Société

Vers un nouvel « ordre mondial » ?

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Un nouvel « ordre mondial » est-il en train de se mettre en place sur fond de « crise sanitaire » ?

Ce terme a paraît-il été inventé par le roman­cier H.G. Wells, auteur de The New World Order en 1940. Il a été repris en 1990 par le président George H.W. Bush pour défi­nir « une poli­tique étran­gère améri­caine fondée sur le respect du droit inter­na­tio­nal, la promo­tion de la paix et de la démo­cra­tie en s’appuyant sur l’ONU, dont le fonc­tion­ne­ment ne serait plus bloqué par l’antagonisme EU-URSS. Le symbole en aurait été la première guerre du Golfe en 1991. » (WikipediaN1)

Il a par la suite été adopté par des mili­tants alter­mon­dia­listes et anti­ca­pi­ta­listes — comme le linguiste, philo­sophe et penseur poli­tique Noam ChomskyN2 — pour criti­quer la mondia­li­sa­tion écono­mique et la « pensée unique » néoli­bé­rale ; mais aussi, de manière posi­tive, par ceux qui appellent à une coopé­ra­tion inter­na­tio­nale, voire une gouver­nance mondiale, pour résoudre les crises alimen­taires, finan­cières et envi­ron­ne­men­tales. L’essentiel de l’ana­lyse critique repose sur la distinc­tion entre coopé­ra­tion et gouver­nance.

Le présent article n’aborde que certains aspects de ce débat, tels qu’ils sont appa­rus après dix-huit mois de crise sani­taire. Il est destiné à propo­ser un cadre plus géné­ral aux réflexions abor­dées dans l’ar­ticle Coronavirus — discussion.

Sommaire

Contrôle sanitaire

Source : Femme Actuelle

La crise sani­taire et écono­mique causée par la pandé­mie CoVID a ravivé le souhait (ainsi que la crainte) d’une gouver­nance mondiale envi­sa­gée comme une adap­ta­tion (un asser­vis­se­ment ?) du pouvoir poli­tique aux exigences de la préven­tion et du soin médi­cal. L’industrie phar­ma­ceu­tique (Big Pharma) est perçue par les uns comme un sauveur de l’hu­ma­nité, et vili­pen­dée par d’autres pour sa main­mise sur le pouvoir déci­sion­nel des indi­vi­dus et des institutions.

La lutte contre cette pandé­mie, dans un monde marqué par la libre circu­la­tion de personnes et de marchan­dises, néces­si­te­rait en théo­rie une coor­di­na­tion des mesures sani­taires qui restreignent (tempo­rai­re­ment ?) les liber­tés indi­vi­duelles. Les États-nations ont seuls l’au­to­rité de fixer le cadre légal de ces dispo­si­tifs, avec une délé­ga­tion partielle possible vers des enti­tés régio­nales (Länder, comtés, commu­nau­tés auto­nomes etc.) en cas de subdi­vi­sion territoriale.

La diver­sité des mesures mises en œuvre suscite de nombreux débats contra­dic­toires, entre autres autour des confi­ne­ments, de la suspen­sion de certaines acti­vi­tés commer­ciales, des « pass sani­taires » et de la vacci­na­tion — voir mon article Coronavirus - discussion pour plus de détails. Alors que les premières mesures citées sont asso­ciées à des terri­toires, la vacci­na­tion ne concerne que les personnes dans la mesure où celles-ci sont suscep­tibles de se dépla­cer hors de leur terri­toire de résidence.

Vacciner le monde entier

Les vaccins anti-covid ont été évalués (de manière sommaire) pour leur capa­cité à limi­ter l’in­ci­dence de formes graves de la mala­die (avec le virus d’ori­gine, version « Wuhan »), mais leur effi­ca­cité contre le portage du virus n’a été étayée que par les corré­la­tions issues d’études obser­va­tion­nelles, autre­ment dit hors du cadre scien­ti­fique d’études cliniques — voir mon article CoVID-19 : vaccins. Les phrases telles que « Le vaccin nous libè­rera de l’épi­dé­mie » et sa suren­chère « Seul le vaccin peut nous libé­rer » sont donc avant tout des slogans poli­tiques, en l’ab­sence de preuve ni même de consen­sus dans la commu­nauté scientifique.

À suppo­ser que la vacci­na­tion soit indis­pen­sable à l’éra­di­ca­tion de cette épidé­mie — ce qui implique de faire l’éco­no­mie des débats sur les trai­te­ments, voir mon article CoVID-19 : traitement —, dans le cas d’une pandé­mie elle ne peut avoir d’ef­fi­ca­cité qu’à l’échelle de la popu­la­tion de la planète. (Oublions aussi l’exis­tence de réser­voirs animaux des agents patho­gènes, encore un autre débat !)

La trans­mis­sion spec­ta­cu­laire du SARS-CoV‑2 a projeté sur la scène publique la ques­tion de l’ur­gence d’une coopé­ra­tion (gouver­nance ?) mondiale en matière de santé publique. Ce sujet est loin d’être nouveau, mais il concerne à présent les citoyens du monde entier, enjoints de parti­ci­per aux campagnes vacci­nales ou même, pour une partie de la popu­la­tion, de se soumettre à une obli­ga­tion vaccinale.

L’étendue du débat — ampli­fié par les réseaux sociaux, prin­ci­paux véhi­cules d’opi­nions radi­cales, par exemple « provax » ou « anti­vax » — suscite des craintes sur d’autres formes de contrôle que « l’élite » pour­rait exer­cer sous le prétexte d’ur­gence sani­taire. La poli­tique vacci­nale à l’échelle d’un État, d’une région comme la Communauté euro­péenne, ou d’un orga­nisme mondial comme l’OMS, est une illus­tra­tion (ou une anti­ci­pa­tion) de ce risque de contrôle de popu­la­tions qui seraient déchues de leurs liber­tés indi­vi­duelles et de tout débat démo­cra­tique sur son utilité.

Les oppo­sants au contrôle des popu­la­tions — et plus parti­cu­liè­re­ment aux campagnes de vacci­na­tion — posent la ques­tion : « À qui profite le crime ? » Ils y répondent en dénon­çant les liens d’in­té­rêt entre les déci­deurs et l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique qui ont certai­ne­ment contri­bué à orien­ter les choix des premiers (Gilbertie P, 23 janvier 2022N3).

Pour une analyse de ce proces­sus anté­rieu­re­ment à l’épi­dé­mie CoVID, on peut se réfé­rer au Plan d’ac­tion mondial pour les vaccins (Global Vaccine Action PlanN4) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) :

Le Plan d’ac­tion mondial pour les vaccins (GVAP) – approuvé par les 194 États membres de l’Assemblée mondiale de la santé en mai 2012 – est un cadre visant à préve­nir des millions de décès d’ici 2020 grâce à un accès plus équi­table aux vaccins exis­tants pour les personnes de toutes les communautés.

Le GVAP est le fruit de la Collaboration DoV [Decade of VaccinesN5], un effort sans précé­dent qui a rassem­blé des experts et des parties prenantes du déve­lop­pe­ment, de la santé et de la vacci­na­tion. Les diri­geants de la Fondation Bill & Melinda GatesN6, de GAVI AllianceN7, de l’UNICEF, de l’Institut natio­nal des aller­gies et des mala­dies infec­tieuses des États-Unis [NIAIDN8] et de l’OMS, ainsi que tous les parte­naires – gouver­ne­ments et élus, profes­sion­nels de la santé, univer­si­taires, fabri­cants, agences mondiales, parte­naires du déve­lop­pe­ment, société civile, médias et secteur privé – sont déter­mi­nés à atteindre les objec­tifs ambi­tieux du GVAP.

