Coronavirus — discussion

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Coronavirus : le sur­pre­nant modèle anglais (lien:3zh1)

🔵 Article de Léo Goltzmann publié sur Planet​.fr le 16/03/2020 à 11:50

Sommaire

Stratégies

SARS-CoV-2
Cette image au micro­scope élec­tro­nique à balayage montre le SARS-CoV‑2 (objets magenta ronds) émer­geant de la sur­face des cel­lules culti­vées en labo­ra­toire. Le SRAS-CoV‑2, éga­le­ment connu sous le nom de 2019-nCoV, est le virus qui cause l’é­pi­dé­mie COVID-19. Le virus montré a été isolé d’un patient aux États-Unis.

L’article de Léo Goltzmann était incom­plet, mais on com­prend que les médias en France aient rare­ment évoqué ce qui se pas­sait en Angleterre à cette époque (20 mars lien:imrl)…

Il y était prédit qu’une fois que 60% (d’autres disent 75 à 80%) de la popu­la­tion auraient été tou­chés par le coro­na­vi­rus, l’im­mu­nité « de trou­peau » devrait inter­rompre l’é­pi­dé­mie — du moins tant que cette immu­nité reste effec­tive, dont on ne connaît pas la durée (lien:4rtm)… Toutefois, si l’on n’a pas pris en charge les per­sonnes gra­ve­ment malades, envi­ron 1% risquent de mourir dans des condi­tions dra­ma­tiques.

En nombre, cela vou­drait dire 53 x 80 / 100 = 42 mil­lions de per­sonnes tou­chées en Angleterre, et donc 420 000 morts. Soit à peu près (en quelques mois ?) le même nombre qu’en 9 ans de guerre en Syrie !

Cette stra­té­gie était, selon les dires de leur Premier ministre Mark Rutte, celle des Pays-Bas le 16 mars 2020 (lien:opkd) : « lais­ser faire » tout en essayant de mettre à l’abri les per­sonnes les plus vul­né­rables. Selon l’Institut natio­nal de la santé (26 mars lien:licw) :

Une inter­dic­tion totale de sortir à l’ex­té­rieur n’a aucune valeur ajou­tée. En effet, le nou­veau coro­na­vi­rus ne pourra pas se pro­pa­ger aussi rapi­de­ment, mais per­sonne ne pourra non plus déve­lop­per une immu­nité contre la mala­die. Étant donné que la mala­die se pro­page à l’é­chelle mon­diale, il y a de fortes chances que, après la levée d’une inter­dic­tion, de nom­breuses per­sonnes tombent malades en même temps et en peu de temps. Cela entraî­nera une charge maxi­male d’in­fec­tions. Avec un confi­ne­ment, vous ne faites que repous­ser le moment où de nom­breuses per­sonnes tombent malades en même temps, et nous ne vou­lons pas cela.

Même en l’ab­sence de confi­ne­ment, les mesures de « dis­tan­cia­tion sociale » et la prise en charge immé­diate des per­sonnes tes­tées posi­tives (notam­ment en uti­li­sant la chlo­ro­quine fabri­quée dans ce pays) se tra­dui­saient aux Pays-Bas, le 25 mars, par un apla­tis­se­ment de la courbe d’é­vo­lu­tion (par rap­port au modèle mathé­ma­tique) qui laisse entendre que la stra­té­gie de cir­cu­la­tion du virus serait effi­cace. La plu­part des per­sonnes décé­dées étaient dans la tranche d’âge de 80 à 84 ans.

En France, Pr Philippe Ravaud du CRESS-UMR 1153 (lien:8dlx) esti­mait à mi-mars qu’en l’ab­sence de confi­ne­ment 30 mil­lions de per­sonnes seraient atteintes, avec un pic dans 50 jours. Pour éviter ce scé­na­rio — 300 à 400 000 morts selon le modèle le plus simple des épi­dé­mio­lo­gistes — le confi­ne­ment a été décidé le 16 mars de sorte que notre sys­tème de santé ait assez de temps, de res­sources humaines et tech­niques pour soi­gner les malades et dimi­nuer la léta­lité de cette épi­dé­mie en atten­dant de dis­po­ser d’un trai­te­ment et d’un test assez sen­sible pour isoler toutes les per­sonnes conta­gieuses.

Alors, confi­ne­ment ou pas confi­ne­ment ? On ne saura que dans quelques mois quelle solu­tion était la meilleure, en « comp­tant les morts » dans des pays qui ont mis en place des stra­té­gies dif­fé­rentes… Un gra­phique tracé le 26 mars montre que les tra­jec­toires de plu­sieurs pays euro­péens étaient com­pa­rables à cette date :

Nombre de décès par CoVID-19 cumu­lés depuis le jour du 10e décès, à partir des don­nées de John Hopkins University (lien:vqb7). (Source : lien:n886)

Ces courbes pour­raient être rap­pro­chées de l’é­tude ita­lienne (21 mars lien:rxya) mon­trant une cor­ré­la­tion entre l’in­ci­dence du CoVID-19 et la den­sité de par­ti­cules fines dans l’at­mo­sphère de pays euro­péens. Un tel rap­pro­che­ment confir­me­rait un effet posi­tif du port de masque res­pi­ra­toire en toutes cir­cons­tances, comme le font plus fré­quem­ment les habi­tants de Corée du Sud, du Japon, de Singapour et de Hong Kong. Dans ces pays, les contacts phy­siques ne font pas partie de la com­mu­ni­ca­tion sociale, ce qui assure un fac­teur sup­plé­men­taire de pro­tec­tion.

Alors que dans cer­tains pays, tout le monde porte un masque pour contrer l’épidémie, la France conti­nue de répé­ter qu’ils ne sont pas utiles pour se pro­té­ger. En prime, notre pays est confronté à une sévère pénu­rie de ces objets. Comment l’expliquer ? Pourrions-nous sortir plus vite de la crise si tout le monde por­tait un masque ?

Capmas-Delarue (17 mars lien:ld3v)
Port du masque à Hong Kong (2020) – (Source : lien:ld3v

Épidémiologie

Les scé­na­rios ins­pi­rés des modèles pré­dic­tifs ne ren­contrent pas l’u­na­ni­mité chez les spé­cia­listes. Selon cer­tains viro­logues, les méca­nismes en jeu seraient plus com­plexes — et sur­tout trop aléa­toires pour four­nir des pré­dic­tions fiables. Une com­plexité qui sus­cite les rac­cour­cis, les approxi­ma­tions et la dif­fu­sion de fausses nou­velles.

En France, envi­ron 500 000 per­sonnes sont tou­chées chaque année par des pneu­mo­nies (lien:6quh) — pneu­mo­pa­thies infec­tieuses (lien:35lf) d’o­ri­gine bac­té­rienne ou virale — ayant causé plus de 13 000 morts en 2015 et 2016 (lien:2j0v). Le SARS-CoV‑2 de l’é­pi­dé­mie CoVID-19 n’est qu’un parmi la ving­taine de virus en cir­cu­la­tion ordi­nai­re­ment asso­ciés à ces pneu­mo­pa­thies (lien:200v) dont jus­qu’à 35% sont dues à des coro­na­vi­rus (lien:eisd). L’importance de l’é­pi­dé­mie CoVID-19 est donc appa­rue mineure du point de vue de l’é­pi­dé­mio­lo­gie en dépit du tollé déclen­ché sur les réseaux sociaux par la pré­sen­ta­tion abrupte des don­nées sta­tis­tiques. Cette dis­tor­sion dra­ma­tique du réel est com­pa­rable à celle que j’a­vais notée dans mon article Vivre bien et longtemps, com­pa­rant les 3500 décès annuels par acci­dent de la route, qui sus­citent beau­coup d’é­mo­tion, aux 12 000 chutes mor­telles de per­sonnes âgées iso­lées dont on ne parle jamais alors qu’elles seraient évi­tables.

L’incidence de l’é­pi­dé­mie CoVID-19 pour­rait pro­ve­nir d’une détec­tion insuf­fi­sante des cas et d’une prise en charge des malades à un stade trop avancé. Forte de son expé­rience de l’é­pi­dé­mie du MERS-CoV (lien:ju5v) en 2015, la Corée du Sud affiche de bons résul­tats en met­tant à dis­po­si­tion le test de CoVID-19 au plus grand nombre plutôt que de décré­ter un confi­ne­ment géné­ral (lien:2s08). Tous les por­teurs du virus y sont isolés pour être sur­veillés médi­ca­le­ment dès le stade ini­tial de la mala­die et pris en charge si néces­saire.

