jamais faire de recherche réel­le­ment accep­table. Faute de quoi, il s’est tour­né vers la conscience de soi et l’au­to­ri­ta­risme de sa propre culture, seule­ment pour consta­ter qu’il n’é­tait plus vrai­ment ins­pi­ré par celle-ci. Le résul­tat était un homme mal­heu­reux et instable, atti­sé par le chau­vi­nisme fré­né­tique qui est tou­jours un rem­part contre l’admission de la défaite. Qadir, dans un anglais simple, ne pour­rait pas plus apprendre à être géo­logue que je ne pour­rais apprendre à être un grand poète our­dou. Cha­cun de nous devrait chan­ger d’at­ti­tude fon­da­men­tale et pas sim­ple­ment apprendre une tech­nique. Le dilemme et l’amertume de l’Orient qui en résulte résident dans le fait qu’ils doivent for­mer des scien­ti­fiques et des ingé­nieurs pour sur­vivre.

D’autre part, un gar­çon orien­tal avec une édu­ca­tion pure­ment orien­tale devient trop sou­vent un lea­der poli­ti­co-reli­gieux réac­tion­naire qui com­plique plu­tôt que cla­ri­fie la situa­tion. Les ten­ta­tives de mélange des deux sys­tèmes pro­duisent la schi­zo­phré­nie tra­gique consta­tée chez les jeunes Asia­tiques intel­lec­tuels.

Accom­pa­gné de Qadir, Clark a loca­li­sé des gise­ments de mine­rais de fer et de cuivre, mais sa trou­vaille la plus pro­met­teuse sur le court terme a été, près de Hini, celle de marbre magné­sien de haute qua­li­té « aus­si beau que le meilleur Car­rare » (1957N22 page 166) :

Voi­ci une véri­table res­source pour le Hun­za ! Je réso­lus d’en­cou­ra­ger le Mir à construire une petite usine avec des tours à pro­pul­sion hydrau­lique pour fabri­quer des pan­neaux des­ti­nés à l’ex­por­ta­tion. Ma fon­da­tion pour­rait faci­le­ment lever des fonds pour finan­cer un pro­jet aus­si pré­cis et concret. Ce finan­ce­ment nous don­ne­rait une par­ti­ci­pa­tion majo­ri­taire. Je pour­rais alors gérer l’usine jusqu’à ce que cer­tains de mes gar­çons de l’école d’artisanat soient for­més, et tout le Hun­za en béné­fi­cie­rait. Tant que le Mir réa­li­se­rait des béné­fices, il serait pos­sible de mettre en place une poli­tique de salaires et d’emploi vrai­ment équi­table et d’établir ain­si un pré­cé­dent appro­prié pour les indus­tries hun­za.

La pré­sen­ta­tion du pro­jet au Mir et à son frère Ayash est édi­fiante (1957N22 page 174) :

« Mir Sahib », lui ai-je dit une fois les for­ma­li­tés ter­mi­nées, « je ne vous ai pas encore ren­du compte de mon voyage. J’ai enfin trou­vé une véri­table res­source pour vous, à Hini. »

Ayash et lui se sont pen­chés en avant, atten­tifs.

— « Le marbre là-bas, » ai-je pour­sui­vi, « est égal au meilleur du monde, et vous en avez cin­quante mil­lions de tonnes ! Vous pou­vez uti­li­ser de l’éner­gie hydrau­lique pour le cou­per et les gre­nats de Murt­za­bad pour les abra­sifs. Le nul­lah [tor­rent de la val­lée] à l’ouest d’Hi­ni vous four­ni­rait suf­fi­sam­ment d’éner­gie pour décou­per le marbre en dalles, et vous pour­riez construire une usine à Maiun ou à Shis­par Nul­lah pour fina­li­ser la découpe et le polis­sage. »
— « Com­bien cela coû­te­rait ? » Ayash m’a envoyé avec méfiance.
— « Com­bien cela vaut-il — que ferais-je ? » Le Mir est entré par effrac­tion.
— « Cela coû­te­rait envi­ron deux mille cinq cents rou­pies », ai-je dit. « Si vous approu­vez, je pour­rai choi­sir les machines pour vous, agir en tant qu’a­che­teur, ins­tal­ler les machines et apprendre à votre per­son­nel à les faire fonc­tion­ner. Au total, une petite usine vous coû­te­rait envi­ron un tiers du prix de votre jeep. »
— « Et vos béné­fices » — je me suis tour­né vers le Mir — « se mon­te­raient à au moins cin­quante rou­pies par tonne de car­rière, soit plu­sieurs mil­liers de rou­pies par an. »

Je leur ai ensuite four­ni tous les détails que j’a­vais éla­bo­rés : coût de main-d’œuvre, coût de trans­port, types de pro­duits, mar­ke­ting, volume de com­merce pro­bable. Puis, peu à peu, j’ai ame­né la conver­sa­tion au point cru­cial.

Dans de nom­breux grands pays, ai-je expli­qué, toutes les indus­tries minières appar­tiennent au gou­ver­ne­ment, tan­dis que les maga­sins et l’ar­ti­sa­nat vil­la­geois appar­tiennent à la popu­la­tion. Jamais aupa­ra­vant la pos­si­bi­li­té d’in­dus­tries et d’ar­ti­sa­nat ne s’é­tait pré­sen­tée au Hun­za. Si le Mir déci­dait d’organiser l’industrie du marbre tout en cédant à son peuple des acti­vi­tés de petite taille telles que le tis­sage, l’entretien des maga­sins et la sculp­ture sur bois, il sui­vrait le pré­cé­dent des grands pays. Bien enten­du, les habi­tants paie­raient des impôts sur les béné­fices tirés de l’ar­ti­sa­nat vil­la­geois tout comme ils paient main­te­nant des impôts sur leurs pro­duits agri­coles.