Il est instruc­tif de lire trois atten­dus de la Résolution sur le Plan d’ac­tion euro­péen pour les vaccins 2015–2020 votée en 2014N9 :

Reconnaissant la contri­bu­tion des programmes effi­caces de vacci­na­tion à la réalisation des objec­tifs de santé aux niveaux mondial et régional, notam­ment la réduction de la morta­lité et de la morbi­dité infan­tiles, et leur poten­tiel de réduction de la morta­lité et de la morbi­dité à toutes les étapes de la vie ;

Préoccupé par la persis­tance des flambées épidémiques de mala­dies à prévention vacci­nale, et la présence de lacunes dans la couver­ture vacci­nale systématique aux niveaux natio­nal et sous-national dans la région [euro­péenne] ;

Reconnaissant qu’un enga­ge­ment poli­tique et une action accélérée sont nécessaires pour garan­tir l’accès univer­sel et équitable à des programmes de vacci­na­tion durables et de haute qualité, en vue de répondre aux besoins de la popu­la­tion générale, et plus particulièrement des popu­la­tions marginalisées et mal desser­vies, et d’agir sur la réticence face à la vaccination […]

Dans ce docu­ment, la Directrice régio­nale est char­gée « d’émettre des conseils sur la manière d’atteindre certains groupes à haut risque, notam­ment les popu­la­tions marginalisées et mal desser­vies, ainsi que les mouve­ments opposés à la vacci­na­tion ».

Dans sa décli­nai­son mondiale aussi bien qu’eu­ro­péenne, ce plan d’ac­tion rele­vait bien d’un « ordre mondial » en termes de coopé­ra­tion inter­na­tio­nale, mais pas (encore) d’une gouver­nance mondiale. L’intention n’était pas de soumettre les popu­la­tions à des direc­tives émises par une « élite » — ce que dénoncent les théo­ries de complot — mais plutôt d’as­su­rer leur accès aux soins médi­caux en « contour­nant » les diffi­cul­tés liées à l’iné­ga­lité d’ac­cès aux ressources. Ainsi, par exemple, mettre en place des dispo­si­tifs de four­ni­ture de vaccins, gratuits ou à bas prix, aux pays défavorisés. 

Les mala­dies infec­tieuses ciblées à cette époque étaient prin­ci­pa­le­ment la rougeole et la rubéole. Ce point est impor­tant puisque l’ef­fi­ca­cité de ces vaccins (comme barrières à la trans­mis­sion du virus) et leur sécu­rité ne sont géné­ra­le­ment pas remises en cause, à l’op­posé de celles des vaccins « expé­ri­men­taux » anti-covid. (Vu leur mode opéra­toire inno­vant, les vaccins à ARN messa­ger sont dési­gnés par certains comme de simples « théra­pies géniques », mais je n’en­tre­rai pas dans ce débat sémantique…)

La Fondation Melinda et Bill GatesN10 a joué un rôle impor­tant dans ce plan d’ac­tion mondial pour les vaccins, grâce au finan­ce­ment massif de campagnes de vacci­na­tion et d’ins­ti­tu­tions comme l’OMS. Cette omni­pré­sence a été criti­quée au sein même de l’OMS. « La présence de la Fondation Gates a servi, au mieux, de complé­ment au travail de l’OMS, et au pire, a repré­senté une usur­pa­tion et une prise de pouvoir hostile », selon Amir Attaran, profes­seur de droit et de méde­cine à l’université d’Ottawa (Twohey M & N Kulish, 2020N11). L’objectif de Gates est en réalité d’éra­di­quer toutes les mala­dies infec­tieuses en déployant un plan de vacci­na­tion sur la planète entière. La faisa­bi­lité de ce projet et sa perti­nence sur le plan médi­cal — voir CoVID 19 : vaccins dans le cas du SARS-CoV‑2 — sont en soi discu­tables ; mais la métho­do­lo­gie de Gates relève surtout d’une vision techno-scientiste : une solu­tion tech­nique (unique et univer­selle) exis­te­rait face à tout problème. Autrement dit, pour tous virus (humain comme infor­ma­tique) on peut trou­ver un vaccin qui permet de l’anéan­tir… Ce prin­cipe s’ap­plique bien entendu à la tech­no­lo­gie infor­ma­tique et plus large­ment au monde du numé­rique, mais on peut lui repro­cher d’écar­ter d’emblée les facteurs socio-économiques à la source de mala­dies chro­niques et de vulné­ra­bi­lité aux mala­dies infectieuses.

Au-delà des éloges et critiques, de nombreux commen­taires, plus ou moins étayés par des faits, font état d’un glis­se­ment de « l’ordre mondial » de l’ap­pel à une coopé­ra­tion inter­na­tio­nale vers la propo­si­tion d’une gouver­nance mondiale. L’European Vaccine Action Plan 2015–2020N12 (page 42) abor­dait en ces termes le problème de la couver­ture vacci­nale maxi­male sans exer­cice de contrainte, sous le titre « Les indi­vi­dus comprennent la valeur des services d’im­mu­ni­sa­tion et des vaccins et exigent la vacci­na­tion » :

Pour susci­ter et main­te­nir la demande de services de vacci­na­tion et lutter contre l’hé­si­ta­tion à se faire vacci­ner dans la région euro­péenne, il faudra utili­ser les plate­formes de commu­ni­ca­tion sociale tradi­tion­nelles et nouvelles, opti­mi­ser le rôle des agents de santé de première ligne, iden­ti­fier les cham­pions de la vacci­na­tion et les agents du chan­ge­ment et en tirer parti, adap­ter les acti­vi­tés de sensi­bi­li­sa­tion et de commu­ni­ca­tion des programmes de vacci­na­tion aux popu­la­tions sensibles, notam­ment les popu­la­tions mobiles, margi­na­li­sées et migrantes, et faire connaître les avan­tages de la vacci­na­tion et les risques présen­tés par les mala­dies évitables par la vaccination.

Les obstacles à la demande de vaccins sont complexes et spéci­fiques au contexte. Les programmes doivent donc surveiller et évaluer plus fréquem­ment les atti­tudes, les connais­sances et les compor­te­ments du grand public et des sous-groupes, afin d’in­for­mer et d’adap­ter l’exé­cu­tion du programme et la réponse. Le succès de la lutte contre le senti­ment anti-vaccination et les préoc­cu­pa­tions en matière de sécu­rité dépen­dra en parti­cu­lier de cela.

Dans les docu­ments publiés à cette époque (donc avant la pandé­mie CoVID-19), l’ac­cent était mis sur une prise de conscience des citoyens suffi­sam­ment infor­més (d’autres diraient « condi­tion­nés ») pour déci­der par eux-mêmes d’être vaccinés.

Les années 2020–2021 ont montré que, en l’ab­sence de contrainte, la couver­ture vacci­nale n’at­tei­gnait pas les objec­tifs fixés (toujours révi­sés à la hausse) dans les pays béné­fi­ciant de stocks de vaccins pour toute la popu­la­tion. Parmi les « acti­vi­tés de sensi­bi­li­sa­tion » qui relèvent d’un soft power — défini comme un « pouvoir d’in­fluence » (voir plus bas) —, je pense à la diffu­sion quoti­dienne d’images de personnes de tous âges en train d’être vacci­nées. Intention (louable ?) de bana­li­ser cet acte médi­cal en étouf­fant les craintes d’ef­fets secon­daires diffu­sées par une horde de mauvais coucheurs — rapi­de­ment montrés du doigt comme « anti­vax », « anti-science », puis « complotistes ».

En mars 2020, le président Macron avait déclaré : « Nous sommes en guerre ». Or, en temps de guerre il devient mora­le­ment accep­table de mêler infor­ma­tion et propa­gande… Les auteurs de la tribune Une nouvelle reli­gion vacci­nale est née en Occident (12 décembre 2021N13) décrivent la propa­gande autour de la pandé­mie CoVID-19 en citant Jacques Ellul (Propagandes, 1962) :

« En face de la propa­gande d’agitation [des révo­lu­tion­naires, des putschistes, des terro­ristes], nous trou­vons la propa­gande d’intégration, qui est la propa­gande des nations évoluées, et carac­té­ris­tique de notre civi­li­sa­tion. C’est une propa­gande de conformisation. […]

[…] dans une démo­cra­tie, il faut asso­cier les citoyens aux déci­sions de l’Etat. C’est là le grand rôle de la propa­gande. Il faut donner aux citoyens le senti­ment d’avoir voulu les actes du gouver­ne­ment, d’en être respon­sables, d’être enga­gés à les défendre et à les faire réussir. »

On recon­naît là le fonde­ment de ce qui est appelé nudge de nos jours, un mot anglais à la mode pour dési­gner de vieilles tech­niques de marke­ting et de publicité. […]

En outre, les gouver­ne­ments comme celui de la France utilisent massi­ve­ment un autre clas­sique de la propa­gande d’État qu’Etienne Augé appelle « le choix truqué ». Il consiste à « propo­ser à un public un choix, comme s’il lui reve­nait de tran­cher et de choi­sir la meilleure option, tout en sachant à l’avance quel sera le résul­tat de cette consul­ta­tion. Ainsi, le propa­gan­diste met l’auditoire devant l’alternative entre un choix inac­cep­table qui sera néces­sai­re­ment rejeté, et une option qui appa­raî­tra comme peu dési­rée mais inéluc­table devant l’ampleur du danger qui menace ». Vaccinés ou recon­fi­nés ? Vaccinés ou remas­qués ? Vaccinés, guéris ou morts ?