Il faut tou­te­fois lire avec pru­dence les articles qui men­tionnent la Corée du Sud sans pré­ci­ser leurs sources. Un dia­gramme cir­cu­lait à mi-mars mon­trant que la tranche d’âge la plus atteinte dans ce pays serait 20 à 29 ans, contrai­re­ment à l’Italie et d’autres pays euro­péens où les vic­times sont plutôt des per­sonnes âgées. Le dia­gramme est pro­ba­ble­ment exact mais cette com­pa­rai­son n’est pas per­ti­nente : sur son fil twit­ter (15 mars twit​ter​.com/​s​u​n​g​j​i​n​y​ang) Yang Sun-jin, édi­teur du Korea Herald, expli­quait que 80% des cas en Corée du Sud pro­viennent de (jeunes) membres de l’Église Shincheonji de Jésus (lien:ggp5) accu­sés d’a­voir déli­bé­ré­ment trans­mis le virus (twit​ter​.com/​h​a​s​h​t​a​g​/​s​h​i​n​c​h​e​o​nji). Le 16 mars, les Sud-Coréens ont décou­vert de nou­veaux foyers d’in­fec­tion, notam­ment à Seongnam au sud de Séoul où 40 per­sonnes ont été tou­chées, toutes membres d’une église pro­tes­tante qui ne res­pec­tait pas l’in­ter­dic­tion de tout ras­sem­ble­ment (lien:z0r5).

Il a été signalé très tôt que la léta­lité était sur­éva­luée dans les pays euro­péens, car rap­por­tée au seul nombre des patients hos­pi­ta­li­sés et non des per­sonnes iden­ti­fiées por­teuses du virus SARS-Cov‑2. Jean-Dominique Michel écrit (20 mars 2020 lien:hcqf) :

C’est un clas­sique en épi­dé­mio­lo­gie : si vous ne dépis­tez que les morts, vous par­vien­drez à 100% de taux de mor­ta­lité ! Si vous ne testez que les cas cri­tiques, vous en aurez moins mais encore beau­coup plus qu’en réa­lité. Si vous dépis­tez beau­coup, vous aurez beau­coup de cas alors que si vous dépis­tez peu, le nombre de cas sera faible. La caco­pho­nie actuelle ne permet juste pas d’avoir la moindre idée de la pro­gres­sion réelle du virus et de sa dif­fu­sion.

Les esti­ma­tions les plus cré­dibles laissent penser que le nombre de per­sonnes décla­rées est très lar­ge­ment infé­rieur (dans un fac­teur allant selon les meilleures esti­ma­tions jus­qu’à 1/47) au nombre de per­sonnes réel­le­ment infec­tées, dont à peu près la moitié ne se rendra même pas compte qu’elle a contracté le virus. Pour un redou­table tueur, il est par­fois plutôt débon­naire…

Une popu­la­tion dont 100% des membres ont béné­fi­cié du dépis­tage est celle du navire Diamond Princess. Parmi les 700 pas­sa­gers infec­tés, il y a eu 7 décès, soit 1% de léta­lité. Toutefois c’é­tait une popu­la­tion âgée avec vrai­sem­bla­ble­ment un nombre impor­tant de mala­dies méta­bo­liques. En ajus­tant cette sta­tis­tique sur la pyra­mide des âges aux USA, compte tenu d’autres incer­ti­tudes, le taux moyen de léta­lité serait plutôt entre 0.05% et 1%, soit infé­rieur à celui d’une grippe sai­son­nière (lien:72vp).

Expert dans la détec­tion de biais métho­do­lo­giques en épi­dé­mio­lo­gie, John PA Ioannidis regret­tait à mi-mars qu’on navigue dans le brouillard à devoir prendre des déci­sions radi­cales en l’ab­sence de don­nées fiables (17 mars lien:72vp) :

Le taux de léta­lité de Covid-19 pourrait-il être aussi bas ? Non, disent cer­tains, sou­li­gnant le taux élevé chez les per­sonnes âgées. Cependant, même cer­tains coro­na­vi­rus dits « bénins » ou de type « rhume ordi­naire » connus depuis des décen­nies peuvent avoir des taux de léta­lité pou­vant atteindre 8% lors­qu’ils infectent des per­sonnes âgées dans des mai­sons de soins. En fait, de tels coro­na­vi­rus « bénins » infectent des dizaines de mil­lions de per­sonnes chaque année et repré­sentent 3 à 11% des per­sonnes hos­pi­ta­li­sées chaque hiver aux États-Unis pour des infec­tions des voies res­pi­ra­toires infé­rieures.

Ces coro­na­vi­rus « bénins » peuvent être impli­qués dans plu­sieurs mil­liers de décès chaque année dans le monde, bien que la grande majo­rité d’entre eux ne soit pas docu­men­tée par des tests précis. Au lieu de cela, ils se perdent sous forme de bruit parmi les 60 mil­lions de décès de causes diverses chaque année. […]

Dans une série d’au­top­sies qui ont signalé des virus res­pi­ra­toires chez 57 per­sonnes âgées décé­dées au cours de la saison grip­pale 2016 à 2017, des virus grip­paux ont été détec­tés dans 18% des échan­tillons, tandis que d’autres types de virus res­pi­ra­toires ont été trou­vés dans 47%. Chez cer­taines per­sonnes qui meurent de patho­gènes res­pi­ra­toires viraux, plus d’un virus est détecté lors de l’au­top­sie et les bac­té­ries sont sou­vent en ajout. Un test posi­tif pour le coro­na­vi­rus ne signi­fie donc pas néces­sai­re­ment que ce virus est prin­ci­pa­le­ment res­pon­sable de la mort d’un patient.

Il ajoute le 19 mars (lien:o9cg) :

Le coût éven­tuel d’une telle per­tur­ba­tion est notoi­re­ment dif­fi­cile à pré­voir. Une cita­tion de 2,7 bil­lions [mil­lions de mil­lions] de dol­lars […] est tota­le­ment spé­cu­la­tive. Cela dépend beau­coup de la durée de l’a­no­ma­lie. L’économie et la société mon­diales reçoivent déjà un coup dur d’une épi­dé­mie qui autre­ment (le 14 mars) repré­sente 0,01% des 60 mil­lions de décès annuels dans le monde, toutes causes confon­dues, et qui tue presque exclu­si­ve­ment les per­sonnes dont l’es­pé­rance de vie est rela­ti­ve­ment faible. […]

L’épidémie de coro­na­vi­rus de cette année est clai­re­ment sans pré­cé­dent en termes d’at­ten­tion reçue. Les médias ont capi­ta­lisé sur la curio­sité, l’in­cer­ti­tude et l’hor­reur. Une requête Google sur « coro­na­vi­rus » a donné 3 550 000 000 résul­tats le 3 mars et 9 440 000 000 résul­tats le 14 mars. Inversement, la « grippe » a attiré 30 à 60 fois moins d’at­ten­tion, bien que cette saison elle ait jus­qu’à pré­sent causé envi­ron 100 fois plus de décès dans le monde que le coro­na­vi­rus.

Comme nous le disait Michel Odent dans un sémi­naire : « L’épidémiologie c’est tout sauf l’his­toire de ma voi­sine ! » La com­pa­rai­son des taux de mor­ta­lité (et non de léta­lité) de l’é­pi­dé­mie CoVID-19 et de la grippe sai­son­nière a fait dire à des cher­cheurs qu’il s’a­gis­sait d’une « simple grip­pette »… La per­cep­tion de la mor­ta­lité n’est pas du tout la même selon les don­nées sta­tis­tiques et le vécu de décès inat­ten­dus parmi ses proches. Cette pan­dé­mie est deve­nue ter­ri­fiante, sur­tout en l’ab­sence de cer­ti­tude sur les moyens de pro­tec­tion des indi­vi­dus.

Un enca­dré de l’ar­ticle de John PA Ioannidis « Crise corona. Les dégâts que peuvent pro­vo­quer des infor­ma­tions exa­gé­rées et non fon­dées sur des preuves » (19 mars lien:o9cg) résume le point de vue de l’é­pi­dé­mio­lo­giste :

  • Une étude en préimpression, non examinée par des pairs, très imparfaite, affirmant la similitude avec le VIH-1, a été virale ; elle a été retirée [3 février lien:ycbh], mais les théories du complot sur le nouveau virus se sont ancrées.
  • Même les principales revues à comité de lecture ont déjà publié de faux articles sensationnalistes.
  • Les premières estimations des taux de personnes qui risquent d’être infectées, au niveau mondial, semblent nettement exagérées.
  • Les premières estimations du taux de létalité semblent nettement exagérées.
  • La proportion d’infections non détectées est inconnue, mais varie probablement d’un pays à l’autre et peut être très élevée dans l'ensemble.
  • Les courbes épidémiques que l’on signale sont largement affectées par la disponibilité des kits ainsi que par la volonté de dépister le virus.
  • Parmi les multiples consignes adoptées, peu le sont sur base de preuves solides. Beaucoup de ces mesures pourraient avoir des effets nettement négatifs.
  • L'achat en panique de masques et d'équipement de protection, ainsi que les hospitalisations supérieures à la moyenne peuvent être nuisibles au système de santé, sans offrir aucun avantage concomitant.
  • Des mesures extrêmes telles que des lockdowns de pays peuvent avoir un impact majeur sur la vie sociale et l'économie ; les estimations de cet impact sont entièrement spéculatives.
  • Les comparaisons et les extrapolations à partir de la pandémie de grippe de 1918 sont délicates, sinon carrément trompeuses et délétères.