Les deux visages se sont figés dans une immo­bi­li­té gla­cée et aucun d’eux n’a dit mot. Les béné­fices tirés de l’industrie du marbre et les taxes sur la sculp­ture sur bois ne consti­tuaient appa­rem­ment pas une récom­pense suf­fi­sante pour les per­sua­der de don­ner à leur peuple la liber­té, même dans un espace aus­si res­treint que celui de l’artisanat.

La réponse a été franche et sans appel (1957N22 pages 174–175) :

Deux jours plus tard, le Mir m’a convo­qué dans ses bureaux pour une autre confé­rence. Il avait réflé­chi à tout, a‑t-il dit, et esti­mé qu’il serait bien que ma fon­da­tion lui fasse cadeau d’une fabrique de marbre toute ins­tal­lée au Hun­za. Même si je res­tais bouche bée, j’ai com­pris que c’était pro­ba­ble­ment l’offre habi­tuelle d’une bonne affaire en Asie. Mes gar­çons pour­raient apprendre à gérer leur propre indus­trie de la sculp­ture sur bois en échange du cadeau d’une usine de marbre au Mir. Entre-temps, il a enchaî­né en dou­ceur sur son pro­chain plan.

« Toutes vos nou­velles idées, John, donnent aux res­pon­sables de Gil­git des excuses pour s’op­po­ser à votre pré­sence ici », a‑t-il décla­ré. « Si vous étiez mon employé, ils ne pour­raient rien dire contre vous. Lais­sez tom­ber ces autres pro­jets ; venez vous ins­tal­ler dans le palais, soyez le tuteur de mon fils et don­nez des soins médi­caux à ma famille. »

« Je ne peux pas faire ça ! » ai-je répon­du, rete­nant déses­pé­ré­ment ma colère. « Ma fon­da­tion doit dépen­ser son argent pour aider les pauvres du Hun­za. Cet argent ne m’ap­par­tient pas per­son­nel­le­ment. Je n’en suis que le gérant. Je peux créer une usine pour vous, mais je ne peux pas vous en faire cadeau. Et s’il advient que je ne peux plus mener à bien mes pro­jets, alors je devrai par­tir et ren­trer chez moi. »

Nous avons fina­le­ment trou­vé un com­pro­mis. Par consen­te­ment tacite, le marbre et la sculp­ture sur bois n’ont plus été dis­cu­tés ; j’ai accep­té de don­ner des cours d’an­glais à Bapu [Gha­zan­far Ali Khan] pen­dant une demi-heure chaque matin. Cela a pré­ser­vé la per­mis­sion tacite du Mir de pour­suivre mes pro­jets, mais à l’ombre de sa méfiance accrue. J’a­vais fait mon pos­sible.

John Clark avait aus­si repé­ré des filons auri­fères mais ceux-ci ne se sont pas révé­lés exploi­tables. Deux ans plus tard, le Mir en a fait ce com­men­taire à Jean et Franc Shor (Shor F, 1953A10 page 492) :

« Il y a deux ans, quel­qu’un avait cru décou­vrir une riche veine d’or. Heu­reu­se­ment, il s’est avé­ré qu’il s’é­tait trom­pé [sic], mais pen­dant quelques jours nous avons été inquiets. »

Il m’a sem­blé dif­fi­cile de croire que quel­qu’un pour­rait avoir une objec­tion à pos­sé­der une mine d’or, et je le lui dis.

« Cela aurait signi­fié la fin du Hun­za et de notre mode de vie », expli­qua le Mir. « On nous laisse seuls parce que nous n’a­vons rien que d’autres vou­draient avoir. Si nous étions riches, un pays pour­rait sai­sir un pré­texte pour venir nous ‘pro­té­ger’. »

Obstacles

John Clark avait pla­ni­fié un séjour de vingt mois — cor­res­pon­dant à son bud­get — et il a effec­ti­ve­ment pu tra­vailler jus­qu’à la fin du pro­jet, mal­gré les obs­tacles dès le début dres­sés devant lui qu’il ana­lyse ain­si (1957N22 pages 59–60) :

J’ai réa­li­sé que ce pro­jet n’al­lait pas fonc­tion­ner du tout comme je l’a­vais pré­vu. Je m’é­tais ima­gi­né naï­ve­ment qu’il s’a­gi­rait d’un simple conflit entre ma for­ma­tion tech­nique et la pau­vre­té et le sous-déve­lop­pe­ment du Hun­za. Il pour­rait y avoir des spec­ta­teurs, mais ce serait essen­tiel­le­ment un duel roman­tique, comme celui de Saint Georges et du dra­gon. Main­te­nant, je com­pre­nais qu’au lieu de cela, je n’é­tais qu’un acteur dans une pièce où cha­cun avait sa propre idée du scé­na­rio ! Il y avait tout d’a­bord le Gou­ver­ne­ment pakis­ta­nais à Kara­chi qui deman­dait des études et des rap­ports tech­niques. Deuxiè­me­ment, le groupe offi­ciel local à Gil­git, dont beau­coup vou­laient m’ex­pul­ser. Troi­siè­me­ment, le Mir du Hun­za qui sou­hai­tait ma pré­sence, mais dans des condi­tions que je ne connais­sais pas encore. Qua­triè­me­ment, les vieillards du Hun­za qui étaient favo­rables à la méde­cine et aux cadeaux tout en étant hos­tiles aux idées étran­gères. Cin­quiè­me­ment, les jeunes hommes du Hun­za qui pour­raient sai­sir toute occa­sion d’améliorer leur sort. Chaque action, chaque déci­sion que je pre­nais serait jugée par les cinq. N’im­porte lequel d’entre eux pour­rait rui­ner mon entre­prise si je fai­sais quelque chose qui lui déplai­sait vrai­ment.