C’est aussi dans ce contexte que l’on peut situer l’op­po­si­tion des « experts » à la mise en pratique, ou même l’éva­lua­tion, de proto­coles de préven­tion ou de soins basés sur le repo­si­tion­ne­ment de médi­ca­ments exis­tants — voir mes articles CoVID-19 : traitement et Saga de la chloroquine.

Malgré ses limites en termes de couver­ture vacci­nale, cette propa­gande a réussi à rendre accep­table l’idée d’une obli­ga­tion vacci­nale — que le président Macron avait ferme­ment écar­tée quelques mois plus tôt — d’abord impo­sée au person­nel de santé, puis envi­sa­gée dans son appli­ca­tion à tous les citoyens : idée majo­ri­taire courant 2021 (souvent marte­lée avec violence par les vacci­nés) et reprise — campagne élec­to­rale oblige ! — par la majeure partie des poli­ti­ciens, entre autres les écolo­gistes et socia­listes (fran­çais ou alle­mands) jusqu’ici soucieux des liber­tés indi­vi­duelles. Le soft power média­tique, fin 2021, perfuse l’idée que s’op­po­ser à l’obli­ga­tion vacci­nale, comme hier s’op­po­ser à la vacci­na­tion, équi­vaut à une adhé­sion aux idées de l’extrême-droite. Effectivement, seuls les partis qui n’ont rien à perdre élec­to­ra­le­ment osent abor­der le sujet ! 

Ce renon­ce­ment à la liberté, rappelons-le, a pour socle la convic­tion ferme que la vacci­na­tion serait l’unique voie de sortie de la pandé­mie CoVID-19. Croyance quasi reli­gieuse depuis que (fin 2021) l’ef­fi­ca­cité des vaccins pour éviter la conta­mi­na­tion — jamais véri­fiée dans des essais cliniques randomisés/contrôlés en double-aveugle — est de plus en plus contre­dite par les faits. La justi­fi­ca­tion morale du « pass sani­taire » (proté­ger les autres) est donc deve­nue caduque…

La grande réinitialisation

Klaus Schwab

Le bascu­le­ment vers une gestion auto­ri­taire (anti­dé­mo­cra­tique) de cette pandé­mie (et de celles à venir) est en phase avec les constats (ou propo­si­tions ?) de deux fonda­teurs et diri­geants du Forum écono­mique mondial (ou forum de DavosN14) : Klaus SchwabN15 et l’éco­no­miste Thierry Malleret, ancien conseiller de Michel Rocard : La Grande Réinitialisation (The Great ResetN1).

Ces auteurs ne proposent pas de chan­ger le système écono­mique mais seule­ment de l’amé­lio­rer comme un « capi­ta­lisme respon­sable » grâce à la mise en œuvre de mesures faci­li­tant « la reprise écono­mique […] et une nouvelle orien­ta­tion des prio­ri­tés mondiales ». Selon eux : « Les deux notions de gouver­nance mondiale et de coopé­ra­tion inter­na­tio­nale sont si étroi­te­ment liées qu’il est prati­que­ment impos­sible pour la gouver­nance mondiale de s’épa­nouir dans un monde divisé qui se retranche et se frag­mente. » (Schwab K & T Malleret, juillet 2020N16 page 128)

Il est indis­pen­sable de lire entiè­re­ment leur ouvrage (en version fran­çaise : COVID-19 : La Grande Réinitialisation, 2020N16) avant d’abor­der les innom­brables commen­taires critiques qui ont fait croire que “Great Reset” était un complot ourdi par une société secrète ; thèse popu­la­ri­sée fin 2020 par le docu­men­taire Hold Up. Dans son analyse Le Great Reset : mythes et réali­tés (avril 2021N17 page 3), Éric Verhaeghe écrit :

Une grande partie de la presse mains­tream (pour ne pas dire toute la presse mains­tream) a observé un parfait silence sur ce projet de Great Reset au cœur des travaux menés par le Forum de Davos, au point que tous ceux qui en ont parlé ont été taxés de « complo­tisme », ce mot à la mode qui permet de stig­ma­ti­ser toute pensée ou toute expres­sion qui prend à rebrousse-poil le prêt-à-penser des élites. Dans un étrange délire idéo­lo­gique, certains jour­na­listes ont même pris pour réflexe d’ac­cu­ser de complo­tisme tous ceux qui évoquent l’exis­tence de ce Great Reset, ne serait-ce qu’en tant qu’objet-livre. […]

Ce silence observé par la presse sur les ques­tion du Great Reset a nourri de nombreux fantasmes (authen­ti­que­ment complo­tistes, ceux-là) sur une grande orches­tra­tion des malheurs qui marquent notre époque. […]

Ce que Schwab et Malleret écrivent effec­ti­ve­ment, c’est que la pandé­mie est une oppor­tu­nité pour chan­ger les habi­tudes de vie. […]

Schwab et Malleret citent l’exemple de la dispa­ri­tion de la monnaie fidu­ciaire enfin permise par l’idée qu’un billet de papier peut être porteur du virus, et donc qu’il vaut mieux géné­ra­li­ser le paie­ment par Internet pour limi­ter la contamination. […]

On voit bien que la part de fantasme et de réalité sera éter­nel­le­ment discu­tée par ceux qui auront décidé que l’en­chaî­ne­ment des séquences de 2020 obéit à un pur hasard, et ceux qui sont convain­cus qu’au contraire il obéit à une néces­sité secrète.

Rappelons, à propos du dernier para­graphe, la rumeur selon laquelle la pandé­mie de CoVID-19 aurait été déli­bé­ré­ment orches­trée pour la dissé­mi­na­tion d’une « arme biolo­gique » — voir Coronavirus — discussion au para­graphe Origine ? Pour ce qui est de la théo­rie d’un complot des fabri­cants de vaccins — et leurs « complices » comme Bill Gates —, le méde­cin Michael Eades écrit dans un message (The Arrow #49, 10 décembre 2021) :

L’une des raisons pour lesquelles j’ai du mal à croire que les « élites » sont à l’ori­gine de cette « arnaque aux vaccins » (faute d’un meilleur terme) est que j’ap­par­tiens à une orga­ni­sa­tion qui regorge d’élites. On y trouve des diri­geants de grandes entre­prises, des gens immen­sé­ment riches et des personnes qui occupent des postes élevés au niveau fédé­ral et au niveau des États. Chacun d’entre eux est vacciné. […]

Si d’autres élites imposent ça au monde, mes élites n’en savent abso­lu­ment rien. Et étant donné la compo­si­tion de ce groupe, je doute sérieu­se­ment qu’elles soient dans l’igno­rance d’un plan pour nous soumettre le reste d’entre nous.

Les vaccins rapportent des fortunes consi­dé­rables. Je suis convaincu que les diri­geants des entre­prises qui font fortune avec les vaccins pensent faire du bien au monde. Je doute qu’au­cun d’entre eux ne croie qu’ils commettent une escro­que­rie ou qu’ils créent un cauche­mar immunologique.

Hard complotisme

Quelques cita­tions du Dr Vladimir Zelenko, dans un entre­tien avec J Mercola le 16 janvier 2022, sont révé­la­trices d’un récit complo­tiste en réac­tion aux injonc­tions auto­ri­taires des « élites » gouvernantes :

Au milieu des années 90, il est apparu évident que l’éco­no­mie améri­caine était condam­née. Les systèmes Medicare et de sécu­rité sociale allaient deve­nir insol­vables, et cela provo­que­rait un effet de tsunami au niveau natio­nal et inter­na­tio­nal. Et c’était impa­rable. C’était [mathé­ma­ti­que­ment inévitable].