Dépister

Membre du conseil scien­ti­fique fran­çais dédié au coro­na­vi­rus, Didier Raoult s’ex­pri­mait avec la même défiance des pré­dic­tions mathé­ma­tiques de mor­ta­lité dans une vidéo le 17 mars 2020 (lien:7x2y). Il regret­tait l’emballement face à un coro­na­vi­rus qu’il invi­tait depuis des semaines à détec­ter et à soi­gner (16 mars 2020 lien:gqrk) :

[À l’IHU lien:2if1] Nous avons sans doute fait plus de tests du coro­na­vi­rus que tous les autres labo­ra­toires fran­çais réunis, avec aussi bien des formes modé­rées que graves. Le PACA [Région Sud] est peut-être épar­gné avec un seul décès, mais ça prou­ve­rait que les géné­ra­li­sa­tions sont fausses. Les éco­sys­tèmes sont dif­fé­rents entre Paris intra-muros, Wuhan, la région PACA, et il y a le risque non mesu­rable car chao­tique des super-contaminateurs, dif­fi­ci­le­ment com­pré­hen­sibles. On sait tout de même main­te­nant mesu­rer les charges virales et on voit que des gens ont des quan­ti­tés de virus un mil­lion de fois plus impor­tantes que d’autres. Logiquement, cela peut jouer un rôle dans la conta­mi­na­tion, avec d’autres choses comme le com­por­te­ment.

Reste qu’au­jourd’­hui la plu­part de nos patients viennent pour des symp­tômes res­pi­ra­toires dus à la ving­taine d’autres virus qui cir­culent, ou parce qu’ils ont ren­con­tré quel­qu’un qui avait le coro­na­vi­rus. Ils sont affo­lés et veulent savoir s’ils n’ont pas un truc qui va les tuer.

« Nul ne peut com­battre un incen­die les yeux bandés » a déclaré, le 16 mars, le pré­sident de l’Organisation mon­diale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus qui pré­co­nise la stra­té­gie “Test and Treat”. Mais Jérôme Salomon, direc­teur géné­ral de la santé (DGS) en France, a balayé du coude cette décla­ra­tion en répon­dant, le 17 mars : « En cir­cu­la­tion active, le test n’a pas beau­coup d’intérêt, aucun pays ne l’a fait. […] Ce qu’il faut, c’est rester chez soi, car on est tous poten­tiel­le­ment por­teurs » (lien:h6s3). Il parais­sait igno­rer que les Sud-Coréens pra­ti­quaient 18 000 tests par jour…

Jérôme Salomon s’est heu­reu­se­ment contre­dit le 20 mars en décla­rant : « Le pas­sage en phase 3 épi­dé­mique entraîne aussi un chan­ge­ment de doc­trine concer­nant les tests. » Le pro­fes­seur Jean-François Delfraissy, pré­sident du conseil scien­ti­fique fran­çais, a reconnu : « Si l’on n’a pas choisi cette stra­té­gie [de dépis­tage à large échelle] en France, c’est parce qu’on n’a­vait pas la capa­cité, dans un pre­mier temps, de réa­li­ser des tests pour de très nom­breuses per­sonnes… » :

La doc­trine offi­cielle, en France le 21 mars, est que le dépis­tage à grande échelle serait uti­lisé pour « sortir du confi­ne­ment toutes les per­sonnes tes­tées néga­tives ». On attend beau­coup de la décou­verte de tests plus rapides ou/et moins oné­reux qui per­met­traient d’im­plé­men­ter à grande échelle un dépis­tage sys­té­ma­tique (lien:853v). Un test rapide (15mn) et peu coû­teux avec une sen­si­bi­lité de 70% a été homo­lo­gué en Belgique grâce aux tra­vaux de l’é­quipe de Benoît Muylkens (24 mars lien:j8g0). En Suisse, le labo­ra­toire Roche a fourni un nou­veau kit de dépis­tage (qui néces­site un équi­pe­ment spé­cia­lisé très coû­teux) et en France BioMérieux a mis un nou­veau test sur le marché. L’entreprise Novacyt, qui fabrique en France le nou­veau test Primerdesign « conçu pour fonc­tion­ner sur de mul­tiples pla­te­formes de tests molé­cu­laires cou­ram­ment uti­li­sées dans le monde entier », n’a reçu des com­mandes mas­sives que « de ter­ri­toires asia­tiques en dehors de la Chine conti­nen­tale » et signé un accord avec un groupe de santé amé­ri­cain (28 février lien:3v82).

Philippe Froguel, direc­teur du labo­ra­toire de recherche public du CHRU de Lille, s’est vu refu­ser de pro­duire des tests de dépis­tage du Covid-19 (25 mars lien:p5s9). Ce labo­ra­toire pra­tique régu­liè­re­ment des tests PCR, uti­li­sés notam­ment pour la grippe mais aussi pour dépis­ter le Covid-19. Réponse de l’administration : Il faut res­pec­ter les pro­cé­dures, seul un bio­lo­giste médi­cal étant offi­ciel­le­ment habi­lité à lire les résul­tats, alors que le labo­ra­toire le fait depuis des années… Le pro­blème, c’est qu’aujourd’hui, le CHRU de Lille et celui de Mulhouse sont, d’a­près Philippe Froguel, en rup­ture de stocks d’enzymes, et ne peuvent donc plus fabri­quer ces tests. « Si on nous avait auto­ri­sés, nous les gens de la recherche, j’aurais mon congé­la­teur plein d’enzymes, on aurait fait le pro­to­cole et on tra­vaille­rait à fond pour le CHU aujourd’hui », regrette-t-il (lien:p5s9).

Actuellement (21 mars), 120 labo­ra­toires fran­çais sont habi­li­tés à effec­tuer des tests, mais « face à la pénu­rie de gants, de lunettes et de masques, les bio­lo­gistes et infir­miers de ces labo­ra­toires ne peuvent pas effec­tuer les pré­lè­ve­ments sans ris­quer d’être conta­mi­nés, puis de pro­pa­ger le virus eux-mêmes » (lien:h6s3). L’autorisation leur a été donnée trop tard pour qu’ils puissent prendre leurs dis­po­si­tions à la hau­teur de la demande. Lionel Barrand, pré­sident des jeunes bio­lo­gistes médi­caux, déclare : « Si l’État avait aidé tous les labo­ra­toires à obte­nir le maté­riel de pro­tec­tion néces­saire aux pré­lè­ve­ments, on aurait pu avoir cinq, six fois plus de dépis­tages » (lien:h6s3).

Ne pas oublier le scan­ner tho­ra­cique qui détec­te­rait l’in­fec­tion avec une sen­si­bi­lité de 98% à J+3 des symp­tômes — com­men­taire ano­nyme sur Mediapart (lien:h6s3)…

D’après une info dif­fu­sée au jour­nal de France 2 le 24 mars, il y aurait des cri­tiques sur la sen­si­bi­lité du test PCR ; l’INSERM serait en train de mettre au point un test san­guin.

Le suivi des cas testés posi­tifs, même en l’ab­sence de symp­tômes, est d’au­tant plus per­ti­nent que lorsque les patients arrivent en réani­ma­tion leur charge virale a si for­te­ment dimi­nué qu’un trai­te­ment anti­vi­ral serait de béné­fice dou­teux…

Soigner

Autre piste encou­ra­geante : le repo­si­tion­ne­ment de molé­cules anciennes uti­li­sées pour d’autres affec­tions. L’exploration de mul­tiples com­bi­nai­sons prend du temps même pour des essais sur des cultures micro­biennes ou des ani­maux.

À l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection (lien:2if1), l’ad­mi­nis­tra­tion à 24 sujets humains d’hydroxy­chlo­ro­quine (lien:jx0d) asso­ciée à de l’azi­thro­my­cine (lien:l04l) a donné des résul­tats assez convain­cants, selon les auteurs, pour être menée à plus grande échelle (PubMed le 11 mars 2020 lien:a5ah). Ce trai­te­ment per­met­trait de réduire à zéro la charge virale en 6 jours au lieu de 20 jours sans trai­te­ment — autre­ment dit le nombre de jours pen­dant les­quels la per­sonne infec­tée est conta­gieuse. Il peut aussi éviter à la per­sonne trai­tée de déve­lop­per des com­pli­ca­tions qui la condui­raient aux urgences. En période de crise, la lutte contre la conta­gion est prio­ri­taire car elle est le seul moyen d’ar­rê­ter l’é­pi­dé­mie.