Il a fini par éta­blir des prio­ri­tés : en pre­mier, s’oc­cu­per des jeunes gens qui seraient les prin­ci­paux acteurs du chan­ge­ment. En second, le gou­ver­ne­ment qui aurait pu mettre un terme à ses acti­vi­tés. Le Mir et sa famille n’ar­ri­vaient qu’en troi­sième place, sui­vis par les poli­ti­ciens et les vieillards qui, quoi qu’il fasse, res­te­raient réfrac­taires à ses idées (1957N22 page 60).

Le rap­port avec le Mir Muham­mad Jamal Khan a tou­jours été des plus déli­cats (1957N22 page 78) :

J’ap­pre­nais mes péri­mètres avec le Mir. Il était heu­reux de m’a­voir au Hun­za, heu­reux d’a­voir le dis­pen­saire médi­cal. Il me four­ni­rait de la farine, du foin et d’autres pro­duits à un prix rai­son­nable et il contri­bue­rait à me défendre contre les rumeurs de Gil­git. Cepen­dant, il sem­blait ne pas vou­loir contrô­ler les mal­ver­sa­tions de ses propres ser­vi­teurs et lum­bar­dars [chefs de vil­lages], il était peu enthou­siaste au sujet de mon école d’ar­ti­sa­nat et son appé­tit pour les cadeaux amé­ri­cains était insa­tiable.

Les oppo­sants aux pro­jets de Clark pro­pa­geaient des rumeurs dif­fi­ciles à désa­mor­cer (1957N22 page 82) :

À Pasu, j’ai trou­vé très déran­geant, étant don­nées les his­toires éma­nant de Gil­git, de ne pas pou­voir com­prendre ce que ces Wakhi étaient en train de dire. Ils se sont ras­sem­blés autour du bun­ga­low et se sont assis pour bavar­der, me mon­trant du doigt et riant par­fois. Cer­taines des his­toires que je savais répé­tées de Gil­git disaient que j’é­tais com­mu­niste ; que j’es­sayais de saper la reli­gion isla­mique ; que j’a­vais pour pro­jet d’en­va­hir le pays ; que j’es­sayais d’a­che­ter toutes les terres du Hun­za afin que les Hun­zas meurent de faim. Toutes ces his­toires étaient ridi­cules, mais pour les cen­tral-Asia­tiques, il était natu­rel qu’un nou­veau venu soit consi­dé­ré avec sus­pi­cion — ici, ces idées folles étaient des pos­si­bi­li­tés concrètes. Quand quinze ou vingt per­sonnes sont assises sur le porche de votre bun­ga­low tout l’a­près-midi en train de par­ler, quand vous ne com­pre­nez qu’un mot sur qua­rante et savez qu’elles parlent de vous, il est très dif­fi­cile de paraître indif­fé­rent. Quand cela dure depuis des mois, cela devient presque impos­sible.

Clark recon­nais­sait que cette défiance était géné­rale (1957N22 page 85) :

Les Hun­zas en géné­ral n’ont pas trop appré­cié mes efforts. Ils expri­maient beau­coup de gra­ti­tude, mais j’ai par­fois eu le sen­ti­ment qu’ils me consi­dé­raient comme un simple voya­geur étran­ger dont on pour­rait tirer des reve­nus au pas­sage. La dif­fi­cul­té réside peut-être en par­tie dans le fait que per­sonne n’a jamais essayé de les aider et qu’ils ne pou­vaient pas com­prendre mes moti­va­tions.

Ou encore (1957N22 page 120) :

À Pasu, nous avons […] ache­té une chèvre pour qua­rante rou­pies, soit le double de ce qu’elle valait ici. L’homme qui me l’a ven­due avait reçu des médi­ca­ments gra­tuits pour toute sa famille lors de voyages pré­cé­dents, mais l’i­dée de la réci­pro­ci­té ne venait tout sim­ple­ment pas à l’es­prit de la plu­part de ces per­sonnes […]. Pour eux, les « Sahibs » appar­te­naient à un monde dif­fé­rent.

Tou­te­fois, les jeunes étaient en attente réelle de chan­ge­ment. Il décrit la réac­tion de Muham­mad Hamid qu’il a admis dans son école (1957N22 page 84) :

Son sen­ti­ment géné­ral était le sui­vant : « Pour­quoi devrions-nous vivre ici comme des ani­maux, à moi­tié affa­més chaque hiver, alors que d’autres per­sonnes peuvent apprendre et faire des choses ? Mon père est l’homme le plus riche de Khai­bar et gagne envi­ron 20 rou­pies par an (6 dol­lars). Le sel nous coûte une rou­pie le pau (60 cen­times la livre), le tis­su deux rou­pies par guz (60 cen­times le yard) et il ne dure que trois lavages. Si vous vou­lez bien m’en­sei­gner, j’ai­me­rais apprendre à vivre comme les autres gens. » Je lui ai pro­mis qu’il pour­rait étu­dier dans mon école de sculp­ture sur bois dès son ouver­ture.

Les jeunes hommes comme lui ont don­né de l’in­té­rêt à ce pro­jet. Il y en avait un ou deux dans chaque vil­lage ; le pro­blème était de les trou­ver et de les ras­sem­bler. Après deux ou trois années d’éducation, cha­cun pour­rait ren­trer chez lui et ensei­gner dans son propre vil­lage. C’é­tait le seul moyen. Je pou­vais voir main­te­nant que l’é­du­ca­tion directe des adultes était presque impos­sible. La tra­di­tion avait blo­qué l’es­prit des hommes plus âgés.