Medicare, selon le Congressional Budget Office, commen­cera en 2027 son proces­sus vers la faillite. Donc, la sécu­rité à partir d’au­jourd’­hui durera jusqu’à 2034. Actuellement, les prin­ci­paux acteurs des écono­mies mondiales ont vu une menace exis­ten­tielle. Ils ont compris que leur pouvoir et leur richesse étaient réel­le­ment en danger.

Un plan a donc été élaboré, qui dépas­sait la tech­no­lo­gie de l’époque, mais cette tech­no­lo­gie était en cours de déve­lop­pe­ment. Ainsi, par exemple, le projet du génome humain a été carto­gra­phié et achevé.

Puis la tech­no­lo­gie CRISPR a été déve­lop­pée, qui consiste à modi­fier ou à épis­ser les gènes de manière très précise. Elle a été vendue comme un moyen de guérir les mala­dies géné­tiques. Il y a un gène défec­tueux. Il suffit de le couper et de l’épis­ser, de couper et coller, en gros, un gène sain.

C’est le bon côté des choses. L’inconvénient est que cela crée des possi­bi­li­tés de faire de l’édi­tion de gènes pour des raisons néfastes. En 2015, Bill Gates a déclaré que la popu­la­tion mondiale devait être réduite de 15 % grâce à l’uti­li­sa­tion de vaccins, en raison du réchauf­fe­ment climatique.

En 2020, le même Bill Gates a déclaré que 7 milliards de personnes devaient être vacci­nées. Donc, la ques­tion rhéto­rique évidente est : « Pourquoi prendrais-je un vaccin pour ma santé de la part de quel­qu’un qui préco­nise l’uti­li­sa­tion de vaccins pour réduire la popu­la­tion mondiale ? ».

En 2016, Klaus Schwab, dans une inter­view, a dit quelque chose de très étrange. Il a dit que dans 10 ans, d’ici 2026, chaque être humain serait marqué d’un iden­ti­fiant numé­rique. Qu’est-ce que cela signi­fie, et pourquoi ?

Passons en revue la séquence des événe­ments. Une arme biolo­gique est fabri­quée avec un anti­dote, qui est supprimé et caché. L’arme biolo­gique est libé­rée. C’est extrê­me­ment facile à trai­ter. Cependant, cette infor­ma­tion est suppri­mée, l’ac­cès à ces médi­ca­ments est supprimé, et les méde­cins qui défendent cette cause sont persécutés.

Tout ce qui semble donner de l’es­poir aux gens, réduire l’an­xiété, encou­ra­ger la réin­té­gra­tion avec vos proches semble être immé­dia­te­ment vili­pendé, même l’in­ter­ven­tion précoce. Si vous regar­dez le NIH, ils recom­mandent, à partir d’au­jourd’­hui, de ne pas trai­ter le COVID à moins qu’ils ne soient à l’hô­pi­tal avec des dommages aux poumons. Ne faites pas ça.

Et donc, je me deman­dais, ce qui se passe vrai­ment ? Et pour­quoi cette pres­sion inces­sante pour vacci­ner tout le monde ? Pourquoi empri­son­ner les méde­cins qui utilisent des médi­ca­ments au travail ? Parce que ça encou­rage l’hé­si­ta­tion à se faire vacciner.

Puis j’ai réalisé quelque chose. Il y avait deux brevets dont j’ai pris connais­sance. Ils sont sépa­rés par une année, mais ils sont liés dans le puzzle, dans le concept. Le premier, daté du 31 août 2021, décrit… l’in­gé­nie­rie des nano­tech­no­lo­gies. Il décrit essen­tiel­le­ment ce qui suit :

La capa­cité, la tech­no­lo­gie, qui existe déjà dans ces vaccins, permet de mesu­rer les données biomé­triques, c’est-à-dire le rythme cardiaque, le rythme respi­ra­toire, la tempé­ra­ture, puis de trans­mettre ces données et votre loca­li­sa­tion à un tiers.

Cela n’avait même pas de sens pour moi. Comme quoi ? Mais ensuite j’ai réalisé qu’il y avait un autre brevet appar­te­nant à Microsoft. Celui-là, je m’en souviens par cœur. C’est un brevet inter­na­tio­nal, WO202060606. Vous ne pouvez pas inven­ter ce genre de choses. Ce brevet décrit le lien entre la trans­mis­sion de données biomé­triques et la crypto-monnaie.

Alors je l’ai eu. Et d’ailleurs, 2026, quand tout le monde est censé être étiqueté avec une iden­tité numé­rique, appe­lons ça un tatouage interne d’Auschwitz, est un an avant le début de l’in­sol­va­bi­lité de Medicare et le début de l’ef­fon­dre­ment écono­mique. Donc le véri­table programme est devenu évident pour moi.

Il n’a jamais été ques­tion de santé. Le COVID-19 est facile à trai­ter. Il a toujours été ques­tion d’uti­li­ser la peur et la psychose de masse pour amener 7 milliards de personnes à se faire volon­tai­re­ment injec­ter la tech­no­lo­gie qui leur permet­trait de parti­ci­per au nouveau système basé sur les crypto-monnaies, le système que le monde utili­sera pour la finance.

La monnaie fidu­ciaire et tous les modes de tran­sac­tion tradi­tion­nels auront disparu. Le seul moyen de parti­ci­per à des tran­sac­tions, par exemple pour ache­ter du pain, sera de dispo­ser d’un capteur trans­met­tant des infor­ma­tions sur votre posi­tion. C’est la marque de la bête, si vous voulez vrai­ment savoir. Avec ça, vous pouvez ensuite ache­ter du pain pour votre famille…

Gates et Schwab parlent tous deux de la façon dont ces vaccins changent qui vous êtes. Qu’est-ce que cela signi­fie ? Ils l’ex­pliquent. Avec la tech­no­lo­gie de modi­fi­ca­tion des gènes, ils améliorent l’être humain. C’est du trans­hu­ma­nisme. Je l’ap­pelle l’hu­main 2.0. L’humain 1.0 est la version créée par Dieu. Notre code géné­tique est empreint de Dieu. Nous sommes faits à l’image de Dieu parce que nous avons son code en nous.

Maintenant, donneriez-vous à Bill Gates ou à Klaus Schwab le mot de passe de votre système de sécu­rité domes­tique ? Pourquoi lui donnerions-nous accès à notre code géné­tique ? L’humain 2.0, dans l’es­prit dément, dépravé, dérangé de ces gens, est la prochaine étape de l’évo­lu­tion des êtres humains. Et je dis que si vous permet­tez que cela vous arrive, vous n’êtes plus à l’image de Dieu. Vous êtes fait à l’image de Bill Gates et de Klaus Schwab.

Cette rhéto­rique est sous-tendue par des consi­dé­ra­tions morales et reli­gieuses que Zelenko décline ainsi :

Il y a ce que nous voyons, et puis il y a, disons, la physique spiri­tuelle en jeu. Karl Jung, le célèbre psycha­na­lyste, a écrit : « La dégra­da­tion morale de la société commence par la dégra­da­tion de l’in­di­vidu. » De cela, nous pouvons en fait apprendre que l’amé­lio­ra­tion morale de la société commence par l’amé­lio­ra­tion de l’individu.

En tant que société, au cours des 50 ou 60 dernières années, nous avons fait de très mauvais choix. Par exemple, nous avons désa­cra­lisé ou défi­guré les rôles sexuels… Le mariage a perdu son carac­tère sacré. Les enfants à naître sont massa­crés. Dans la Bible, il y a deux villes qui ont été détruites, Sodome et Gomorrhe, et il existe une analyse qui explique pour­quoi cela s’est produit. Ce n’était pas à cause de l’im­mo­ra­lité, car le monde entier était immoral.