Un rap­port sur cette étude pré­li­mi­naire (17 mars lien:lm2j) a été vive­ment cri­ti­qué, d’a­bord sur un ton polé­mique puis à partir de remarques sur PubPeer (lien:xtm3) fai­sant appa­raître, sans sur­prise, des failles métho­do­lo­giques (22 mars 2020 lien:syo9). Le jour­na­liste “fact-checker” Florian Gouthière écrit — sans crainte du ridi­cule — sur son blog (22 mars lien:syo9) :

L’emballement média­tique autour de la chlo­ro­quine (…) peut (…) se com­prendre par des méca­nismes hélas très clas­siques : pré­sup­posé erroné selon lequel un cher­cheur parle néces­sai­re­ment au nom de la com­mu­nauté scien­ti­fique ; pré­sup­posé erroné selon lequel un cher­cheur au passé pres­ti­gieux est for­cé­ment tou­jours à la pointe de la recherche, res­pec­tueux des bases de la méthode scien­ti­fique, et insoup­çon­nable d’inconduite scien­ti­fique ; pré­sup­posé erroné selon lequel un cher­cheur isolé qui crie vic­toire a de bonnes rai­sons de le faire, et ne sau­rait être vic­time de biais ou d’illusions.

Ella Roche com­mente (29 mars lien:fpx7) :

Soyons directs. Vouloir apprendre à Didier Raoult la métho­do­lo­gie scien­ti­fique, c’est un peu comme si un joueur de baby­foot vou­lait apprendre son sport à Zidane. Il faut mon­trer une arro­gance, une pré­ten­tion monstre pour se dire qu’une per­sonne aussi qua­li­fiée dans son domaine ne connaisse pas la méthode.

Une cri­tique de l’é­tude pro­pre­ment dite a été publiée sur le site For Better Science (26 mars lien:kmsp) incluant en com­men­taires un témoi­gnage cala­mi­teux (cré­dible) sur le climat de défiance et de com­pé­ti­tion qui règne­rait dans l’ins­ti­tu­tion, et en exclu­si­vité le por­trait (cré­dible) de son direc­teur comme « tyran sadique miso­gyne » (sic) !

Ce rap­port (17 mars lien:lm2j) a été lu et évalué comme une publi­ca­tion scien­ti­fique alors qu’en temps ordi­naire il aurait dû rester au stade de work in pro­gress. La confu­sion des genres est celle d’au­teurs convain­cus que la situa­tion « de guerre » impo­sait une démarche prag­ma­tique : un « bri­co­lage » “quick and dirty”. La conclu­sion de leur essai est que la chlo­ro­quine serait une molé­cule pro­met­teuse pour dimi­nuer la charge virale de patients du CoVID-19.

Pourcentage de patients avec des échan­tillons naso­pha­ryn­gés posi­tifs pour la PCR depuis leur inclu­sion jus­qu’au 6e jour après inclu­sion chez les patients COVID-19 trai­tés avec l’hy­droxy­chlo­ro­quine uni­que­ment, chez les patients COVID-19 trai­tés avec l’hy­droxy­chlo­ro­quine et l’a­zi­tho­my­cine en asso­cia­tion et chez les patients témoins de COVID-19. Source : lien:lm2j

Une deuxième étude de la même équipe a été publiée le 27 mars (lien:tbg1). Elle por­tait sur 80 patients de 18 à 88 ans hos­pi­ta­li­sés en moyenne cinq jours après l’ap­pa­ri­tion des symp­tômes. Les cri­tères d’é­va­lua­tion prin­ci­paux étaient i) une évo­lu­tion cli­nique agres­sive néces­si­tant une oxy­gé­no­thé­ra­pie ou un trans­fert à l’u­nité de soins inten­sifs après au moins trois jours de trai­te­ment, ii) la conta­gio­sité telle qu’é­va­luée par PCR et culture de cel­lules, et iii) la durée du séjour en salle de soins des mala­dies infec­tieuses. Le trai­te­ment a duré moins de dix jours. Un patient a été exclus de l’é­tude au motif d’une incom­pa­ti­bi­lité avec un autre médi­ca­ment qu’il rece­vait. Résultat cli­nique (lien:tbg1) :

La majo­rité (65/80, 81.3%) des patients ont eu un résul­tat favo­rable et sont sortis de notre unité au moment de la rédac­tion avec de faibles scores NEWS (61/65, 93.8%). Seulement 15% ont néces­sité une oxy­gé­no­thé­ra­pie. Trois patients ont été trans­fé­rés aux soins inten­sifs, dont deux se sont amé­lio­rés et ont ensuite été ren­voyés au ser­vice des mala­dies infec­tieuses. Un patient de 74 ans était tou­jours aux soins inten­sifs au moment de la rédac­tion du pré­sent rap­port. Enfin, un patient de 86 ans qui n’a pas été trans­féré aux soins inten­sifs est décédé dans le ser­vice des mala­dies infec­tieuses. […]

Le nombre de patients pré­su­mé­ment conta­gieux (PCR C < 34) a dimi­nué régu­liè­re­ment et atteint zéro le 12e jour. […] Les cultures de virus de pré­lè­ve­ments res­pi­ra­toires étaient néga­tives pour 97.5% des patients le 5e jour.

Sachant que les patients admis en réani­ma­tion ont déjà for­te­ment réduit leur charge virale, la chlo­ro­quine est pro­ba­ble­ment de peu d’ef­fi­ca­cité au stade cri­tique de la mala­die. Les auteurs recom­mandent donc son uti­li­sa­tion dès que le test CoVID-19 est posi­tif sans attendre l’ap­pa­ri­tion de symp­tômes (27 mars lien:tbg1) :

L’objectif thé­ra­peu­tique prin­ci­pal est donc de trai­ter les per­sonnes atteintes d’in­fec­tions modé­rées ou sévères à un stade suf­fi­sam­ment pré­coce pour éviter une pro­gres­sion vers une affec­tion grave et irré­ver­sible. […]

Le deuxième défi est la pro­pa­ga­tion rapide de la mala­die dans la popu­la­tion par des indi­vi­dus conta­gieux. L’élimination du trans­port viral dans le réser­voir humain du virus a récem­ment été recon­nue comme une prio­rité. À cette fin, la néga­ti­va­tion rapide des cultures de pré­lè­ve­ments res­pi­ra­toires de patients sous trai­te­ment par hydroxy­chlo­ro­quine plus azi­thro­my­cine montre l’efficacité de cette asso­cia­tion.

La réus­site du trai­te­ment est donc impé­ra­ti­ve­ment liée à une pra­tique de dépis­tage à grande échelle. Mais ce mes­sage a été inter­prété à contre­sens. En France, le Haut Conseil de santé publique a décidé le 23 mars que la chlo­ro­quine pour­rait être admi­nis­trée aux malades souf­frant de « formes graves » du Covid-19, mais ne devait pas être uti­li­sée pour des formes « moins sévères ». Un pro­fes­seur de micro­bio­lo­gie de la région Rhône-Alpes com­mente (ano­ny­me­ment) cette déci­sion (26 mars lien:mj0i) :

[…] nous avons tous constaté que pour les patients qui pré­sentent des forme graves et qui finissent en réani­ma­tion il n’y a plus grand chose à faire que de la réani­ma­tion. La mala­die évolue pour son propre compte, le virus n’est sou­vent même plus détec­table. Et donc on se doute déjà du résul­tat de l’é­va­lua­tion du trai­te­ment Hydroxychloroquine – Azythromycine dans ces formes-là qui sera pro­ba­ble­ment la seule éva­lua­tion qui sera faite dans l’es­sai offi­ciel : pas ou peu de béné­fice.

Ce que Méditerranée-Infection dit est dif­fé­rent : dépis­ter tôt pour trai­ter tôt afin d’é­vi­ter cette évo­lu­tion vers les formes sévères. Oups, j’a­vais oublié qu’on n’avait pas les moyens en France du dépis­tage de masse… d’où la posi­tion peut-être pas si inno­cente de notre gou­ver­ne­ment.