Les réac­tions posi­tives des jeunes gens ren­for­çaient chez Clark la convic­tion que le pro­grès social pou­vait émer­ger de chan­ge­ments de men­ta­li­té des indi­vi­dus plus que l’in­ves­tis­se­ment dans des pro­jets de déve­lop­pe­ment à grande échelle. C’est ce qui lui avait fait reje­ter le com­mu­nisme. Il écrit à ce sujet (1957N22 page 152) :

Les apo­lo­gistes classent la pau­vre­té, la mau­vaise san­té et le manque d’é­du­ca­tion par­mi les fac­teurs inhi­bi­teurs. Per­son­nel­le­ment, je res­pecte trop les Hun­zas pour leur accor­der ces excuses. L’i­gno­rance et la pau­vre­té étaient des symp­tômes et non des causes. Il suf­fit de com­pa­rer les huttes sté­riles du Hun­za avec les vieilles sculp­tures sur bois et l’ar­ti­sa­nat soi­gné de la Suisse pour recon­naître que des mon­tagnes inhos­pi­ta­lières et un manque d’é­du­ca­tion ne détruisent pas néces­sai­re­ment les qua­li­tés des hommes. Les gar­çons enthou­siastes ont prou­vé de manière vivante que seules les cou­tumes et les tra­di­tions restrei­gnaient le Hun­za. Une fois que les liens qu’ils avaient eux-mêmes fabri­qués ont été sup­pri­més, rien ne pou­vait les rete­nir.

Effec­ti­ve­ment, tous les jeunes gens enga­gés dans son école de sculp­ture ont déve­lop­pé leur habi­li­té tech­nique, mais aus­si une apti­tude à créer de nou­veaux objets ou per­fec­tion­ner ceux qui étaient fabri­qués.

Clark gérait avec humour les dif­fi­cul­tés de com­mu­ni­ca­tion avec les Hun­zas, notam­ment ceux qui ten­taient de lui impo­ser leurs pra­tiques tra­di­tion­nelles dans des domaines qu’il maî­tri­sait suf­fi­sam­ment. Le soin des che­vaux par exemple (1957N22 page 118) :

Tout le monde dans le vil­lage s’est effor­cé de me faire soi­gner mes che­vaux selon leurs cou­tumes, mais j’ai résis­té. Ils par­ta­geaient avec le reste des Hun­zas un cer­tain nombre de super­sti­tions :
1. Les che­vaux doivent être atta­chés très étroi­te­ment avec la tête haute pour qu’ils ne puissent pas la rame­ner dans une posi­tion confor­table.
2. Peu importe que le che­val ait froid ou que l’en­droit soit chaud, ne jamais enle­ver la selle pen­dant les deux ou trois heures qui suivent votre arrêt.
3. Don­nez tou­jours d’a­bord du foin à un che­val, puis de l’orge.
4. Don­nez tou­jours d’a­bord de l’orge au che­val, puis du foin.
5. Un che­val ne devrait jamais être nour­ri ni abreu­vé avant d’a­voir uri­né. Il se peut qu’il l’ait fait cent mètres avant d’ar­ri­ver à l’ar­rêt, mais cela ne compte pas.
6. (et le plus impor­tant) les Sahibs qui pos­sèdent des che­vaux ne savent rien d’eux ; tout Hun­za qui n’a jamais pos­sé­dé de che­val sait tout sur eux.
7. La sangle de la bride doit être au moins aus­si ser­rée que le bas du ventre — qui a déjà enten­du par­ler d’un che­val qui vou­lait res­pi­rer ?
8. Peu importe la manière dont un paquet est arran­gé ou fixé ; c’est la volon­té d’Al­lah que tous les paquets tombent, et qui sommes-nous pour contre­dire Allah ?
9. Lais­sez une bride sur le sol gelé toute la nuit, puis piquez le mor­ceau de glace dans la bouche du che­val. Si sa langue se déchire, c’est une poule mouillée.
10. Les che­vaux doivent tou­jours être abreu­vés avant d’être nour­ris.
11. Les che­vaux ne doivent jamais être abreu­vés avant d’être nour­ris.

Le départ

Le plus sérieux obs­tacle aux tra­vaux de John Clark avait cer­tai­ne­ment été l’at­ti­tude du Mir Muham­mad Jamal Khan. Il écrit (1957N22 page 173) :

Quelles étaient les vraies atti­tudes des Mir, de toute façon ? Il disait qu’il sou­hai­tait un trai­te­ment médi­cal pour son peuple et qu’il approu­vait cha­leu­reu­se­ment le dis­pen­saire, mais tous les efforts que j’a­vais déployés pour ensei­gner la san­té publique avaient été dis­crè­te­ment blo­qués. Lorsque ses chefs locaux ont volé les médi­ca­ments que je leur avais lais­sés pour leurs vil­la­geois, ils sont res­tés impu­nis. Il avait accep­té l’é­cole d’ar­ti­sa­nat, mais il sem­blait main­te­nant qu’il ne vou­lait que des char­pen­tiers béné­voles à son ser­vice. Il m’a constam­ment deman­dé des cadeaux de médi­ca­ments, de semences, de toutes sortes d’ou­tils et de maté­riel coû­teux que je ne pou­vais pas faci­le­ment gar­der. Sa contri­bu­tion au pro­jet se rédui­sait au prêt d’une par­tie de l’an­cien châ­teau, d’une chambre à Gil­git et d’un petit jar­din. Il par­lait très bien anglais, il uti­li­sait tous les shib­bo­leths occi­den­taux, « démo­cra­tie », « liber­té » et le reste, mais se pou­vait-il qu’au fond il s’ac­croche aux mêmes idées auto­cra­tiques et au même pater­na­lisme qui avaient moti­vé ses ancêtres ? […]

Lit­té­ra­le­ment, il n’y avait pas d’É­tat de Hun­za. Ce peuple a contri­bué au tré­sor per­son­nel du Mir et non à un impôt au gou­ver­ne­ment du Hun­za. Les fos­sés, les sen­tiers, les bâti­ments et tous les tra­vaux publics ont été réa­li­sés par des per­sonnes sans rému­né­ra­tion, à la demande du Mir. L’A­gha Khan et le gou­ver­ne­ment pakis­ta­nais ont sou­te­nu les écoles exis­tantes. J’ai fait fonc­tion­ner le dis­pen­saire.