C’est parce qu’ils avaient codi­fié l’im­mo­ra­lité dans la loi du pays. C’est exac­te­ment ce qui s’est passé aux États-Unis. Nous avons dévié… Nous adorons le dieu de la science, le dieu de la tech­no­lo­gie, le dieu de l’argent, le dieu du pouvoir. Tout sauf le vrai Dieu. Et nous prati­quons clai­re­ment le sacri­fice d’enfants.

Le Dr Michael Yeadon, ancien vice-président de Pfizer, m’a dit person­nel­le­ment, et il l’a ensuite rendu public, que pour chaque enfant qui meurt du COVID, 100 meurent du vaccin. Le vaccin COVID est 100 fois plus mortel pour les enfants que le COVID. Comment appelez-vous cela ? C’est un sacri­fice d’enfants.

Donc, j’ai l’im­pres­sion que, par analo­gie, nous sommes la géné­ra­tion du déluge. La maison va être nettoyée, et chaque indi­vidu a le choix de monter sur l’arche ou pas.

Ou, pour faire plus simple, devant qui vous prosternez-vous ? Vous prosternez-vous devant votre créa­teur, qui vous crée à chaque instant ? Demandez-vous à Dieu de la force, de l’en­du­rance, de la résis­tance, de la réso­lu­tion, la capa­cité de faire face à l’in­connu et à la peur ? Ou allez-vous céder à la peur et vous pros­ter­ner devant des socio­pathes corrom­pus, des oligarques, des gouver­ne­ments corrom­pus et la fausse promesse du veau d’or de ces vaccins ?

Parce qu’à ce stade, dans ce pays du moins, personne ne vous retient et ne vous plante une aiguille dans le bras. La majo­rité des gens veulent voya­ger en avion. Ils ne veulent pas perdre leur emploi. Ils veulent aller à l’école. Il s’agit de toutes ces déci­sions rela­tives à la qualité de vie. En d’autres termes, dans une société normale, les parents se sacri­fient pour le bien-être des enfants. Dans les socié­tés païennes, on sacri­fie les enfants pour le bien des adultes.

Il m’est paru impor­tant de citer en entier ce discours de Zelenko plutôt que d’en extraire une ou deux phrases. Peu importe qu’on réagisse posi­ti­ve­ment ou néga­ti­ve­ment à tel ou tel passage. C’est la struc­ture qui est édifiante. Elle rappelle en effet celle de récits qui circulent, influen­cés par les idées New AgeN18. Il est bien plus diffi­cile de détec­ter une idée New Age que celle issue d’une reli­gion comme l’af­fiche Vladimir Zelenko. Le New Age est la nouvelle reli­gion qui, insi­dieu­se­ment, a pris posses­sion des esprits de ceux qui se croient affran­chis des croyances de leur éducation…

Le procédé de construc­tion est le même : à partir de faits consta­tés et d’autres qui ne sont que des hypo­thèses, « connec­ter les points » de manière à former une image cohé­rente propo­sée comme unique expli­ca­tion du monde. C’est l’op­posé d’une démarche scien­ti­fique visant à évaluer chaque hypo­thèse en pesant le pour et le contre, et surtout recon­naître que certaines ne sont pas véri­fiables. Le New Age, comme les reli­gions (de fana­tiques), a réponse à tout et cherche plutôt des ques­tions qui justi­fient ses réponses.

Soft complotisme

Moyennant une lecture atten­tive, l’ana­lyse de The Great Reset par Éric Verhaeghe m’est aussi appa­rue comme un variant de théo­rie de complot, malgré son démar­quage des folles histoires qui gravitent sur les réseaux… Dans une instruc­tion menée à charge contre Schwab et Malleret, Verhaeghe n’a pas hésité à extra­po­ler les idées expri­mées dans cet ouvrage jusqu’à en modi­fier le sens pour leur substi­tuer son récit personnel.

Il présente pour commen­cer le soft powerN19 comme un « pouvoir d’in­fluence » qui « consiste non à impo­ser des normes, mais plutôt à perco­ler des idées comme on percole le café » (avril 2021N17 page 19). Si cette image reflète le concept tel qu’il est utilisé dans les rela­tions inter­na­tio­nales, la notion d’influence n’ap­pa­raît pas dans The Great Reset, et le terme“soft power” est même absent de sa décli­nai­son en français.

« Capitalisme parte­naire »
Source : Schwab K & P Vanham, 2021N20

Ce terme avait été défini ailleurs (Schwab K, 2014N21) comme un instru­ment du “stake­hol­der capi­ta­lism” (capi­ta­lisme parte­naireN22) :

La renta­bi­lité, la crois­sance et la protec­tion contre les risques exis­ten­tiels sont essen­tielles pour renfor­cer les pers­pec­tives à long terme d’une entre­prise. Mais si ces trois facteurs consti­tuent le “hard power” d’une entre­prise, celle-ci a égale­ment besoin du “soft power” : la confiance et l’ac­cep­ta­tion du public, obte­nues en assu­mant la respon­sa­bi­lité sociale de l’en­tre­prise. Ce n’est que lors­qu’une entre­prise a gagné la confiance du public — son « permis d’ex­ploi­ta­tion » — que sa direc­tion peut créer de la valeur à long terme pour toutes les parties prenantes, y compris les actionnaires.

Il existe donc une distance consi­dé­rable entre les objec­tifs « gagner la confiance du public » et « influen­cer », distance qu’Éric Verhaeghe n’a pas hésité à franchir.

Il extra­pole aussi (à contre­sens) en affir­mant (dans l’in­tro­duc­tion) : « Ils n’hé­sitent pas à recom­man­der aux leaders poli­tiques de faire durer autant que possible l’ur­gence sani­taire pour que les compor­te­ments soient modi­fiés en profon­deur, et pour que les réformes régle­men­taires dont la numé­ri­sa­tion a besoin aient le temps d’in­ter­ve­nir. Instrumentaliser la pandé­mie à des fins poli­tiques consti­tue même le fait géné­ra­teur du Great Reset, en tant que livre et en tant que projet décliné par le World Economic Forum […] ». S’il est possible que cette instru­men­ta­li­sa­tion de la pandé­mie à des fins poli­tiques soit appa­rue dans les décla­ra­tions d’ac­teurs du Forum écono­mique mondial, voire même soit endos­sée aujourd’­hui par Klaus Schwab, elle n’ap­pa­rais­sait nulle part dans The Great Reset.

L’argument de la vacuité intel­lec­tuelle des auteurs de l’ou­vrage, qui serait dissi­mu­lée par le jargon ambigu d’une pseudo-élite intel­lec­tuelle — en termes directs, du foutage de gueule ! — est resservi à toutes les sauces… (L’énarque qui sait parler au peuple) Éric Verhaeghe écrit par exemple (page 34) ➡ pagi­na­tion de Kindle qui ne coïn­cide peut-être pas avec celle de la version papier :

Si l’on admet ici l’hy­po­thèse que le prin­cipe univer­sel du monde orwel­lien dans lequel nous rentrons désor­mais à pas de géants repose sur la subver­sion des mots, alors on recon­naî­tra à Schwab et Malleret un certain talent dans la maîtrise de ce prin­cipe. Il faut comprendre que l’in­ter­dé­pen­dance dont ils parlent, c’est en fait le repli sur soi des élites. Il faut comprendre que la rapi­dité rime avec suppres­sion des instances démo­cra­tiques qui font perdre du temps. Et il faut comprendre que la complexité du monde est mise en avant pour exclure des cercles de déci­sion tous ces citoyens imbé­ciles qui se croient capables de parler de tout sans jamais rien comprendre.

La prudence des auteurs est à son tour inter­pré­tée comme leur aveu impli­cite que l’af­faire est pliée, à l’écart de tout débat démo­cra­tique. Au sujet de la dimen­sion écono­mique du “Great Reset” telle qu’en­vi­sa­gée par Schwab et Malleret, Éric Verhaeghe écrit (page 47) :

Sur chacun des items, les auteurs du livre hésitent entre la descrip­tion de ce qui est et la prédic­tion de ce qui sera, comme si, au fond, un mouve­ment histo­rique était en marche, que nous ne pouvons contem­pler ou analy­ser, mais contre le sens duquel nous ne pouvons plus rien. Il s’im­pose à nous, et nous avons pour seul choix de l’ac­cep­ter dans ses grandes lignes et de l’accompagner.