Et puis le coût. Traitement com­plet Remdesivir [lien:jg4z] 900‑1000 dol­lars (c’est sur le site de Gilead) versus Hydroxychloroquine-Azythromycine 15 euros…

Le Dr Gérard Maudrux écri­vait sur son blog (23 mars lien:eyw2) :

Ils conti­nuent de faire le contraire de ce qu’on devrait faire. Je doute for­te­ment que le Plaquenil agisse sur les pou­mons des patients hos­pi­ta­li­sés (l’Azithromycine si). La pre­mière indi­ca­tion du Plaquenil, c’est au début de la mala­die, en dimi­nuant la charge virale, il dimi­nue la conta­gio­sité et peut éviter l’aggravation et le pas­sage à l’hôpital. Il est pro­ba­ble­ment plus utile pour éviter l’hospitalisation, que pour les cas déjà sévères. LE PREMIER PRESCRIPTEUR DOIT ÊTRE LE MEDECIN TRAITANT, pas l’hôpital, même s’il peut en uti­li­ser aussi.

Le gou­ver­ne­ment envoie les méde­cins de ville en pre­mière ligne, sans pro­tec­tion, mais ne leur fait tou­jours pas confiance, lui seul sait com­ment faire, pas les ploucs de la ville (et de la cam­pagne). Ils ne doivent plus pres­crire ce trai­te­ment, alors qu’ils devraient le PRESCRIRE en pre­mier, DÈS LES PREMIERS SYMPTÔMES, pour éviter l’hospitalisation.

Répété en boucle par les auto­ri­tés sani­taires en France, le dis­cours sur l’i­nef­fi­ca­cité et la dan­ge­ro­sité du « mélange de n’im­porte quoi » (chlo­ro­quine + anti­bio­tique) est tra­gi­co­mique pour qui se sou­vient que la Direction géné­rale de la santé avait recom­mandé, dans la foulée de l’OMS et de L’Agence euro­péenne du médi­ca­ment (EMA), la pres­crip­tion sys­té­ma­tique de Tamiflu (lien:9xjx) pour lutter contre la grippe por­cine en 2009… Ceci en l’ab­sence de preuve de son effi­ca­cité et malgré les décès sus­pects de patients trai­tés par cet anti­vi­ral (2009 lien:ulow). Le scan­dale avait éclaté après que le British Medical Journal ait exigé du labo­ra­toire Roche qu’il publie ses don­nées (lien:qeun).

Sauf ses détrac­teurs et Donald Trump, per­sonne n’a dési­gné l’hy­droxy­chlo­ro­quine comme un « remède miracle ». De nom­breux hôpi­taux ont adopté le pro­to­cole de l’IHU (22 mars lien:ik0i) et il a été implé­menté dans de nom­breux pays afri­cains qui ont aussi mis en route des essais cli­niques (30 mars lien:dcuo). Aux USA, le Dr Zev Zelenko aurait traité avec succès 500 patients à risques en incluant au pro­to­cole du sul­fate de zinc (26 mars lien:6n9c). D’autres méde­cins ajoutent 1000 mg quo­ti­diens de vita­mine C. Suite à une requête de l’Union géné­rale des tra­vailleurs de la Guadeloupe (UGTG), le tri­bu­nal admi­nis­tra­tif de la Guadeloupe a ordonné à l’ARS et au CHU de com­man­der 200 000 tests de dépis­tage du coro­na­vi­rus et des doses d’hy­droxy­chlo­ro­quine (29 mars lien:smta).

Protocoles de trai­te­ments à la chlo­ro­quine le 25 mars (source : IHU)

Des études cliniques en cours

Le soin à l’hy­droxy­chlo­ro­quine a été inclus comme un bras de l’es­sai cli­nique euro­péen Discovery (lien:qi3x) démarré le 22 mars et coor­donné par l’INSERM et connecté au pro­gramme inter­na­tio­nal Solidarity Trial (18 mars lien:k7gf). Cet essai n’est pas contre pla­cebo puisque 5 moda­li­tés de trai­te­ment sont com­pa­rées :

  1. soins standards
  2. soins standards plus remdesivir
  3. soins standards plus lopinavir et ritonavir
  4. soins standards plus lopinavir, ritonavir et interféron beta
  5. soins standards plus hydroxychloroquine
Source : lien:oi79

Dans le cin­quième groupe, le pro­to­cole de l’IHU de Marseille a été amputé de la pres­crip­tion de l’an­ti­bio­tique azi­thro­my­cine (lien:l04l) dont les études pré­li­mi­naires avaient montré la néces­sité en com­plé­ment de l’hy­droxy­chlo­ro­quine. D’autre part, l’es­sai Discovery est ouvert, autre­ment dit pas en double aveugle : aussi bien les patients que leurs soi­gnants seront infor­més du groupe auquel ils ont été assi­gnés par tirage au sort.

Le double-aveugle est pri­mor­dial pour la cré­di­bi­lité d’un essai. […]

Connaître le pro­duit admi­nis­tré permet aussi toutes les fraudes pos­sibles, biais d’é­va­lua­tion [et de suivi, de com­plai­sance…] et biais d’at­tri­tion en par­ti­cu­lier. Il est impé­ra­tif que toutes les per­sonnes impli­quées dans l’é­va­lua­tion soient « en aveugle ». Ces per­sonnes sont les patients et les méde­cins inves­ti­ga­teurs de l’é­tude mais aussi tous les comi­tés de sur­veillance ou d’é­va­lua­tion, les sta­tis­ti­ciens… […]

Si les patients au plus mau­vais pro­nos­tic sont exclus d’un des deux groupes com­pa­rés [biais d’at­tri­tion], cela favo­ri­sera l’autre groupe. […] Ce biais est un des meilleurs moyens de faus­ser un essai.

Dr Alexis Clapin (2018 lien:oi79 pages 14 et 120)

Le Pr Christian Perronne, chef du ser­vice d’infectiologie à l’hôpital uni­ver­si­taire de Garches, décla­rait à propos de l’es­sai Discovery (29 mars lien:cjte) :

J’ai refusé d’y par­ti­ci­per car cette étude pré­voit un groupe de patients sévè­re­ment atteints [lien:qi3x] qui ne seront trai­tés que symp­to­ma­ti­que­ment et ser­vi­ront de témoins-contrôles face à quatre autres groupes qui rece­vront des anti­vi­raux. Ce n’est pas éthi­que­ment accep­table à mes yeux. On pou­vait par­fai­te­ment, dans la situa­tion où nous sommes, éva­luer ces trai­te­ments en appli­quant un pro­to­cole dif­fé­rent. De sur­croît, le groupe hydroxy­chlo­ro­quine (qui a été ajouté à cette étude à la der­nière minute) devrait être rem­placé par un groupe hydroxy­chlo­ro­quine plus azi­thro­my­cine, trai­te­ment de réfé­rence actuel selon les don­nées les plus récentes. […]

Mais il n’y aura rien à espé­rer de cette étude concer­nant l’hydroxychloroquine qui est admi­nis­trée trop tard. Le pro­to­cole indique que le pro­duit peut être donné seulement si la satu­ra­tion en oxy­gène des patients est infé­rieure à 95% , c’est à dire à des malades jus­ti­ciables d’un apport massif en oxy­gène ou qui doivent être mis sous ven­ti­la­tion arti­fi­cielle. Ce n’est pas la bonne indi­ca­tion.

Et pour ce qui concerne l’Italie (29 mars lien:cjte) :

En Italie, qui nous pré­cède de seulement huit jours et ou la situa­tion devient presque incon­trô­lable, une course de vitesse contre le Covid-19 vient d’être enclen­chée avec pour arme clé l’hydroxychloroquine (Plaquenil®, forme la mieux tolé­rée de la chlo­ro­quine). Tout par­ti­cu­liè­re­ment dans le Lazio, région très tou­chée, où elle est désor­mais lar­ge­ment pres­crite aux patients ayant des signes débu­tants, avec d’ores et déjà des résul­tats très encou­ra­geants en termes de pro­tec­tion des sujets trai­tés. Dans le jour­nal « Corriere della Sera » le Dr Pierluigi Bartoletti, vice pré­sident de la Fédération Italienne des méde­cins géné­ra­listes, explique que toute per­sonne isolée, Covid-19 posi­tive avec des signes débu­tants (toux, fièvre par exemple), est aujourd’hui trai­tée par l’antipaludique. Le pro­duit est rem­boursé par l’assurance mala­die ita­lienne. Il peut être obtenu faci­le­ment sur pres­crip­tion d’un méde­cin (géné­ra­liste notam­ment), dans les phar­ma­cies hos­pi­ta­lières, qui trans­mettent toutes les don­nées rela­tives au patient à l’Agence ita­lienne du médi­ca­ment (AIFA).