Les men­ta­li­tés avaient peu évo­lué et les résis­tances des aînés res­taient immuables (1957N22 page 195) :

Je n’a­vais cer­tai­ne­ment pas tout gagné au Hun­za. Les gar­çons étaient natu­rel­le­ment ins­pi­rés par l’i­dée qu’ils étaient com­pé­tents pour apprendre et faire tout ce que d’autres pou­vaient faire. La com­mu­nau­té des adultes était recon­nais­sante envers le dis­pen­saire et pro­fi­tait sans gra­ti­tude des hauts salaires que je payais, mais était amè­re­ment hos­tile à l’a­dop­tion par les gar­çons d’at­ti­tudes occi­den­tales.

Clark écrit dans son épi­logue (1957N22 page 212) :

Objec­ti­vi­té, insa­tis­fac­tion, confiance créa­tive, indi­vi­dua­li­té et res­pon­sa­bi­li­té : tels sont les cinq prin­cipes fon­da­men­taux de la phi­lo­so­phie occi­den­tale. Ils ont ren­du pos­sible le déve­lop­pe­ment spi­ri­tuel, intel­lec­tuel et maté­riel sou­hai­té par le reste du monde. Ceux-ci sont notre patri­moine et nous devons le par­ta­ger libre­ment.

Il n’y a qu’une façon de don­ner des idées, c’est par l’intermédiaire des per­sonnes qui les détiennent. Ce dont l’A­sie a besoin aujourd’­hui, ce n’est pas de mil­lions de dol­lars, mais des mil­liers des meilleurs de nos ensei­gnants occi­den­taux. Peu importe que les grandes idées soient ensei­gnées au moyen de la sculp­ture sur bois, de l’amélioration de l’agriculture ou des mathé­ma­tiques, tant que ces pro­jets spé­ci­fiques sont des véhi­cules d’instruction et non une fin en soi.

Il faut ici aus­si repla­cer ces idées dans le contexte d’un Occi­dent fraî­che­ment libé­ré du cau­che­mar de la seconde guerre mon­diale et gri­sé par les pro­messes du pro­grès tech­nique. Les ini­tia­tives de Clark, depuis la pla­ni­fi­ca­tion d’une usine d’ex­trac­tion de marbre jus­qu’à la sug­ges­tion à ses appren­tis de décou­per des plaques de mica pour cou­vrir les fenêtres, s’ins­crivent dans le même opti­misme entre­pre­neu­rial qui carac­té­ri­sait son époque.

Les dif­fi­cul­tés se sont enchaî­nées en fin de par­cours : la perte de confiance du Mir et les réti­cences de l’ad­mi­nis­tra­tion pakis­ta­naise à auto­ri­ser un Amé­ri­cain à se dépla­cer dans une zone aus­si proche de la Chine et de l’U­nion sovié­tique. À son départ en novembre 1951, John Clark apprend donc que ni le Mir du Hun­za ni les auto­ri­tés pakis­ta­naises — dans le tumulte consé­cu­tif à l’as­sas­si­nat du Pre­mier ministre Lia­quat Ali Khan — ne lui per­met­tront de retour­ner dans la val­lée de la Hun­za.

En anti­ci­pa­tion de ce refus, il avait envi­sa­gé d’in­vi­ter aux USA ses deux plus proches col­la­bo­ra­teurs, Gohor Hayat et She­rin Beg, pour qu’ils suivent une for­ma­tion de deux ans leur per­met­tant de reprendre l’é­cole d’ar­ti­sa­nat dans les meilleures condi­tions. Le Mir y était hos­tile et cette auto­ri­sa­tion n’a pas été accor­dée. John Tobe aborde le sujet dans son livre et se range bien enten­du à l’a­vis du Mir (Tobe JH, 1960A16 pages 367–368) :

Je ne savais pas alors quelles étaient les vraies rai­sons du refus de Mir ni si d’autres intrigues étaient impli­quées. Lorsque je l’ai inter­ro­gé à ce sujet et qu’il m’a expli­qué, j’ai réa­li­sé qu’il avait agi avec sagesse et vous l’ad­met­trez aus­si.

« Si je per­met­tais à ces gar­çons d’al­ler en Amé­rique pour y être édu­qués puis reve­nir à Hun­za dans quelques années, les Chi­nois et les Russes pour­raient dire que je les ai envoyés en Amé­rique pour y rece­voir un lavage de cer­veau, de la pro­pa­gande ou une for­ma­tion à des acti­vi­tés capi­ta­listes sub­ver­sives. » […]

« Ils ont dit que j’a­vais refu­sé de lais­ser les gar­çons par­tir parce que j’a­vais peur que, quand ils revien­draient, ils enseignent aux gens à la manière amé­ri­caine, et cela sape­rait mon pou­voir, à un degré c’est vrai car je pense que mon peuple est des plus heu­reux et des plus sains au monde, et c’est plus que ce que n’importe quelle autre nation peut pré­tendre. Je vou­drais donc les rete­nir de cette manière, si pos­sible. »

Le pré­texte invo­qué pour refu­ser aux étu­diants de l’é­cole d’ar­ti­sa­nat une for­ma­tion en Amé­rique n’é­tait pas sin­cère : Muham­mad Jamal Khan a embau­ché en 1952 Wins­ton Mum­by, pré­cep­teur amé­ri­cain et fils d’un pas­teur métho­diste, pour édu­quer huit de ses enfants pen­dant cinq ans (Mons B, 1958A15 page 108). Mum­by basait sa péda­go­gie sur la méthode Cal­vert (Hen­rick­son JH, 1960A14 page 99).