Ce mouve­ment peut se décrire assez simple­ment, comme l’in­dique la phrase que nous mention­nons en exergue : les États deviennent les payeurs en dernier ressort (“payer of last resort”) et se substi­tuent au marché chaque fois qu’il le faut pour éviter des vagues de licen­cie­ment et des faillites d’en­tre­prises. On ne pouvait mieux décrire et fonder idéo­lo­gi­que­ment le triomphe final de capi­ta­lisme de conni­vence, où l’in­té­rêt de l’État et des hauts fonc­tion­naires se mêle, voire se confond avec celui des grands capi­ta­listes qui actionnent les leviers de l’économie.

D’une certaine façon, le monde que Schwab et Malleret nous décrivent est celui où le modèle chinois se géné­ra­lise : les États ont voca­tion à struc­tu­rer l’éco­no­mie et à remettre au goût du jour une forme renou­ve­lée de planification.

Il convient de rappe­ler que l’éloge (non sans réserves) du modèle chinois a été rédigé par Schwab et Malleret au prin­temps 2020, donc pendant la première vague de la pandé­mie CoVID-19 que les Chinois avaient gérée avec succès, par des consignes dras­tiques d’iso­le­ment et sans dispo­ser de vaccins, suivie d’une reprise écono­mique immé­diate. Cela dit, au crédit de Verhaeghe, ce serait faire preuve de naïveté d’igno­rer que les acteurs et diri­geants du Forum écono­mique mondial n’ont de cesse de main­te­nir une présence inof­fen­sive de la Chine dans le marché des grandes puissances.

L’auteur en profite pour régler ses comptes avec les poli­ti­ciens fran­çais (page 60) :

Le gouver­ne­ment fort dont Schwab et Malleret se font les apôtres s’ins­crit dans une rupture complète avec la tendance décen­nale ouverte par Margaret Thatcher, qui consi­dé­rait que l’État était un écran toxique entre le gouver­ne­ment et la société civile. Pour Schwab, l’État doit désor­mais inter­ve­nir dans l’éco­no­mie pour struc­tu­rer le marché et créer de la croissance.

Là encore, l’idéo­lo­gie du Great Reset se confond terri­ble­ment avec l’idéo­lo­gie portée par la France Insoumise, par exemple, pour ne trai­ter que le cas de la France. On y retrouve un éloge de la pres­sion fiscale outran­cière et de la « correc­tion » du marché par l’ac­tion admi­nis­tra­tive directe.

C’est en ce sens qu’il y a bien une orien­ta­tion socia­liste de la pensée de Schwab […]

Enfin, il n’hé­site pas à fran­chir le point GodwinN23 en faisant parler le passé de Schwab — « à son insu » — dans un procès d’in­ten­tion (page 61) :

L’Allemagne que Schwab a connue dans son enfance ne fonc­tion­nait pas autre­ment. Hitler ne serait pas arrivé au pouvoir sans un soutien des capi­ta­listes alle­mands, et sans une forme de passi­vité de la gauche face au « socia­lisme » d’un genre nouveau qui arri­vait. On y verra l’iro­nie de l’his­toire person­nelle de Klaus Schwab : cet ennemi obstiné de l’État-nation, qui semble trau­ma­tisé par l’his­toire alle­mande du ving­tième siècle, revient peut-être à son insu aux origines même de ses débor­de­ments : le national-socialisme, débar­rassé ici de ses oripeaux anti­sé­mites, mais plei­ne­ment convaincu que seule une alliance du capi­tal et du travail peut sauver la crois­sance et les profits.

Sur un ton nette­ment plus modéré, il écrit (page 86) :

On sait que Schwab prône de longue date une mise en avant des acteurs de l’en­tre­prise (les stake­hol­ders) au détri­ment de ses action­naires (les share­hol­ders). De ce point de vue, il s’ins­crit parfai­te­ment dans la logique sociale-démocrate du capi­ta­lisme alle­mand d’après-guerre, réti­cent à la finan­cia­ri­sa­tion anglo-saxonne, et parti­san d’un contrat social où la co-gestion avec les orga­ni­sa­tions syndi­cales est un prin­cipe fonda­men­tal. La filia­tion idéo­lo­gique alle­mande est ici évidente.

Peut-elle avoir valeur de prédic­tion ? Peut-on géné­ra­li­ser cette analyse et penser qu’elle domi­nera le capi­ta­lisme de demain ? Rien ne permet de l’af­fir­mer, mais Schwab le soutient et semble vouloir entraî­ner avec lui une kyrielle d’en­tre­prises bien-pensantes qui veulent favo­ri­ser l’émer­gence d’un capi­ta­lisme de conni­vence, où l’État dicte sa loi et impose des normes sociales et envi­ron­ne­men­tales au détri­ment de la logique de profit.

Éric Verhaeghe est donc souvent « hors sujet » dans son analyse Le Great Reset : mythes et réali­tés (avril 2021N17) présen­tée (sur Amazon​.fr) comme une « lecture litté­rale du livre » de Schwab et Malleret (2020N16). Par contre, il devient nette­ment plus inté­res­sant dans ces mêmes envo­lées hors-sujet, bien qu’il dissi­mule mal son inten­tion de mettre dans le même sac Schwab et collègues, les socio-démocrates, la « gauche » en géné­ral et… le national-socialisme. Après de tels coups de machette frap­pés dans toutes les direc­tions (autres que la sienne), le chemin est tout tracé pour ses favo­ris (de la « droite répu­bli­caine » ?) (page 93) :

Ainsi, au fil du temps, on comprend que des esprits brillants comme celui de Bruno Le Maire, qui se pense comme un grand intel­lec­tuel, ou d’Emmanuel Macron, que la presse subven­tion­née a pensé grand intel­lec­tuel, sont d’une vacuité effec­tive suffi­sam­ment pronon­cée pour se nour­rir avec gour­man­dise du sabir de Schwab et Malleret.

Ces para­graphes résument bien la conclu­sion alar­miste de Verhaeghe au terme de sa « lecture litté­rale » — un « soft complo­tisme » attrape-mouches (pages 87, 89 et 107) :

Il est marquant de voir comment le Forum de Davos se fait ici l’auxi­liaire d’une mise en coupe réglée de la démo­cra­tie, telle qu’elle est garan­tie par la propriété privée, et comme il prend à son compte des objec­tifs marxi­sants. Ce que Marx avait rêvé (une orga­ni­sa­tion sociale où tous les acteurs sans résis­tance possible obéissent à la verti­ca­lité de l’État, avec des semblants de soviets mani­pu­lés par des acti­vi­tés into­lé­rants[?]), Schwab le prône. Avec le modèle chinois en ligne de mire. […]

La grande erreur en lisant ce livre consiste à le prendre comme un recueil de prédic­tions à la Nostradamus qui seraient sûres d’ar­ri­ver, de prendre forme, dans les mois à venir.

Au contraire même, lu ligne à ligne, le Great Reset révèle souvent sa fragi­lité, ou sa pauvreté de vues. Cet ouvrage n’a d’in­té­rêt que pour la grande bascule idéo­lo­gique qu’il illustre, dans les menta­li­tés élitaires, vis-à-vis de l’au­to­ri­ta­risme d’État en gesta­tion dans nos démo­cra­ties. Pour ce qui est de sa compré­hen­sion du monde, on restera beau­coup plus mesuré. […]

Le futur annoncé signe la dispa­ri­tion de l’es­prit critique, de la liberté indi­vi­duelle, de la vie privée, de l’hu­ma­nisme au profit d’un grand tout collec­tif dominé par des États puis­sants et poli­ciers, qui ressemblent furieu­se­ment au modèle chinois.

Il va de soi que ma critique d’une critique du « Great Reset » selon Schwab et Malleret est tout sauf une appro­ba­tion de l’ana­lyse, des propo­si­tions et de l’idéo­lo­gie tech­no­cra­tique du Forum écono­mique mondial. Mon inten­tion était de rappe­ler la néces­sité de comprendre dans son inté­gra­lité un énoncé théo­rique pour s’en tenir à son contenu exact, au lieu d’en extraire des passages dont on détourne le sens au profit d’un agenda personnel.