Les effets indé­si­rables de la chlo­ro­quine étant connus, la sur­veillance de l’ap­pa­ri­tion de car­dio­myo­pa­thie du fait de son asso­cia­tion avec l’a­zi­thro­my­cine, le dosage du potas­sium et l’ob­ser­va­tion d’autres signaux d’a­lerte font partie du suivi à l’IHU. D’autres effets indé­si­rables — opa­ci­fi­ca­tion de la cornée réver­sible à l’arrêt du trai­te­ment, baisse de l’acuité visuelle, réti­no­pa­thie — cor­res­pondent à un usage à forte dose de longue durée. C’est pour­quoi aucun méde­cin ne pré­co­nise l’ad­mi­nis­tra­tion de chlo­ro­quine à usage pré­ven­tif, et la mise en garde contre l’au­to­mé­di­ca­tion fait l’u­na­ni­mité. En jan­vier 2020, la chlo­ro­quine a d’ailleurs été clas­sée comme « sub­stance véné­neuse », un terme archaïque qui signi­fie qu’elle ne peut plus être déli­vrée que sous ordon­nance, déci­sion inter­pré­tée de manière abu­sive par des théo­ri­ciens du com­plot…

Certains com­men­ta­teurs font mine de ne pas connaître la tem­po­ra­lité d’un essai ran­do­misé contrôlé mul­ti­site suivi de publi­ca­tion dans un jour­nal scien­ti­fique à comité de lec­ture… Comme si les pom­piers atten­daient, pour aller éteindre un incen­die, que leur échelle ait été « vali­dée » par le Laboratoire natio­nal d’es­sais !

Aucun des zété­ti­ciens en culottes courtes qui se sont achar­nés sur la médiocre des­crip­tion de l’es­sai pré­li­mi­naire ne s’est inté­ressé à la publi­ca­tion scien­ti­fique sur ce sujet (11 mars 2020 lien:a5ah) ni aux articles anté­rieurs des scien­ti­fiques chi­nois (4 février lien:tbdo ; 19 février lien:og24). Après les tests in vitro, des essais cli­niques ont été lancés dans 10 hôpi­taux de Wuhan, Jingzhou, Guangzhou, Beijing, Shanghai, Chongqing et Ningbo. Le trai­te­ment de plus de 100 patients a déjà montré une supé­rio­rité signi­fi­ca­tive sur le groupe de contrôle (19 février lien:og24).

Une étude menée à Shanghai sur 30 patients (26 février lien:cgut) n’a par contre pas donné de résul­tat signi­fi­ca­tif, ni dans un sens ni dans l’autre. La meute anti-chloroquine s’est ruée sur ce résul­tat… Ses auteurs ont demandé la réa­li­sa­tion d’es­sais cli­niques ran­do­mi­sés à grande échelle (24 février lien:wr52). D’autres scien­ti­fiques se sont joints à cet appel en rap­pe­lant que l’hy­droxy­chlo­ro­quine com­por­tait moins d’ef­fets secon­daires que la simple chlo­ro­quine, notam­ment au niveau de la toxi­cité ocu­laire (17 mars lien:yps3) et pour son usage par des femmes enceintes (20 mars lien:r30p).

Le pro­fes­seur Jun Chen, qui diri­geait l’é­tude de Shanghai, aurait déclaré à un jour­na­liste de Les​-Crises​.fr (26 mars lien:l1n3) :

Nous n’a­vons observé aucune ten­dance béné­fique de l’hy­droxy­chlo­ro­quine dans le trai­te­ment du Covid-19. Mais cela ne signi­fie pas non plus que cela aggra­ve­rait la mala­die. Notre étude était limi­tée par sa petite taille d’échantillon. Mais nous pou­vons consta­ter dans cet essai que l’hydroxychloroquine n’est pas un médi­ca­ment « magique » – dans l’hypothèse où elle aurait bien un effet anti­vi­ral.

Je sais qu’il y a des ECR [Etudes Comparatives Randomisées = essais cli­niques de qua­lité] en cours sur l’hydroxychloroquine. Mais je ne connais aucun résul­tat posi­tif de ces études par com­mu­ni­ca­tion per­son­nelle.

Son pro­blème est qu’elle a par­fois un effet néfaste, aggra­vant des mala­dies virales telles que le Sida ou le Chikungunya.

Par consé­quent, je recom­mande for­te­ment d’at­tendre que les essais cli­niques soient effec­tués avant d’u­ti­li­ser cette sub­stance comme pro­phy­laxie ou comme médi­ca­ment thé­ra­peu­tique

Le pro­to­cole de Chen et al. (26 février lien:cgut) était dif­fé­rent de celui suivi par l’IHU de Marseille : 400 mg/jour au lieu de 600 d’hy­droxy­chlo­ro­quine, et sans azi­thro­my­cine dont nous avons vu qu’elle pou­vait amé­lio­rer sen­si­ble­ment le résul­tat. Mais sur­tout, le groupe témoin était traité par des anti­vi­raux. La com­pa­rai­son por­tait donc en réa­lité sur les effets de l’hy­droxy­chlo­ro­quine et d’un anti­vi­ral — et non un pla­cebo. Sachant que presque tous les patients des deux groupes ont anni­hilé leur charge virale en 4 jours (au lieu de 8 jours en moyenne chez un patient non-traité), on ne peut conclure qu’à l’é­ga­lité des deux trai­te­ments : l’hy­droxy­chlo­ro­quine n’é­tait pas meilleure que l’an­ti­vi­ral du groupe témoin, ce qui ne veut pas dire qu’elle serait inef­fi­cace comme la presse fran­çaise s’est plu à le répé­ter. Les expé­riences de Marseille et de Shanghai n’ont rien de com­pa­rable.

Le seul fabri­cant de chlo­ro­quine, en France, est l’en­tre­prise Famar, située dans le dépar­te­ment du Rhône, en redres­se­ment judi­ciaire depuis juin 2019 (25 mars lien:9yw6). L’usine a pro­duit en jan­vier son der­nier lot : 180 000 boîtes livrées à Sanofi. Il s’a­gis­sait tou­te­fois de chlo­ro­quine (Nivaquine) et non de l’hydroxy­chlo­ro­quine (Plaquenil) (lien:jx0d) uti­li­sée pour le CoVID-19. « [Sanofi] s’est dit prêt à offrir des mil­lions de doses d’un médi­ca­ment, le Plaquenil, après des essais cli­niques jugés “pro­met­teurs” auprès de quelques patients atteints du coro­na­vi­rus. Encore faut-il que ses essais soient confir­més, pré­vient Sanofi s’a­li­gnant ainsi sur les décla­ra­tions du minis­tère de la Santé » (18 mars lien:hanu). Interprétation des twit­teurs enra­gés : « Didier Raoult tra­vaille pour Sanofi ! »

Sur le Journal International de Médecine (26 mars lien:3lk3) un méde­cin com­mente :

La mala­die déclen­chée par le virus évolue en 2 phases, une phase virale, puis une phase immu­no­lo­gique, réac­tion­nelle, pen­dant laquelle le virus n’est sou­vent plus détec­table. Si l’hy­droxy­chlo­ro­quine a une action anti-virale, c’est dans cette pre­mière phase qu’il faut la tester, et non dans la 2e, pen­dant laquelle il est plutôt conseillé des pro­duits à tro­pisme anti-inflammatoire, comme le toci­li­zu­mab dont les pre­miers résul­tats sont encou­ra­geants.

Malheureusement, l’es­sai euro­péen en cours [lien:qi3x] veut tester l’hy­droxy­chlo­ro­quine sur les formes graves, ce qui n’est a priori pas l’in­di­ca­tion. Tant qu’il ne sera pas testé dans les formes débu­tantes, le débat ne sera pas clos, ce qui est dom­mage car son uti­li­sa­tion pré­coce, idéa­le­ment avec le Zythromax qui jus­ti­fie bien sûr de tester tous les patients sus­pects (comme le demande l’OMS) pour­rait per­mettre, si ce trai­te­ment est effi­cace dans cette phase, de dimi­nuer la charge virale glo­bale de la popu­la­tion, de dimi­nuer ainsi la conta­gio­sité, et les formes graves, ce qui libé­re­rait des lits d’ur­gences…

L’exclusion de patients qui a priori seraient de bons répon­deurs du trai­te­ment est un biais d’enri­chis­se­ment pré­dic­tif (Clapin A, 2018 lien:oi79 page 128). Une bio­lo­giste ajoute (26 mars lien:3lk3) : « En seconde phase, il s’a­gi­rait plutôt de régu­ler la réponse immu­ni­taire qui appa­rait inadap­tée dans les cas les plus graves. »

On peut lire JD Michel (18 mars 2020 lien:s72g ; 20 mars 2020 lien:hcqf ; 29 mars lien:o19t) pour plus de détails sur la contro­verse au sujet de la chlo­ro­quine et son exposé sur la « scien­ti­fi­cité » d’é­tudes cli­niques finan­cées par l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique (24 mars lien:s514). Anthropologue de la santé et expert en santé publique, sa réflexion n’a rien d’une défiance de la science médi­cale, bien au contraire : elle rap­pelle les condi­tions de rece­va­bi­lité des résul­tats d’un test cli­nique, tout en dénon­çant les conflits d’in­té­rêts de tests conduits par les labo­ra­toires aux seules fins de pro­mou­voir un pro­duit. À propos de l’exi­gence de scien­ti­fi­cité (29 mars lien:o19t) :

Les tenants des métho­do­lo­gies, eux, ne se sen­ti­raient ras­su­rés qu’avec la mesure-étalon de toute recherche : l’essai ran­do­misé en double-aveugle. En don­nant à deux groupes de patients la sub­stance active pour la moitié d’entre eux et un pla­cebo de l’autre, on peut en effet véri­fier au mieux ce qui relève de quoi et ce qui doit effec­ti­ve­ment être attri­bué à l’effet du remède.