On peut com­prendre que les rela­tions dégra­dées entre le Mir Muham­mad Jamal Khan et son hôte John Clark aient inci­té le Prince à n’in­vi­ter par la suite que des Occi­den­taux qu’il savait à l’a­vance convain­cus des ver­tus extra­or­di­naires du mode de vie et de la saine gou­ver­nance de son peuple. C’é­tait le cas des auteurs d’ou­vrages (plus connus que celui de Clark) : Jean et Franc Shor en 1952 (1953A10), Bar­ba­ra et Peter Mons en 1956 (1958A15), Jewel Hen­rick­son en 1955 (1960A14), Allen Banik en 1958 (1960B2), John Tobe en 1959 (1960A16), Renée Tay­lor en 1961 (1962B3 ; 1964N60) et Jay Mil­ton et Tru­die Hoff­man en 1961 (1968B5).

Envol

À celles et ceux qui construisent des mondes ima­gi­naires pro­pul­sés par leur insa­tié­té méta­phy­sique, j’ai envie de dire : « Le réel est mille fois plus beau et plus impres­sion­nant que vos rêves ! » L’exemple de cette val­lée mys­té­rieuse, sem­blable à bien d’autres, est emblé­ma­tique d’une trom­pe­rie qui per­dure depuis un siècle… au pro­fit des mar­chands de régimes, de méthodes de gué­ri­son ou de mys­ti­cisme prêt à por­ter. Son hori­zon à perte de vue n’est autre que le contour d’un New-AgeN85 qui mure dans le silence toute pen­sée cri­tique.

Hunza - Corridor du Wakhan vu de l'ancienne forteresse Abrashim Qala
Cor­ri­dor du Wakhan vu de l’an­cienne for­te­resse Abra­shim Qala – Tad­ji­kis­tan – Confluence des rivières Wakhan et Pamir pour don­ner le fleuve Panj (Amou Daria) – Les mon­tagnes visibles sont en Afgha­nis­tan.
Pho­to Ber­nard Grua. Source : N128

Je laisse la parole — et l’i­mage — à Ber­nard Grua pour nous faire par­ta­ger un peu d’air pur à haute alti­tude… Son texte est extrait d’un com­men­taire au bas d’une page de blogN34 décri­vant les Hun­zas comme « des Turcs qui peuvent vivre jus­qu’à 145 ans » — excu­sez du peu !

Voi­là un article éton­nant qui res­semble à un conte de fées. Et pour­tant, il fait réfé­rence à un lieu ain­si qu’à des habi­tants dont la réa­li­té est sen­si­ble­ment dif­fé­rente.

Les habi­tants de Hun­za ne sont pas des Turcs. Ils se disent des­cen­dants des Macé­do­niens et parlent trois langues non turques qui se suc­cèdent lorsque l’on remonte la val­lée depuis Gil­git jus­qu’au cold de Khun­je­rab (fron­tière chi­noise). La pre­mière langue est le shi­na d’o­ri­gine indo-ira­nienne. Vers le milieu de la val­lée, on parle bou­rou­chas­ki. C’est un iso­lat lin­guis­tique, comme le basque. Au Nord, on parle le wakhi comme dans le cor­ri­dor du Wakhan (Afgha­nis­tan et Tad­ji­kis­tan) dont la popu­la­tion est ori­gi­naire. Il s’a­git bien d’une langue per­sane et non pas turque comme celle des Kir­ghizes ou des Oui­ghours. D’ailleurs les Wakhis portent par­fois les noms de Bada­sh­khi (en réfé­rence au Bada­kh­shan afghan et tadijk où se trouve le Wakhan) ou même Tad­jik. […]

La Hun­za est une val­lée mer­veilleuse et les habi­tants, de reli­gion ismaé­lienne, sont par­ti­cu­liè­re­ment accueillants. Le taux d’al­pha­bé­ti­sa­tion est tout à fait simi­laire à celui des pays déve­lop­pés et bien supé­rieur à la moyenne du Pakis­tan. La réa­li­té, en elle même, est assez belle pour qu’il ne soit pas néces­saire d’é­crire une fable.

Ceux qui le sou­haitent peuvent voir, ici, des pho­tos d’ha­bi­tants de la haute val­lée de la Hun­za, que j’ai réa­li­sées récem­mentN31. […]

J’ai fait dif­fé­rents papiers sur mon blog à leur sujet. En voi­ci le prin­ci­pal : At the knot of past empires : Zood Khun, a Wakhi vil­lage in the high nor­thern moun­tains of Pakis­tanN129.

Hunza - Élèves et professeurs de l'école secondaire Diamond Jubilee à Passu
Élèves et pro­fes­seurs de l’é­cole secon­daire Dia­mond Jubi­lee à Pas­su, le 11 août 2018. Gar­çons et filles portent les coif­fures tra­di­tion­nelles du Hun­za.. Pho­to de Ber­nard Grua. Source : N128

Ber­nard Grua écrit aus­si sur son blog en 2018N128 :

La val­lée de la Hun­za est très dif­fé­rente des autres endroits du Pakis­tan que j’ai pu visi­ter, comme Isla­ma­bad, Rawal­pin­di, Lahore, la val­lée de Kaghan, la chaîne de Galyat. Les autres régions sont, bien sûr, inté­res­santes. Cepen­dant, la val­lée de la Hun­za n’est pas sur­peu­plée. Elle est calme, propre, sûre, non bruyante. Elle est magni­fique. La com­mu­ni­ca­tion y est plus facile, avec tous, car les habi­tants ont un bon bagage sco­laire, voire uni­ver­si­taire. Ils sont plus en attente d’in­te­rac­tions avec leurs hôtes étran­gers, que dans d’autres régions du pays. Les parents et les enfants ne vous demandent rien à la dif­fé­rence d’autres lieux tou­ris­tiques dans monde, où l’on est véri­ta­ble­ment har­ce­lé. Ils vous res­pectent. S’ils vous posent des ques­tions, c’est sim­ple­ment pour apprendre de vous. Comme leurs parents, les enfants vous invitent à boire le thé chez eux.