Sur ce thème du « nouvel ordre mondial », et plus parti­cu­liè­re­ment sa décli­nai­son comme “Great Reset”, je recom­mande donc la lecture préa­lable de l’ou­vrage de Schwab et Malleret, avant celle de tout écrit présenté comme une analyse critique de leur essai.

Trilemme de Rodrik

Selon le triangle (ou trilemme) d’incompatibilité de RodrikN24 évoqué dans le “Great Reset”, il serait impos­sible, sur un terri­toire, de combi­ner les trois dimen­sions d’inté­gra­tion écono­mique, de démo­cra­tie et de souve­rai­neté natio­nale (l’État-NationN25) : « Des études subsé­quentes valident non seule­ment le trilemme de Rodrick, mais montrent aussi que le rejet de la mondia­li­sa­tion par les élec­teurs est une réponse ration­nelle lorsque l’éco­no­mie est forte et les inéga­li­tés élevées. » (Schwab K & T Malleret, 2020N16 page 121)

Ce triangle infer­nal peut servir de grille de lecture aux posi­tion­ne­ments actuels des partis poli­tiques dans le monde indus­tria­lisé. Pour la dimen­sion écolo­gique, on peut aller plus loin avec le film docu­men­taire Planet of the Humans (et sa critique) ainsi que d’autres réflexions clas­sées sur ce site au chapitre « écolo­gie ».

Hypnose collective

Professeur de psycho­lo­gie clinique à l’uni­ver­sité de Gand en Belgique, Mattias Desmet s’est spécia­lisé dans les phéno­mènes de masse typiques des régimes tota­li­taires. Dans un entre­tien avec Reiner Fuellmich (29 juillet 2021N26), il expose le méca­nisme des hallu­ci­na­tions collec­tives indui­sant des pulsions tota­li­taires des foules — et non des « régimes tota­li­taires », comme le fait remar­quer Taty Lauwers. Elle commente (Lauwers T, 8 août 2021N27) :

Mattias Desmet est plus pointu encore que tous ceux que j’ai lus jusqu’ici sur la crise corona, sur la diffé­rence entre dicta­ture et tota­li­ta­risme, sur la mani­pu­la­tion des masses et l’hyp­nose de certains, etc. Il est plus posi­tif aussi : il donne les outils pour frei­ner une évolu­tion qui semble inéluctable.

Selon Mesmet, pour mani­pu­ler une foule à grande échelle — ce qu’il appelle « forma­tion de masse » — quatre condi­tions doivent être réunies :

  1. Isolement social (personnes qui manquent de liens sociaux)
  2. Assez de gens qui ne voient pas de sens dans la vie.
  3. Beaucoup de peur « flot­tante » gratuite
  4. Beaucoup d’in­sa­tis­fac­tion « flot­tante » gratuite

Ces condi­tions sont réali­sées dans la crise sani­taire, sociale et poli­tique asso­ciée à l’épi­dé­mie CoVID-19. Selon Mesmet (résumé par Lauwers, ibid.) :

Une massi­fi­ca­tion de l’opinion n’est pas proche de, elle est exac­te­ment équi­va­lente à l’hypnose.

Peu importe si le récit est juste ou incor­rect, éhonté ou non. L’essentiel est que le citoyen ne veut pas reve­nir à cet état préa­lable d’angoisse et d’insatisfaction flot­tante, mal dite, mal cernée.

La forma­tion d’une opinion de masse est donc une solu­tion symp­to­ma­tique à un vrai problème psycho­lo­gique. Selon le profes­seur Desmet, la crise corona est beau­coup plus une crise psycho­lo­gique, poli­tique, cultu­relle qu’une crise sani­taire : elle est venue révé­ler que nous sommes aux limites d’une vision méca­ni­ciste, machi­niste du monde d’où l’humain se sent exclus.

La stupeur mentale conduit ensuite à une réduc­tion du champ d’attention.

Un exemple : les hallu­ci­nés dénombrent les victimes « du virus » sans évaluer les innom­brables victimes des dommages colla­té­raux qu’entraînent imman­qua­ble­ment des mesures « sani­taires » impi­toyables et aber­rantes. Ils sont dans état de verrouillage émotion­nel qui les rend inaptes à ressen­tir de l’empathie pour les victimes colla­té­rales. Ils ne sont pas égoïstes, ils sont victimes d’un méca­nisme psycho­lo­gique d’autosauvegarde. […]

A la ques­tion de l’avocat Reiner Fuellmich sur l’état de psycho- ou socio-pathes des personnes qui manipule*raie*nt ces stra­té­gies, Desmet rappelle qu’en se réfé­rant à l’histoire récente des tota­li­ta­rismes (URSS et Allemagne nazie), on ne peut quali­fier leurs hauts fonc­tion­naires, de crimi­nels ordinaires.

Ces indi­vi­dus savent très bien comment se compor­ter selon les règles sociales. Ils respectent les règles même lorsque ces règles elles-mêmes sont criminelles.

Le champ de pensée des diri­geants d’un système tota­li­taire est aussi réduit, si pas plus, que celui de la popu­la­tion. Les élus cédant à la pulsion tota­li­taire croient vrai­ment à leur reli­gion, à leur idéo­lo­gie : il faut re-façonner la société, pour son bien, pour la mener « vers le paradis ».

Il faut lire, pour aller plus loin, la traduc­tion d’ex­traits d’une entre­vue de Mattias Desmet pour le jour­nal alter­na­tif flamand dewe​reld​mor​gen​.be, en février 2021 : « Les mesures contre le coro­na­vi­rus révèlent des traits tota­li­taires » (Lauwers T, 8 août 2021N27). Mattias Mesmet y rappe­lait entre autres le manque de fiabi­lité des études scien­ti­fiques qui conduit les poli­ti­ciens d’aujourd’hui à fonder leurs mesures anti-corona sur des hypo­thèses scien­ti­fiques erro­nées :

Ici aussi, nous voyons une sorte de croyance naïve en l’objectivité se trans­for­mer en son contraire : un manque radi­cal d’objectivité avec des masses d’erreurs et d’imprécisions. De plus, il existe un lien sinistre entre la montée de ce type de science abso­lu­tiste et le proces­sus de forma­tion des masses et le tota­li­ta­risme dans la société. Dans son livre Les origines du tota­li­ta­risme, la philo­sophe et poli­to­logue germano-américaine Hannah Arendt décrit comment ce proces­sus s’est déroulé entre autres dans l’Allemagne nazie. Les régimes tota­li­taires en deve­nir se rabattent géné­ra­le­ment sur un discours « scien­ti­fique ». Ils montrent un grand inté­rêt pour les chiffres et les statis­tiques, qui se trans­forment rapi­de­ment en pure propa­gande, carac­té­ri­sée par un « mépris des faits » radi­cal. Le nazisme, par exemple, a fondé son idéo­lo­gie sur la supé­rio­rité de la race aryenne. Toute une série de soi-disant chiffres scien­ti­fiques soute­nait leur théo­rie. Aujourd’hui, nous savons que cette théo­rie n’avait aucune valeur scien­ti­fique, mais à l’époque les scien­ti­fiques ont défendu le point de vue du régime dans les médias.

Hannah Arendt décrit comment ces scien­ti­fiques se sont dété­rio­rés pour atteindre un niveau scien­ti­fique douteux et elle utilise le mot « char­la­tans » pour le souli­gner. Elle décrit égale­ment comment l’essor de ce type de science et de ses appli­ca­tions indus­trielles s’est accom­pa­gné d’un chan­ge­ment socié­tal typique. Les classes ont disparu et les liens sociaux normaux se sont dégra­dés, avec beau­coup d’anxiété et de malaise indé­ter­mi­nés, de perte de sens et de frus­tra­tion. C’est dans de telles circons­tances qu’une masse se forme, un groupe aux quali­tés psycho­lo­giques très spéci­fiques. En prin­cipe, lorsqu’une masse se forme, toute la peur qui enva­hit la société est liée à un seul « objet » — les Juifs, par exemple — de sorte que la masse s’engage dans une sorte de lutte éner­gique avec cet objet. Sur ce proces­sus de forma­tion de masse se forme alors une orga­ni­sa­tion poli­tique tota­le­ment nouvelle : l’État totalitaire.