Alors pour­quoi ne pas le faire ? Parce qu’il fau­drait envoyer une « fausse bouée » à la moitié des testés pour faire ensuite le décompte des noyés dans les deux groupes. C’est cela qui est en fait demandé par les puristes de la recherche, comme à tra­vers le reproche de l’absence de groupe de contrôle dans les essais publiés par Marseille : ces gens-là vou­draient qu’on mette de côté des gens sans les soi­gner pour éva­luer sur eux les dom­mages éven­tuels et dis­po­ser de meilleures don­nées. Les dégâts ou les morts éven­tuels étant bien sûr accep­tés avec gra­ti­tude pour la science !

Raoult et ses équipes répondent donc en méde­cins : si cent per­sonnes leur adressent des signaux de détresse à la mer, ils envoient cent bouées et traitent toutes les per­sonnes infec­tés. Le succès des opé­ra­tions lui-même jus­ti­fiera in fine de la vali­dité de la démarche.

Tout cela fait dire à Didier Raoult, dans une tri­bune du jour­nal Le Monde le 26 mars :

Enfin, l’envahissement des métho­do­lo­gistes amène à avoir des réflexions pure­ment mathé­ma­tiques. Husserl disait : « Les modèles mathé­ma­tiques ne sont que les vête­ments des idées ». C’est-à-dire que l’on uti­lise la méthode, en réa­lité, pour impo­ser un point de vue qui a été déve­loppé pro­gres­si­ve­ment par l’industrie phar­ma­ceu­tique, pour tenter de mettre en évi­dence que des médi­ca­ments qui ne changent pas glo­ba­le­ment l’avenir des patients ajou­te­raient une petite dif­fé­rence. Ce modèle, qui a nourri une quan­tité de métho­do­lo­gistes, est devenu une dic­ta­ture morale. Mais le méde­cin peut et doit réflé­chir comme un méde­cin, et non pas comme un métho­do­lo­giste.

La cri­tique de JD Michel rejoint en de nom­breux points celle de mon article Statines et médicaments anticholestérol.

Attaques personnelles

Ceux qui reprochent au « druide mar­seillais » Didier Raoult de ne s’ex­pri­mer que sur YouTube — tout en ne regar­dant rien d’autre — peuvent consul­ter sur PubMed les plus de 1800 publi­ca­tions scien­ti­fiques dont il est coau­teur (lien:k1i4). Cela dit, ce nombre mesure plus sa noto­riété que sa pro­bité en tant que direc­teur de recherche : L’American Society for Microbiology l’a inter­dit de publi­ca­tion pen­dant un an dans les revues qu’elle édite, « après la décou­verte d’un manus­crit conte­nant des figures iden­tiques sup­po­sées décrire des expé­riences dif­fé­rentes » — fraude, erreur ou « mau­vaise pra­tique » récur­rente dans ce domaine de recherche (26 mars lien:kmsp). À sa décharge, en par­fait man­da­rin, Raoult a reconnu « ne pas relire les manus­crits por­tant sa signa­ture avant sou­mis­sion » (2016 lien:w8zu). Autrement dit, il n’é­tait pas l’au­teur de la dupli­ca­tion des images — com­bien de chefs d’é­quipe rédigent eux-mêmes les articles ? — bien qu’il en soit res­pon­sable…

Les cri­tiques de ses prises de parole ou de l’ap­pa­rence de Didier Raoult — objets de sidé­ra­tion de tous les médias, ouvrant la porte aux plus viru­lentes attaques ad homi­nem — ne dis­qua­li­fient en rien les tra­vaux de l’IHU (lien:2if1), un ins­ti­tut hospitalo-universitaire qui emploie 800 per­sonnes dont des dizaines de cher­cheurs de haut niveau. Bien que Didier Raoult soit le der­nier de la liste des 18 auteurs du rap­port sur l’ex­pé­rience pré­li­mi­naire (17 mars lien:lm2j) et des 28 auteurs de l’es­sai sui­vant (27 mars lien:tbg1), les attaques visent sa seule per­sonne comme direc­teur et porte-parole de l’IHU… La neu­tra­lité et la portée scien­ti­fique de la plu­part des com­men­taires laissent à dési­rer, sans oublier ceux qui étalent leur science dans un tweet de 280 carac­tères !

Les cri­tiques frisent par­fois un comique qui n’est pas de cir­cons­tance : des méde­cins mar­seillais repro­che­raient à Didier Raoult de faire « cava­lier seul » ! Mais qu’attendent-ils pour suivre le pro­to­cole de l’IHU en matière de dépis­tage et de soin en début d’in­fec­tion ?

Un méde­cin com­mente sur le Journal International de Médecine (28 mars) :

Pour preuve j’exi­ge­rais être moi même traité de la sorte dès l’apparition de symp­tômes ven­ti­la­toires patents (ça ne regarde que moi, n’est-ce pas ?) et je trou­ve­rais normal que les méde­cins qui s’op­posent au Pr Raoult s’en­gagent à refu­ser ce trai­te­ment… en atten­dant que les études soient posi­tives ou néga­tives. Question de prin­cipe et d’hon­nê­teté intel­lec­tuelle.

Le Canard enchaîné 25/3/20

À ce jour, je par­tage l’in­di­gna­tion d’Idriss Aberkane sur la cam­pagne de déni­gre­ment qui a déferlé sur Didier Raoult (23 mars 2020 lien:q3a0). Le Canard enchaîné du 25 mars 2020 (page 3) rap­porte qu’il a reçu des menaces de mort via des mes­sages ano­nymes émis sur un por­table qui fait partie de ceux mis à la dis­po­si­tion des méde­cins du CHU de Nantes.

Le paquet nan­tais, qui a récu­péré l’af­faire, cherche désor­mais à déter­mi­ner à quel toubib il était attri­bué. Parmi leurs sujets d’in­té­rêt, un infec­tio­logue de l’hô­pi­tal qui, le 1er mars au soir, avait adressé un e‑mail d’in­sultes à Didier Raoult […] Ce pra­ti­cien est aussi l’au­teur (ou le coau­teur) de mul­tiples études finan­cées par des labo­ra­toires.

La suite…

L’Association des Médecins Urgentistes de France a annoncé le 23 mars (lien:2hvf) :

L’AMUF encou­rage les pro­fes­sion­nels et le minis­tère de la Santé à uti­li­ser les recom­man­da­tions thé­ra­peu­tiques et de stra­té­gies de santé de l’équipe de l’APHM du Pr Raoult. Même si toutes les condi­tions modernes de vali­dité d’étude ne sont pas rem­plies, l’urgence et le prag­ma­tisme doivent nous inci­ter à éva­luer le plus rapi­de­ment pos­sible le trai­te­ment par l’hy­droxy­chlo­ro­quine tout en le pres­cri­vant pour sauver des malades. Aucune des thé­ra­peu­tiques médi­ca­men­teuses per­met­tant la pro­gres­sion des malades ne doit être exclue. […]

Par ailleurs, l’ensemble des indus­triels doivent four­nir aux pro­fes­sion­nels de santé et à l’ensemble des pro­fes­sions indis­pen­sables à la vie de la société des masques afin de se pro­té­ger pour pou­voir tra­vailler. Le Gouvernement doit s’engager à four­nir le maté­riel de pro­tec­tion des soi­gnants et à la répar­ti­tion des res­sources médi­ca­men­teuses. Il ne peut et ne doit y avoir de failles dans la crise sani­taire occa­sion­née par le virus.

Nous sommes très inquiets pour l’accès aux tests de dépis­tage du COVID 19. Ils doivent être géné­ra­li­sés à tous les patients et dans tous les hôpi­taux. Il ne doit pas y avoir de ségré­ga­tion entre les hôpi­taux uni­ver­si­taires et géné­raux. Tous les hôpi­taux doivent pou­voir accueillir les malades et offrir le dépis­tage.