Ber­nard Bel, hiver 2019

Bibliographie

La date appa­rais­sant éven­tuel­le­ment entre cro­chets car­rés est celle de la pre­mière visite de l’auteur·e au Gil­git-Bal­tis­tan.

Mes sources pré­fé­rées pour la qua­li­té des pho­tos sont Shor F (1953A10), Clark J (1957A11) et Mons B (1958A15).

✓ Ouvrages et articles dont je recommande la lecture ❤️

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  • A1 · i0fp ·     [1877] Bid­dulph, J (1880 réédi­tion 1971). Tribes of Hin­doo Koosh. Lahore : Ali Kama­ran.
  • A2 · h243 ·     [1891] Knight, EF (1893). Where three empires meet, a nar­ra­tive of recent tra­vel in Kash­mir, Wes­tern Tibet, Gil­git and the adjoi­ning coun­tries. Lon­don : Long­mans.
  • A3 · xr7b ·     [1934] Lori­mer, EO (1939). Lan­guage Hun­ting in the Kara­ko­ram. Lon­don : George Allen & Unwin.
  • A4 · hvle ·     [1901] McCar­ri­son, R (1921). Stu­dies in Defi­cien­cy Disease. Lon­don : Frowde ; Hod­der & Stough­ton.
  • A5 · nx6q ·     [1930] Mason, K, ed. (1931). Tours in the Gil­git Agen­cy. Hima­layan Jour­nal 3 : 110–115.
  • A6 · 5xfn ·     [-] Hil­ton, J (2006). Hori­zon per­du. Dinan : Terre de Brume. Tra­duit de Hil­ton, J (1933, réédi­tion 2012). Lost Hori­zon. Lon­don : Har­per Per­en­nial. Adap­té au ciné­ma : Lost Hori­zon par Frank Capra en 1937.
  • A7 · p8c2 ·     [1933] Schom­berg, RCF (1935). Bet­ween the Oxus and the Indus. Lon­don : Mar­tin Hop­kin­son.
  • A8 · o5yk ·     [-] Wrench, GT (1938 réédi­tion 2009). The Wheel of Health. Ama­zon : A Dis­tant Mir­ror.
  • A9 · v4vs ·     cita­tion de Jerome Irvin Rodale (1948). The Heal­thy Hun­zas. Emmaus PA : Rodale Books.
  • A10 · plcj ·     [1949] Shor, F (1953). At World’s End in Hun­za : This Strange Shan­gri-La Near The Hima­layas Has Few Laws or Taxes and No Army ; Bri­de­grooms Take Mother on The Honey­moon. Natio­nal Geo­gra­phic Maga­zine : 485–518.
  • A11 · lykx ·     [1948, 1950] Clark, J (1957 ou archive PDF). Hun­za : Lost King­dom of the Hima­layas. Lon­don : Hut­chin­son.
  • A12 · fkij ·     [1949] Shor, JB (1955, réédi­tion numé­rique 2013). After You, Mar­co Polo. New York : McGraw-Hill. Ver­sion fran­çaise : Après vous, Mar­co Polo. Tra­duc­tion de R. Jouan. Paris : Presses de la Cité, 1956. ➡ Des exem­plaires des édi­tions ori­gi­nales sont dis­po­nibles sur le site abebooks.com.
  • A13 · a74p ·     [1950] Shor, J & F Shor (1950). We took the high­road in Afgha­nis­tan. Natio­nal Geo­gra­phic Maga­zine, 98, 5 : 673–706.
  • A14 · ns7h ·     [1955] Hen­rick­son, JH (1960). Holi­day in Hun­za. Review and Herald Publi­shing Asso­cia­tion.
  • A15 · 7lun ·     [1956] Mons, B (1958). High Road to Hun­za. Lon­don : Faber and Faber.
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  • A17 · f35l ·     [-] Jett­mar, K. (1960). Mega­lith­sys­tem und Jag­dri­tual bei bei den Dardvöl­kern. Tri­bus, 9 : 121–134.
  • A18 · h5ky ·     [-] Ali, SM (1966). Nutri­tio­nal sur­vey in Hun­za. Pakis­tan Jour­nal of Medi­cal Research 5 : 141–147.
  • A19 · egf2 ·     [-] Kreutz­mann, H. (1988). Oases of the Kara­ko­rum : Evo­lu­tion of irri­ga­tion and social orga­ni­za­tion in Hun­za, North Pakis­tan. New York : Row­man & Lit­tle­field
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  • A23 · nu9n ·     [-] Ostan, I (2018). Hun­za Water and its re-crea­tion by means of the FHES mine­ral pow­der. PDF en ligne

✓ Ouvrages qu’on pourrait ne pas lire 😣

  • B1 · zx5d ·     [-] Bir­cher, R (1952). Les Houn­za – Un peuple qui ignore la mala­die. Neu­cha­tel : Vic­tor Attin­ger.
  • B2 · d6hp ·     [1958] Banik, AE & R Tay­lor (1960, réédi­tion 2010). Hun­za Land : The Fabu­lous Health and Youth Won­der­land of The World. Long Beach CA : Kes­sin­ger Lega­cy reprints. ➡  Renée Tay­lor est cosi­gna­taire de cet ouvrage alors qu’elle n’au­rait par­ti­ci­pé qu’à sa relec­ture.
  • B3 · dc37 ·     [1961] Tay­lor, R & MJ Nobbs (1962). Hun­za : the Hima­layan Shan­gri-la. El Monte CA : Whi­te­horn.
  • B4 · zfrv ·     [1961] Tay­lor, R (1965). Voyage au pays Hun­za. Paris : Les Écrits de France. Tra­duc­tion et « adap­ta­tion » de Tay­lor R (1964) Hun­za Health Secrets for Long Life and Hap­pi­ness. New York : Award Books, 3d edi­tion.
  • B5 · z5y2 ·     [1961] Hoff­man, JM (1968, réédi­tion 1985). Hun­za : 15 Secrets of the World’s Heal­thiest and Oldest Living People. Val­ley Cen­ter CA : Pro­fes­sio­nal Press Publi­shing Asso­cia­tion.
  • B6 · yci3 ·     [1961] Tay­lor, R (1969). The Hun­za-Yoga Way to Health and Lon­ger Life. Constel­la­tion Inter­na­tio­nal. Récep­tion atten­due.
  • B7 · nzyo ·     [-] Gode­froy, CH (1984). Les secrets de san­té des Hun­zas. La Fer­rière sur Risle : Gode­froy.