Aujourd’hui, on constate des phéno­mènes simi­laires. Il y a une énorme souf­france psycho­lo­gique, un manque de sens et une absence de liens sociaux dans la société. Puis vient une histoire qui pointe vers un objet de peur, le virus, après quoi la popu­la­tion lie en masse sa peur et son malaise à cet objet de peur. Entretemps, l’appel à unir ses forces pour combattre l’ennemi meur­trier est constam­ment entendu dans tous les médias. Les scien­ti­fiques qui apportent l’histoire au peuple reçoivent en retour un pouvoir socié­tal impres­sion­nant. Leur pouvoir psycho­lo­gique est si grand qu’à leur sugges­tion, toute la société renonce brus­que­ment à toute une série de coutumes sociales et se réor­ga­nise d’une manière que personne n’aurait cru possible au début de l’année 2020. […]

Je ne peux pas l’expliquer en détail ici, mais le proces­sus de massi­fi­ca­tion est intrin­sè­que­ment auto­des­truc­teur. Une popu­la­tion qui a été saisie par ce proces­sus est capable d’une énorme cruauté envers les autres, mais aussi envers elle-même. Elle n’hésite pas du tout à se sacri­fier elle-même. Cela explique pour­quoi un État tota­li­taire — contrai­re­ment aux dicta­tures — ne peut pas conti­nuer à exis­ter. Il finit par se dévo­rer, pour ainsi dire. Mais le coût de ce proces­sus est géné­ra­le­ment un très grand nombre de vies humaines. […]

(Q) Aujourd’hui, le virus crée la peur néces­saire sur laquelle repose le tota­li­ta­risme. La dispo­ni­bi­lité d’un vaccin, et la campagne de vacci­na­tion qui s’ensuivra, n’élimineront-elles pas cette peur et mettront-elles ainsi fin à cette flam­bée totalitaire ?

Un vaccin ne résou­dra pas l’impasse actuelle. Cette crise n’est pas une crise sani­taire, c’est une profonde crise socié­tale et même cultu­relle. D’ailleurs, le gouver­ne­ment a déjà indi­qué qu’après la vacci­na­tion, les mesures ne dispa­raî­tront pas auto­ma­ti­que­ment. Un article dans la presse […] disait même qu’il était remar­quable que des pays qui sont déjà bien avan­cés dans la campagne de vacci­na­tion — comme Israël et la Grande-Bretagne — sont étran­ge­ment en train de renfor­cer encore les mesures. Je prévois plutôt ce scéna­rio : malgré toutes les études promet­teuses, le vaccin n’apportera pas de solu­tion. Et en raison de la cécité qu’entraînent la massi­fi­ca­tion et le tota­li­ta­risme, la respon­sa­bi­lité sera impu­tée à ceux qui ne se conforment pas au discours domi­nant et/ou refusent de se faire vacci­ner. Ils seront utili­sés comme boucs émis­saires. On tentera de les faire taire. Et si cela réus­sit, le point de bascu­le­ment redouté dans le proces­sus du tota­li­ta­risme vien­dra : ce n’est qu’après avoir complè­te­ment éliminé l’opposition que l’État tota­li­taire montrera son visage le plus agres­sif. Il devient alors — pour reprendre les mots de Hannah Arendt — un monstre qui mange ses propres enfants. En d’autres termes, le pire est proba­ble­ment encore à venir.

Comment sortir d’une telle impasse ?

Selon Desmet (cité par T Lauwers, 2021N27), la solu­tion est de conti­nuer à parler ouver­te­ment, afin de réduire la profon­deur de l’état d’hypnose. Sans polé­mique, cela s’entend. De préfé­rence avec humour, léger. Il ajoutait :

Le proces­sus du tota­li­ta­risme est basé sur l’effet hypno­tique d’une histoire, d’un discours, et il ne peut être rompu que si une autre histoire est enten­due. C’est pour­quoi j’espère que davan­tage de personnes se pose­ront des ques­tions sur le danger réel du virus et sur la néces­sité des mesures corona actuelles. Et oseront en parler publiquement. […]

Dans un avenir proche, nous allons assis­ter à ce qui histo­ri­que­ment sera proba­ble­ment la tenta­tive la plus ambi­tieuse de tout contrô­ler d’une manière tech­no­lo­gique et ration­nelle. À terme, ce système s’avérera inef­fi­cace et montrera que nous avons besoin d’une société et d’une poli­tique tota­le­ment diffé­rentes. Le nouveau système sera davan­tage fondé sur le respect de ce qui est fina­le­ment insai­sis­sable pour l’esprit humain et sur le respect de l’art et de l’intuition qui étaient au cœur des religions. […]

Cette crise annonce la fin d’un para­digme histo­rique cultu­rel. La tran­si­tion a déjà été faite en partie dans les sciences. Les génies qui ont jeté les bases de la physique moderne, de la théo­rie des systèmes complexes et dyna­miques, de la théo­rie du chaos et de la géomé­trie non-euclidienne ont déjà compris qu’il n’y a pas une, mais plusieurs logiques diffé­rentes. Qu’il y a quelque chose d’intrinsèquement subjec­tif dans toute chose et que les gens vivent en réso­nance directe avec le monde qui les entoure et toute la complexité de la nature. De plus, l’homme est un être qui, dans son exis­tence éner­gé­tique, est dépen­dant de son prochain. Eux le savaient déjà depuis long­temps, main­te­nant encore les autres ! Nous assis­tons aujourd’hui à une ultime résur­gence de l’ancienne culture, fondée sur le contrôle et la compré­hen­sion logique, qui montrera à un rythme rapide à quel point elle est un énorme échec et à quel point elle est inca­pable d’organiser réel­le­ment une société de manière décente et humaine.

L’emprunt d’idées à la « physique moderne », à la « géomé­trie non-euclidienne » etc., est pour moi une singe­rie New Age que l’on peut ranger au placard des impos­tures intel­lec­tuellesN28 selon Sokal et Bricmont… Mais celle-ci a le vent en poupe, aujourd’­hui, comme préten­due réponse aux incer­ti­tudes, erreurs (et fraudes) dans les sciences biomé­di­cales, ainsi que pour flat­ter un lecto­rat inca­pable d’ana­ly­ser ration­nel­le­ment ce qu’il critique. Les pseudo-scientifiques ont cette obses­sion de four­guer de la méta­phy­sique pour combler les vides lais­sés par les zones obscures des sciences, alors que ces lieux d’igno­rance ou d’in­cer­ti­tude font partie inté­grante de la démarche scien­ti­fique. Que l’on invite « Dieu », la « Conscience » ou la « Création » — tout ce qui se pare de majus­cules —, le proces­sus de conta­mi­na­tion intel­lec­tuelle est le même. On le rencontre aussi chez des scien­ti­fiques de haut niveau, par exemple Stephen Hawking qui réha­bi­li­tait sa foi chré­tienne : « Au big bang et aux autres singu­la­ri­tés, toutes les lois se seraient effon­drées, de sorte que Dieu aurait encore eu toute liberté de choi­sir ce qui s’est passé et comment l’Univers a commencé. » (S Hawking & G Ellis,The Large Scale Structure of Spacetime, 1973) C’est donc ici que se limite mon adhé­sion au discours prophé­tique de Mattias Mesmet.

Dans un commen­taire du même entre­tien, au titre (et surtout au style) apoca­lyp­tique Des milliards de personnes sont affec­tées par cela et ne le réalisent pas (27 novembre 2021N29) , le cher­cheur Robert Malone — cher­cheur dans le domaine de la tech­no­lo­gie à l’origine de la vacci­na­tion à ARN messa­ger — concluait que le seul espoir pour démon­ter cette hypnose collec­tive serait de « penser globa­le­ment et agir loca­le­ment », autre­ment dit rebâ­tir à l’échelle locale des réseaux de personnes capables d’in­te­ra­gir sans se compor­ter comme de simples marion­nettes. Ce slogan a été popu­la­risé dans les années 1970, donc rien de nouveau sous le soleil !

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  • N29 · v7b0 · Video “Billions Of People Are Affected By This & They Don’t Realize It” – Dr. Robert Malone 2021

Article créé le 9/12/2021 - modifié le 24/01/2022 à 11h11

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