Christian Perrone et Patrick Pelloux pour l’u­sage de l’hy­droxy­chlo­ro­quine le plus tôt pos­sible

Le sujet hyper­mé­dia­tisé de la chlo­ro­quine ne devrait pas faire oublier que d’autres médi­ca­ments sont à l’es­sai pour soi­gner le CoVID-19. La recherche de nou­velles molé­cules can­di­dates bat son plein, appuyée par­fois sur des tech­niques d’ap­pren­tis­sage auto­ma­tique — « intel­li­gence arti­fi­cielle » — mobi­li­sant les sys­tèmes infor­ma­tiques les plus puis­sants.

Une nou­velle piste de trai­te­ment du CoVID-19 a été ouverte par l’ob­ser­va­tion d’une cohorte de 2500 Français patients de cancer qui font appel au bleu de méthy­lène (lien:94kg) dans le cadre du trai­te­ment méta­bo­lique com­plé­men­taire pro­posé par le Dr. Laurent Schwartz — voir mon article Cancer - approche métabolique. Aucune de ces per­sonnes « à haut risque » n’a contracté le CoVID-19. Ce résul­tat peut être le simple fait du hasard, ou lié à la simi­la­rité entre le bleu de méthy­lène et la chlo­ro­quine qui en est déri­vée. Un article est en cours de paru­tion à la revue Substantia de l’Université de Florence (28 mars lien:vvdt) et un essai cli­nique ouvert pros­pec­tif a été pro­posé (lien:ltse).

Les moyens sont à la hau­teur du défi lancé par cette pan­dé­mie — et les pro­chaines à venir inévi­ta­ble­ment.

Références

  • 🔴 CoVID-19 – ressources
  • 🔴 COVID-19 testing - Wikipedia (lien:853v)
  • Une partie de l’Afrique mise sur la chloroquine contre le Covid-2019 - R El Azzouzi (30 mars lien:dcuo)
  • Pour soigner en France, faut-il faire autant de Raoult ? - E Roche (29 mars lien:fpx7)
  • Le tribunal administratif de la Guadeloupe ordonne à l'ARS et au CHU de commander 200 000 tests de dépistage du coronavirus et des doses d'hydroxychloroquine - France Info (29 mars lien:smta)
  • Covid-19 : À propos de la chloroquine et de l’inimaginable pénurie des masques en France - P Gorny (29 mars lien:cjte)
  • À quoi jouent donc Marseille et le Pr Didier Raoult ?! - JD Michel (29 mars lien:o19t)
  • A cohort of cancer patients with no reported cases of SARS-CoV-2 infection: the possible preventive role of Methylene Blue - Henry M et al. (28 mars lien:vvdt)
  • Clinical and microbiological effect of a combination of hydroxychloroquine and azithromycin in 80 COVID-19 patients with at least a six-day follow up: an observational study - Gautret P et al. (27 mars lien:tbg1 PDF)
  • Masques : ces pays où tout le monde en porte - P Capmas-Delarue (27 mars lien:ld3v)
  • Un médecin américain aurait traité avec succès plus de 500 patients avec l’hydroxychloroquine - Caducee.net (26 mars lien:6n9c)
  • Covid et mensonge d’état en France - JD Michel (26 mars lien:mj0i)
  • Q&As novel coronavirus COVID-19 - Pays-Bas (26 mars lien:licw)
  • Aucune efficacité de la Chloroquine contre le Covid19 d’après un nouvel essai chinois - O Berruyer (26 mars lien:l1n3)
  • Possible Vertical Transmission of SARS-CoV-2 From an Infected Mother to Her Newborn - Lan Dong et al. (26 mars lien:7nja)
  • Chloroquine genius Didier Raoult to save the world from COVID-19 - Leonid Schneider (26 mars lien:kmsp)
  • Hydroxychloroquine et Covid-19 : un essai randomisé chinois négatif - P Tellier (26 mars lien:3lk3)
  • “On m’a répondu qu’il fallait respecter les procédures” : la colère d’un généticien qui n'a pas pu réaliser des tests de dépistage du coronavirus - Laetitia Cherel (25 mars lien:p5s9)
  • Lyon : Wauquiez veut sauver Famar, seul fabricant de chloroquine en France - J Boche (25 mars lien:9yw6)
  • Coronavirus : un test belge en 15 minutes reçoit la certification - J Montay (24 mars lien:j8g0)
  • Hydroxychloroquine : comment la mauvaise science est devenue une religion - JD Michel (24 mars lien:s514)
  • Covid-19 : un second scandale de la Chloroquine - G Maudrux (23 mars lien:eyw2)
  • Communiqué de presse du 23 mars 2020 Coronavirus : point sur la situation de crise - AMUF (lien:2hvf)
  • Vidéo “Pourquoi RAOULT est un héros !” - Idriss Aberkane (23 mars 2020 lien:q3a0)
  • Epidémie à coronavirus Covid-19, protocole de traitement - Philippe Brouqui et al. (22 mars lien:ik0i)
  • Covid19 & chloroquine : à propos d’une étude très fragile, et d’un dangereux emballement médiatique et politique - Florian Gouthière (22 mars lien:syo9)
  • Derrière l’absence de dépistage massif au Covid-19, la réalité d’une pénurie - Mediapart (21 mars lien:h6s3)
  • Pollution et propagation fulgurante du coronavirus, les particules fines montrées du doigt - RTBF (21 mars lien:rxya)
  • Efficacy of hydroxychloroquine in patients with COVID-19: results of a randomized clinical trial - Z Chen et al. (20 mars lien:a1tb)
  • Covid-19 and the Stiff Upper Lip — The Pandemic Response in the United Kingdom - David J Hunter (20 mars lien:imrl)
  • COVID-19: a recommendation to examine the effect of hydroxychloroquine in preventing infection and progression - Zhou D et al. (20 mars lien:r30p)
  • Covid : statistiques et probabilités toxiques ! - JD Michel (20 mars lien:hcqf)
  • Coronavirus disease 2019: the harms of exaggerated information and non-evidence-based measures - John PA Ioannidis (19 mars lien:o9cg
  • Covid-19 : l'impossible calcul du taux de mortalité - Nicolas Martin (19 mars 2020 lien:9b0c)
  • UN health chief announces global ‘solidarity trial’ to jumpstart search for COVID-19 treatment (18 mars lien:k7gf)
  • Coronavirus : Sanofi prêt à offrir son antipaludique si les essais cliniques sont confirmés - E Moreira (18 mars lien:hanu)
  • Covid-19 : fin de partie ?! - JD Michel (18 mars 2020 lien:s72g)
  • Aminoquinolines Against Coronavirus Disease 2019 (COVID-19): Chloroquine or Hydroxychloroquine - Z Sahraei et al. (17 mars lien:yps3)
  • A fiasco in the making? As the coronavirus pandemic takes hold, we are making decisions without reliable data - John PA Ioannidis  (17 mars lien:72vp)
  • Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of COVID‐19: results of an open‐label non‐randomized clinical trial - Gautret et al. (17 mars lien:lm2j)
  • Coronavirus : le surprenant modèle anglais - Léo Goltzmann (16 mars lien:3zh1)
  • New insights on the antiviral effects of chloroquine against coronavirus: what to expect for COVID-19? - Devaux CA, Rolain JM, Colson P, Raoult D (11 mars 2020 lien:a5ah)
  • Coronavirus (Covid-19) : symptômes et modes de transmission - Apolline Henry (15 mars 2020 lien:w45w)
  • Vidéo “Coronavirus (Covid-19) : symptômes et modes de transmission” – Bulletin d’information scientifique de l’IHU (9 mars 2020 lien:200v)
  • Mise à jour sur le test pour le coronavirus : accord de distribution majeur pour le test COVID-19 - Novacyt (28 février lien:3v82)
  • A pilot study of hydroxychloroquine in treatment of patients with common coronavirus disease-19 - Chen et al. (26 février lien:cgut)
  • An urgent call for raising the scientific rigorousness of clinical trials on COVID-19 - Chen Feng, Hao Yuantao, Zhang Zhijie, et al. (en chinois, 24 février lien:wr52)
  • Breakthrough: Chloroquine phosphate has shown apparent efficacy in treatment of COVID-19 associated pneumonia in clinical studies - Gao, Tiang, Yang (19 février lien:og24)
  • Remdesivir and chloroquine effectively inhibit the recently emerged novel coronavirus (2019-nCoV) in vitro - Wang et al. (4 février lien:tbdo)
  • Quick retraction of a faulty coronavirus paper was a good moment for science - I Oransky & A Marcus (3 février lien:ycbh)
  • Tamiflu : appel à l’éthique - René Girard (2009 lien:ulow)
  • Ouvrage “Malscience. De la fraude dans les labos” - Nicolas Chevassus-au-Louis (2006 lien:w8zu)

Article créé le 16/03/2020 – modi­fié le 31/03/2020

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