✓ Ouvrages que je n’ai pas pu acheter 😢

  • C1 · qkik ·     [?] von Unruh, I (1955). Traum­land HUNZA Erleb­nis­be­richt Von Einer Asien­reise. Ver­lad­sge­nos­sen­schaft Der Waer­land – Bewe­gung.
  • C2 · 4sl5 ·     [?] Ste­phens, IM (1955). The Hor­ned Moon : An account of a jour­ney through Pakis­tan, Kash­mir, and Afgha­nis­tan. Bloo­ming­ton IN : India­na Uni­ver­si­ty Press.

▷ Liens

  • N1 · gfhp · Robert McCar­ri­son – Wiki­pe­dia
  • N2 · sf1l · Gil­git-Bal­tis­tan – Wiki­pe­dia
  • N3 · 0ue2 · Kara­ko­ram – Wiki­pe­dia
  • N4 · jxfe · Shan­gri-La – Wiki­pe­dia
  • N5 · bwrg · Ouvrage “Lost Hori­zon” – James Hil­ton
  • N6 · zkgu · Mir Muham­mad Jamal Khan
  • N7 · 4zt1 · Jar­vis WT, The Myth of the Heal­thy Savage (1981). The Myth of the Heal­thy Savage
  • N8 · g09m · Gil­git – Wiki­pe­dia
  • N9 · b5fh · McCar­ri­son work on nutri­tion
  • N10 · 4u2d · A Brief His­to­ry of Life Expec­tan­cy in Bri­tain
  • N11 · zmid · McCar­ri­son R (1908). Obser­va­tions on Ende­mic Cre­ti­nism in the Chi­tral and Gil­git Val­leys
  • N12 · 1xke · Goitre – Wiki­pe­dia
  • N13 · 24ne · Cré­ti­nisme – Wiki­pe­dia
  • N14 · 1yb3 · Obser­va­tions on the Amoe­bae in the Intes­tines of Per­sons Suf­fe­ring from Goitre in Gil­git – PDF
  • N15 · rfcg · Éry­si­pèle – Wiki­pe­dia
  • N16 · cfir · Épi­dé­mio­lo­gie – Wiki­pe­dia
  • N17 · 0kbt · Étude cas-témoins – Wiki­pe­dia
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  • N19 · qv8k · Béri­bé­ri – Wiki­pe­dia
  • N20 · 096x · Kéra­to­ma­la­cie – Wiki­pe­dia
  • N21 · hizv · Vita­mine – Wiki­pe­dia
  • N22 · g7ul · Clark J (1957). Hun­za – Lost King­dom of the Hima­layas – PDF
  • N23 · raf5 · Kari­ma­bad – Bal­tit (Hun­za) – Wiki­pe­dia
  • N24 · br4g · Gil­git-Bal­tis­tan’s libe­ra­tion
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  • N26 · h5tn · Gil­git-Bal­tis­tan map
  • N27 · 36ur · Haza­ras – Wiki­pe­dia
  • N28 · petq · Y‑Chromosomal DNA Varia­tion in Pakis­tan
  • N29 · pbwi · Bal­ti (peuple) – Wiki­pe­dia
  • N30 · de6e · Yak­shi­ni – Wiki­pe­dia
  • N31 · pp5b · Pakis­tan : Wakhis du Gojal – pho­tos de Ber­nard Grua
  • N32 · 1f5w · Hun­za (prin­ce­ly state) – Wiki­pe­dia
  • N33 · 6ygl · Xian de Yar­kand – Wiki­pe­dia
  • N34 · sdp6 · Les Turcs de Hun­za : le secret d’un peuple qui peut vivre jusqu’à 145 ans
  • N35 · 74lj · Mir of Hun­za – Wiki­pe­dia
  • N36 · evbx · The Dis­co­ve­ry of the Hun­za River Val­ley
  • N37 · 4jvd · Grua B (2019). Le Grand Jeu : ren­contre anglo-russe aux confins du Pamir, de l’Hindou Kouch et du Kara­ko­ram
  • N38 · 5o0a · His­to­ri­cal Back­ground of Bal­tit Fort-Hun­za
  • N39 · yq2f · Pax Bri­tan­ni­ca – Wiki­pe­dia
  • N40 · fev4 · Fazal Amin Beg – bio­gra­phie
  • N41 · nr1r · Beg FA (2000). A Thril­ling Voice from Inside the Palace : Allu­ring Recol­lec­tions of the Last Rani of Hun­za State
  • N42 · n4eo · Carte du Nagar – Gil­git-Bal­tis­tan
  • N43 · 5q25 · Carte de la val­lée de Yasin – Gil­git-Bal­tis­tan
  • N44 · a6f0 · Carte du Chi­tral – Gil­git-Bal­tis­tan
  • N45 · 7xt7 · Mah­sud (Maseed) – Wiki­pe­dia
  • N46 · k3mf · His­to­ry of Gil­git-Bal­tis­tan – Wiki­pe­dia
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Article créé le 18/10/2019 – modi­fié le 7/09/2026 à 16h48 • 11 111 visites

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